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n° 260 - 4 mai 2004
Politique agricole complexe
La mise en œuvre de la Politique agricole commune patine.
L’administration française, qui se veut comme à l’habitude rassurante,
peine à répondre aux questions émanant du terrain. Les débats entre la
France et la Commission européenne d’une part, et entre l’administration
française et les organisations agricoles d’autre part, sont d’une
technicité et d’une complexité à déprimer autant les fonctionnaires que
les agriculteurs. Après un comité de gestion le 31 mars à Bruxelles, le point
sur les principaux sujets en discussion : les droits à paiement, la
gestion de la période transitoire, et la conditionnalité.
Transfert de droits à paiement
Avec le découplage des aides – total ou partiel selon les secteurs de
production – les paiements directs seront incorporés en une aide unique, le
droit à paiement unique à l’exploitation (DPU), dès le 1er
janvier 2006. Si un exploitant doit conserver les surfaces nécessaires pour
faire valoir ses droits, la cession de DPU n’est en revanche pas liée à la
cession de terres. Bruxelles défend fermement cette déconnexion, combattue par
la France. Lors d’un comité de gestion le 31 mars, la Commission a néanmoins
autorisé les États à effectuer un prélèvement de 50 % de la valeur des
droits transmis sans foncier. Le gouvernement français compte ainsi tenter de
dissuader ce type de transactions. Au bout de trois ans, ce taux maximum se
réduira à 30%.
Rappelons que la France, en s’étant prononcée contre le découplage des
aides, a considérablement réduit les options qui permettraient une gestion
simplifiée des droits à paiement. En effet, l’un des avantages de
mutualisation des droits avec la régionalisation est d’uniformiser
progressivement la valeur des droits à paiements pour tous, évitant ainsi les
risques de spéculation(1).
Gestion de la période transitoire
Avant la mise en œuvre au 1er janvier 2006, la France doit gérer
" la période transitoire ". En réalité il y en a deux,
une du 1er janvier 2000 au 29 septembre 2003, et une seconde du 30
septembre 2003 au 31 décembre 2005. Cette distinction kafkaïenne doit
permettre de rentrer progressivement dans le marché de DPU, la Commission ayant
accordé quelque largesse sur le lien au foncier pendant la première période
mais s’y refusant pour la seconde. Durant cette première période, lors d’un
transfert foncier, la majeure partie des droits serait prélevée par la
réserve nationale de droits et ensuite redistribué au nouvel exploitant. Ce
passe-passe via l’administration permet de maintenir couplé
droit et terre. Durant la seconde période, c’est en revanche le cédant qui
reste propriétaire des droits correspondants aux hectares cédés, l’acquéreur
reprend les terres sans les droits. Il faudra alors attendre le 1er
janvier 2006 que les DPU soient chiffrées pour que le propriétaire des droits
puisse les vendre. Néanmoins, une clause privée peut être intégrée au
contrat de vente ou de bail assurant au bénéficiaire des terres de se voir
attribuer les droits par la suite. De plus, la France négocie un
raccourcissement maximal de cette deuxième période de transition qui pourrait
donner lieu à beaucoup de spéculations.
Conditionnalité des aides
Dans un communiqué récent, l’association France nature environnement qui
siège aux réunions techniques du CSO(2), s’inquiétait du
fait que la conditionnalité des aides se résume à l’interdiction de brûler
les pailles et aux compteurs hydrométriques pour les irrigants. C’est dire
toute l’insignifiance d’un dispositif de sanction censé mieux légitimer
les paiements directs. La surprise vient en particulier de l’application de la
mesure de conservation des pâturages permanents. Chaque État membre doit en
effet maintenir les surfaces nationales dédiées aux pâturages (surface de
référence au 31 mai 2003). Le comité de gestion du 31 mars a apporté
notamment la précision suivante : les surfaces concernées sont les
pâturages qui ne font plus partie du système de rotation des cultures depuis 5
ans ou plus. Question : quid des pâturages qui font partie du système de
rotation, notamment en agriculture économe en intrants et biologique ?
D’ici le mois de juin, l’ensemble des circulaires et des directives pourrait
sortir ; les administrations départementales informeront alors les
agriculteurs dans l’été et l’année 2005 serait une année de simulation
qui permettrait de tester le nouveau dispositif.
S. F
1. Avec
les références individuelles historiques, il y aura des écarts de valeur qui
iront du simple au triple. Par exemple, un éleveur laitier en système herbager
intégral aura un droit unitaire moyen à 150 €/ha, tandis qu’un céréalier
sera titulaire de droits à 450 €/ha.
2. Conseil supérieur d'orientation
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