Ours de TRI

26 décembre 2000

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Les forces syndicales en présence

La FNSEA et le CNJA conjuguent ensemble le futur ; la Confédération paysanne a besoin de tous les paysans; la Coordination rurale veut être payée par des prix rémunérateurs ; le Modef unit les produits, les prix et les hommes pour plus de qualité… Chaque syndicat agricole a trouvé son mot d'ordre…

Le duo FNSEA et CNJA affichent un « modernisme » qui veut contrebalancer l'image d'un syndicalisme majoritaire "notabilisé". Il cache cependant mal le malaise que traverse la "grande maison" qui gère de plus en plus difficilement les grands écarts d'intérêts entre ses composantes : depuis les céréaliculteurs se plaçant sur les marchés internationaux jusqu'aux petits éleveurs de montagne. L'effort en communication est par conséquent important (le publicitaire Jacques Séguéla a été sollicité) : site Internet, lettre hebdomadaire ‘En campagne !’, slogans toniques… Forte de la fidélité de l’électorat agricole, le syndicalisme "majoritaire" devrait encore gagner ces élections. Mais l'effritement de leur audience depuis 1989, avec l'expression grandissante d'un pluralisme syndical, leur fait craindre d'approcher la barre symbolique des 50%. L’objectif est de ne pas se faire bordurer sur l'aile gauche par la Confédération paysanne, ni sur l'aile droite par la Coordination rurale.

La Confédération paysanne a assis sa place comme deuxième syndicat agricole. Elle est représentative nationalement depuis 1995. Le syndicat a conquis un crédit indéniable dans l’opinion publique. Il cherche à améliorer son score (20,6% en 1995) en se présentant dans tous les départements. Tenir la présidence de chambres d'agriculture vient en second plan, une frange non négligeable des militants étant peu enclins à gérer de telles institutions. La Confédération paysanne a cependant acquis une expérience de mandats minoritaires et de gestion de quatre chambres. Le bilan est en demi-teinte : un apprentissage intéressant, une participation positive dans les instances "de travail" mais une faible répercussion de leurs propositions lors des délibérations.

La Coordination rurale s'affiche conquérante. Nouvellement installée dans le jeu des organisations agricoles (création du syndicat en 1994), ce scrutin confirmera ou infirmera sa présence sur l’échiquier. Trouble fête en 1995, elle n'est guère intervenue depuis (faute de moyens financiers peut être aussi), mais sa pugnacité pourrait séduire dans la dernière ligne droite de la campagne. En effet, ce syndicat semble avoir une réelle force d'attraction auprès d'agriculteurs désorientés par les mutations économiques. Née en opposition de la réforme de la Politique agricole commune en 1992, la Coordination traduit l'éclatement du syndicalisme à sa droite. Elle regroupe des céréaliers plutôt protectionnistes et critiques de la cogestion et des agrariens anticapitalistes.

Le Modef joue modeste. Touchant généralement un électorat âgé à la tête de petites structures, il enregistre un tassement de ses militants. Entre 1983 et 1995, sa représentativité a été diminuée par deux.

Dans une campagne de proximité (scrutin départemental), la FNSEA a l'avantage d'un maillage territorial institutionnel et de l'appui de la majorité des journaux départementaux (inféodés au groupe Réussir) ainsi que de la confusion entre l'appareil syndical et celui des chambres. Constituant souvent des listes « d’union professionnelle » (le Lot et Garonne par exemple), le syndicalisme majoritaire cherche à regrouper les notables agricoles départementaux : représentants de coopératives et d'associations de développement, élus locaux.... Outre les réunions locales, la Confédération paysanne organisera également plusieurs « événements » régionaux (janvier) en présence des porte parole nationaux, dont le médiatique José Bové. La Coordination rurale, elle, se dit prête à sortir les "bétaillères" pour se faire entendre…

Les thèmes de campagnes sont classiques et la crise de la filière bovine si elle donne des armes pour mobiliser les agriculteurs, n'occupe pas tout le débat. La défense du revenu par des prix de vente rémunérateurs et l'installation de nombreux agriculteurs sont les deux sujets incontournables. Les moyens pour atteindre ces objectifs diffèrent : maîtrise de l’offre (Confédération paysanne), prix rémunérateurs (Coordination rurale), fin de l’agrandissement (Modef) et, entre autres arguments un meilleur rapport de force avec la distribution (FNSEA). Quant à l’installation de jeunes, les syndicats d’opposition dénoncent unanimement la charte pilotée par le CNJA. Leurs propositions varient entre créer « des bons agriculteurs » pour la Coordination à un accès au foncier facilité pour la Confédération paysanne.

Comparaison des campagne syndicales
 

FNSEA et CNJA

Confédération paysanne

Coordination rurale

Modef

Score 1995

59,8% des suffrages. Perte de 5 points par rapport à 1989.

20,6 % des voix. Présidence de 4 chambres : Finistère, Loire-Atlantique, Réunion, Guyane.

12%. Présidence de la chambre du  Calvados

5,1%. Présence surtout dans le Sud Ouest, Massif Central, Rhône Alpes, Midi, Bretagne.

Résultats attendus

Score au moins identique aux élections de 1995.

Constitution de listes dans 90 départements (78 en 1995), ce qui à score égal, augmenterait leur représentativité nationale à 27%.

Devenir le deuxième syndicat agricole en faisant passer la FNSEA en dessous de 50% et en doublant le score de 1995.

Une quarantaine de listes. Deux chambres accessibles là où des alliances ont été faites.

Slogan

« L’agriculture se conjugue au futur »

« L’agriculture a besoin de tous ses paysans »

« Des prix aujourd'hui, des paysans demain »

« Des hommes, des produits, tous unis pour une agriculture de qualité »

Thèmes de campagne

- Favoriser l'installation y compris progressive

- Défendre le revenu par des prix rémunérateurs, des allégements fiscaux et des aides pour les fonctions non marchandes

- Alléger les contraintes administratives

- Valoriser l'engagement volontaire pour l'environnement

- Promouvoir l'image des agriculteurs et du syndicalisme

- Défendre la place de la Pac

- Défendre le modèle agricole européen au niveau international

- Affirmer le projet syndical comme une alternative de politique agricole nationale, européenne et internationale

- Défendre le revenu par les prix grâce à la maîtrise des productions

- Favoriser l'installation et l'accès au foncier

- Remettre en cause les systèmes intensifs

- Défendre les paysans en difficulté et les petites exploitations

- Ne pas s'enfermer sur le corporatisme

- Défendre des agriculteurs "dignes, libres d'entreprendre, vivant du fruit de leur travail et responsables"

- Favoriser des installations nombreuses grâce à une politique basée sur des prix rémunérateurs

- Dénoncer la Politique agricole commune qui est jugée "absurde" et refus de la modulation des aides qualifiée d’impôt injuste

- Dénoncer la Politique agricole commune et préférer un soutien des prix aux aides directes.

- Stopper les agrandissements

- Dénoncer la concentration des secteurs coopératifs

- Favoriser une agriculture respectueuse de l'environnement

- Se battre pour une protection sociale non excluante et des retraites revalorisées

Stratégie

- Listes communes FNSEA et CNJA

- Constitution de listes qui regroupent les notables agricoles (responsables de coopératives, Cuma, associations…) et couvre le territoire (canton, commune) départemental

- Ne pas faire d’alliance.

- Préférer l’explication du projet syndical que l’attaque de la FNSEA

 

- "Provoquer le big bang du syndicalisme" en étant présent dans tous les départements

- Attaques de la FNSEA "qui a oublié les agriculteurs" et de «  l'agriculture fonctionnarisée de la Confédération paysanne"

- Avait proposé une alliance à la Confédération qui l’a refusée (sauf dans l’Hérault, le Lot et Garonne, les Hautes Alpes (tractations) et la Haute-Garonne)

Outils de campagne

- Parution du livre de Luc Guyau « Le défi paysan » (TRI 178)

- Bus qui parcourt la France, réunions de proximité

- Site Internet, publication d’une lettre hebdomadaire « En campagne ! », couverture dans la presse agricole départementale

- Réunions de proximité, débats avec les portes paroles et notamment avec José Bové en janvier

- Affiches, lancement de journaux départementaux et dossier dans « Campagnes Solidaires »

- Théâtre dans la Vienne

- Réunions et manifestations,

"Il ne nous reste plus qu'à sortir les bétaillères"…

- Peu d’actions étant donné les faibles moyens financiers

- Utilisation de la presse locale

- Manifestation à Toulouse le 23 janvier

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