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La ségrégation illusoire entre filières OGM et sans OGM
La détection des OGM : coûteuse et imparfaite
Comme pour bien des aspects concernant les OGM (impact
sur la santé et sur l’environnement, responsabilité des producteurs,
implications économiques…), l'arsenal législatif visant à distinguer les
produits OGM des autres est aujourd’hui difficilement applicable : on ne
dispose en effet d’aucune méthode normalisée de détection des OGM. Dès
lors, contrôler efficacement l’entrée en Europe d’OGM non autorisés ou
détecter des OGM dans les produits alimentaires constitue une gageure. « Nous
ne sommes pas en mesure de détecter des OGM dont nous ne connaissons pas les
modifications génétiques », souligne ainsi Emmanuel Gachet, du
laboratoire privé d’analyses Eurofins Scientific, à Nantes. « Le
problème de fond pour les laboratoires impliqués dans la détection d'OGM est
la difficulté d'avoir accès aux informations (construction des transgènes) et
aux matériels (sondes, amorces spécifiques, standards OGM et non-OGM...)
nécessaires, y compris pour les OGM autorisés en Europe », confirme
David Zhang, du Geves.
Les chercheurs en sont encore à des questions de base : quelle quantité d’échantillon
prélever ? Comment associer détection qualitative et détection
quantitative à un coût raisonnable ?
Enfin, l'harmonisation des méthodes aux niveaux européen (dans deux
ans ?) et international est incontournable pour valider les résultats des
différents laboratoires.
La fréquence et l’ampleur des contrôles sont-elles suffisantes ? En
septembre 1999, les analyses scientifiques réalisées par la DGCCRF faisaient
apparaître que sur 62 prélèvements, 12 contenaient des OGM. Or dix des
denrées concernées ne le mentionnaient pas sur leur étiquette et la onzième
revendiquait même à tort l'absence d'OGM !
Un seuil…économique ?
« Garantir un lot totalement vierge d'OGM nous semble une utopie
scientifique car, comme pour toute analyse, il y a la notion de seuil de
détection qui s'applique aux OGM comme, par exemple, à toute analyse de
contaminant : on peut dire "inférieur à" ou "non détecté au
seuil de" mais pas "absence garantie d'OGM"», estime
François Vigneau, chef du département chimie d’Eurofins Scientific. Définir
ce seuil d’acceptabilité pour la présence fortuite d’OGM ne fait bien sûr
pas l'unanimité. La Commission européenne a proposé en janviers dernier un
taux de 0,3 % maximum d'OGM dans les semences de variétés allogames (qui se
reproduisent par pollinisation croisée) ; de 0,5 % pour les variétés
autogames (reproduction par auto-pollinisation) et un taux de 1 % dans les
aliments et ingrédients alimentaires. Le 16 mars dernier, le comité
scientifique européen a déclaré que ces taux ne pourraient être respectés
que "dans des conditions de production idéales" et que les
tenir sera "de plus en plus difficile avec le développement des OGM en
Europe". Ce comité a aussi récusé le "taux zéro"
préconisé par Bruxelles pour les OGM non autorisés en Europe qui "ne
peut être obtenu en pratique". Il lui préfère un taux de 0,1 %, que
les industriels estiment, quant à eux, irréaliste car il "multiltiplie
les mesures de précaution par 100, les coûts explosent », ainsi que
les éventuels contentieux.
Deux filières
Sollicitée par la Fnsea, une étude coordonnée par l’Inra a évalué la
pertinence de deux filières, l'un avec, l'autre sans OGM. L'analyse s'est
appuyée sur un panel de consommateurs. Selon l'étude, la création de deux
filières lèverait l'hostilité des consommateurs à condition que les produits
conventionnels restent non-OGM et que les produits OGM soit facilement
identifiables.
L'étude envisage que le surcoût de contrôle soit supporté par l’amont et l’aval
de la filière non-OGM, mais omet de proposer que la filière OGM paye les
perturbations qu'elle génère… Enfin, cette double filière ne prend pas en
compte l’impact des OGM sur l'environnement (TRI 170, 173). Comment en
Europe, compte tenu du parcellaire, peut-on certifier la non contamination des
parcelles voisines ?
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