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22/10/02

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du n° 223 - 22 octobre 2002

Huile brute : le biocarburant qui dérange.

L'huile brute de tournesol paiera-t-elle la taxe sur les produits pétroliers (TIPP) ? Condamnée en octobre 2001 pour ne pas l'avoir fait, la SARL Valenergol (société de valorisation énergétique des oléagineux) a fait appel. Le délibéré attendu le 14 octobre est repoussé à fin novembre, dans l'expectative d'une directive européenne qui pourrait associer l'huile brute aux biocarburants.

L'utilisation de l'huile végétale comme carburant n'est pas nouvelle depuis un certain Rudolph Diesel en 1892. L'arrivée du pétrole bon marché a fait oublier cette possibilité et aujourd'hui la taxe intérieure sur les produits pétroliers rapporte 24 milliards d'euros à l'Etat. Toutefois, sachant que les réserves de pétrole ne sont pas inépuisables, il y a un intérêt grandissant pour les biocarburants, éthanol ou diester. Ces deux biocarburants s'intègrent dans des filières industrielles et sont utilisés en mélange avec des produits pétroliers. C'est différent avec l'huile brute (de colza, tournesol ou autre) qui peut s'utiliser à 100% dans les moteurs diesel et être produite localement. Une étude impulsée par Jean Loup Lesueur, un des pionniers en France à avoir fait tourner son tracteur avec de l'huile de tournesol, et publiée par la chambre d'agriculture de Haute-Garonne, montre que comparativement à l'éthanol et au diester, l'huile brute présente le meilleur bilan écologique. Pour un agriculteur, presser du colza ou du tournesol permet d'obtenir de l'huile carburant d'un côté, un tourteau gras de l'autre, utilisable en alimentation animale.

Il est naturel que cette perspective intéresse des agriculteurs. La Fncuma a lancé dans le milieu des années 1990 un programme d'expérimentation sur une dizaine de sites pour vérifier la faisabilité de l'utilisation de l'huile brute végétale comme carburant. Des tracteurs de plus en plus nombreux fonctionnent ainsi. Les adaptations à faire sur les moteurs sont mineures. Avec des huiles brutes végétales pressées à froid, il semble qu'il n'y ait pas de problème d'encrassement des moteurs. Avec l'installation d'un 2ème réservoir, il est possible de fonctionner en bi-carburation, démarrage au gasoil, et ensuite passage à l'huile, sans nécessité de préchauffage.

L'utilisation de l'huile brute comme carburant donne des idées aux partisans des énergies renouvelables et aussi aux militants du développement local. Ainsi, l'association "Roule ma fleur" récemment née en Lozère propose de faire tourner une huilerie itinérante, acquise collectivement, pour produire son propre carburant à domicile, aussi bien pour des tracteurs que des voitures. Les tourteaux gras produits seront revendus à des éleveurs, sachant que la France est fortement importatrice en protéines pour l'alimentation animale. Dans la région d'Agen, c'est une centaine de voitures qui roulent depuis plusieurs années avec l'huile de Valénergol, SARL créée en 1996 (2).

Le problème est que l'huile végétale brute échappe à la TIPP. De bonne foi, peut-on faire observer car elle n'est pas un produit pétrolier. N'empêche que les industriels voient une filière leur échapper et l'Etat une taxe en moins. Des négociations pour exonérer l'huile brute de la TIPP sont en cours. C'est déjà le cas en Allemagne. S'en remettre à la justice ne peut être qu'une réponse provisoire. Les pouvoirs publics doivent apporter une réponse politique.

J.-Y. G.

Roule ma fleur - 48 220 Fraissinet de Lozère. roulemafleur@free.fr
valenergol@free.fr



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