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07/01/02

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du n° 204 - 1 janvier 2002

Le Crédit agricole encore moins mutuel

Pour se donner les moyens de poursuivre sa croissance, le Crédit agricole entend conjuguer mutualisme et capitalisme. Il s’inspire pour cela de la recette du pâté d’alouette : compter une alouette pour un cheval...

Plus de 2,5 millions d’actionnaires individuels ; une demande des investisseurs institutionnels dix-sept fois supérieure au nombre d’actions qui leur était proposé ; une hausse de 5% du cours lors de la première séance de cotation... L’entrée en Bourse du Crédit agricole s’est assurément faite en fanfare mais, si les actionnaires (et les administrateurs des caisses régionales...) peuvent s’en féliciter, les salariés et la grande masse des sociétaires sont un peu moins à la fête.
Les premiers peuvent en effet s’inquiéter de la logique de plus en plus capitaliste de leur employeur. En particulier, le fort intérêt qu’ont manifesté les investisseurs anglo-saxons pour le titre Crédit agricole ne peut s’expliquer que par les promesses qui ont pu leur être faites en matière de rentabilité de leur investissement. Les analystes prévoient en conséquence une augmentation considérable des dividendes distribués. Il serait bien évidemment étonnant qu’une meilleure profitabilité du groupe soit indolore en termes d’emploi.
De leur côté, les 5,5 millions de sociétaires de la Banque verte n’auront tiré aucun bénéfice de la vente d’un bien censé leur appartenir collectivement. La faible rémunération (2 ou 3 %) de leur investissement s’est toujours accompagnée d’une non-revalorisation de leurs parts sociales (10 000 F de 1960 valent toujours 10 000 F en 2001). Certains espéraient pourtant qu’ils bénéficieraient d’une indemnisation ou, au moins, de conditions d’accès privilégiées aux actions mises en vente. Non seulement ils ne virent rien venir mais, de plus, ils ne furent pas plus informés que tout un chacun des grandes manœuvres en cours.
Cette « spoliation » est dénoncée notamment par François Guillaume, député apparenté RPR de Meurthe-et-Moselle et ancien président de la FNSEA. Il fut aussi le ministre de l’Agriculture qui, en 1988, initia la privatisation qu’il critique aujourd’hui. Qualifiée de « mutualisation », cette vente par l’État de la Caisse nationale aux caisses régionales n’avait pas alors été plus transparente que les conditions de l’actuelle « introduction en Bourse du véhicule coté du Crédit agricole ».
En ce qui la concerne, la FNSEA reste remarquablement discrète et le président des Jeunes Agriculteurs se contente de déclarer : « Nous avons discuté de ce genre de choses en famille. On n’a pas intérêt à plomber le Crédit agricole. ». Enfin, mais ceci n’a sans doute rien à voir, une notice visée par la Commission des opérations de Bourse (Cob) signale que Luc Guyau, ancien président de la FNSEA, a touché, en tant qu’administrateur du Crédit agricole, 900 000 F en jetons de présence.

A. C.

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