Vivre autrement, numéro d'ouverture, mai 1996, actualité (suite des articles)

Amval


Les villes en avant-première


L’Assemblée mondiale des villes et des autorités locales (Amval) se réunit à Istanbul les 30 et 31 mai, à la veille de l’ouverture de la conférence officielle. Alain Le Saux, directeur scientifique de Metropolis, l’une des quatre grandes associations internationales de villes, en présente les enjeux.

Pour les autorités locales du monde entier, Habitat II doit devenir synonyme de reconnaissance officielle du rôle des villes dans le développement mondial. Les récentes évolutions de l’économie mondiale et des relations internationales font des villes des acteurs incontournables du développement, dimension qu’elles avaient perdue face à l’omniprésence de l’Etat-providence. Les villes retrouvent une position centrale dans un monde « global », dans la mesure où elles constituent les noeuds des différents réseaux d’échanges et de communication. Mais cette nouvelle position ne règle en rien les immenses problèmes auxquels elles sont confrontées.
De même que l’urbain ne s’oppose pas au rural, les villes ne s’opposent pas aux Etats. Au contraire, leur dynamisme les renforce. Il est donc impératif qu’elles disposent de moyens pour contribuer plus encore au développement des Etats, car il n’y aura pas de développement mondial durable sans un développement urbain durable, tout comme il n’y aura pas de développement social mondial sans un développement social urbain.
Dans ces conditions, le dialogue entre la communauté internationale (Etats et institutions) et les autorités locales est nécessaire pour répartir équitablement les compétences et les moyens d’action. Il est primordial que soit renforcé sur le plan mondial le processus de décentralisation et qu’il soit accompagné au niveau local par la mise en place de moyens tant humains que financiers. La décentralisation est à ce jour la meilleure garante de la démocratie, condition indispensable d’une gestion locale participative associant pleinement les citoyens au développement urbain.
De même qu’elles doivent gérer leur développement, les villes doivent être à même de conduire leur propre politique de coopération, qu’elles soient prestataires ou bénéficiaires de services. Mais pour coopérer librement, les villes doivent bénéficier des mêmes statuts constitutionnels. Une reconnaissance constitutionnelle des villes s’impose donc dans les pays où cela n’est pas encore le cas.
L’Amval, lieu de dialogue pour l’ensemble des villes du monde, doit s’imposer en tant que lieu où s’élaboreront leurs stratégies communes et leurs propositions en direction de la communauté internationale. L’Amval, si les villes présentes à Istanbul en acceptent le principe, pourrait être leur représentation officielle au sein du système onusien. Cette disposition essentielle aurait pour avantage de permettre à la communauté internationale des villes de s’exprimer d’une seule voix, donc avec tout le poids nécessaire, afin d’obtenir d’être associée au processus de décisions concernant le développement mondial et d’avoir accès aux financement internationaux indispensables. Les autorités locales doivent défendre des valeurs communes, promouvoir ensemble des idées novatrices, tout en préservant leurs particularismes. C’est la richesse de leur mouvement que d’être pluriel, comme le sont les villes qui mélangent les races et brassent les cultures, mais unitaire afin d’être entendu.
Alain Le Saux
Metropolis

Note - L’Assemblée mondiale des villes et des autorités locales (Amval) se réunit à l’initiative du G4+, qui regroupe quatre associations internationales de villes, Metropolis, Iula (International Union of Local Authoritees), la Fmcu (Fédération mondiale des cités unies) et le Sommet (Summit Conference of Major Cities of the World), ainsi que de six organisation régionales telles que l’Union des villes d’Afrique, Citynet (Asie) ou Eurocités.

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Ong et Etats : Habitat II brise la glace


Le partenariat entre Ong, Etats et Onu a été renforcé à l’occasion d’Habitat II.

Les gouvernements ont réalisé qu’ils ne pouvaient résoudre seuls les problèmes mondiaux des sans-abri, des taudis et des bidonvilles, et qu’ils avaient besoin de la coopération des secteurs privé et associatif. Dans la résolution par laquelle elle décidait d’organiser Habitat II, l’assemblée générale de l’Onu invitait en effet les Ong à apporter leur contribution à la conférence et à sa préparation. Le comité préparatoire de la conférence les a encouragé à jouer un rôle actif au sein des comités nationaux chargés de préparer les programmes nationaux d’action. Elle a aussi demandé aux gouvernements d’inclure des représentants des Ong dans leurs délégations.
Fait notable, dans le groupe chargé de rédiger une version préliminaire du programme mondial d’action, deux représentants d’Ong se sont vus offrir un siège aux côtés de treize délégués gouvernementaux, de même qu’un représentant des autorités locales. Autre innovation, la mise en place d’un comité spécial durant la conférence (le « comité II »), qui sera chargé de promouvoir le dialogue entre les délégués et les autres partenaires.

Faire passer le message

Lors des travaux préparatoires, les Ong ont eu l’occasion de présenter leurs amendements. Ceux qui ont été adoptés par le comité de rédaction concernaient des thèmes tels que le rôle et le statut des femmes, l’importance de l’habitat locatif, l’engagement des gouvernements à mettre en oeuvre leurs programmes nationaux d’action, l’agriculture en milieu urbain et la reconnaissance du fait que la plupart des logements ne sont pas créés pour les besoins du marché mais pour la jouissance personnelle des individus. En outre, la pression exercée par les Ong a contribué au rapprochement entre les gouvernements favorables à la mention du droit au logement et ceux qui s’y opposent. Les Ong ont également appelé au soutien d’une proposition (qui n’a pas encore été discutée) visant à ce que la Commission des nations unies pour les établissements humains soit à l’avenir composée de quatre parties : 50 % de délégués gouvernementaux et le reste des sièges divisé équitablement entre les autorités locales, le secteur privé et les Ong.

Difficultés

Bien que le processus de préparation ait fait la preuve d’une évolution significative vers une coopération renforcée entre les Ong et l’Onu, celles-ci occupent encore une position relativement fragile au sein de ce qui est, après tout, une organisation de gouvernements.
Les problèmes n’émanent pas des seuls Etats. Comment des milliers d’organisations de toutes tailles et de tous horizons pourraient-elles s’exprimer d’une seule et même voix ? De même, leur représentativité pose un problème. S’y ajoute celui de trouver des personnes compétentes, désireuses et capables d’étudier les longs documents de l’Onu, de suivre les procédures souvent complexes et d’assister à des réunions aux quatre coins du monde, sans parler des conséquences financières de ces activités. Néanmoins, dans ce domaine aussi des progrès ont été réalisés au cours de ces dernières années, notamment pour ce qui est du suivi de la conférence sur l’environnement de Rio, en 1992.
Malheureusement, l’une des faiblesses des Nations unies réside dans le fossé qui existe trop souvent entre les recommandations et leur exécution. On peut citer à cet égard les décisions prises à Vancouver en 1976, lors de la première conférence sur les établissements humains. Si toutes les recommandations de cette conférence avaient été appliquées, les problèmes urbains seraient aujourd’hui beaucoup moins alarmants.
Certains éléments laissent penser qu’Habitat II fera mieux. Ainsi, le processus d’Habitat II comprend la formulation et la mise en oeuvre de programmes nationaux d’action. Les gouvernements ont été appelés à les rédiger en coopération avec d’autres acteurs. Seront-ils appliqués et auront-ils des résultats concrets et spécifiques ? Les Ong peuvent jouer un rôle actif dans le processus rédactionnel ainsi que dans l’exécution, le contrôle et l’évaluation des programmes nationaux. Car c’est là une autre différence entre Habitat II et les précédentes conférences des Nations unies : le processus ne prendra pas fin avec la conférence. Les progrès dans la mise en oeuvre du programme mondial d’action et des programmes nationaux continueront d’être suivis et les programmes seront périodiquement mis à jour.
Le forum des Ong, qui aura lieu à Istanbul du 30 mai au 14 juin prochain, devrait démontrer que les thèmes de la conférence ne sont pas la seule affaire des gouvernements et des experts, mais sont d’un intérêt vital pour de nombreuses catégories de la population. Il soulignera le rôle des Ong en tant qu’acteurs essentiels d’une société démocratique.
Han van Putten
Habitat International Coalition

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Les ambitions du caucus africain


Au cours du second comité préparatoire pour Habitat II (Nairobi, avril 1995), la communauté internationale des Ong a décidé de s’organiser en de multiples caucus régionaux et thématiques. C’est donc durant ce second « prepcom » que le caucus des Ong africaines a été mis en place.
La réunion régionale ministérielle africaine qui s’est tenue à Johannesburg du 16 au 18 octobre 1995 constituait la cinquième et dernière étape du processus continental. Le caucus des Ong africaines y a organisé un atelier auquel prirent part quarante organisations africaines et élaboré une déclaration qui a été lue lors de la rencontre ministérielle. Ce texte demande aux gouvernements de mettre en place, en partenariat avec les Ong, des mécanismes de gestion urbaine participative, pour tirer profit de la complémentarité des ressources et des compétences. Cette requête constitue l’axe central de la réflexion des Ong africaines, qui refusent l’idée d’un développement planifié par le haut ne tenant pas compte des logiques, des dynamiques et des savoir-faire populaires.
De plus, les Ong demandent aux gouvernements d’agir en faveur de la décentralisation de la gestion des villes, de la diffusion et de la vulgarisation de la recherche et de l’information, de la mise en place de politiques qui soutiennent le travail des groupes de base, de l’actualisation du droit au logement et de la mise en oeuvre de solutions durables aux problèmes des personnes déplacées.
Depuis la rencontre de Johannesburg, le caucus des Ong africaines a poursuivi ce travail d’élaboration et de promotion d’une vision alternative de la ville. Moins nombreuses et souvent plus récentes que leurs équivalents impliqués dans les monde rural, les Ong « urbaines » d’Afrique bénéficient de la dynamique du caucus pour améliorer cette recherche de solutions alternatives, par un réel travail en collaboration qui dépasse les clivages linguistiques et géographiques.
Jérôme Gérard
Enda Dakar

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Agenda



Conférence officielle
3 mai-14 juin, Lüftü Kurdar Congress Centre, Cemal Resit Rey Concert Hall, Hilton Conven-tion Center. & (+254) 2 62 30 33.

Forum des Ong
30 mai-14 juin, Istanbul Technical University, Taskisla building. & (+90 212) 251 51 70.

Autres forums
- Assemblée mondiale des villes
et des autorités locales (Amval)
30-31 mai, Harbiye Cultural Centre. & (+90 212) 511 10 10 (à partir du 23 mai).
- Forum du secteur privé
30 mai-2 juin, Istanbul Technical University, Gümüssuyu Campus.
& (+31) 653 13 24 41.
- Forum des fondations
31 mai-1er juin, Sabanci Center.
& (+90 216) 302 45 35 / 411 42 40.
- Forum de la recherche scientifique.
31 mai-1er juin, Bosphorus University Campus, Bebek. & (+1 202) 334 30 94.
- Forum des parlementaires
31 mai-1er juin, Muhsin Ertugral Theatre.
& (+525) 535 14 13. ext. 30 59 ou (+90 312) 420 55 92-93.
- Forum des syndicats
31 mai-1er juin, Istanbul Technical University, Gümüssuyu Campus. & (+90 212) 559 97 55 ou (+41 22) 788 08 88.
- Forum des professionnels
& (+90 312) 417 37 27.
Une rencontre des « partenaires » participant aux différents forums se tiendra le 2 juin de 10 h à 15 h.

Autres événements
- Dialogues pour le XXIe siècle
3 juin-8 juin. Série d'ateliers thématiques et tables-rondes à l'initiative des différentes organistions des Nations unies.
- Rencontre annuelle du réseau Guri
(Global Urban Research Initiative)
31 mai- 2 juin, forum des Ong. « Villes et gouvernance ». & (+ 1 416) 978 20 72.
- Foire internationale
3-10 juin, World Trade Center. Salon international sur les technologies de l'habitat et les établissements humains.
- Meilleures pratiques urbaines
30 mai-14 juin, Sali Pazari Docks. Présentation de 600 études de cas. Remise des prix « meilleures pratiques urbaines » le 4 juin.
- Quinzaine française de la ville
28 mai-14 juin. Manifestations culturelles, séminaires techniques et débats organisés par le consulat de France. & (+90 212) 249 57 24.
- Expositions, projections de films, concerts
World Trade Centre, Centre culturel Atatürk, Université technique, palais de Topkapi, etc.

Programme établi selon les informations que nous avons pu obtenir à la mise sous presse de ce numéro (20 avril 1996).

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Vivre autrement
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