Bimensuel d'information
agricole et rurale

Article du numéro 176 - 10 Novembre 2000



Dossier

Les associations modernisent le lien social en milieu rural

La Mission pour le centenaire de la loi 1901 organise cette année une douzaine de manifestations pour célébrer la diversité des champs d’implication des associations. Fin octobre, à Quimper (Finistère), deux cents participants ont planché sur l’évolution des associations du milieu rural. Synthèse.


Les associations et le lien social

Les associations sont créatrices de liens par leur nombre et leur dynamisme interne. Elles permettent souvent d’atténuer les rivalités locales, mêlant dans la même association, bourg et campagne, « rouges » et « blancs »… Mais, c'est leur apport en termes de création de services et de production de projets communs qui s'avère essentiel. La modernisation du milieu rural passe par une offre de service diversifiée qui réponde aux besoins d’une société en pleine évolution. Accueillir des actifs, développer des capacités touristiques ou retenir les jeunes exigent de répondre aux aspirations du plus grand nombre. Les associations inventent des solutions "sur mesure" : aide aux personnes âgées, bibliobus, loisirs des enfants, clubs informatiques, festivals…Au-delà du service fourni, ces activités créent un lien social entre les personnes. Malheureusement, ces services sont aujourd'hui menacés de banalisation face à des entreprises cherchant à se positionner sur de nouveaux créneaux et taxant alors les associations de concurrence déloyale (régime fiscal privilégié).
Le milieu rural accueille des populations diverses, de manière saisonnière ou permanente. Le lien social traditionnel s’effectuait par la famille et le voisinage. Pour s’intégrer, les nouveaux arrivés doivent trouver d’autres moyens. Les associations sont alors le mode le plus adapté. Elles constituent un milieu électif où viennent s’agréger volontairement, autour d’un projet, ceux qui le désirent. Les associations constituent, là aussi un élément de modernisation.


Les champs de la culture et de l’environnement

Autrefois, les associations avaient une idéologie forte, aujourd’hui mise en cause . Il existe une grande diversité culturelle, mais les valeurs sont moins prégnantes, plus évolutives et les jeunes fondent essentiellement leur engagement sur des valeurs d’humanisme et de tolérance.
Autrefois, s’engageaient des gens dévoués ; aujourd’hui les associations demandent davantage de capacités intellectuelles d’intervention. La participation exige la confiance. Les associations font plus de place à l’individu.
La culture est le lieu d’implication de plus en plus de bénévoles, souligne Michel Dupaquier (sociologue à l'université de Rennes 2). Le champ est vaste : des festivals, à l’insertion par l’écriture, à la création d’outils pour un développement durable... L’environnement, qui est un secteur nouveau et médiatisé ne mobilise, en fait, que 3% d’adhérents parmi les associations, et ceci depuis 20 ans, note Bruno Maresca, directeur de recherche au Credoc1. Des associations très diverses ont été créées par des amateurs, des scientifiques puis de jeunes universitaires vers 1970. Elles sont passées de la connaissance de l'environnement à sa protection. Il y a eu ainsi une floraison de structures locales et régionales focalisées sur tel milieu ou telle espèce, sur la défense de sites ou la lutte contre les pollutions. Elles peuvent avoir un grand rayonnement tout en restant locales, voire axées sur des intérêts particuliers. Les associations environnementalistes se sont souvent constituées en réaction aux grands travaux. Elles sont surtout implantées dans « le grand urbain », créées par des "néo-résidents" préoccupés par les valeurs paysagères.
André Micoud, chercheur au CNRS2 remarque que ces associations sont de plus en plus intégrées aux politiques locales, où elles ont un rôle d’expertise, de formation et de sensibilisation de la population locale ainsi que de gestion des certaines réserves. Elles font porter un regard différent sur la campagne : la gestion du vivant devient un problème politique. Demandant un investissement intellectuel important (car aujourd’hui les savoirs technologiques s’imposent), elles cherchent à lutter contre un recul démocratique en ce domaine.

Jacqueline Mengin, membre du Celavar3

1 Centre de recherche et d'études sur les conditions de vie

2 Centre national de recherche scientifique

3 Comité de liaison des associations à vocation agricole et rurale


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