Ours de TRI


 30
JUIN 2000

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  Pour l’emploi et les territoires, contre la « mondialisation »

En solidarité avec les chômeurs et les travailleurs précaires, le MRJC s’engage politiquement sur des questions économiques et sociales, mais il développe aussi des initiatives très locales pour aider des jeunes à s’insérer dans le monde du travail.

À Pornic (Loire Atlantique), en décembre dernier, le MRJC a planché sur les 35 H, pendant deux jours, avec un sociologue, un inspecteur du travail et un syndicaliste de la CGT. Le MRJC Alsace s’est aussi intéressé à la réduction et à l’aménagement du temps de travail et en a discuté avec des syndicalistes, des employeurs et... des théologiens ! En Saône-et-Loire comme en Basse-Normandie, le MRJC organise des ateliers de recherche d’emploi et de rédaction de CV. Il veut par ce biais faire vivre des réseaux de solidarité entre les jeunes en quête d’un emploi. Dans le Pas-de-Calais, le MRJC est en relation régulière avec Agir contre le chômage (AC !) et avec le Mouvement national des chômeurs et des précaires (MNCP). Il tente par ailleurs d’identifier les obstacles à l’emploi en conduisant en ce sens des diagnostics de territoire. A l’automne dernier, un tel diagnostic a été réalisé à Beaupréau (Maine-et-Loire), dans le cadre d’une « Université nationale sur l’emploi et les territoires » qui a réuni une cinquantaine de militants venus de différentes régions. À Elven (Morbihan), l’action « Bouge ton job ! » associe le MRJC, la Mission locale, des mairies, un Sivom et des entreprise. Cette initiative vise à mettre en relation des jeunes de 16 à 25 ans et des employeurs proposant des emplois saisonniers. Pour prévenir d’éventuelles dérives, une initiation au droit du travail est en outre proposée. Au plan national, le MRJC a créé avec diverses organisations politiques ou syndicales de jeunes un collectif préconisant une version des 35 H qui aurait été plus favorable à l’emploi...

On le voit, mêlant actions revendicatives et appuis très concrets aux chômeurs, les initiatives du MRJC sont assez diverses en matière d’emploi. Mais, dans nombre de cas, elles ont en commun d’inclure une phase très ludique... Des militants du MRJC de Basse-Normandie ont en effet mis au point un jeu, dénommé « Travail Poursuite » (1), qui a pour objectif de lutter contre l’isolement et le manque de préparation des jeunes demandeurs d’emploi. Très bien conçu, agréable à jouer et riche en informations et en conseils pratiques, ce jeu est devenu un ingrédient indispensable de l’action du MRJC.

(1) Travail Poursuite - 180 F (+ 21 F de port).

Les jeunes, acteurs du développement local

Le MRJC veut promouvoir « la place, le rôle et la contribution des jeunes dans le développement local en milieu rural ». C’est le thème d’un colloque qu’il organise le 9 juillet à Arras. Ce sont surtout des thèmes qu’il travaille concrètement sur le terrain depuis plusieurs années.

Avoudrey, un village de 700 habitants, dans le Haut-Doubs. Ce mercredi 26 avril, des tables sont disséminées dans la salle des fêtes. À 20 H, toutes sont occupées par des jeunes et des moins jeunes, mélangés. Le débat commence, la parole circule rapidement, librement. Des militants du MRJC racontent leurs initiatives, livrent leurs réflexions sur le développement de leur territoire, demandent aux responsables locaux de soutenir davantage les créations d’activités innovantes, posent des questions très directes sur les choix effectués par les élus et sur l’absence de jeunes dans les instances de décision... Les élus interpellés, des maires et un conseiller général notamment, jouent le jeu en refusant eux aussi la langue de bois. Ils admettent des carences, justifient malgré tout certains choix, évoquent les contraintes auxquelles ils se heurtent... Surtout, ils se félicitent du dialogue ainsi ouvert et encouragent les jeunes à le poursuivre. L’avenir dira si cette invite est réellement suivie d’effets concrets mais, dans l’immédiat, les responsables présents semblent réellement apprécier le dynamisme des échanges et la qualité des questions et des argumentations préparées par les jeunes.

À la sortie, un représentant de Jeunesse et Sports s’étonne : « Que ce soit en ville ou à la campagne, je ne connais aucun autre mouvement de jeunes en mesure d’organiser une telle soirée. Tout le monde glose sur l’éducation à la citoyenneté. Il est plus rare de voir des gens passer réellement à l’acte. À l’initiative de jeunes eux-mêmes, qui plus est ! »

Comprendre son pays pour agir

La soirée-débat organisée à Avoudrey n’est pas complètement exceptionnelle dans l’activité du MRJC. Elle s’inscrivait cependant dans le contexte un peu particulier d’une recherche-action lancée en octobre 1999 en Auvergne, Basse-Normandie et Franche-Comté avec pour objectifs d’identifier « comment un mouvement de jeunesse contribue au développement des territoires » et « comment l’émergence de projets innovants en milieu rural participent à l’intégration durable des jeunes sur leurs territoires ». Avec le soutien de l’Association pour la redynamisation des territoires et espaces ruraux excentrés (Artere), des jeunes et d’autres acteurs locaux ont été interrogés sur leur perception de l’action du MRJC. La démarche participative mise en place a en outre permis d’élaborer et de tester des modes d’intervention permettant aux jeunes d’exprimer leurs aspirations en matière de développement local, d’accès à l’emploi ou encore de participation à la vie publique. Les enseignements de cette recherche-action seront débattus dans le cadre d’un colloque organisé le 9 juillet à Arras sur le thème « La participation des jeunes ruraux à l’avenir de leur territoire ».

De nouveaux outils méthodologiques en résulteront par ailleurs, mais les équipes locales du MRJC réalisent déjà depuis plusieurs années des diagnostics de territoire en s’appuyant sur une démarche intitulée « Comprendre son pays pour agir ». De l’analyse du paysage à l’exploitation d’enquêtes en direction des différentes catégories d’acteurs présentes sur le territoire, ce guide permet de transformer et d’enrichir le regard que les jeunes portent sur leur environnement. Il décrit en outre les points de passage obligés dans la construction d’un projet collectif de développement.

Le MRJC estime que la mise en place des « conseils de développement » prévus par la loi Voynet (TRI 167) devrait offrir un cadre propice et de nouvelles opportunités, tant pour mettre en oeuvre ce type de diagnostic participatif que pour associer des jeunes à la conception et à la conduite du développement local.

Des exemples d’actions

Dans le Puy-de-Dôme, des jeunes âgés de 15 à 17 ans ont choisi la restauration du petit patrimoine bâti et la revitalisation de savoir-faire traditionnels pour impulser une dynamique de développement. En particulier, un four à pain a été rénové et une fête du pain en a découlé. Les jeunes ont ainsi contribué au renforcement d’une identité locale, mais aussi d’une capacité à se concerter et à s’organiser collectivement dans un but commun.

Dans le Doubs, grâce à un Plan d’actions de revitalisation du milieu rural (Parm) de la Mutualité sociale agricole, une vingtaine de jeunes réalisent une vidéo intitulée « Demain, au pays... ». Ce document pose la question de l’avenir professionnel des jeunes dans des cantons très éloignés des villes (Pierrefontaine-les-Varans et Vercel).

Une dizaine de jeunes de Basse-Normandie organisent dans une ferme des journées culturelles et d’échanges de savoir-faire. Par exemple, en partenariat avec une association de solidarité avec les travailleurs immigrés, un événement intitulé « Savoirs du monde » a permis à la population du canton d’aller à la rencontre de communautés étrangères installées dans la ville voisine. La dynamique locale créée par ces journées permet d’échanger des points de vue sur l’avenir du territoire.

Dans l’Allier, un camp-chantier a été organisé par des jeunes afin de contribuer au nettoyage, à la préservation et à la mise en valeur de la rivière Allier. Une soirée-débat et une exposition ont dans ce cadre été proposées au grand public. D’autres actions de sensibilisation sont maintenant développées, notamment une marche d’orientation sur les bords de la rivière et un inventaire des arbres présents sur la rive nettoyée.

 

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