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 du
numéro 194 - août 2001
Agences de l’eau, cogestion ou collusion ?
Malgré une gestion de 10 milliards de francs par an
prélevés principalement auprès des usagers (84%), les agences de l’eau
restent des organes au fonctionnement opaque et aux règles démocratiques
contestées. La dégradation de la qualité de l’eau et le sentiment d’arbitraire
dans la fixation des redevances (TRI 189)
poussent aujourd’hui ces structures à rendre des comptes.
Créées en 1964, les 6 agences de l’eau fixent les
redevances payées par les usagers, les agriculteurs et les industriels et
gèrent leur redistribution en vue principalement du financement des services d’assainissement
et de collecte des eaux usées1. Dans cette
structure de gestion décentralisée, les Comités de bassin chargés de l’établissement
du montant des redevances et les conseils d’administration des agences de l’eau
chargés du vote n’ont pas de légitimité démocratique2.
Ils comptent principalement des administratifs et des groupes d’intérêts
privés (cf. encadré ci-dessous) ce qui s’apparente
plutôt à une sorte de néo-corporatisme3. De plus,
malgré l’affichage d’une représentation hétérogène, les consommateurs
et les associations de protection de la nature sont peu représentés et
marginalisés : un document de C. Schmitz-Derkene4
montre en effet que la collusion entre industriels, agriculteurs et politiques
leur permet de dominer les débats.
Le projet de loi sur l’eau présenté par Dominique Voynet prévoit, entre
autre, d’établir une tutelle parlementaire plus forte (vote au Parlement des
plans quinquennaux d’activité des agences) et propose de
« démocratiser » davantage le système (Haut Conseil des services
publics de l’eau et de l’assainissement, meilleure représentation des
consommateurs particulièrement au sein des Commissions consultatives des
services publics locaux). Par contre, les associations de protections de la
nature restent à la marge. Malgré le peu d’ambition final du projet quant au
pouvoir de contrôle de ces agences par l’État (le Haut Conseil de l’eau
reste un organe consultatif), de nombreux industriels, professionnels et
institutionnels de l’eau s’y opposent fermement. Ils dénonçant la main
mise de l’Etat sur ce service décentralisé et redoutent le détournement des
fonds au profit du gouvernement5.
M.R.
1 Les collectivités locales reçoivent 77% des aides
reversées pour de tels aménagements.
2 Les taxes sur l’eau peuvent être apparentées à un
impôt et devraient donc être votées au parlement. En fait, dès 1982, la
non-constitutionalité des redevances est soulignée par le Conseil
constitutionnel.
3 Bernard Barraqué (1997), « Subsidiarité et
politique de l’eau », in A. Faure, Territoires et
subsidiarité : l’action publique locale à la lumière d’un principe
controversé, Paris, l’Harmattan, pp. 165-201.
4 C. Schmitz-Derkenne (1997), Les Agences de l’eau au
concret, à travers l’étude de trois agences (Adour-Garonne, Rhin-Meuse et
Seine-Normandie), Centre d’analyse, de formation et d’intervention,
Paris.
5 Le Monde, 28/06/2001
| Composition
des comités de bassins |
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Conseil d’administration
de l’Agence
- 8 Représentants de l’État
- 8 Représentants des collectivités locales (siégeant au comité
de bassin)
- 8 Représentants des usagers (siégeant au comité de bassin)
- 1 représentant du personnel de l’Agence (ajout récent) |
Le comité de bassin est composé de trois
collèges
- Représentants
des usagers et personnes compétentes : agriculteurs,
industriels, usagers sportifs, pêcheurs, associations
- Représentant
des collectivités territoriales
- Représentants
de l’administration |
Source :
Nathalie Lewis (2001), La gestion intégrée de l’eau en
France : critique sociologique à partir d’une étude de terrain (bassin
Loire-Bretagne), Thèse, Orléans, Université d’Orléans, soutenue le 14
juin 2001, 481 pp.
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