Brèves - 2 octobre 2002

Sciences humaines (estime de soi), Science et Vie (cancer et psy), Arte (champignons), FR3 (terrorisme nucléaire), France-culture (Emmanuel Todd), topologie de l'univers.
- "L'univers a-t-il une forme ?" de Roland Lehoucq (Flammarion) pose l'intéressante question de la topologie de l'univers qui n'est pas forcément une boule. Il ne faut pas confondre la géométrie des objets visibles, leurs distances, et la topologie de l'espace, du continu sous-jacent. L'hypothèse d'une forme en anneau (un tore, un hypertore plutôt) aurait pour conséquence de dupliquer les images des galaxies qui seraient donc moins nombreuses qu'on ne les voit. D'autres hypothèses dessinent plutôt un univers plat et replié qui permettrait de passer entre les plis pour raccourcir les distances...

- Remarquable document sur Arte, le 25/09/02 à 19:00, "Les Champignons hallucinogènes" avec des films d'époque présentant les expériences des pionniers (Heim, Hofmann) jusqu'aux derniers développements sur l'effet de la sérotonine (la psylocibine, proche du LSD, c'est de la sérotonine non oxydée). En montrant que l'excès de sérotonine rend le thalamus trop perméable, ne servant plus de filtre et provoquant donc anxiété permanente voire hallucinations, c'est donc l'hypothèse d'une hyper sérotoninergie qui se trouve renforcée, notamment dans certaines schizophrénies.

Cela devrait inciter, me semble-t-il, à utiliser plus largement Buspar (agoniste 5-HT1A baissant la sérotonine et augmentant la dopamine) et Zophren (antagoniste 5-HT3 réduisant la production de sérotonine et de substance P) ou la Partenelle (utilisée pour la prévention des migraines... et comme insecticide écologique sous le nom de pyrètre!).

- Sur France 3, le 26/09/02 à 23:35, "Terrorisme, la menace nucléaire" montrait qu'il y avait clairement un risque de terrorisme nucléaire, au moins des "bombes sales" qui se contentent de répandre des déchets nucléaires, mais on sait aussi que des "valises nucléaires" opérationnelles (d'origine russe) sont aux mains des terroristes. Ils ont oublié d'ajouter qu'avec du plutonium, c'est à la portée de tout bon physicien de fabriquer une bombe dans sa cuisine. C'est bien sûr très difficile de trouver du plutonium mais pas impossible depuis le démantèlement de l'URSS. Télérama se plaint de ce qu'on veuille paniquer les populations en ne donnant pas la parole à ceux qui pensent que tout cela n'est pas vrai !!! Les reportages sont pourtant précis et documentés, l'interview du général Lebed sans appel. On aimerait bien sûr que ce ne soit pas vrai, qu'une telle puissance démesurée ne puisse tomber dans des mains démoniaques ! C'est pourtant un risque réel, dénoncé depuis longtemps par Jacques Attali et qu'il faut réellement prendre en compte (voir mon article Apocalypse now).

- Une des dernières émissions passionnantes de France-culture à midi, pour le 11 septembre, avec Emmanuel Todd présentant son dernier livre "Après l'empire". Il développe ce qu'il avait esquissé dans "L'illusion économique" de la fragilité de la puissance américaine et de son économie creusant un déficit commercial qu'ils ne peuvent financer, en attirant les capitaux mondiaux (japonais), que s'ils maintiennent leur hégémonie (et la rétribution des capitaux). Pourtant leur puissance relative a fortement déclinée depuis 1945 dans un monde beaucoup plus alphabétisé et industrialisé, américanisé enfin, qui peut se passer d'eux désormais. L'hyperpuissance américaine tient à la bonne volonté de leurs alliés qui y trouvent intérêt, elle tient à la faiblesse européenne. Sur ce point il rejoint Robert Kagan pour qui l'Amérique ne paraîtrait forte aux yeux des européens qu'à l'aune de leur propre "faiblesse" les poussant vers la négociation (mais cette faiblesse n'était-elle pas l'utopie marchande de la paix du doux commerce, sinon des démocraties ?) Pour Emmanuel Todd, l'islamisme correspond à une phase de transition anthropologique brutale que nous avons connus nous-mêmes avec le fascisme, crise de l'alphabétisation et de la baisse de la démographie qui l'accompagne. Notons toutefois que, si on doit donner raison à Emmanuel Todd de mettre le niveau de formation comme véritable indicateur de richesse et de puissance, la chute de l'URSS semble relativiser la capacité cognitive d'une population par rapport aux structures qui lui permettent de s'exprimer.

- Sciences humaines no 131 du mois d'octobre, a un excellent dossier "De la reconnaissance à l'estime de soi" qui en mettant au centre le regard de l'autre donne une vision de l'individu bien éloigné de l'homo oeconomicus. Tzvetan Todorov rejoint Laborit lorsqu'il doute d'une civilisation des loisirs qui ne met pas en jeu notre reconnaissance. "Donner sens et agrément au travail lui-même est sans aucun doute plus utile que de multiplier les loisirs". Christophe André note bien que "l'estime de soi a pu être comparée à un véritable système immunitaire du psychisme" mais il ne va pas jusqu'à les identifier alors que les influences sont manifestes. Ainsi, plutôt que de chercher une explication psychologique à la résignation, une complaisance avec notre dégénérescence, une habitude de la tristesse à laquelle on s'identifie comme "victime invincible" (!), il vaudrait mieux noter avec Canguilhem la signature de la maladie dans cette perte de tonus, dépression qui est un phénomène hormonal que les drogues appropriées corrigent immédiatement, tout comme la reconnaissance sociale change l'équilibre de nos humeurs et de notre système immunitaire. Il y a bien un système bio-psycho-sociologique où le regard de l'autre renforce ou inhibe l'estime de soi, l'humeur psychologique et le système immunitaire.

- Science et Vie no 1020 de septembre 2002 aborde la question avec "Cancer, l'insaisissable part du psy". Le problème vient des psychologues qui prétendent donner des interprétations délirantes de ce qui résulte plutôt d'une réaction de stress indifférenciée. "C'est la cellule qui met en scène la revendication inconsciente de cette personne : Moi, je veux vivre, je ne veux pas mourir". Ce serait à mourir de rire si les conséquences de telles bêtises n'étaient si graves ! On comprend les réticences des cancérologues, et les piètres résultats des psychothérapies, mais il est impossible de ne pas prendre en compte les traumatismes qui sont le plus souvent à l'origine du déclenchement d'un cancer. Les mécanismes de la psycho-neuro-immunologie ne sont pourtant pas mystérieux (voir Rossi). Certes la cellule cancéreuse est un phénomène biochimique mais on sait que le dérèglement des récepteurs adrénergiques perturbe le système immunitaire chargée de son élimination, ainsi que la sécrétion de l'hormone de croissance par exemple dont l'effet cancérigène est avéré à forte dose. Il n'y a aucun désir de la cellule, pas plus que de liberté de l'électron, mais des maladies du stress qui prennent telle ou telle forme selon les prédispositions de chacun, son histoire ou les circonstances. La part psychologique n'est pas magique mais l'humeur est une dimension essentielle d'une éventuelle guérison, dans la boucle entre esprit et corps.

Sinon, ce numéro consacré à l'état de la Terre, et témoignant de ce que la revue est de moins en moins opposée aux écologistes bien que toujours réticente (ils ont raison de critiquer Malthus, pas de le confondre avec l'écologie), c'est la voiture à air comprimé qui est présentée comme une alternative (au moins en ville) alors que la Recherche défend une voiture électrique hybride et Jeremy Rifkin la voiture à hydrogène !

02/10/02

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