Ours de TRI

8 décembre 2000

La revue

Edito

Sommaire

Article choisi

Dossier

Initiatives

Abonnement

Recherche

Retour en page d'accueil

Liens

 

 

" Ensemble pour une économie plurielle "

Les Rencontres européennes de l’économie sociale et de l’économie solidaire se sont tenues à Tours les 23 et 24 novembre, à l'initiative de Guy Hascoët.

Le slogan affiché par le secrétaire d’État à l’économie sociale et solidaire, Guy Hascoët résume l’objectif : que l’économie sociale (mutuelles, coopératives et associations) et l’économie solidaire (initiatives économiques citoyennes) agissent ensemble afin de "survivre" à la logique libérale. L'économiste Ricardo Petrella après avoir exhorté les participants à rejeter la marchandisation, s'est interrogé : " avant le "ensemble" fonctionnait seulement pour la lutte, savons-nous construire ensemble ? "
Le débat, organisé sous présidence française de l’Union européenne, n’a d'ailleurs pas cherché à réduire les antagonismes entre les différentes approches européennes, mais à positiver les choses. Il s’agit, en premier lieu d’obtenir que l'Union européenne reconnaisse un cadre légal englobant la diversité des formes d’organisations économiques. L’OCDE reconnaît1 que la production de richesses se fait par le marché, mais aussi par la redistribution (secteur public) et par la réciprocité (échanges, autoproduction, économie domestique ). Les défenseurs de l’économie solidaire insistent sur la combinaison de ces trois pôles. Jean Louis Laville2 a ajouté qu'historiquement le troisième pôle avait été réduit à la fin du 19ème siècle, " l’émergence de l’État social entraînant paradoxalement une répression de l’auto-organisation " et un développement de l’économie sociale sectorisée. Les coopératives s'inscrivent dans l’économie de marché, les mutuelles s’adossent à l’État et les associations deviennent prestataires de services. Aujourd’hui, il n’y a plus d’identité commune. Ce que renchérit, Michel Rocard, avec une pointe d’ironie : " l’économie solidaire ouvre à des solidarités plus larges dans la somnolence de l’économie sociale ".
Le vocable "économie solidaire"3  a été longuement débattu. Jan Olsson, représentant le mouvement coopératif suédois, s'est interrogé sur la stratégie alors " qu’il a déjà été assez difficile de faire admettre le terme " d’économie sociale " au niveau européen. En revanche, l'objectif est consensuel : il s'agit "d'activités centrées sur l’homme, en réponse à des besoins d’intérêt général " et l'enjeu est de valoriser ce secteur parce qu'il " peut fournir un modèle de compétitivité en développant le capital humain ".
L'existence, partout en Europe, d’une demande sociale importante oblige à répondre par des innovations juridiques. Ce peut être, par exemple, la création de sociétés par adhésion avec acquisition de capital en leasing ou de capital non associé au risque ; ou de développer l’assurance du risque économique, etc. Christian Tytgat, Directeur de la Caisse solidaire Nord-Pas-de-Calais juge qu’il faut effectivement aujourd’hui " penser local et agir global " en inventant des modes de travail, l’utilité sociale restant le fil rouge des activités.
Cette rencontre devrait initier plusieurs actions, discutées entre les représentant des Quinze parallèlement à la rencontre de Tours : mise en place d’un système d’échange d’information sur les politiques, continuité des conférences ; contribution à un livre blanc réalisé par la Commission européenne ; proposition de formation de fonctionnaires à l’économie solidaire… a résumé Hugues Sibille, délégué à l’innovation économique et sociale au gouvernement. Guy Hascoët concluant qu’au travail européen s’ajoute une rencontre prochaine de l’économie solidaire en Afrique de l’Ouest. La " géopolitique de la fraternité " a donc son agenda !

Sylvie Berrin (FNCIVAM)

1 OCDE, réconcilier l’économique et le social. Vers une économie plurielle, Paris, 1996.
2
Auteur de "L'économie solidaire, une perspective internationale", Éd. Desclée de Brouwer, 343 p, 2000, 195 F.
3
En Anglais : solidarity based economy ou solidarity based third sector.