Ours de TRI

Revue bimensuelle d'information
et d'actualités agricoles et rurales

Contactez-nous - La revue - Abonnement - Rechercher - Newsletter

09/04/01

Retour en page d'accueil

Edito

Dossier

Sommaire

Liens

 

Bientôt des contaminations par les animaux OGM ...

Alors que la contamination de champs par des semences OGM créé une polémique et force les pouvoirs publics à engager un débat législatif, la question des OGM animaux reste encore dans l'ombre.

Pourtant, au même titre que les végétaux, les animaux transgéniques méritent qu'on s'y inquiète tant des points de vue environnemental, économique, qu'éthique.
Le génie génétique a ainsi "amélioré" des animaux afin d'en accroître le rendement productif. Les américains ont créé un porc transgénique capable de grossir deux fois plus vite que ses congénères et les saumons transgéniques atteignent leur maturité adulte dans un délai record d'un mois ! Si les risques directs et à court terme pour la santé humaine sont ignorés ou jugés minimes, en revanche, de plus en plus d'experts s'inquiètent des contaminations OGM par dissémination dans l'environnement. Quel que soit les barrières physiques, les poissons d'élevages peuvent s'échapper dans la nature, 10% d'entre eux estime-t-on en Norvège. Dans ce pays, un quart des saumons pêchés dans les cours d'eaux norvégiens sont aujourd'hui des hybrides entre saumons OGM et sauvages… Outre, la disparition des espèces naturelles, la dissémination des OGM dans la chaîne alimentaire peut développer des résistances antibiotiques et des allergies. Pour contrer cette dissémination, les chercheurs orientent leur recherches vers la création d'animaux OGM stériles. L'Institut national de recherche agronomique (Inra) vient ainsi de créer une truite OGM dont le gène de la reproduction est inactivé. Un tel principe avait aussi motivé la création du maïs Terminator par la firme Monsanto. Mais cette plante stérile rendant les agriculteurs complètement dépendant envers semenciers a soulevé un tel tollé que Monsanto a suspendu sa commercialisation.
Les modifications transgéniques animales avaient jusqu'à présent surtout des fins médicales. Les xénogreffes, à l'éthique controversées , permettent d'implanter un organe "préparé" par un animal transgénique humanisé dans un corps humain sans rejet. Le porc est l'animal le plus propice à ces expérimentations. Cependant, les risques d'infections lors des manipulations pour par un virus ou un prion contenu dans le porc, viennent de signer le coût d'arrêt de l'engagement de la principale firme finançant ces recherches. Par ailleurs, le clonage de cellules humaines à des fins thérapeutiques (autorisé mi-août au Royaume-Uni) rendrait caduque l'intérêt des xénogreffes.
En revanche, la recherche semble projeter un avenir prometteur dans les animaux transgéniques "modélisés" pour étudier les maladies humaines. La transgénèse offre l'avantage de "mimer" la complexité des fonctions biologiques dans le déclenchement de maladies. L'Inra en collaboration avec l'entreprise Rhône Poulenc a, par exemple, obtenu des lapins transgéniques hypersensibles ou hyposensibles à l'athérosclérose. Louis-Marie Houdebine, spécialiste de la question à l'Inra de Jouy-en Josas estime que les lapins sont aussi utilement transformables pour les recherches sur le virus du sida, sur la mucoviscidose et pour certaines maladies cardiaques…

Au-delà de la modélisation "humanisée" du malade, l'animal transgénique peut devenir une usine de production de médicaments "sur pattes". Jusqu'à présent, on fabriquait les protéines médicamenteuses à partir de synthèse chimique (chère à produire) ou de cellules en culture (faible production unitaire). La transgénèse permet de réduire massivement les coûts de production, de changer d'échelle quantitative et de fabriquer des protéines plus complexes. L'introduction d'un gène humain codant dans le patrimoine génétique d'un mammifère peut ainsi activer telle protéine recherchée qui se retrouvera dans le lait, milieu de choix car il est facile a recueillir et produit en grande quantité.

Dépassant le caractère thérapeutique, certains chercheurs imaginent des animaux OGM producteurs de matériel biologique pour la consommation humaine. La transgénèse peut, par exemple infléchir la composition du lait d'un mammifère pour en "materniser" la qualité à l'usage des nourrissons. L'utilisation des cellules, "dans un contexte naturel qu'est l'animal entier" (selon l'expression de L.M. Houbedine), ouvre grand la porte à un marché juteux. Selon, L. M. Houbedine, plusieurs firmes investissent déjà dans le domaine paramédical des alicaments. La firme Genzyme (USA) élève 1 700 chèvres OGM dans sa ferme "pilote"… Pharming (Hollande) possède 80 vaches OGM dans le Wisconsin américain… Des français, Vivalis, se sont aussi lancés misant sur d'autres animaux, les poules.
Si l'on ajoute que le clonage permettrait de multiplier à l'infini ces troupeaux OGM, on peut imaginer l'industrie pharmaceutique du futur se délocaliser dans les étables !
Face à ce scénario digne du Docteur Jeckyll, les principaux freins sont aujourd'hui législatifs. Les opinions publiques de la plupart des pays se montrent réticentes à cette transgénèse. Les risques biologiques liées à la manipulation génétique, au moment de la transplantation, sont aussi des bombes à retardement : comment savoir que cette manipulation n'apporte pas accidentellement un virus ou un prion indésirable ?

C.D.

Retour au dossier