
Critique du programme Sapard
par un de ses utilisateurs
Entretien avec Dacian Ciolos, coordinateur de la coopération
franco-roumaine, mandaté en France par l’Agence nationale pour le
développement agricole (Anda) et salarié à Cicda.
Transrural Initiatives : Quelle est votre opinion sur le
programme Sapard, en tant qu’outil de développement agricole et rural ?
Dacian Ciolos : Le Sapard est un outil lourd. Il ne tient pas compte de
la possibilité structurelle des pays à absorber des financements conditionnés
par les règles de l’UE. L’acquis communautaire s’appuie sur le principe d’une
homogénéisation de l’organisation administrative et sectorielle de l’Europe.
Malgré les réformes engagées, les Peco ne présentent pas une administration
décentralisée, relayée par des organisations professionnelles, pour initier
des projets. D’où les difficultés pour adopter les outils appropriés aux
programmes européens et donc pour utiliser les fonds proposés.
TRI : Comment se fait finalement la distribution de ces
fonds ?
D.C. : Les bénéficiaires sont ceux qui ont les moyens de s’organiser
au niveau national et de faire pression sur les ministères concernés. C’est-à-dire
les dirigeants des sociétés agricoles, anciens ingénieurs des coopératives d’État.
En effet, la redistribution des terres après 1989 n’a pas beaucoup profité
aux petits propriétaires. N’ayant pas les moyens d’exploiter, ils louent ou
vendent pour presque rien leurs terres aux nouvelles entreprises agricoles
privées qui ont pris le relais de la forme étatique. Ces entreprises privées
représentent la moitié du foncier agricole en Roumanie.
TRI : Le programme Sapard ne prévoit-il pas un système de
redistribution ?
D.C. : Non. Il favorise au contraire les exploitations considérées
comme " viables ", c’est-à-dire les exploitations avec au
minimum 150 ha de céréales ou 20 vaches laitières. C’est énorme en
Roumanie ! L’UE impose par ailleurs un cofinancement de 50 %. Étant donné l’absence
de soutien étatique, seules les exploitations capitalistes peuvent fournir un
tel investissement. Par contre l’agriculture familiale d’autosubsistance
(2-3 ha de terres, 2-3 vaches) qui aspire à devenir marchande ne reçoit aucune
aide.
TRI : Comment favoriser l’accès des paysans aux fonds
structurels ?
D.C. : Une des priorités est de permettre aux petits paysans de
disposer des liquidités nécessaires au cofinancement des programmes Sapard.
Pour cela, il faut développer des systèmes de crédits variés pour éviter un
endettement exclusif auprès de banques privées, de toute façon peu enclines
à investir dans une entreprise non rentable à priori. Ces 50% pourraient être
financés à auteur de 20% par une caisse de crédit mutuel local, 20% par une
banque privée et à 10% par un apport personnel de l’exploitant.
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