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Fièvre aphteuse et risque
systémique
L’épidémie de fièvre
aphteuse à laquelle l’Europe est confrontée depuis la mi-février ne
constitue pas une situation inédite contrairement à celle générée par l’apparition
de la maladie de la vache folle. Pourtant, elle semble prendre les allures
de catastrophe d’une ampleur, elle, inédite.
En
cela, cette crise illustre ce que certains économistes nomment
" risque systémique ", celui-ci étant inhérent au
phénomène de mondialisation. Au 19ème siècle, l’apparition
d’un foyer d’infestation conduisait les autorités à mettre en place,
avec une certaine efficacité, des mesures du même type que celles
adoptées récemment : isolement du foyer par un cordon sanitaire,
interdiction temporaire des rassemblements humains (comme par exemple la
messe), abattage des animaux,… Désormais, la maîtrise de la
dissémination du virus de la fièvre aphteuse, caractérisé par sa forte
contagiosité (voir encadré), se heurte désormais au développement
exponentiel des échanges de biens et de personnes depuis quelques
décennies. L’échelle géographique à laquelle s’opèrent aujourd’hui
les échanges est sans commune mesure avec son caractère hier très
localisé. Et il ne s’agit plus seulement d’interdire la messe mais
nombre des activités donnant lieu à de forts regroupements de populations
(matches du Tournoi des cinq nations !) ou susceptibles de favoriser la
contamination à de nouveaux " récepteurs " (d’où la
fermeture des parcs de loisirs accueillant des cervidés, l’interdiction
de chasser, etc.). De plus, la concentration des lieux de productions et d’abattage
favorise à l’évidence la dissémination précoce du virus. Cette
concentration étant elle-même permise par la facilité accrue des
échanges sur de longues distances.
Paradoxalement, le développement de ces échanges, problématiques aujourd’hui,
a nécessité l’abandon d’autres formes de protection telles que la
vaccination. Ainsi, la vaccination des bovins, pratiquée sur le continent
européen jusqu’en 1991, a été supprimée notamment à la demande du
Royaume-Uni qui ne la pratiquait pas au profit de tests de séropositivité
à l’entrée. En effet, un animal vacciné réagit positivement aux tests
et ne peut donc être distingué d’un animal contaminé. Se déclarant
indemne de la fièvre aphteuse, l’Europe a pu s’ouvrir aux marchés
internationaux, la vaccination entravant les échanges, d’où son abandon.
Si elle était à nouveau instaurée, le Royaume-Uni pourrait donc
doublement en souffrir : d’une part en raison des abattages massifs d’animaux,
d’autre part en raison du préjudice commercial dans les années à venir.
À moins qu’elle ne soit décidée à l’échelle européenne, mais à
quel coût ?
T.D.
1
Défini par l’économiste Michel Aglietta, à propos des phénomènes de
globalisation financière, le risque systémique est lié à la densité des
interconnexions entre les éléments d’un système : toute
défaillance en l’un des points peut très vite avoir des conséquences
sur l’ensemble du système, comme a pu l’illustrer la propagation de la
crise financière asiatique.
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Le virus aphteux
On en dénombre actuellement 7 formes de souches virales. Le virus n’est
transmissible qu’aux bovidés (bovins, zébus, buffles
domestiques, yaks), ovins, caprins, porcins, ruminants sauvages,
suidés (sangliers,…) et camélidés (peu sensibles). Les
vétérinaires désignent communément cette population par l’expression
" animaux à pieds fendus ". La maladie n’est
pas transmissible à l’homme, mais il peut transporter le virus
par ses vêtements, ses chaussures (de même que les pneus des
voitures). Ce virus aphteux très contagieux pourrait aussi se
disséminer par voie aérienne. |
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