Ours de TRI

26 décembre 2000

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Une chambre d'agriculture est une lourde machine…

La chambre d'agriculture de Loire-Atlantique aux mains de la Confédération paysanne depuis 1989 a insufflé tout un travail sur les systèmes fourragers herbagers en accord avec les orientations d'agriculture paysanne revendiquée par le syndicat. Dans le Finistère, département où l'agriculture "productiviste" domine (beaucoup d'élevages hors sol), la Confédération fait l'expérience de la gestion de la chambre depuis 1995. Les commentaires soulignent que manœuvrer une chambre demande de "faire avec" une certaine inertie. Par exemple, on ne tourne pas la page des orientations techniques passées rapidement. René Férec, secrétaire général de la chambre, explique que « le développement technico-économique quantitatif répondait à un grief d’avant les années 90 où les techniciens n’étaient pas spécialisés, et où les paysans allaient voir ceux des organismes économiques. C'est pourquoi l’autorité technique de la chambre d'agriculture doit être reconnue pour sa compétence, même s’il faut aujourd’hui privilégier la dimension territoriale plutôt que la filière. »
Sur ce point, Guy Le Fur, élu de 1984 à 1995, se demande : « Qui donne l’orientation du projet de la chambre ? les élus, les ingénieurs ou les techniciens ? La technique n’est pas neutre. Certains techniciens engagés dans la sauvegarde de l’environnement font avancer les choses sur le terrain, mais leur travail n’est pas assez reconnu. D’autres à l’inverse, continuent à dispenser des conseils basés sur une rationalité économique des volumes ».
Par ailleurs, René Férec relativise le poids de la chambre : «elle ne peut pas bouleverser l’ordre des choses, elle apporte une pierre l’une après l’autre. Depuis 1995, la chambre aura contribué à faire avancer la maîtrise de la production » ajoute-t-il. L'objectif a été d' affirmer une agriculture plurielle sur le département, la chambre jouant le rôle d’arbitre.
Pour René Bellour, président du groupe Parades, la chambre doit effectivement « mettre en avant l’agriculture soutenue par les consommateurs et les citoyens, avoir une vision élargie sur l’agriculture d’avenir sans oublier l’agriculture de masse, sans quoi la chambre restera une société protectrice de l’agriculture qui continuera à gérer les crises au coup par coup».

Le Maine-et-Loire joue la carte de l'environnement

Agriculture biologique, environnement et écoute sont à l’ordre du jour…

Longtemps premier département français par son nombre d’agriculteurs biologiques, le Maine-et-Loire reste actif avec une ferme biologique de démonstration et un CTE agriculture biologique : « Il faut aider les agriculteurs à cheminer vers les attentes de la société, et pour cela mener des actions politiques fortes » explique Maurice Réveillère, président de la chambre, «sans culpabiliser les agriculteurs traditionnels, on peut montrer que bien des principes de l’agriculture biologique peuvent s’adapter chez eux. Chacun doit évoluer à son rythme. » Les techniciens de la chambre chargés de l’agrobiologie s’y sont formés en même temps que les agriculteurs. Un conseil de l’environnement a aussi été créé afin de coordonner les actions. Le département est ainsi pilote en matière de recyclage des déchets. « La chambre reste dans ses missions en travaillant sur ce dossier » juge Christine Schubetzer, de l’Ademe Pays de Loire, « l’Ademe a pour vocation d’initier et financer les actions, mais préfère que les acteurs de terrain soient chargés de l’essentiel de la mise en œuvre. La chambre reste l’interlocuteur logique pour les contacts avec les agriculteurs. Nous bénéficions de leur savoir-faire et d’un retour d’informations techniques précieux. »
La concertation entre les tendances politiques semble effective, comme en témoigne le travail conduit sur le maïs OGM (organisme génétiquement modifié) : «En tant que citoyen, je suis très prudent sur la question », explique Maurice Réveillère, «mais la chambre a jugé bon de pouvoir proposer des résultats d’expérimentation sur la distribution de maïs OGM aux vaches laitières, car mieux vaut savoir que de se mettre la tête dans le sable et de s’en remettre aux expérimentations des firmes. Pour bâtir le protocole, nous avons mis en place un comité de suivi avec la Confédération paysanne et les consommateurs ; nous avons tenu compte de leurs propositions. Les expérimentations ont été mises en place sans trop de heurts. » « Nous étions contre ces essais », précise Marie-France Touret, élue Confédération paysanne, «mais dès lors qu’elles devaient avoir lieu, nous nous sommes invités à la première réunion de préparation, puis avons été associés aux suivantes. Nous avons insisté pour que les résidus d’OGM dans le lait soient surveillés, ce qui a été ajouté au protocole. »
Maurice Réveillère conclut qu' «il faut créer les conditions pour entendre les différents avis. On ne peut mettre ces différences sous le boisseau car elles finissent toujours par s’exprimer : mettre les gens devant leurs responsabilités fait avancer le milieu agricole. C’est aussi comme cela que la société évolue. » Maurice Réveillère estime que le projet agricole départemental s’est mis en place en concertation entre les différents organismes professionnels agricoles. L’implication de la chambre dans les petites régions a connu des conflits avec les représentants agricoles locaux, mais il est prévu de leur ouvrir le bureau de la chambre afin de favoriser le travail en commun. Maurice Réveillère regrette ces difficultés à travailler à l’échelle de la région Pays de Loire "très disparate". Il aurait aussi souhaité développer davantage le débat avec la société civile sur l’agriculture attendue pour demain…

Tout est dans tout...

Dans l’Oise, les groupes de travail de la chambre d’agriculture sont parfois convoqués par le biais d’un courrier à en-tête de la FDSEA. L’inverse arrive aussi. Un élément d’explication : le directeur de la Chambre n’est autre que le directeur de l’organisation syndicale majoritaire...
Par ailleurs, une tradition solidement établie fait que le président de la chambre a toutes les chances de devenir ensuite sénateur. Ainsi, la variété géographique recherchée dans la composition de la liste FDSEA-CDJA ne viserait pas prioritairement à assurer une meilleure représentativité : il s’agirait avant tout d’assurer un bon ancrage territorial au futur candidat aux élections sénatoriales...

Regards croisés dans le Calvados

Deux leaders syndicaux nous ont fait part de leurs points de vue. Jacques Lepeltier est responsable de la Coordination rurale, majoritaire à la chambre depuis 1995. Lin Bourdais est secrétaire général à la Confédération Paysanne, syndicat dont l'activité a redémarré au printemps 1999.

En 1992, Jacques Lepeltier et Jean Soulas créent l'Union pour le Renouveau de la Défense des Agriculteurs du Calvados (URDAC). "Nous n'étions pas satisfaits de la politique de la FDSEA, notamment de la gestion financière du Groupement de Défense Sanitaire (GDS)" affirme Jacques Lepeltier qui précise : "il y avait des difficultés pour indemniser les éleveurs touchés par la brucellose alors que deux postes d'animateurs de la FDSEA et un véhicule étaient financés. Nous avons déposé une plainte contre le GDS et nous avons gagné". En 1994, l'URDAC adhère à la Coordination rurale qui vient de naître (TRI 173) et devient l'Union Départementale 14. Environ 500 agriculteurs s'y inscrivent et dans la foulée, elle remporte les élections chambre avec 62 % des voix. Aujourd'hui; l'UD 14 se félicite "d'avoir joué la transparence". "La première mesure prise fut d'empêcher la chambre de verser de l'argent aux syndicats FDSEA et CDJA. D'autre part, les membres du syndicat ne cumulent pas plusieurs fonctions. Je ne suis pas, par exemple, administrateur d'une coopérative ou d'une banque", explique J. Lepeltier insistant sur le fait qu'ils ont voulu "mettre au même niveau d'information tous les agriculteurs." La campagne reprend le mot d'ordre de 1995, défendre les revenus. Pour J. Lepeltier, "le premier objectif a été de trouver des gens qui pensent comme nous afin de constituer une liste. Aujourd'hui, nous avons 23 personnes dont 60 % de syndiqués. Pour les autres, on va leur proposer l'adhésion mais ce n'est pas obligatoire. Notre liste est représentative géographiquement. Un bilan des 6 années sera envoyé aux agriculteurs du département. Nous les mettrons aussi en garde contre ce que défendent les autres syndicats, surtout la FDSEA et son ultra libéralisme".

La Confédération Paysanne du Calvados se remet sur les rails

"Après une période de latence, la Confédération paysanne 14 a repris son activité en mai 1999. Période riche en prises de contacts avec l'administration, les associations, mais aussi avec des paysans et des consommateurs sur les marchés ou lors de débats publics", résume Lin bourdais. Aujourd'hui la CP 14 compte 40 adhérents, de nombreux sympathisants et repose sur une équipe "solide". Un animateur a été recruté et un local a été trouvé. Lin Bourdais explique les objectifs de la campagne : "Il s'agit de faire comprendre nos messages dans le milieu agricole. Millau a eu un effet spectaculaire mais surtout pour le grand public. On va donc faire des rencontres dans des fermes, sur des thèmes précis pour ensuite élargir sur des considérations plus générales. On veut montrer qu'on peut mettre en application nos idées et faire fonctionner la ferme". Le syndicaliste reconnaît la difficulté à mobiliser : "nous voulons attirer des gens moyennement convaincus ou qui doutent pour leur faire franchir le cap. Mais, il y a toujours une crainte d'être étiqueté Confédération Paysanne dans le Calvados, car, historiquement, il y a eu une maison des paysans qui concentrait les pouvoirs. Cela laissait peu de place aux alternatives, cette situation créant du noyautage et le blocage des évolutions ". Deux journées d'envergure régionale sont prévues. Les ambitions affichées de la CP 14 ? "décrocher les 15 % qui équivalent à la représentativité dans les commissions" répond L. Bourdais. Leurs adversaires ? "On dénonce les méfaits d'une certaine politique agricole mais nous nous concentrons plutôt sur nos messages et ce que l'on propose".

En Haute-Garonne, le paysage professionnel agricole soigne ses particularités

Rien n'est joué pour les prochaines élections à la chambre d'agriculture en Haute-Garonne. En 1995, la FDSP (Fédération départementale des syndicats paysans, adhérente à la Confédération paysanne) a rassemblé 34% des voix, la FNSEA et le CDJA réunis 40%. Le reste se répartit entre la Coordination Rurale (18%) et le MODEF (8%). En janvier prochain, la FDSP et le MODEF présenteront une liste commune. Cette stratégie vise à faire basculer la présidence de la chambre. Leur plate-forme commune insistera sur deux priorités : une meilleure répartition des moyens du développement agricole et une meilleure valorisation de l'atout que représente la proximité de la métropole toulousaine.
La FDSP née dans les années 70 d'une scission du CNJA était présente dans le département avant la création de la Confédération Paysanne. Ses membres ont souhaité conserver leur nom. Mettant en avant son implantation et son "efficacité dans la défense et l'appui aux agriculteurs en difficulté", la FNDSP défend les thèmes de la Confédération et ses acquis départementaux. Le duo FDSEA/CDJA s'est investi dans la défense des "véritables professionnels". La FNSEA étant plutôt installée sur des positions acquises et le CDJA, plus dynamique mobilisé sur le thème de l'installation. La Coordination rurale, bien marquée à droite, est en conflit ouvert avec la FDSEA.
La FDSP et le Modef mesurent les difficultés qu'ils auront à affronter en cas de victoire aux élections. La chambre d'agriculture représente une institution lourde à manœuvrer, dont les orientations ne se modifieront pas facilement. En outre, il existe ici, aux cotés de la chambre d'agriculture, une Association départementale pour la vulgarisation agricole (ADVA) mise en place en 1959 par le Conseil général . En pratique, ADVA et chambre d'agriculture travaillent en étroite complémentarité. Ensemble, elles emploient 65 conseillers agricoles (1/3 ADVA, 2/3 Chambre) qui se partagent les missions, que ce soit dans les cantons ou par filières. Selon les acteurs locaux, ce dispositif contribue à mettre plus de moyens au service du développement agricole. Mais, en cas d'alternance, c'est un paramètre supplémentaire que de nouveaux arrivants devront apprendre à maîtriser
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