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12/03/01

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Critique du programme Sapard par un de ses utilisateurs

Entretien avec Dacian Ciolos, coordinateur de la coopération franco-roumaine, mandaté en France par l’Agence nationale pour le développement agricole (Anda) et salarié à Cicda.

Transrural Initiatives : Quelle est votre opinion sur le programme Sapard, en tant qu’outil de développement agricole et rural ?
Dacian Ciolos 
: Le Sapard est un outil lourd. Il ne tient pas compte de la possibilité structurelle des pays à absorber des financements conditionnés par les règles de l’UE. L’acquis communautaire s’appuie sur le principe d’une homogénéisation de l’organisation administrative et sectorielle de l’Europe. Malgré les réformes engagées, les Peco ne présentent pas une administration décentralisée, relayée par des organisations professionnelles, pour initier des projets. D’où les difficultés pour adopter les outils appropriés aux programmes européens et donc pour utiliser les fonds proposés.

TRI : Comment se fait finalement la distribution de ces fonds ?
D.C. 
: Les bénéficiaires sont ceux qui ont les moyens de s’organiser au niveau national et de faire pression sur les ministères concernés. C’est-à-dire les dirigeants des sociétés agricoles, anciens ingénieurs des coopératives d’État. En effet, la redistribution des terres après 1989 n’a pas beaucoup profité aux petits propriétaires. N’ayant pas les moyens d’exploiter, ils louent ou vendent pour presque rien leurs terres aux nouvelles entreprises agricoles privées qui ont pris le relais de la forme étatique. Ces entreprises privées représentent la moitié du foncier agricole en Roumanie.

TRI : Le programme Sapard ne prévoit-il pas un système de redistribution ?
D.C.
 : Non. Il favorise au contraire les exploitations considérées comme " viables ", c’est-à-dire les exploitations avec au minimum 150 ha de céréales ou 20 vaches laitières. C’est énorme en Roumanie ! L’UE impose par ailleurs un cofinancement de 50 %. Étant donné l’absence de soutien étatique, seules les exploitations capitalistes peuvent fournir un tel investissement. Par contre l’agriculture familiale d’autosubsistance (2-3 ha de terres, 2-3 vaches) qui aspire à devenir marchande ne reçoit aucune aide. 

TRI : Comment favoriser l’accès des paysans aux fonds structurels ?
D.C.
 : Une des priorités est de permettre aux petits paysans de disposer des liquidités nécessaires au cofinancement des programmes Sapard. Pour cela, il faut développer des systèmes de crédits variés pour éviter un endettement exclusif auprès de banques privées, de toute façon peu enclines à investir dans une entreprise non rentable à priori. Ces 50% pourraient être financés à auteur de 20% par une caisse de crédit mutuel local, 20% par une banque privée et à 10% par un apport personnel de l’exploitant.

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