|
|

Le mythe de la vocation exportatrice européenne
Les débats autour de la prochaine réforme de la politique agricole
commune s’engagent dans la foulée des crises de l’élevage bovin et alors
que les négociations commerciales internationales reprennent. Transrural vous
propose une série d’articles sur des questions qui traverseront cette
réforme. Le premier concerne la politique exportatrice de l’Union.
La Politique agricole commune (Pac) a permis le
développement spectaculaire des capacités de production agricole. Devenue
exportatrice, l'Europe a soutenu la croissance des volumes exportés via des
subventions. Leur coût devenant exponentiel, l’Union a modifié, dans sa
réforme de 1992, cette logique : elle a abaissé les prix garantis (afin
qu’ils avoisinent les cours mondiaux) et a accordé des aides directes
compensatrices aux agriculteurs. Ainsi résumé, c'est finalement la politique
d'export qui a dicté la Pac. Or, depuis 20 ans, nombreux chercheurs et
syndicalistes critiquent ce choix. Ils démontrent que l’export, hors Union,
représente moins de 10% des volumes produits. En France, les résultats
positifs de la balance commerciale agricole repose sur les produits à haute
valeur ajoutée (vins, fromages) et non sur les produits de base (céréales,
lait, viande) qu'encadrent la Pac. L’équilibre de cette balance ne prend pas
en compte tous les intrants nécessaires à la production, le fuel entre autres.
Enfin, cet équilibre est volatile : le plongeon des exportations bovines a
fait chuter l’export de 1,4 Mds F tandis que les importations de tourteaux
(aliment du bétail) gonflaient les importations de 1,8 Mds F. Mais surtout,
cette politique fondée sur des prix bas, en dessous du coût de revient, est
condamnable pour son action de "dumping". Elle met en péril
une majorité d’exploitations agricoles en Europe et dans tous les pays où l’agriculture,
non subventionnée, ne peut affronter une telle concurrence.
La conjoncture actuelle offre-t-elle la possibilité changer cette donne ?
Plusieurs indices font évoluer l’appréciation de cette question. D’une
part, depuis deux ans, grâce à la Confédération paysanne, entre autres, l’expression
des " anti-mondialisation " a gagnée du terrain. D’autre
part, les questions sanitaires mettent sur la sellette les risques liés aux
flux commerciaux. Les risque de propagation de fièvre aphteuse ou d’éventuelles
contaminations par l’ESB ont fermé nombreux débouchés. Les raisons
sanitaires ont, depuis toujours, été brandies pour refuser l’entrée de
certains produits étrangers. L’Europe s’est ainsi protégée du bœuf aux
hormones américain. Mais, au fur et à mesure que la libéralisation est
devenue la règle des échanges commerciaux, ce levier semble devenir le dernier
rempart " protectionniste ". L’argument est cependant
ambigu. Les raisons sanitaires sont surtout accessibles aux pays qui détiennent
une législation rigoureuse ce qui privilégie, encore une fois, les pays riches
au détriment des pays pauvres.
Ce recentrage géographique par souci de traçabilité des marchés de la viande
peut-il faire tâche d'huile pour les autres productions ? Les syndicats
agricoles ont ainsi revendiqué que l'Europe soutiennent la culture d’oléoprotéagineux
aujourd'hui importés pour remplacer les farines animales dans l’alimentation
du bétail. La Commission vient de rendre son avis : elle préfère l’importation
de soja américain, moins cher, au soutien de la production interne. Se
retranchant derrière les accords internationaux, elle fait fi des arguments
réclamant l'autosuffisante et la protection contre les OGM. La démonstration
n'est donc pas encore entendue.
C. D. et M. R.
|