Ours de TRI

24 novembre 2000

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La forêt, un poumon vert mal en point

Alors qu’à la Conférence de la Haye sur les changements climatiques, l’utilisation de la biomasse forestière comme moyen de réduction des gaz à effets de serre est discutée, l’état des forêts en Europe se détériore.
Grâce à la photosynthèse, les arbres fabriquent leur biomasse en utilisant le gaz carbonique de l’atmosphère et en y rejetant de l’oxygène ", enseigne-t-on aux enfants. Ces compétences biochimiques intéressent les négociateurs de la Conférence de la Haye. " Les industriels du Nord, relayés par les États-Unis, voudraient, en effet, comptabiliser dans les réductions d’émissions, les plantations d’arbres, gros mangeurs de carbone " rendait compte Libération du 13 novembre. " L’Europe, avec le soutien de quelques ONG, s’y oppose : elle avance la difficulté de quantifier ces " puits " de carbone et estime qu’en ouvrant trop facilement cette vanne, on risque de vider le protocole de son sens. La prise en compte des végétaux représenterait plus de 20 % du quota d’émission imposé aux Etats-Unis à l’horizon 2012. "
Au contraire, l’état de l’atmosphère affecte les feuillus. Depuis 14 ans, les pays d’Europe et 15 de leurs voisins se sont dotés d’un des plus vastes systèmes de biosurveillance du monde. Le rapport 2000, publié par la Commission européenne et la Commission économique des Nations Unies, affirme que toutes essences confondues, seuls 36,3 % des arbres européens sont classés comme sains. Les autres arbres sont moyennement (41 %) ou gravement (20 %) défoliés à cause de la pollution de l’air. Ces observations se fondent sur deux réseaux de surveillance : l’un, baptisé " extensif ", évalue l’état des couronnes des arbres (défoliation) et les causes de détérioration. Il repose sur 5 700 lieux d’observation répartis dans 30 pays d’Europe et couvrant 129 000 arbres. L’autre, " intensif ", concerne moins de mille observatoires et cherche à établir une corrélation entre l’état des forêts et les facteurs de stress. " L’état des couronnes en Europe de 1992 à 1999 s’est détérioré en moyenne sur quelque 30 % des placettes d’observation et amélioré sur seulement 15 % d’entre elles ", évalue le rapport 2000. " On relève une amélioration sensible dans les régions de l’ouest et du centre de l’Europe, mais une détérioration dans les régions méditerranéennes ".
Les dépôts atmosphériques d’azote et de soufre, qui affectent l’état nutritionnel des arbres, sont les principaux responsables. Mais si les émissions d’oxydes d’azote sont loin de se réduire, " les émissions de soufre ont considérablement diminué. Un grand nombre de mesures ont été prises afin d’obtenir avec d’autres polluants des résultats comparables. Il importe de réduire encore les niveaux d’émissions, afin de sauvegarder les multiples fonctions des forêts européennes ", concluent les experts. Car les forêts ne seront ce formidable outil silencieux et économiquement rentable pour la régulation des gaz à effets de serre que si elles conservent leur patrimoine végétal...

C. Du