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OGM, recherche et principe de précaution
La biologie moléculaire est une science jeune :
première transgénèse sur un microorganisme en 1973. La première plante
transgénique mise sur le marché a été la tomate Flavr Savr en 1994.
La transgénèse consiste à transférer des gènes, éléments de base du
patrimoine génétique, vers un autre organisme. Elle permet d'introduire de
nouveaux caractères dans un organisme qui ne les possède pas. Les applications
potentielles sont nombreuses et les plantes transgéniques ne constituent qu'une
petite partie des applications du génie génétique. La transgénèse peut
également modifier des microorganismes pour produire des substances à haute
valeur ajoutée : insuline, hormones de croissance, etc.
Les transferts de gènes sont surtout employés comme outils de compréhension
des phénomènes biologiques par l'analyse des conséquences des modifications
de tout ou partie des gènes et des mécanismes physiologiques qu'ils induisent
en terme de biologie du développement, de résistance au stress ou aux
maladies, etc. La transgénèse a aussi permis le séquençage du génome (carte
d'identité chromosomique).
Cependant, les chercheurs ne sont pas tous d'accords sur le "progrès"
que représente la transgénèse et s'interroge sur les précautions (éthique,
économique, écologique) qui entourent son développement. Les opposants les
plus virulents jugent que les OGM ne sont pas un progrès mais une régression,
dans la mesure où leurs conséquences nuisent davantage aux conditions de vie
et d'activités humaines (dépendance des agriculteurs vis-à-vis des semenciers,
perte de biodiversité…) qu'ils n'apportent de plus value.
Certains chercheurs estiment que le génie génétique s'apparente aujourd'hui
à un "bricolage". La transgénèse est par exemple imprécise quant
à l'endroit d'insertion des gènes. Elle ne prend pas en compte les effets
induits, recombinaisons ou synergies entre gènes qui peuvent intervenir lors de
la transgénèse. De ce fait, le passage de la recherche fondamentale à la
recherche appliquée peut être questionné. Cité par Corinne Lepage dans le
livre qu'elle vient de publier, un professeur anglais, Arpad Puztai, ayant mis
en évidence que des rats alimentés avec des pommes de terres génétiquement
modifiées (insecticide) voyaient leurs défenses immunitaires faiblir, a été
limogé après la parution de ses résultats. Résultats qui n'ont jamais été
contredits par aucune autre recherche...
Enfin, les liaisons entre recherche publique et recherche privée sont très
critiquées dans ce domaine. En effet, la génomique introduit un changement de
rapport avec la biologie amenant à s'interroger davantage sur son bien fondé,
d'autant que l'application scientifique est inéluctable, si elle est rentable.
Si depuis longtemps, les programmes de recherches ne sont pas déterminés
seulement par des intérêts scientifiques, mais par l'intervention de groupes
de population ou d'industries, c'est l'inversion des motifs qui inquiète :
l'application industrielle détermine l'orientation des recherches.
L'acquisition de connaissances, la découverte de la nature et de son
fonctionnement ne précédant plus l'application.
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Le principe de précaution
Le principe de précaution s’impose
dans une société dite "du risque", c'est-à-dire
traversée à la fois par l’incertitude, la complexité et l’irréversibilité.
Il est rendu nécessaire par des innovations qui génèrent de
nouveaux risques collectifs et globaux (non plus individuels et
localisés), comme le changement climatique, les accidents
nucléaires et la dissémination des OGM. Certains philosophes (Hans
Jonas») et juristes (comme Corinne Lepage, CRII-Gen) invoquent la
nécessité d'y adjoindre un principe de responsabilité, sorte
d'impératif moral envers les futures générations.
Pour que s'exerce ce principe de précaution, l'expertise doit être
contradictoire afin que chaque partie soit obligée de s'expliquer,
de justifier et d'argumenter sa thèse. C'est pourquoi, les avis
minoritaires dans les comités consultatif d'experts sont aussi
importants à connaître que la position finale. « La
délibération en commun sur les choix de société et de
développement, qui s’appelle légitimement la politique, dans une
société d’hommes libres et évolués, est à présent notre
urgence », précise Corinne Lepage. |
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