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n° 221 - 24 septembre 2002
La politique agricole sans avenir commun
Le débat lancé par la Commission européenne
pour réformer la Politique agricole commune (Pac) répond
à l'urgence plutôt qu'à la définition d'un
projet politique commun.
Alors que la Commission européenne tente de convaincre les Européens
sur son projet de réforme de la Pac (TRI 217), les avis amalgament
des points de vue disparates. Parmi les opposants, on trouve ainsi les
agriculteurs français qui défendent un soutien des marchés
aujourd'hui décroissant ou les Espagnols qui voudraient plus de
lisibilité sur les politiques structurelles
Du côté
des "favorables à la réforme", l'opinion
publique européenne et les environnementalistes saluent le transfert
du budget vers des mesures environnementales et rurales ; les agri-managers
libéraux escomptent des facilités dans la compétition
intra et hors de l'Union ; et l'Allemagne qui juge la Pac budgétivore,
accueille favorablement la décentralisation du budget
Ainsi
l'opinion publique se trouve paradoxalement dans le camp des agri-managers
et non des agriculteurs qui " portent " l'image vertueuse
d'une agriculture à taille humaine, soucieuse d'environnement et
de qualité
Une explication de ces "alliances" contre-nature est
sans doute à chercher dans l'absence de définition d'un
projet commun auquel il faudrait adhérer. De fait, les mesures
préconisées répondent aux enjeux présents
: demandes environnementales, sanitaires et de maîtrise budgétaire.
Sur ces points, les propositions bruxelloises confirment le tournant pris
en 1992 avec les mesures agri-environnementales, la modulation, le découplage
entre les aides et les volumes produits
Notons que si le diagnostic
est confirmé, le texte d'examen à mi parcours de la Pac
réformée n'analyse pas les mesures actuellement à
l'uvre : acceptation mitigée des aides directes, baisse des
prix anti-économique, politique des structures catastrophique pour
le renouvellement des générations, subventions aux exportations
qui laminent l'économie agricole des pays pauvres
Cet examen
critique aurait peut être ouvert la voie à un projet nouveau,
plutôt qu'à des amendements de la réforme précédente.
Dénominateurs communs
Car, pour écrire une "raffarinade", si le tournant est
nécessaire, la ligne d'arrivée aussi ! Et elle doit motiver
tous les coureurs. Or, le blues d'une frange non négligeable d'agriculteurs
montre que certains y vont à reculons
On est loin de l'élan
conjoint d'une génération (agricole notamment) envers la
modernisation, la croissance, la technique sur lequel s'est bâtie
la Politique agricole commune en 1960. Les 6 nations européennes
de l'époque avaient un modèle à atteindre : l'agriculture
intensive aujourd'hui remise en cause
Exit donc le mythe du "modèle européen"
Mais est-ce à dire que l'on ne cherche même plus à
donner corps à une politique commune ? Le projet de réforme
se place implicitement dans l'échéance de l'élargissement
de l'Europe vers l'Est. Qui pourrait dire ce que l'Union veut pour cette
grande Europe verte où cohabiteront les systèmes intensifs,
extensifs, industriels, biologiques, pluri-actifs et spécialisés
aux caractéristiques si variées ? Afin d'englober la diversité,
la Commission esquisse un avenir où les dénominateurs communs
sont socio-environnementaux mais les modalités politiques et budgétaires
décentralisées. Peut être, pour asseoir cette nouvelle
communauté de vues faudrait-il ré-édicter les fondements
qui motivent l'Europe agricole. C'est ce à quoi s'essaie la convention
européenne agri-culturelle (TRI 216). Le groupe de Bruges, qui
réunit des universitaires et praticiens européens énonce
par exemple comme principes à revoir : la solidarité, la
diversité, le lien, le sens, la multifonctionnalité, mais
aussi la simplicité, la stabilité
C. D.
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