Une filière non-OGM en France est-elle
"faisable" ?
Sollicitée par la FNSEA, une étude sur la faisabilité d’une filière
sans OGM coordonnée par l’Inra (Institut national de la recherche
agronomique)1 montre que les professionnels agricoles et les
consommateurs ne sont pas d’accord sur la définition d’une culture exempte
d’OGM (organisme génétiquement modifié). L'analyse s'est appuyée sur un
panel de consommateurs en situation d’achat. Les Français sont hostiles aux
OGM (45% souhaitent leur disparition totale) surtout pour leur alimentation.
Cependant les 37 partenaires de l'étude estiment que la création de deux
filières, OGM et non-OGM, lèverait cette hostilité. Mais pour cela, les
produits conventionnels doivent rester non-OGM et les produits OGM être
facilement identifiables : étiquetage lisible et compréhensible par tous (97%
des souhaits).
Les participants se sont alors interrogés sur le surcoût de la réalisation d’une
telle filière, induit par la multiplication des contrôles et analyses. Selon
la FNSEA, ce surcoût, jusqu’à présent supporté par l’amont de la
filière "non OGM" devrait être partagé entre l’amont et l’aval
de la filière non-OGM (39% des consommateurs refusent de payer ce surplus). On
peut s'étonner que personne n'ait proposé à la filière OGM de payer les
perturbations qu'elle génère… Les partenaires d'étude achoppent surtout sur
la définition d’un seuil d’acceptabilité pour la présence fortuite d’OGM.
Ils estiment que le seuil doit se situer entre 1 et 0,1%. Selon les sondages,
20% des consommateurs acceptent ce seuil de 0,1% et 15% acceptent le 1%. Mais
« le seuil de 0,1% n‘est pas réaliste » explique un
industriel « on multiplie les mesures de précaution par 100, les
coûts explosent » et les sources de contentieux sont multipliées.
Les participants ont en revanche peu discuté de l’impact des OGM sur
l'environnement (TRI 170, 173). Comment en Europe, compte-tenu du
parcellaire, peut-on certifier la non contamination des parcelles voisines (TRI
141) ?
Ces débats ont surtout montré que l'on pouvait faire dire aux études les
conclusions que l'on voulaient entendre... Les OGM ne plaisent pas aux
consommateurs, les experts sont partagés sur leur utilité, personne n'est
prêt à assumer le surcoût d'une ségrégation entre filières : et celle-ci
serait "faisable" ? !
A-M.R.
Le
comité de pilotage réunissait 37 partenaires (organisations professionnelles
de la filière agroalimentaire, syndicats (FNSEA), pouvoirs publics et des
associations de consommateurs)