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" Ensemble pour une économie
plurielle "
Les Rencontres européennes de l’économie sociale et de l’économie
solidaire se sont tenues à Tours les 23 et 24 novembre, à l'initiative de Guy
Hascoët.
Le
slogan affiché par le secrétaire d’État à l’économie sociale et
solidaire, Guy Hascoët résume l’objectif : que l’économie sociale
(mutuelles, coopératives et associations) et l’économie solidaire
(initiatives économiques citoyennes) agissent ensemble afin de
"survivre" à la logique libérale. L'économiste Ricardo Petrella
après avoir exhorté les participants à rejeter la marchandisation, s'est
interrogé : " avant le "ensemble" fonctionnait
seulement pour la lutte, savons-nous construire ensemble ? "
Le débat, organisé sous présidence française de l’Union européenne, n’a
d'ailleurs pas cherché à réduire les antagonismes entre les différentes
approches européennes, mais à positiver les choses. Il s’agit, en
premier lieu d’obtenir que l'Union européenne reconnaisse un cadre légal
englobant la diversité des formes d’organisations économiques. L’OCDE
reconnaît1 que la production de richesses se fait par le
marché, mais aussi par la redistribution (secteur public) et par la
réciprocité (échanges, autoproduction, économie domestique ). Les
défenseurs de l’économie solidaire insistent sur la combinaison de ces
trois pôles. Jean Louis Laville2 a ajouté qu'historiquement le
troisième pôle avait été réduit à la fin du 19ème siècle,
" l’émergence de l’État social entraînant paradoxalement
une répression de l’auto-organisation " et un
développement de l’économie sociale sectorisée. Les coopératives
s'inscrivent dans l’économie de marché, les mutuelles s’adossent à l’État
et les associations deviennent prestataires de services. Aujourd’hui, il n’y
a plus d’identité commune. Ce que renchérit, Michel Rocard, avec une
pointe d’ironie : " l’économie solidaire ouvre à des
solidarités plus larges dans la somnolence de l’économie sociale ".
Le vocable "économie solidaire"3 a été
longuement débattu. Jan Olsson, représentant le mouvement coopératif
suédois, s'est interrogé sur la stratégie alors " qu’il a
déjà été assez difficile de faire admettre le terme " d’économie
sociale " au niveau européen. En revanche, l'objectif est
consensuel : il s'agit "d'activités centrées sur l’homme, en
réponse à des besoins d’intérêt général " et l'enjeu
est de valoriser ce secteur parce qu'il " peut fournir un
modèle de compétitivité en développant le capital humain ".
L'existence, partout en Europe, d’une demande sociale importante oblige à
répondre par des innovations juridiques. Ce peut être, par exemple, la
création de sociétés par adhésion avec acquisition de capital en leasing
ou de capital non associé au risque ; ou de développer l’assurance du
risque économique, etc. Christian Tytgat, Directeur de la Caisse solidaire
Nord-Pas-de-Calais juge qu’il faut effectivement aujourd’hui
" penser local et agir global " en inventant des
modes de travail, l’utilité sociale restant le fil rouge des activités.
Cette rencontre devrait initier plusieurs actions, discutées entre les
représentant des Quinze parallèlement à la rencontre de Tours : mise
en place d’un système d’échange d’information sur les politiques,
continuité des conférences ; contribution à un livre blanc réalisé
par la Commission européenne ; proposition de formation de
fonctionnaires à l’économie solidaire… a résumé Hugues Sibille,
délégué à l’innovation économique et sociale au gouvernement. Guy
Hascoët concluant qu’au travail européen s’ajoute une rencontre
prochaine de l’économie solidaire en Afrique de l’Ouest. La
" géopolitique de la fraternité " a donc
son agenda !
Sylvie Berrin (FNCIVAM)
1 OCDE, réconcilier l’économique
et le social. Vers une économie plurielle, Paris, 1996.
2 Auteur de "L'économie solidaire, une perspective
internationale", Éd. Desclée de Brouwer, 343 p, 2000, 195 F.
3 En Anglais : solidarity based economy ou solidarity based third
sector.
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