
L’Euroscepticisme des agriculteurs d’Europe
centrale
Entretien avec Piotr Dąbrowski, président du
Forum des agriculteurs des pays d’Europe centrale et orientale (Peco),
organisation non gouvernementale polonaise.
Transrural Initiatives :
Pourriez-vous nous brosser un tableau des différentes formes d’agriculture
que l’on rencontre en Europe centrale ?
Piotr Dąbrowski : Les situations sont très différentes entre
les Peco et au sein même des pays. On trouve d’abord, principalement en
Pologne et en Roumanie, une masse de petites exploitations pluriactives (1
à 5 ha). En ce moment, il y a de moins en moins de possibilités de
travailler hors de la ferme et on peut considérer que 70% de ces petits
paysans représentent une forme de chômage caché1. Cette
catégorie, même si elle a des conditions de vie moins misérables qu’un
chômage urbain, n’a aucun moyen de progresser. Il faut lui proposer un
meilleur accès à l’éducation et créer des emplois hors de l’agriculture
dans les campagnes. Ensuite, il y des exploitations entre 5 et 20 ha. Mais
seulement 10% d’entre elles dégagent des bénéfices réels et encore
moins nombreuses sont-celles qui peuvent réellement investir et se
moderniser. Quel sera l’avenir des 90% " non
viables " ? Enfin, il y a les grosses exploitations modernes,
hypercapitalistes, qui peuvent atteindre plusieurs milliers d’hectares2.
Elles sont tout à fait prêtes à intégrer l’UE. Elles représentent une
concurrence offensive, compétitive avec des charges faibles et une main-d’œuvre
bon marché.
TRI : Quelles
sont les positions de ces agriculteurs vis à vis de l’UE ?
P.D. : Il y a dix ans, l’enthousiasme était omniprésent. Tout
le monde attendait un élan de solidarité en compensation des accords de
Yalta... Mais la désillusion a été très rapide. Notre balance
commerciale est rapidement devenue négative au profit de l’UE. Cela lui a
donné une très mauvaise image. Il y a deux ans, la Pologne a connu des
manifestations agricoles très violentes suite à la crise du porc. La cible
des slogans était l’UE, pour s’être appropriée le marché russe en y
exportant ses excédents.
TRI : Les
agriculteurs sont-ils mobilisés pour travailler avec leurs homologues de l’Ouest ?
P.D. : Peu. Les gens sont principalement absorbés par leurs
difficultés quotidiennes. Il faut aussi savoir qu’une grande majorité
des petits paysans est hors de toute organisation ou syndicat
professionnels. Ils ne participent donc pas du tout au débat de l’intégration
et diabolisent souvent l’UE qui les oblige à changer de mode de
production pour se mettre aux normes.
TRI : Pensez-vous
que le délai de 2004 que se sont fixés l’UE et le gouvernement polonais
soit réalisable ou souhaitable ?
P.D. : " Il n’y a pas beaucoup de débats nationaux sur
ce point. Je reviens d’un court séjour en Hongrie où cette phrase
circulait : " L’Autriche était bien préparée et
bienvenue. Nous nous sommes mal préparés et malvenus ! ".
En Pologne existe aussi ce discours non officiel qui propose de prendre plus
de temps pour être prêt à entrer dans l’Union. "
1 La
population agricole a augmenté depuis 10 ans, suite au retour sur le lopin
familiale des victimes de la crise économique. On a parlé de " l’effet
tampon " des campagnes.
2 En République Tchèque par exemple, la moitié des exploitations
agricoles ont des surfaces supérieures à 500 ha.
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