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03/10/01

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du numéro 198 - 9 octobre 2001

La directive "nitrates" fait des vagues.

La France est en retard dans le 2ème programme d'application de la directive européenne "nitrates". Une circulaire conjointe des ministères de l'agriculture, de l'emploi et de la solidarité (direction de la santé) et de l'aménagement du territoire et de l'environnement (direction de l'eau) indique la marche à suivre pour prendre un arrêté préfectoral qui devait entrer en vigueur au plus tard le 1er juillet 2001.

Le premier programme d'action de la directive"nitrates " (fin 1995-fin 1999) visait à corriger les plus grosses erreurs concernant l'épandage des fertilisants azotés dans les zones vulnérables. Le deuxième programme (2001 à 2003) tirant le bilan du premier, comporte les mesures suivantes : obligation pour chaque exploitant d'établir un plan de fumure annuel et de remplir un cahier d'épandage ; définition d'objectifs quantifiables d'évolution des pratiques agricoles (couverture des sols en automne, réduction des apports minéraux en cas de surfertilisation) ; et enfin, définition de règles précises concernant les périodes d'interdiction d'épandage, les conditions de réalisation des épandages ou les modalités de fractionnement des apports d'azote.
Ce deuxième programme d'action aurait dû enchaîner le premier dès janvier 2000. Mais la circulaire aux préfets ne date que d'avril 2001 pour une application en juillet. Or, avant de prendre l'arrêté préfectoral, les avis à solliciter sont nombreux : comité départemental d'hygiène, chambre d'agriculture, conseil général, agence de l'eau, groupe de travail sur les sources de pollution azotée... Et dans bien des départements le consensus est difficile, voire impossible.
La France n'est pas le seul pays en retard puisque 14 pays sur les 15 de l'Union européenne sont en contentieux avec Bruxelles pour cette directive nitrates. Les conflits portent sur des questions financières, mais aussi de normes. Bruxelles estime qu'il n'y a pas lieu de financer les bonnes pratiques existantes, ni ce qui est de l'ordre réglementaire. Les aides doivent permettre d'aller plus loin que la norme, d'inciter une évolution.
En France, le règlement sanitaire départemental pour l'application de la directive nitrates n'est pas la même partout. De plus, le code des bonnes pratiques n'est pas contrôlable et donc peu crédible.
Autre sujet de désaccord, le calcul de la quantité d'azote issue des effluents d'élevages doit s'effectuer sur la base des références du Corpen. Ces références Corpen se transformant en normes réglementaires. Or plusieurs chiffres choquent. Pour les porcs, les références actuelles prennent en compte un "retour au sol" plus important d'azote pour le porc produit sur paille que sur caillebottis (système hors sol intesif). À la demande du Réseau agriculture durable, le ministère de l'environnement a saisi le Corpen afin d'établir des références de rejet pour des porcs élevés sur litière accumulée. Pour les vaches laitières la norme actuelle s'élève à 73 kg d'azote rejetés par animal. Mais, le Corpen indique que, selon le régime alimentaire ("plus la vache consomme d'herbe, et plus elle rejette d'azote") et le niveau de production laitière, on a des écarts qui vont de 65 à 120 kg. Quelle norme retenir ? La décision est lourde de conséquences pour les éleveurs.

J.-Y. G.

Le Corpen
En 1984, est créé le Comité d'orientation pour la réduction de la pollution des eaux par les nitrates et les phosphates provenant des activités agricoles (Corpen). En 1992, son activité s'étend aux pollutions par les produits phytosanitaires. Une décision conjointe des ministère de l'agriculture et de l'environnement reformule le mandat du Corpen le 3 avril 2001,. Il devient le Comité d'orientation pour des pratiques agricoles respectueuses de l'environnement.
Instance multi-partenariale, le Corpen élabore des documents techniques et scientifiques. Il propose des mesures pour les agriculteurs et fait des suggestions aux ministres pour réorienter ou renforcer les politiques publiques. Il est composé de 18 organisations professionnelles, de 6 organisations d'usagers, de 12 instituts et centres techniques, de 5 établissements de recherche, de représentants de 7 ministères, des agences de l'eau et autres établissements publics, de représentants d'actions de terrain et de personnes qualifiées.
Le Corpen fonctionne avec un comité plénier, groupes de travail permanents, et temporaires. Paul Vialle, ingénieur général du Génie rural des eaux et forêts, en est le président.

Stratégies de réorientation du modèle breton

Après les crises agricoles qui avaient secoué plusieurs filières de la ferme Bretagne il y a deux ans, le Ministre de l’agriculture s’était engagé à soutenir une démarche de concertation multipartite sur l’avenir de l’agriculture régionale. Le dernier Conseil interministériel d’aménagement et de développement du territoire (CIADT) de juillet 2001 a donné mandat au Préfet de région pour conduire un plan de réorientation de l’agriculture et de l’agroalimentaire au service d’un développement économique pérenne et respectueux de l’environnement, projet qualifié d’exemplaire en Bretagne. Une charte régionale signée le 14 mai par plus de quarante responsables professionnels est ainsi devenue le texte de référence du nouveau projet agricole breton. Un plan d’action qui mobilise actuellement de nombreuses parties prenantes de la question : administration, chambres d’agricultures, coopération agricole, industrie agroalimentaire, instituts techniques, recherche, enseignement, associations, syndicats au sein d’une dizaine de groupes de travail, sera bouclée le10 novembre pour être soumis au prochain CIADT de décembre. Il est évident que cette stratégie de réorientation ne se traduira pas par un virage à 180 degrés, et que les petits pas seront préférés au grand bond en avant. Le fait même que les pouvoirs publics aient privilégié une approche pragmatique mais volontaire dans le choix d’engager l’agriculture régionale dans la « pérennité » et non pas vers la « durabilité », prouve bien que l’accomplissement des défis environnementaux se calent une fois encore dans l’optique de maintenir le potentiel productif régional et non l’inverse. Cependant, les autorités régionales ne pourront plus se permettre de réitérer certaines erreurs du passé, avec en premier lieu le respect de directive nitrates, le CIADT ayant décidé l’accompagnement de sa mise en œuvre en finançant des mesures de couverture des sols et en encourageant les contrats territoriaux d’exploitation (CTE). Autrement dans un récent rapport, le Commissariat général au plan préconise lui, deux moyens pour parvenir à reconquérir la qualité de l’eau en Bretagne : un programme de réduction volontariste du cheptel animal, et une application de l’éco-conditionnalité des aides.

S. F

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