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L'impossible territoire
Entretien avec Nicole Mathieu, Chercheur au LADYSS (Laboratoire dynamiques
sociales et recomposition des Espaces).
Transrural Initiatives : La notion de développement rural
est-elle présente dans les Peco ?
Nicole Mathieu : Dans l’ensemble, on ne pense pas dans les Peco en
termes de développement rural. Pour comprendre, il faut revenir avant la chute
du mur de Berlin. L’État communiste avait conscience d’une certaine
inégalité de fait entre les régions. Il planifiait des politiques de lutte
contre ces inégalités, notamment autour de l’idée que des villes motrices
allaient développer les régions. Mais ces politiques n’étaient pas
considérées comme des politiques " d’aménagement du
territoire " : c’étaient des " politiques
régionales ". Les notions de " territoire " ou de
" pays " était contrées parce qu’elles portaient en
elles le risque du particularisme, du local potentiellement opposé à l’État.
C’est pourquoi toute politique régionale étaient strictement inscrite dans
des limites régionales administratives, souvent artificielles ou rendues
telles : en Pologne, les limites administratives étaient sans cesse
modifiées, pour limiter la naissance de tout sentiment d’identité
régionale.
Pourtant, en réaction à l’État central se formaient des groupes
contestataires de résistance locale, comme les associations écologistes ou de
protection de la nature. Ceux là ne réfléchissaient pas forcément en termes
de développement rural - ils étaient situées dans les campagnes comme
dans les villes - mais ils posaient néanmoins les questions en termes de
développement local.
TRI : Ces groupes locaux ont-ils pu se développer librement
après 1989 ?
N.M. : La chute du mur a tout cassé. Il n’est plus question de
développement des quartiers ou du local. Tous ces groupes qui s’exprimaient
contre un " agresseur " venu du haut ont été balayés par
le capitalisme. Chacun travaille pour soi. Il n’y a pas de pensée du
développement rural en tant que référence à un système de société globale
et contestataire d’une certaine évolution des choses… En revanche, c’est
au niveau de l’administration de l’État, des régions, des communes, que l’on
se voit obligé de penser en termes de développement rural - modèle
communautaire européen oblige. Ces institutions connaissent les programmes de
développement rural, que ce soit par nos expériences de programmes Leader, ou
par le Sapard.
On peut pourtant percevoir l’émergence de l’idée de développement rural
depuis peu, et qui fait suite aux mutations des campagnes d’Europe de l’Est depuis
dix ans : décomposition/recomposition de l’agriculture, baisse de la
population agricole, augmentation des résidences secondaires, mouvements de
population de la ville vers la campagnes - mouvements équivalents à ceux que
nous avons connus en France dans les années 1960 à 1980.
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