Ours de TRI


 30
JUIN 2000

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L’installation agricole : entre projet de vie et territoire

Le 3 mars, dans le cadre du Salon de l’agriculture, le MRJC organisait une table ronde sur le thème de l’installation. Évitant comme à son habitude les approches trop agricolo-agricoles, il a plus particulièrement dédié ce temps d’échanges aux formes innovantes d’installation.

Passion, projet de vie, se réaliser, donner du sens... Les mots qu’utilisent les militants du MRJC pour parler de l’installation agricole montrent que pour eux, il ne s’agit pas que d’une simple démarche professionnelle : c’est une « aventure choisie » qui doit permettre d’affirmer des « choix citoyens ». Ainsi, il n’est pas question de participer à la course aux hectares ou de foncer tête baissée vers les modes de production les plus lucratifs. Au contraire, le principal souci affiché est d’être « acteur de son territoire ». En clair, il ne s’agit pas seulement de ne pas polluer, mais aussi de participer, par son activité agricole, à la valorisation des ressources locales et à la création de nouvelles activités.

Ainsi, d’une certaine manière, le MRJC peut-être considéré comme un précurseur du Contrat territorial d’exploitation (CTE). En effet, depuis fort longtemps, le projet d’installation d’un militant du MRJC est bien souvent débattu en équipe locale, c’est-à-dire par des personnes qui sont généralement loin d’être toutes d’origine agricole. Ces points de vue extérieurs influent sur le projet du candidat à l’installation, mais ils sont également sources de soutiens précieux pour le nouvel installé. Il n’est par exemple pas rare de voir, pendant parfois des années, des membres d’une équipe donner plus que des coups de main à celui d’entre eux qui est devenu agriculteur.

Dans un certain nombre de cas, L’installation accompagnée collectivement est le fait d’un jeune qui ne reprend pas l’exploitation de ses parents, voire qui n’est pas d’origine agricole. Le MRJC participe en effet de manière très active au soutien des candidats « hors cadre familial » ou « hors normes », éventuellement candidats à une « installation progressive ».

Mais, même quand l’installation s’avère être une reprise, le parcours de vie qui la précède n’a pas forcément été linéaire. Par exemple, lors de la table ronde du 3 mars, Véronique a expliqué qu’elle est en train de s’installer sur l’exploitation de ses parents, mais qu’il ne s’agit pas d’un simple passage de témoin : « Je ne suis pas tombée dedans toute petite. Bien au contraire, il était hors de question que je vive la vie de mes parents : jamais de vacances, les fêtes écourtées pour cause de traite, les soucis en permanence... Le déclic s’est produit lors d’une visite organisée par le lycée. Pour la première fois, j’ai rencontré un paysan épanoui. Il se trouve que c’était un agrobio, mais j’ai surtout été frappée par sa passion. J’ai alors compris qu’une installation pouvait correspondre à un projet de vie. » Par ailleurs, entre sa formation agricole et son installation, Véronique a été pendant quelques années permanente départementale du MRJC et elle a eu divers engagements nationaux et internationaux.

Marc-Olivier Padis, animateur de la commission « Jeunes et politiques publiques » du commissariat général au Plan, a commenté ce témoignage en soulignant que « Véronique invente par elle-même la vie qu’elle se choisit ».

Un rôle de vitamines

Au plan national comme au niveau local, le MRJC est assez unanimement considéré comme un acteur important du dossier de l’installation. Cette reconnaissance ne coule pourtant pas de source puisque ses militants relèvent de moins en moins souvent de la sphère agricole. Mais il se trouve que ses permanents (ils sont environ quatre-vingt-cinq dans l’ensemble du mouvement) ont souvent des parents exploitants et que nombre d’entre eux caressent plus ou moins un projet d’installation. À cette forte identité agricole des cadres du mouvement s’ajoute le facteur encore plus important de l’appréciable contribution du MRJC à l’émergence de nouvelles activités et de nouveaux types d’exploitations.

 

La fin du modèle unique

Après avoir signalé qu’il ne connaît pas grand chose à l’agriculture, Marc-Olivier Padis s’est dit frappé d’y retrouver certaines des caractéristiques de notre époque. Celle-ci lui paraît être caractérisée par « la priorité donnée à la protection du noyau dur des actifs » : les très gros contingents de la génération du baby boom ont toujours défendu leurs intérêts propres. Dans les années soixante, ils l’ont fait en bousculant les pouvoirs établis des générations précédentes. Aujourd’hui, ils continuent à le faire en restreignant de fait l’accès des plus jeunes à l’emploi et aux lieux de décision. En ce qui concerne l’agriculture, cette situation se traduit par la priorité qui est de fait donnée à l’agrandissement des exploitations, au détriment de l’installation.

Au nom du ministère de l’Agriculture, M. Le Bourdais a estimé que les choses sont cependant en train d’évoluer. L’assouplissement des règles d’attribution des aides à l’installation et la mise en place des CTE offrent de nouvelles perspectives aux candidats « atypiques » à la création d’une exploitation agricole. Cependant, l’État, « qui est parfois dans l’erreur, mais jamais dans le doute », a souvent du mal à expliquer clairement ce qu’il veut faire. Il est actuellement à la recherche de relais pour faire vivre localement cette volonté d’une plus grande ouverture de l’agriculture sur son environnement. Avec d’autres acteurs (associatifs, syndicaux, politiques...), le MRJC peut contribuer utilement à une telle évolution.

Pour le même ministère, M. Monneret a confirmé la tendance à la diversification des modèles agricoles. Ceci bouscule l’appareil de formation : il ne doit plus dérouler imperturbablement ses programmes, mais doit conforter, chez lui même et chez les élèves, la capacité à se doter de stratégies d’adaptation. Il approuve en ce sens l’attention que porte le MRJC à la notion de projet, que ce soit pour la conduite d’une exploitation agricole ou pour agir en tant que citoyen. Enfin, M. Louis Jouany, vice-président d’un syndicat intercommunal du centre-Bretagne, a témoigné des efforts que pouvait fournir une collectivité territoriale pour installer des jeunes « hors cadre familial » : à Loudéac, deux fermes-relais ont été achetées et proposées à la location-vente.

 

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