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13/12/01

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du n° 203 - 18 décembre 2001

Deux articles sur les problèmes liés au traitement du lisier :
- Remous dans le lisier
- Le traitement du lisier en Bretagne : une vraie fausse solution ?

Remous dans le lisier

À Milizac, au nord de Brest, 340 éleveurs de porcs veulent créer une usine, Val Ouest, capable de traiter 300 000 tonnes de lisier par an à partir de 2003. Une première mondiale qui provoque des remous chez les riverains, les syndicats et les associations environnementales.

Les capacités d’épandage sont saturées dans cette région du Finistère. La directive nitrates oblige les éleveurs soit à traiter le lisier, soit à réduire la production, soit à modifier leur système d’élevage. Les coûteuses stations de traitement individuelles ne peuvant être supportées que par les grands élevages, les initiateurs du projet Val Ouest, le présentent comme étant la solution à la fois environnementale et économique. L’usine ferait appel à un procédé "unique au monde" qui consiste à faire réagir de l’acide sulfurique et de l’ammoniac en présence de lisiers et autres déchets végétaux et boues urbaines. Ceci produirait 160 000 tonnes d’engrais commercialisable, rentabilisant le coût de traitement du lisier à 40 francs le m3 pour les éleveurs. Les promoteurs estiment que leur initiative est le moyen pour les élevages et les collectivités locales de se mettre en règle avec la législation et d'assurer la survie de nombreuses exploitations agricoles.
Mais, la mobilisation contre ce projet est forte, alors que se déroule l’enquête d’utilité publique. 16 des 17 communes se sont prononcées défavorablement et le 9 décembre, ils étaient 2000 à manifester à Milizac, bourg qui compte 2884 habitants… Les riverains regroupés en associations de défense et les environnementalistes évoquent d’abord des raisons de sécurité. Le procédé impose son classement en site industriel à risque type Seveso. Ils considèrent que créer de nouveaux risques non indispensables est contraire à l’évolution de notre société. Si une telle perspective devait traiter tout l'excédent de lisier en Bretagne, elle nécessiterait l’implantation de 30 nouvelles usines Seveso en Bretagne. Ils invoquent aussi "l’aspect aberrant de ce projet" qui prévoit d’importer des milliers de tonnes d’azote pur (ammoniac) pour fabriquer 160 000 tonnes d’engrais, soit l’équivalent de la consommation française. "Alors qu’on crève sous les excédents d’azote, ça ressemble à du Coluche" s'exclame l’association Eaux-et-Rivières de Bretagne. Les opposants craignent également que ce mode de traitement favorise une fuite en avant et justifie une augmentation et une concentration du cheptel porcin pour rentabiliser le traitement... Ils dénoncent enfin les aides publiques qui cofinanceraient le projet à hauteur de 25 MF car ils refusent que "le pollué soit le payeur".
Beaucoup d’élus attendent avant de prendre position. Le maire de Milizac, élu sortant, menace d’un "Plogoff bis". Le président PS du Conseil général juge "qu’il ne s’agit pas d’un bon projet". Le président du Val Ouest est aussi maire et vice-président de la communauté de communes. La FDSEA et la Chambre d'agriculture appuient sans réserve Val Ouest. L’UDSEA, membre de la Confédération paysanne est plus partagée. Elle déclare qu’il ne s’agit pas d’un bon projet, mais plusieurs de ses adhérents se trouvent parmi les associés. Par ailleurs, elle ne partage pas certaines positions des associations environnementales qui militent pour la réduction de la production porcine en Bretagne. Le syndicat essaie de susciter l’organisation de formes collectives de compostage et se plaint de négociations administratives qui, à son sens, bloquent les solutions possibles.
Au-delà de son issue, le projet de Val Ouest a le mérite de mettre le débat au centre de la problématique. Peut-on s’engager vers un processus de résorption des nitrates en Bretagne sans mettre en cause ce qu’on appelle le "modèle breton" ? Si oui, comment ?

J.-B. M.

Le traitement du lisier en Bretagne : une vraie fausse solution ?

La mise en place du deuxième programme d'actions en application de la directive "nitrates" rend incontournable la résorption des excédents de lisier. Personne n'ose parler de réduire le cheptel porcin et les organisations économiques et professionnelles se mobilisent pour traiter et/ou exporter. Pourtant en mars 2001, la Cour de justice européenne a condamné la France pour avoir manqué à ses obligations dans la lutte contre les excédents de nitrates dans les rivières bretonnes. Elle a jugé trop ponctuelles et pas suffisamment efficaces les mesures mises en œuvre1.

L'Institut technique du porc (ITP) a réalisé une étude sur les stations de traitement du lisier de porc, leurs coûts, et les conséquences économiques2. C'est une évaluation des systèmes actuels de traitement du lisier en conditions normales de fonctionnement. De nombreux procédés existent et peuvent être combinés : les traitements biologiques par nitrification-dénitrification, les traitements chimiques, les traitements physiques et les procédés par compostage. Les résultats recherchés peuvent être la suppression des odeurs, l'abattement de l'azote, la production d'un substrat solide vendu comme fertilisant. En résumé, des solutions techniques existent, mais elles ont un coût qui entraîne un affaiblissement de la compétitivité des ateliers porcins obligés de recourir au traitement.
Les stations de traitement de lisier se multiplient : elles étaient au nombre de 50 début 1999, une centaine aujourd'hui, et bientôt 500 si les projets actuels se réalisent. Sachant qu'en Bretagne il y a environ 1000 élevages de plus de 2000 porcs présents (qui représentent 45% de la production porcine bretonne), on peut considérer que 500 installations de traitement parmi les élevages les plus importants, permettront de "traiter" environ le tiers de la production porcine.
Le coût moyen du traitement, sans subvention, varie entre 50 F et 125 F par m3 de lisier ou par porc produit (1 m3 de lisier par porc). Les aides à l'investissement sont en moyenne de 30 %3 et permettent d'abaisser le coût d'amortissement de 15 à 20 F par porc. Le coût global, amortissement + fonctionnement, à supporter par l'éleveur reste de l'ordre de 30 à 100 F par porc (ou 30 centimes à 1 F par kg de porc). Question : les économies d'échelle et de filière, qui ont accompagné la concentration de la production porcine, ne sont-elles pas annulées par le coût du traitement ? Autrement dit, le coût du traitement peut-il remettre en cause la production hors-sol ?
Selon les auteurs de l'étude ITP : "D'une manière générale, tous les procédés de traitement constituent des solutions très coûteuses comparées à l'épandage agronomique du lisier. Il convient donc de limiter les traitements aux seuls lisiers excédentaires qui ne peuvent trouver une solution par épandage." O. Teffene ajoute même très justement que "ce surcoût spécifique fait apparaître un nouvel élément de la compétitivité des élevages : le lien au sol".
Les Pays Bas, qui ont inspiré le modèle breton, après avoir cherché la solution dans le traitement du lisier, ont entrepris de réduire leur production porcine. La Bretagne recule devant cette alternative, poussant plus avant la recherche sur les traitements...

J-Y. G.

1 programme "Bretagne Eau Pure" et le PMPOA, Programme de maîtrise des pollutions d'origine agricole.
2
Les stations de traitement des effluents porcins. Estimation des coûts et conséquences économiques. O. TEFFENE et C. TEXIER. Institut Technique du Porc - BP 3 - 35 651 Le Rheu Cedex - mars 2001 - 250 F
3
elles sont plafonnées à 60%.

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