La forêt, un poumon vert mal en point
Alors qu’à la Conférence de
la Haye sur les changements climatiques, l’utilisation de la biomasse
forestière comme moyen de réduction des gaz à effets de serre est discutée,
l’état des forêts en Europe se détériore.
" Grâce à la photosynthèse, les arbres
fabriquent leur biomasse en utilisant le gaz carbonique de l’atmosphère et en
y rejetant de l’oxygène ", enseigne-t-on aux enfants. Ces
compétences biochimiques intéressent les négociateurs de la Conférence de la
Haye. " Les industriels du Nord, relayés par les États-Unis,
voudraient, en effet, comptabiliser dans les réductions d’émissions, les
plantations d’arbres, gros mangeurs de carbone " rendait compte Libération
du 13 novembre. " L’Europe, avec le soutien de quelques ONG, s’y
oppose : elle avance la difficulté de quantifier ces
" puits " de carbone et estime qu’en ouvrant trop
facilement cette vanne, on risque de vider le protocole de son sens. La prise en
compte des végétaux représenterait plus de 20 % du quota d’émission
imposé aux Etats-Unis à l’horizon 2012. "
Au contraire, l’état de l’atmosphère affecte les feuillus. Depuis 14
ans, les pays d’Europe et 15 de leurs voisins se sont dotés d’un des plus
vastes systèmes de biosurveillance du monde. Le rapport 2000, publié par la
Commission européenne et la Commission économique des Nations Unies, affirme
que toutes essences confondues, seuls 36,3 % des arbres européens sont classés
comme sains. Les autres arbres sont moyennement (41 %) ou gravement (20 %)
défoliés à cause de la pollution de l’air. Ces observations se fondent sur
deux réseaux de surveillance : l’un, baptisé
" extensif ", évalue l’état des couronnes des arbres (défoliation)
et les causes de détérioration. Il repose sur 5 700 lieux d’observation
répartis dans 30 pays d’Europe et couvrant 129 000 arbres. L’autre,
" intensif ", concerne moins de mille observatoires et
cherche à établir une corrélation entre l’état des forêts et les facteurs
de stress. " L’état des couronnes en Europe de 1992 à 1999 s’est
détérioré en moyenne sur quelque 30 % des placettes d’observation et
amélioré sur seulement 15 % d’entre elles ", évalue le rapport
2000. " On relève une amélioration sensible dans les régions de l’ouest
et du centre de l’Europe, mais une détérioration dans les régions
méditerranéennes ".
Les dépôts atmosphériques d’azote et de soufre, qui affectent l’état
nutritionnel des arbres, sont les principaux responsables. Mais si les
émissions d’oxydes d’azote sont loin de se réduire, " les
émissions de soufre ont considérablement diminué. Un grand nombre de mesures
ont été prises afin d’obtenir avec d’autres polluants des résultats
comparables. Il importe de réduire encore les niveaux d’émissions, afin de
sauvegarder les multiples fonctions des forêts européennes ",
concluent les experts. Car les forêts ne seront ce formidable outil silencieux
et économiquement rentable pour la régulation des gaz à effets de serre que
si elles conservent leur patrimoine végétal...
C. Du