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13/03/01

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L’Euroscepticisme des agriculteurs d’Europe centrale

Entretien avec Piotr Dąbrowski, président du Forum des agriculteurs des pays d’Europe centrale et orientale (Peco), organisation non gouvernementale polonaise.

Transrural Initiatives : Pourriez-vous nous brosser un tableau des différentes formes d’agriculture que l’on rencontre en Europe centrale ?
Piotr Dąbrowski
 : Les situations sont très différentes entre les Peco et au sein même des pays. On trouve d’abord, principalement en Pologne et en Roumanie, une masse de petites exploitations pluriactives (1 à 5 ha). En ce moment, il y a de moins en moins de possibilités de travailler hors de la ferme et on peut considérer que 70% de ces petits paysans représentent une forme de chômage caché1. Cette catégorie, même si elle a des conditions de vie moins misérables qu’un chômage urbain, n’a aucun moyen de progresser. Il faut lui proposer un meilleur accès à l’éducation et créer des emplois hors de l’agriculture dans les campagnes. Ensuite, il y des exploitations entre 5 et 20 ha. Mais seulement 10% d’entre elles dégagent des bénéfices réels et encore moins nombreuses sont-celles qui peuvent réellement investir et se moderniser. Quel sera l’avenir des 90% " non viables " ? Enfin, il y a les grosses exploitations modernes, hypercapitalistes, qui peuvent atteindre plusieurs milliers d’hectares2. Elles sont tout à fait prêtes à intégrer l’UE. Elles représentent une concurrence offensive, compétitive avec des charges faibles et une main-d’œuvre bon marché.

TRI : Quelles sont les positions de ces agriculteurs vis à vis de l’UE ?
P.D.
 : Il y a dix ans, l’enthousiasme était omniprésent. Tout le monde attendait un élan de solidarité en compensation des accords de Yalta... Mais la désillusion a été très rapide. Notre balance commerciale est rapidement devenue négative au profit de l’UE. Cela lui a donné une très mauvaise image. Il y a deux ans, la Pologne a connu des manifestations agricoles très violentes suite à la crise du porc. La cible des slogans était l’UE, pour s’être appropriée le marché russe en y exportant ses excédents.

TRI : Les agriculteurs sont-ils mobilisés pour travailler avec leurs homologues de l’Ouest ?
P.D. :
Peu. Les gens sont principalement absorbés par leurs difficultés quotidiennes. Il faut aussi savoir qu’une grande majorité des petits paysans est hors de toute organisation ou syndicat professionnels. Ils ne participent donc pas du tout au débat de l’intégration et diabolisent souvent l’UE qui les oblige à changer de mode de production pour se mettre aux normes.

TRI : Pensez-vous que le délai de 2004 que se sont fixés l’UE et le gouvernement polonais soit réalisable ou souhaitable ?
P.D.
 : " Il n’y a pas beaucoup de débats nationaux sur ce point. Je reviens d’un court séjour en Hongrie où cette phrase circulait : " L’Autriche était bien préparée et bienvenue. Nous nous sommes mal préparés et malvenus ! ". En Pologne existe aussi ce discours non officiel qui propose de prendre plus de temps pour être prêt à entrer dans l’Union. "

1 La population agricole a augmenté depuis 10 ans, suite au retour sur le lopin familiale des victimes de la crise économique. On a parlé de " l’effet tampon " des campagnes.
2
En République Tchèque par exemple, la moitié des exploitations agricoles ont des surfaces supérieures à 500 ha.

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