Ours de TRI

26 décembre 2000

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Une filière non-OGM en France est-elle "faisable" ?

Sollicitée par la FNSEA, une étude sur la faisabilité d’une filière sans OGM coordonnée par l’Inra (Institut national de la recherche agronomique)1 montre que les professionnels agricoles et les consommateurs ne sont pas d’accord sur la définition d’une culture exempte d’OGM (organisme génétiquement modifié). L'analyse s'est appuyée sur un panel de consommateurs en situation d’achat. Les Français sont hostiles aux OGM (45% souhaitent leur disparition totale) surtout pour leur alimentation. Cependant les 37 partenaires de l'étude estiment que la création de deux filières, OGM et non-OGM, lèverait cette hostilité. Mais pour cela, les produits conventionnels doivent rester non-OGM et les produits OGM être facilement identifiables : étiquetage lisible et compréhensible par tous (97% des souhaits).
Les participants se sont alors interrogés sur le surcoût de la réalisation d’une telle filière, induit par la multiplication des contrôles et analyses. Selon la FNSEA, ce surcoût, jusqu’à présent supporté par l’amont de la filière "non OGM" devrait être partagé entre l’amont et l’aval de la filière non-OGM (39% des consommateurs refusent de payer ce surplus). On peut s'étonner que personne n'ait proposé à la filière OGM de payer les perturbations qu'elle génère… Les partenaires d'étude achoppent surtout sur la définition d’un seuil d’acceptabilité pour la présence fortuite d’OGM. Ils estiment que le seuil doit se situer entre 1 et 0,1%. Selon les sondages, 20% des consommateurs acceptent ce seuil de 0,1% et 15% acceptent le 1%. Mais « le seuil de 0,1% n‘est pas réaliste » explique un industriel « on multiplie les mesures de précaution par 100, les coûts explosent » et les sources de contentieux sont multipliées.
Les participants ont en revanche peu discuté de l’impact des OGM sur l'environnement (TRI 170, 173). Comment en Europe, compte-tenu du parcellaire, peut-on certifier la non contamination des parcelles voisines (TRI 141) ?
Ces débats ont surtout montré que l'on pouvait faire dire aux études les conclusions que l'on voulaient entendre... Les OGM ne plaisent pas aux consommateurs, les experts sont partagés sur leur utilité, personne n'est prêt à assumer le surcoût d'une ségrégation entre filières : et celle-ci serait "faisable" ? !

A-M.R.

[1]   Le comité de pilotage réunissait 37 partenaires (organisations professionnelles de la filière agroalimentaire, syndicats (FNSEA), pouvoirs publics et des associations de consommateurs)