Ours de TRI

29 janvier
2001

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Virage de la politique agricole allemande

L’Allemagne a pris radicalement la mesure de ses erreurs dans la gestion de la crise de la vache folle. Elle a rejoint les mesures prises par ses partenaire européens. Le niveau fédéral a ainsi décidé l’abattage systématique du troupeau lors de la détection d’un animal malade. Cette décision rencontre cependant l’opposition de la Bavière qui privilégie "l’option suisse" d’un abattage sélectif.
Mais plus globalement, les lourdes accusations envers le gouvernement ont conduit le 9 janvier à la démission des ministres de la santé et de l’agriculture. La presse avait unanimement reproché au ministre de l'agriculture de « s’être plié aux vœux de l’industrie agricole ». Critiquant les « 50 années de mauvais développement dans l’agriculture et l’agro-industrie », le chancelier allemand à la t^te de l'exécutif, Gerhard Schroeder, reconnaît aujourd’hui la nécessité d'une approche « radicalement nouvelle » plaçant le consommateur au centre de la politique agricole à venir. Il salue le projet de ses nouveaux secrétaires d’État à l’agriculture et à l’environnement qui veulent renforcer le soutien à l’agriculture biologique bio (250 millions d’euros prévu de 2002 à 2005) et orienter la Politique agricole commune (Pac) afin qu'elle prenne mieux « en compte les critères sociaux et environnementaux ». Enfonçant le clou, Gerhard Schroeder a nommé une élue verte, Renate Künast à la tête du ministère de l’agriculture, prédisant « une perte d’influence des lobbies sur la politique agricole ». La nouvelle ministre promet que 10% de la production agricole allemande sera biologique d’ici 5 ans. Le ministère de l’agriculture se transforme aussi en un ministère de la consommation, de l’alimentation et de l’agriculture, celle-ci étant symboliquement reléguée à la troisième position…

Remarquons que les leçons de la crise démarquent la France de l'Allemagne. Le ministère de l’agriculture français a privilégié le travail avec la filière pour trouver des solutions à la crise des éleveurs et afficher un discours commun pour rassurer les consommateurs. L’Allemagne, elle, a choisi de dénoncer une partie de la profession agricole pour sa vocation industrielle, traitant les consommateurs en victime d’une accointance entre les pouvoirs publics et les lobby agricoles. Il est probable que ce virage radical influe les futures réformes de la politique agricole commune, choix politiques que les différentes crises n'avaient pas vraiment réussi à ébranler.

M. R.