Ours de TRI

Revue bimensuelle d'information
et d'actualités agricoles et rurales

Contactez-nous - La revue - Abonnement - Rechercher - Newsletter

08/03/01

Retour en page d'accueil

Edito

Dossier

Sommaire

Liens

 

Fièvre aphteuse et risque systémique

L’épidémie de fièvre aphteuse à laquelle l’Europe est confrontée depuis la mi-février ne constitue pas une situation inédite contrairement à celle générée par l’apparition de la maladie de la vache folle. Pourtant, elle semble prendre les allures de catastrophe d’une ampleur, elle, inédite.

En cela, cette crise illustre ce que certains économistes nomment " risque systémique ", celui-ci étant inhérent au phénomène de mondialisation. Au 19ème siècle, l’apparition d’un foyer d’infestation conduisait les autorités à mettre en place, avec une certaine efficacité, des mesures du même type que celles adoptées récemment : isolement du foyer par un cordon sanitaire, interdiction temporaire des rassemblements humains (comme par exemple la messe), abattage des animaux,… Désormais, la maîtrise de la dissémination du virus de la fièvre aphteuse, caractérisé par sa forte contagiosité (voir encadré), se heurte désormais au développement exponentiel des échanges de biens et de personnes depuis quelques décennies. L’échelle géographique à laquelle s’opèrent aujourd’hui les échanges est sans commune mesure avec son caractère hier très localisé. Et il ne s’agit plus seulement d’interdire la messe mais nombre des activités donnant lieu à de forts regroupements de populations (matches du Tournoi des cinq nations !) ou susceptibles de favoriser la contamination à de nouveaux " récepteurs " (d’où la fermeture des parcs de loisirs accueillant des cervidés, l’interdiction de chasser, etc.). De plus, la concentration des lieux de productions et d’abattage favorise à l’évidence la dissémination précoce du virus. Cette concentration étant elle-même permise par la facilité accrue des échanges sur de longues distances.
Paradoxalement, le développement de ces échanges, problématiques aujourd’hui, a nécessité l’abandon d’autres formes de protection telles que la vaccination. Ainsi, la vaccination des bovins, pratiquée sur le continent européen jusqu’en 1991, a été supprimée notamment à la demande du Royaume-Uni qui ne la pratiquait pas au profit de tests de séropositivité à l’entrée. En effet, un animal vacciné réagit positivement aux tests et ne peut donc être distingué d’un animal contaminé. Se déclarant indemne de la fièvre aphteuse, l’Europe a pu s’ouvrir aux marchés internationaux, la vaccination entravant les échanges, d’où son abandon. Si elle était à nouveau instaurée, le Royaume-Uni pourrait donc doublement en souffrir : d’une part en raison des abattages massifs d’animaux, d’autre part en raison du préjudice commercial dans les années à venir. À moins qu’elle ne soit décidée à l’échelle européenne, mais à quel coût ?

T.D.

1 Défini par l’économiste Michel Aglietta, à propos des phénomènes de globalisation financière, le risque systémique est lié à la densité des interconnexions entre les éléments d’un système : toute défaillance en l’un des points peut très vite avoir des conséquences sur l’ensemble du système, comme a pu l’illustrer la propagation de la crise financière asiatique.

Le virus aphteux
On en dénombre actuellement 7 formes de souches virales. Le virus n’est transmissible qu’aux bovidés (bovins, zébus, buffles domestiques, yaks), ovins, caprins, porcins, ruminants sauvages, suidés (sangliers,…) et camélidés (peu sensibles). Les vétérinaires désignent communément cette population par l’expression " animaux à pieds fendus ". La maladie n’est pas transmissible à l’homme, mais il peut transporter le virus par ses vêtements, ses chaussures (de même que les pneus des voitures). Ce virus aphteux très contagieux pourrait aussi se disséminer par voie aérienne.