Philippe Wasselin et son épouse ont débuté leur élevage de chèvres sur 1,2 ha. Progressivement, ils ont abandonné leurs autres activités et ils tirent maintenant deux revenus d'une exploitation de 9 hectares. Les fromages et les tartes qu'ils confectionnent contribuent au succès des restaurants locaux qui les mettent à leur carte. Le corps de ferme qu'ils ont rénové et les centaines de mètres de haies qu'ils ont replantées rendent le territoire plus attractif. Leurs trois enfants ont gonflé les effectifs scolaires et la famille est investie dans un grand nombre d'activités.
Mme Duthoit
siège au conseil d'administration du Parc naturel régional du
Nord-Pas-de-Calais en tant que maire d'une petite commune. Ce parc est le
plus peuplé et le plus urbanisé de France. Lorsqu'il a renouvelé sa
charte, il s'est en particulier penché sur la contribution de l'activité
agricole au tissu socio-économique local. Souhaitant le maintien du plus
grand nombre possible d'exploitations et demandant à ces dernières de
valoriser au mieux les ressources locales, le parc a multiplié les mesures
en faveur de l'emploi agricole : aide à l'installation des jeunes en
s'appuyant sur les Cuma, financement d'un poste de permanent travaillant
sur le problème des agriculteurs en difficulté.
La sociologue Nicole
Mathieu s'est appuyée sur ces exemples pour expliquer que le rapport de
l'agriculture au territoire ne se limite pas à l'importante question du
déménagement des activités. À la concentration de ces dernières dans les
zones les plus riches et les plus proches des installations portuaires
s'ajoute en effet la question de l'ancrage des activités agricoles dans le
territoire local. Le problème est qu'en privilégiant une agriculture
mondialisée, la Pac mise sur une logique de filières qui tend à détacher
les exploitations de leur environnement, voire à les faire entrer en
conflit avec cet environnement. Au contraire, les agriculteurs "hors
normes" sont, sans doute plus que d'autres, amenés à construire leur
projet en fonction du contexte local. Dans cette logique, ils développent
généralement des échanges plus intenses avec les autres acteurs du
territoire. Et, malgré la faible capitalisation qui les caractérise, ils
sont souvent plus employeurs de main-d'?uvre et contribuent davantage à
l'enrichissement du territoire que les exploitants très subventionnés.
Aucun des trois ateliers n'a remis en cause le
principe d'un subventionnement de l'agriculture. En effet, cette activité
supporte encore moins qu'une autre la loi de la jungle sur les mythiques
"cours mondiaux". Toutefois, et notamment dans le contexte de chômage
actuel, les soutiens publics ne doivent être attribués qu'en fonction
d'engagements précis en matière d'emploi. En outre, les emplois maintenus
ou créés doivent être stables et, autant que possible, à plein temps.
Certains avancent en ce sens un principe
d'"emploi-conditionnalité".
Quatre principes ont été plus
particulièrement mis en avant :
En ce qui concerne ce dernier point, les ateliers ont préconisé un plafonnement et une modulation des aides publiques reçues pour une même exploitation. Plusieurs mécanismes allant en ce sens ont été examinés dans les ateliers. Au-delà du débat technique ainsi ouvert, les participants sont unanimes sur l'objectif poursuivi : les soutiens doivent favoriser l'emploi lié à la sphère agricole. Ceci suppose de ne plus privilégier le subventionnement des exportations, mais de favoriser au contraire une meilleure répartition des activités agricoles sur l'ensemble du territoire et une répartition plus équitable et plus créatrice d'emplois entre les exploitations. Pour garantir un meilleur respect de cet objectif, les citoyens doivent être associés à la définition, à la conduite et à l'évaluation des politiques agricoles mises en ?uvre au niveau communautaire, au niveau national et au niveau local.
Il est par ailleurs ressorti que "l'installation, c'est l'affaire de tous !" Pour conserver un maximum d'emplois et favoriser la diversification des activités agricoles, une attention particulière doit être accordée aux installations hors cadre familial, aux installations progressives et à la pluriactivité. Il serait souhaitable que la prochaine loi d'orientation agricole privilégie ce volet. Sur un autre plan, des collaborations sont envisageables avec des collectifs de chômeurs afin d'identifier et d'accompagner de nouveaux candidats à l'installation. Enfin, les Commissions départementales d'orientations agricoles (CDOA) doivent s'ouvrir à d'autres acteurs que les organisations agricoles et l'administration. L'importance des pouvoirs alloués à ces instances de décision justifie qu'elles basent leurs réflexions sur une plus large concertation.
Dans le même esprit, il est demandé que les futurs CTE
accordent une place aux collectivités locales. Celles-ci doivent en effet
prendre en compte l'activité agricole dans le projet de développement du
territoire dont elles ont la charge (certaines financent d'ailleurs
diverses mesures en faveur de l'installation, du maintien des
exploitations, de la diversification agricole...). Il convient donc
qu'elles puissent se prononcer sur les objectifs et les termes des futurs
CTE, voire qu'elles puissent contractualiser dans ce cadre. Si tel n'était
pas le cas, le risque serait alors important que des CTE viennent
contrecarrer les projets collectifs de certains territoires. Il
deviendrait alors abusif de parler de "contrats territoriaux"... Enfin, la
réorientation des soutiens publics vers un objectif prioritaire de
création d'emplois pourrait notamment permettre de cofinancer la prise en
charge de certains travaux agricoles ou d'entretien de l'espace par des
entreprises d'insertion. Priorité devrait alors être donnée à la création
d'emplois stables. Plus généralement, une homogénéisation des statuts des
actifs ruraux pourrait permettre de supprimer les distorsions existantes
entre professions.
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