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12/03/01

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L'impossible territoire

Entretien avec Nicole Mathieu, Chercheur au LADYSS (Laboratoire dynamiques sociales et recomposition des Espaces).

Transrural Initiatives : La notion de développement rural est-elle présente dans les Peco ?
Nicole Mathieu
 : Dans l’ensemble, on ne pense pas dans les Peco en termes de développement rural. Pour comprendre, il faut revenir avant la chute du mur de Berlin. L’État communiste avait conscience d’une certaine inégalité de fait entre les régions. Il planifiait des politiques de lutte contre ces inégalités, notamment autour de l’idée que des villes motrices allaient développer les régions. Mais ces politiques n’étaient pas considérées comme des politiques " d’aménagement du territoire " : c’étaient des " politiques régionales ". Les notions de " territoire " ou de " pays " était contrées parce qu’elles portaient en elles le risque du particularisme, du local potentiellement opposé à l’État. C’est pourquoi toute politique régionale étaient strictement inscrite dans des limites régionales administratives, souvent artificielles ou rendues telles : en Pologne, les limites administratives étaient sans cesse modifiées, pour limiter la naissance de tout sentiment d’identité régionale.
Pourtant, en réaction à l’État central se formaient des groupes contestataires de résistance locale, comme les associations écologistes ou de protection de la nature. Ceux là ne réfléchissaient pas forcément en termes de développement rural - ils étaient situées dans les campagnes comme dans les villes - mais ils posaient néanmoins les questions en termes de développement local.

TRI : Ces groupes locaux ont-ils pu se développer librement après 1989 ?
N.M
. : La chute du mur a tout cassé. Il n’est plus question de développement des quartiers ou du local. Tous ces groupes qui s’exprimaient contre un " agresseur " venu du haut ont été balayés par le capitalisme. Chacun travaille pour soi. Il n’y a pas de pensée du développement rural en tant que référence à un système de société globale et contestataire d’une certaine évolution des choses… En revanche, c’est au niveau de l’administration de l’État, des régions, des communes, que l’on se voit obligé de penser en termes de développement rural - modèle communautaire européen oblige. Ces institutions connaissent les programmes de développement rural, que ce soit par nos expériences de programmes Leader, ou par le Sapard.
On peut pourtant percevoir l’émergence de l’idée de développement rural depuis peu, et qui fait suite aux mutations des campagnes d’Europe de l’Est depuis dix ans : décomposition/recomposition de l’agriculture, baisse de la population agricole, augmentation des résidences secondaires, mouvements de population de la ville vers la campagnes - mouvements équivalents à ceux que nous avons connus en France dans les années 1960 à 1980.

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