Ours de TRI

Revue bimensuelle d'information
et d'actualités agricoles et rurales

Contactez-nous - La revue - Abonnement - Rechercher - Newsletter

04/04/01

Retour en page d'accueil

Edito

Dossier

Sommaire

Liens

 

Le mythe de la vocation exportatrice européenne

Les débats autour de la prochaine réforme de la politique agricole commune s’engagent dans la foulée des crises de l’élevage bovin et alors que les négociations commerciales internationales reprennent. Transrural vous propose une série d’articles sur des questions qui traverseront cette réforme. Le premier concerne la politique exportatrice de l’Union.

La Politique agricole commune (Pac) a permis le développement spectaculaire des capacités de production agricole. Devenue exportatrice, l'Europe a soutenu la croissance des volumes exportés via des subventions. Leur coût devenant exponentiel, l’Union a modifié, dans sa réforme de 1992, cette logique : elle a abaissé les prix garantis (afin qu’ils avoisinent les cours mondiaux) et a accordé des aides directes compensatrices aux agriculteurs. Ainsi résumé, c'est finalement la politique d'export qui a dicté la Pac. Or, depuis 20 ans, nombreux chercheurs et syndicalistes critiquent ce choix. Ils démontrent que l’export, hors Union, représente moins de 10% des volumes produits. En France, les résultats positifs de la balance commerciale agricole repose sur les produits à haute valeur ajoutée (vins, fromages) et non sur les produits de base (céréales, lait, viande) qu'encadrent la Pac. L’équilibre de cette balance ne prend pas en compte tous les intrants nécessaires à la production, le fuel entre autres. Enfin, cet équilibre est volatile : le plongeon des exportations bovines a fait chuter l’export de 1,4 Mds F tandis que les importations de tourteaux (aliment du bétail) gonflaient les importations de 1,8 Mds F. Mais surtout, cette politique fondée sur des prix bas, en dessous du coût de revient, est condamnable pour son action de "dumping". Elle met en péril une majorité d’exploitations agricoles en Europe et dans tous les pays où l’agriculture, non subventionnée, ne peut affronter une telle concurrence.
La conjoncture actuelle offre-t-elle la possibilité changer cette donne ? Plusieurs indices font évoluer l’appréciation de cette question. D’une part, depuis deux ans, grâce à la Confédération paysanne, entre autres, l’expression des " anti-mondialisation " a gagnée du terrain. D’autre part, les questions sanitaires mettent sur la sellette les risques liés aux flux commerciaux. Les risque de propagation de fièvre aphteuse ou d’éventuelles contaminations par l’ESB ont fermé nombreux débouchés. Les raisons sanitaires ont, depuis toujours, été brandies pour refuser l’entrée de certains produits étrangers. L’Europe s’est ainsi protégée du bœuf aux hormones américain. Mais, au fur et à mesure que la libéralisation est devenue la règle des échanges commerciaux, ce levier semble devenir le dernier rempart " protectionniste ". L’argument est cependant ambigu. Les raisons sanitaires sont surtout accessibles aux pays qui détiennent une législation rigoureuse ce qui privilégie, encore une fois, les pays riches au détriment des pays pauvres.
Ce recentrage géographique par souci de traçabilité des marchés de la viande peut-il faire tâche d'huile pour les autres productions ? Les syndicats agricoles ont ainsi revendiqué que l'Europe soutiennent la culture d’oléoprotéagineux aujourd'hui importés pour remplacer les farines animales dans l’alimentation du bétail. La Commission vient de rendre son avis : elle préfère l’importation de soja américain, moins cher, au soutien de la production interne. Se retranchant derrière les accords internationaux, elle fait fi des arguments réclamant l'autosuffisante et la protection contre les OGM. La démonstration n'est donc pas encore entendue.

C. D. et M. R.