|
|
 
StarLink, chronique d’un scandale annoncé
Révélée au cours de l'été 2000, "l'affaire StarLink" est
particulièrement révélatrice des craintes exprimées par les associations
environnementalistes et consuméristes. Les effets en cascades
de cette contamination démontrent la nécessité de la traçabilité des
produits transgéniques et prouvent qu’il faut instaurer un régime de
responsabilité économique des producteurs d'OGM.
- Déroulement de l'affaires Starlink aux
Etats-Unis
- Impacts économiques et judiciaires en cascade
Tout commence avec la
campagne Genetically Engineered Food Alert1.
Dans ce cadre, un collectif d'ONG américaines découvre du maïs transgénique
StarLink dans des "tacos" (sortes de chips). Or ce maïs est prohibé
pour la consommation humaine car il synthétise une protéine (Cry9C)
susceptible de provoquer des allergies. Commercialisé par Aventis CropScience,
groupe agrochimique franco-allemand, StarLink développe son propre
insecticide, à partir d’un transgène issu de la bactérie Bacillus
thuringiensis. Totalement interdit en Europe, il est autorisé, depuis
1998, aux États-Unis pour l'alimentation du bétail et la production
d'éthanol.
Après avoir mangé des aliments contenants du maïs StarLink,
44 Américains ont porté plainte auprès de la Food and Drug
Administration (FDA) pour diarrhées, vomissements et rougeurs. Remonter
la filière de production et d'approvisionnement a alors permis de mesurer
l'ampleur de la contamination. Les tacos contaminés ont été fabriqués au
Mexique par Sabritas Mexicali (filiale de PepsiCo) qui avait acheté la farine
à une minoterie texane, laquelle s'était approvisionnée auprès
d'agriculteurs de six États américains… Le 22 septembre, après avoir
réalisé ses propres tests et trouvé des traces de StarLink dans 1% de ses
tacos, le distributeur final (Kraft Foods) décide d’en rappeler des millions.
La FDA entreprend alors de tester différents produits alimentaires pour
évaluer l’ampleur de la contamination. Et le 1er novembre, elle publie une
liste de quelques 300 produits qui doivent être retirés des étalages2.
Les responsables industriels reconnaissent qu'il est presque impossible
d'éviter la présence du StarLink dans les produits alimentaires compte tenu de
l'ampleur de la contamination.
Comment ce maïs a-t-il pu contaminer la chaîne alimentaire humaine ? Certains
agriculteurs pouvaient ne pas connaître les restrictions de débouchés du
StarLink ; d'autres, bien qu'au courant, ont reconnu avoir oublié cette
restriction lors de la vente du maïs ; d'autres n'ont pas pris soin de séparer
leurs récoltes StarLink des autres... Les responsables d'Aventis ont estimé
que la superficie cultivée en StarLink était de 150 000 hectares, auxquels
il faut ajouter 100 000 ha situés en zones tampons et eux aussi
contaminés, les agriculteurs de ces zones n'ayant pas été informés de la
présence du StarLink à proximité de leurs cultures. Aventis estime que le
maïs récolté a été vendu à des centaines de silos à travers le pays. Ces
silos ont ensuite, en toute ignorance, vendu ce maïs à des minotiers et à des
transformateurs
Survient alors une "affaire dans l'affaire". Au hasard de contrôles
qualité sur des échantillons de maïs Garst 8481IT, la société Garst Seed
découvre que son maïs contient la protéine Cry9C allergène. L'USDA
(équivalent américain du ministère de l'agriculture) lance une enquête sur
l'origine de cette contamination. Sans doute s'agit-il d'une contamination par
pollinisation croisée entre maïs. Cela veut donc dire que cette deuxième
variété, potentiellement contaminée, doit aussi être retirée du marché…
Impacts économiques et judiciaires en cascade
Devant l'étendue de la contamination, l’USDA et l'industrie ont annoncé
qu'ils achetaient la totalité de la récolte de maïs StarLink (coût
estimé : 70 millions de dollars). Aventis devra les "rembourser
ultérieurement" pour les coûts occasionnés (transport, stockage du
maïs, test de dépistage et ségrégation). En décembre 2000, le groupe
provisionnait dans ce but 100 millions de dollars.
Mais l'IATP3 estime que les coûts totaux pourraient atteindre un
milliard de dollars. L'affaire prend alors une dimension judiciaire : seize
procureurs généraux de différents États américains demandent à Aventis de
procéder au remboursement rapide et de prévoir des dédommagements
supplémentaires et de s'engager de manière plus claire sur sa responsabilité
par rapport aux pertes économiques que cette affaire engendre.
L'IATP a également entamé une enquête pour identifier les pays qui ont
importé du maïs StarLink. Le Japon, premier importateur de céréales
américains, réagit vivement après avoir découvert l’OGM dans des tacos et
des gâteaux. Il se tourne vers la Chine pour ses importations. En Corée, à
trois reprises, plusieurs milliers de tonnes de maïs américain contenant du
maïs StarLink ont été confisquées par l'administration. L'Espagne a décidé
aussi de se protéger, achetant 150 000 tonnes de maïs brésilien garanti sans
OGM. Les autres pays européens n'ont pas encore réagi. Mais ils importent peu
de maïs hors de l'UE. En France, la Confédération paysanne, Greenpeace et
Solagral ont lancé conjointement, le 24 novembre, un appel pour demander au
gouvernement américain de cesser immédiatement toute exportation de maïs
StarLink4. Les exportations américaines ont déjà chuté de 39% par
rapport à la moyenne des années passées.
Cette affaire StarLink a conduit l'USDA a un revirement spectaculaire de sa
position. Il a été amenée à reconnaître l'utilité de la séparation des
filières conventionnelles et transgéniques en mettant en place les moyens de
contrôle. Les organismes stockeurs et les distributeurs ont eux aussi modifié
leur politique d'achat de grains pour 2001 : par le biais d'une lettre aux
agriculteurs ou par des spots radio, ils ont informé qu'ils n'achèteraient
plus que des variétés autorisées partout dans le monde pour l'alimentation
humaine. De même, Tyson Foods, le deuxième distributeur de volailles
américain, ne nourrira plus ses poulets avec le maïs StarLink. Les fabricants
d'OGM en tirent aussi des leçons : Monsanto va restreindre ses plantations de
maïs OGM en 2001.
Notes :
1 www.gefoodalert.org
2 www.thecampaign.org/fda-recall.htm
3 www.solagral.org/publications/cdp/cdp59/article5.htm
4 www.envirodev.org/archives/biosecu/iccp_1200/presse2.htm
Retour
au dossier
|