L’installation agricole : entre projet de vie et
territoire
Le 3 mars, dans le cadre du Salon de l’agriculture, le MRJC organisait une
table ronde sur le thème de l’installation. Évitant comme à son habitude
les approches trop agricolo-agricoles, il a plus particulièrement dédié ce
temps d’échanges aux formes innovantes d’installation.
Passion, projet de vie, se réaliser, donner du sens... Les mots qu’utilisent
les militants du MRJC pour parler de l’installation agricole montrent que pour
eux, il ne s’agit pas que d’une simple démarche professionnelle : c’est
une « aventure choisie » qui doit permettre d’affirmer des
« choix citoyens ». Ainsi, il n’est pas question de
participer à la course aux hectares ou de foncer tête baissée vers les modes
de production les plus lucratifs. Au contraire, le principal souci affiché est
d’être « acteur de son territoire ». En clair, il ne s’agit
pas seulement de ne pas polluer, mais aussi de participer, par son activité
agricole, à la valorisation des ressources locales et à la création de
nouvelles activités.
Ainsi, d’une certaine manière, le MRJC peut-être considéré comme un
précurseur du Contrat territorial d’exploitation (CTE). En effet, depuis fort
longtemps, le projet d’installation d’un militant du MRJC est bien souvent
débattu en équipe locale, c’est-à-dire par des personnes qui sont
généralement loin d’être toutes d’origine agricole. Ces points de vue
extérieurs influent sur le projet du candidat à l’installation, mais ils
sont également sources de soutiens précieux pour le nouvel installé. Il n’est
par exemple pas rare de voir, pendant parfois des années, des membres d’une
équipe donner plus que des coups de main à celui d’entre eux qui est devenu
agriculteur.
Dans un certain nombre de cas, L’installation accompagnée collectivement
est le fait d’un jeune qui ne reprend pas l’exploitation de ses parents,
voire qui n’est pas d’origine agricole. Le MRJC participe en effet de
manière très active au soutien des candidats « hors cadre
familial » ou « hors normes », éventuellement candidats à
une « installation progressive ».
Mais, même quand l’installation s’avère être une reprise, le parcours
de vie qui la précède n’a pas forcément été linéaire. Par exemple, lors
de la table ronde du 3 mars, Véronique a expliqué qu’elle est en train de s’installer
sur l’exploitation de ses parents, mais qu’il ne s’agit pas d’un simple
passage de témoin : « Je ne suis pas tombée dedans toute petite.
Bien au contraire, il était hors de question que je vive la vie de mes
parents : jamais de vacances, les fêtes écourtées pour cause de traite,
les soucis en permanence... Le déclic s’est produit lors d’une visite
organisée par le lycée. Pour la première fois, j’ai rencontré un paysan
épanoui. Il se trouve que c’était un agrobio, mais j’ai surtout été
frappée par sa passion. J’ai alors compris qu’une installation pouvait
correspondre à un projet de vie. » Par ailleurs, entre sa formation
agricole et son installation, Véronique a été pendant quelques années
permanente départementale du MRJC et elle a eu divers engagements nationaux et
internationaux.
Marc-Olivier Padis, animateur de la commission « Jeunes et politiques
publiques » du commissariat général au Plan, a commenté ce témoignage
en soulignant que « Véronique invente par elle-même la vie qu’elle
se choisit ».