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09/04/01

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La ségrégation illusoire entre filières OGM et sans OGM

La détection des OGM : coûteuse et imparfaite
C
omme pour bien des aspects concernant les OGM (impact sur la santé et sur l’environnement, responsabilité des producteurs, implications économiques…), l'arsenal législatif visant à distinguer les produits OGM des autres est aujourd’hui difficilement applicable : on ne dispose en effet d’aucune méthode normalisée de détection des OGM. Dès lors, contrôler efficacement l’entrée en Europe d’OGM non autorisés ou détecter des OGM dans les produits alimentaires constitue une gageure. « Nous ne sommes pas en mesure de détecter des OGM dont nous ne connaissons pas les modifications génétiques », souligne ainsi Emmanuel Gachet, du laboratoire privé d’analyses Eurofins Scientific, à Nantes. « Le problème de fond pour les laboratoires impliqués dans la détection d'OGM est la difficulté d'avoir accès aux informations (construction des transgènes) et aux matériels (sondes, amorces spécifiques, standards OGM et non-OGM...) nécessaires, y compris pour les OGM autorisés en Europe », confirme David Zhang, du Geves.
Les chercheurs en sont encore à des questions de base : quelle quantité d’échantillon prélever ? Comment associer détection qualitative et détection quantitative à un coût raisonnable ?
Enfin, l'harmonisation des méthodes aux niveaux européen (dans deux ans ?) et international est incontournable pour valider les résultats des différents laboratoires.
La fréquence et l’ampleur des contrôles sont-elles suffisantes ? En septembre 1999, les analyses scientifiques réalisées par la DGCCRF faisaient apparaître que sur 62 prélèvements, 12 contenaient des OGM. Or dix des denrées concernées ne le mentionnaient pas sur leur étiquette et la onzième revendiquait même à tort l'absence d'OGM !

Un seuil…économique ?
« Garantir un lot totalement vierge d'OGM nous semble une utopie scientifique car, comme pour toute analyse, il y a la notion de seuil de détection qui s'applique aux OGM comme, par exemple, à toute analyse de contaminant : on peut dire "inférieur à" ou "non détecté au seuil de" mais pas "absence garantie d'OGM"», estime François Vigneau, chef du département chimie d’Eurofins Scientific. Définir ce seuil d’acceptabilité pour la présence fortuite d’OGM ne fait bien sûr pas l'unanimité. La Commission européenne a proposé en janviers dernier un taux de 0,3 % maximum d'OGM dans les semences de variétés allogames (qui se reproduisent par pollinisation croisée) ; de 0,5 % pour les variétés autogames (reproduction par auto-pollinisation) et un taux de 1 % dans les aliments et ingrédients alimentaires. Le 16 mars dernier, le comité scientifique européen a déclaré que ces taux ne pourraient être respectés que "dans des conditions de production idéales" et que les tenir sera "de plus en plus difficile avec le développement des OGM en Europe". Ce comité a aussi récusé le "taux zéro" préconisé par Bruxelles pour les OGM non autorisés en Europe qui "ne peut être obtenu en pratique". Il lui préfère un taux de 0,1 %, que les industriels estiment, quant à eux, irréaliste car il "multiltiplie les mesures de précaution par 100, les coûts explosent », ainsi que les éventuels contentieux.

Deux filières
Sollicitée par la Fnsea, une étude coordonnée par l’Inra a évalué la pertinence de deux filières, l'un avec, l'autre sans OGM. L'analyse s'est appuyée sur un panel de consommateurs. Selon l'étude, la création de deux filières lèverait l'hostilité des consommateurs à condition que les produits conventionnels restent non-OGM et que les produits OGM soit facilement identifiables.
L'étude envisage que le surcoût de contrôle soit supporté par l’amont et l’aval de la filière non-OGM, mais omet de proposer que la filière OGM paye les perturbations qu'elle génère… Enfin, cette double filière ne prend pas en compte l’impact des OGM sur l'environnement (TRI 170, 173). Comment en Europe, compte tenu du parcellaire, peut-on certifier la non contamination des parcelles voisines ?

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