DES INITIATIVES LOCALES AUX PLANS DE VILLE:

Changer d'échelle pour une gestion concertée de l'environnement urbain.

 

Compte rendu résumé de la rencontre de Bamako. (20-28 Juin 1998) et rappel des conclusions de la rencontre de Bogota (11-14 septembre 1997)

 

Sommaire

INTRODUCTION *

DEROULEMENT DE LA RENCONTRE *

• Mardi 23 Juin *

Matinée : visites de terrain: *

Après midi : Ouverture de l'atelier *

Bilan et perspectives du PRECEUP: *

Bilan et perspectives du HEC *

• Mercredi 24 Juin *

Matinée : Thème I Quels changements d'échelle pour une production sociale significative de biens et services de base en milieu urbain? *

Après midi : Thème II Quels partenariat pour une gestion concertée de l'environnement urbain? *

Atelier n° 1: Planification participative pour un changement d'échelle *

Atelier n°2: Le conflit comme ressource *

Atelier 3 : quels changements institutionnels sont nécessaires au sein des ONG et mouvements populaires pour aboutir à un changement social? *

• Jeudi 25 Juin *

Matinée : Thème III Quels outils pour une gestion concertée de l'environnement urbain: des initiatives locales aux plans de villes? *

Analyse Régionale pour l'Amérique Latine *

Analyse régionale pour l'Asie *

Après-midi : Thème IV Vers des "observatoires" urbains: outils intégrateurs pour une gestion concertée de l'environnement urbain *

Atelier n° 1: Contrôle de la qualité des produits *

Atelier n° 2: Dialogue entre la société civile et les autorités publiques *

Atelier n° 3: Indicateurs comme perspectives de changement *

 

INTRODUCTION

Le programme Habitat et Environnement (Habitat and Environment Committee) et le programme d'Économie Environnementale Urbaine et Populaire (PRECEUP) ont organisé conjointement une rencontre à Bamako du 23 au 27 Juin 1998 sur le thème: "Des initiatives locales aux plans de ville, Changer d'échelle pour une gestion concertée de l'environnement urbain".

L'objectif de la réunion était de réfléchir sur les possibilités et la nécessité du changement d'échelle. En effet, l'action des ONG a toujours été dirigé vers les populations. La priorité pour ces organisations était simple: agir là où les gouvernements et les institutions inter-gouvernementales étaient absentes. Elles ont ainsi mis en place des projets novateurs et ont permis aux populations défavorisées de s'épanouir dans un environnement et dans des conditions de vie adéquates. Or, ces projets doivent devenir des programmes, et ces programmes doivent toucher un nombre plus important de personnes.

Face à ce nouvel objectif, la stratégie pour les années à venir doit être toute autre: il faut passer du niveau micro au niveau macro. Il faut travailler en communion avec d'autres acteurs et recueillir toutes les idées qui viennent du haut comme celles issues des communautés. La concertation de tous ces acteurs et de toutes ces actions est à la base de ce nouveau processus de "changement d'échelle".

Ont ainsi participé à cette rencontre des personnalités venues d'horizons différents: des représentants d'organisations internationales (UNESCO, CNUEH) et régionales (African Wastenet), des autorités locales (Maire de Kaffrine), des ONG diverses (CREPA, Cités Urbaines, ENDA TM), des Centres d'Investigation, des chercheurs,...

La rencontre a été organisé sous forme d'ateliers, de réunions plénières et de visites. Ainsi, la réflexion a été enrichie par les expériences de terrain et les problèmes rencontrés à la base.

Enfin, nous avons partagé les fruits de notre réflexion avec M. le Président de la République du Mali, Alpha Oumar Konaré, et les conclusions de la rencontre ont été présentés à la presse, avec la présence active de Mme. Konaré, Première Dame du Mali.

 Nota bene: Ce rapport ne prétend pas à être exhaustif, mais à présenter une synthèse générale de tous les éléments qui ont été traités lors de la rencontre de Bamako entre le 20 et le 28 Juin 1998. Notre ambition n'est pas de reprendre tout ce qui a été dit , mais d'en extraire les éléments qui pourraient constituer des sujets de réflexion pour l'avenir.

Nous avons choisi la présentation chronologique des thèmes, (en respectant l'ordre du jour ), afin de faciliter la lecture et la compréhension de ce document.

Afin de compléter les informations manquantes, il suffira de consulter la brochure distribuée lors de la réunion.

 

DEROULEMENT DE LA RENCONTRE

La rencontre a eu lieu à Bamako pendant 5 jours, du 23 au 27 juin 1998. Le programme a été le suivant:

• Mardi 23 Juin

Matinée : visites de terrain:

L'idée des visites de terrain part de la volonté délibérée d'ancrer l'atelier sur des préoccupations concrètes. En effet, si notre objectif est le changement d'échelle, nous ne devons pour autant nous éloigner du terrain et de la nécessité de changement social exprimée par les communautés de base. Ces visites ont été coordonnées par ENDA Mali.

 * Associations de développement de quartier et micro-entreprises d'assainissement (par la COFESFA)

 * Visite d'un CESCOM (Centre de Santé Communautaire):

Le Centre de Santé Communautaire de Bankoni se situe dans un des quartiers les plus pauvres de Bamako. Il traite en moyenne 200 patients par jour et assure les services de vaccination, accouchement et consultations médicales non urgentes.

Le Centre de Santé permet aux mères et aux jeunes enfants du quartier de bénéficier de tarifs beaucoup plus abordables que ceux d'un hôpital public, et d'avoir une attention plus rapide. Le personnel est composé de jeunes médecins maliens et de stagiaires issus de facultés françaises.

Les médicaments et traitements fournis par différentes organisations internationales et gouvernementales (USAID, Coopération Décentralisée française) sont donc accessibles pour les malades qui bénéficient désormais de soins et d'un suivi fréquent.

Le CESCOM fonctionne de manière efficace et il constitue donc une expérience reproductible dans d'autres quartiers défavorisés de Bamako.

 * Réhabilitation d'un quartier spontané de Bamako (par ALPHALOG)

 * GIE de Namakoro

 * Projet d'assainissement alternatif (par la COFEPE):

La Coopérative Féminine pour la protection de l'Environnement a été créée le 24 juillet 1991. Elle est constituée par quinze jeunes diplômés sans emploi et ses objectifs sont:

 La création d'emplois,

L'amélioration des revenus des membres,

L'amélioration de l'environnement à travers des actions d'assainissement: la collecte, l'évacuation, le traitement et la valorisation des déchets liquides et solides.

L'action de la Coopérative a été effective dans les communes II et IV de Bamako où l'on a nettoyé le marché d'Hamdallaye, construit des puisards et des latrines améliorés, collecté les ordures ménagères et vendu des poubelles.

Les acquis de la Coopérative peuvent être résumés ainsi:

Création de 36 emplois,

Amélioration des connaissances et des performances à travers des formations en création et gestion d'entreprise, méthodes d'animation et sensibilisation, et enfin techniques de construction des puisards et des latrines.

La COFEPE est financée par les cotisations des membres, des subventions des Pays-Bas à travers l'ONG Alphalog, la coopération canadienne à travers l'Agence Canadienne de Développement International et des emprunts.

• Mardi 23 Juin

Après midi : Ouverture de l'atelier

L'après-midi, l'atelier s'est poursuivi par l'ouverture officielle puis par la présentation des deux programmes organisateurs de la réunion et des invités.

Bilan et perspectives du PRECEUP:

* Présentation générale du programme puis brève présentation des membres et de leurs activités (Farid Yaker, Enda TM, France):

Le programme PRECEUP est un programme inter-antennes d'ENDA TM. Il bénéficie du soutien financier de l'Union Européenne et vise à appuyer dans les pays du sud des initiatives locales dans le domaine de l'environnement urbain. Ces initiatives devront par la suite être échangées afin de susciter une réflexion d'ensemble sur la thématique de l'environnement urbain.

Le programme se décompose en deux phases. La première phase (18 mois) a déjà eu lieu et a permis d'amorcer des changements significatifs dans des nombreux domaines (amélioration de la gestion de l'environnement urbain, renforcement des organisations communautaires, activités génératrices de revenus...). En continuation de la première phase, le volet Opérationnel du programme vise à appuyer des projets d'environnement urbain et des échanges sud/sud d'expériences, de savoir-faire, de méthodes d'animation et de technologies locales débouchant sur des projets économiques ayant une dimension ou un impact environnemental et s'appuyant sur les dynamiques populaires.

A Bogota, en Colombie, l’équipe d’Enda Amérique latine met l’accent sur le renforcement des capacités des femmes leaders à participer aux processus politiques qui influencent leurs cadres de vie.

Au Vietnam et au Maroc, les équipes de Enda ont accompagné la mise en place d’associations de base en milieu défavorisé qui s’affirment comme de véritables acteurs de développement local. Dans ces deux pays, caractérisés par la soumission des plus faibles aux pouvoirs en place, le lancement d’une dynamique de développement sur une base communautaire est une première.

A Thiès, l’équipe de Enda Graf appuie la Fédération des femmes de Thiès qui gère de nombreuses activités à l’échelle de la ville (29 quartiers sur 44) : systèmes de collecte et de valorisation des déchets, mutuelles de santé, caisses d’épargne-crédit autogérées, etc.

A Saint Domingue, les liens directs qui ont été établis entre la municipalité et les groupes de base ont permis de renforcer le système alternatif de gestion des déchets mis en place au niveau des quartiers défavorisés. Enda Caribe a joué un rôle important dans l’augmentation de la capacité des groupes leaders à appréhender leur environnement et à entrainer la population dans le respect des nouvelles règles de gestion des déchets.

Tous les projets appuyés par Preceup accordent une importance primordiale à l’implication des populations dans la gestion de leur cadre de vie. Ils se déroulent par ailleurs dans des contextes socio-culturels très différents ce qui a permis aux membres du Programme d’acquérir une vue d’ensemble des problématiques urbaines et des modes d’intervention les plus appropriès en fonction des réalités locales.

Parallèlement, un volet Recherche-capitalisation est mis en oeuvre en vue d'identifier, recenser et documenter des expériences pertinentes relatives aux thèmes mis en avant par le programme. Une réflexion sera engagée avec de nombreux partenaires autour d'axes précis en vue de proposer des pratiques alternatives et de fournir des recommandations aux décideurs concernés par la problématique environnementale urbaine.

Finalement, à travers un volet Diffusion-communication on s'assurera que les enseignements des volets opérationnels et recherche-capitalisation feront l'objet d'une diffusion optimale auprès des acteurs de terrain, des milieux de la recherche et des organismes gouvernementaux. Cela passera par l'utilisation de supports adaptés (publications, outils audiovisuels, listes des diffusion et site InterNet).

Domaines de l'environnement urbain couverts par le projet:

• gestion et valorisation des déchets solides (systèmes alternatifs de collecte, recyclage des déchets solides, compostage et agriculture périurbaine);

• gestion et traitement des eaux usées (assainissement non conventionnel, systèmes de lagunage...);

• techniques d'adduction d'eau et procédés appropriés de potabilisation de l'eau.

Les initiatives soutenues par le programme se caractérisent par:

• la mise en oeuvre de systèmes alternatifs de gestion de l'environnement conçus et gérés par des groupes de base (jeunes, femmes, etc). Ces systèmes s'appuient sur une forte mobilisation des populations et notamment des femmes.
• l'implication et la collaboration avec les autorités municipales et services compétents de l'État.
• l'implication du secteur privé ou coopératif et en particulier des micro-entrepreneurs.
• la mise en place d'espaces de concertation, de mécanismes et d'outils de partenariat entre les groupes communautaires, les municipalités, l'État, et le secteur privé.
• la recherche et la mise en oeuvre de technologies adaptées aux conditions des quartiers défavorisés. Ces technologies dont le coût est abordable sont produites et maîtrisées localement. La maintenance des équipements issus de ces technologies est aisée.
 

L'intérêt principal du programme PRECEUP est de tester et de mettre en synergie des approches innovantes en matière de gestion de l'environnement urbain des populations défavorisées.

Le second intérêt du programme réside dans sa capacité à capitaliser des projets et expériences pour en extraire des recommandations et proposer des pratiques et savoir-faire alternatifs.

Enfin, le troisième intérêt du programme est de mettre en forme de manière adaptée les expériences de terrain capitalisées, ainsi que les résultats des travaux de recherche qui méritent d'être diffusés.

 Ce travail de communication répond à la nécessité de faire connaître des alternatives crédibles pour la défense de l'environnement urbain. Il répond également à la nécessité de révéler d'autres réalités de ces villes, porteuses de pistes pour l'avenir. Montrer la dynamique des savoir-faire populaires et des initiatives citoyennes, montrer la prise en charge et l'analyse des problèmes d'environnement urbain par ceux qui les vivent.

 * Présentation des conclusions du dernier atelier de Bogota (Pilar Trujillo, Enda TM, Colombie):

Entre le 11 et le 14 septembre 1997 s'est tenu à Bogota le séminaire international "Gestion Intégrée de l'Environnement Urbain", dans le cadre de la rencontre du Programme d’Économie Environnementale Urbaine et Populaire (Preceup), coordonné au niveau international par Enda Tiers Monde et financé par l’Union européenne.

Cette rencontre, organisé par Enda América Latina, a réuni plus de 40 personnes d’organisations populaires de la ville de Bogota, acteurs communautaires de la transformation et de l’amélioration de l’environnement, délégués d’ONG (au niveau national), reconnus pour leur travail environnemental; membres d’organismes de l’Etat colombien avec des responsabilités au niveau urbain; représentants d’ONG environnementales internationales; ainsi que des délégués africains, asiatiques, européens et caribéen de Enda Tiers Monde.

Pendant trois jours, des expériences et des rapports ont été présentés, puis travaillés en commission. Ce texte présente les conclusions générales du séminaire, et nous tenons à remercier Yolanda de León, de Enda Caraïbes, pour le travail de compilation d’une grande partie de ce document.

Le séminaire a formulé les objectifs suivants:

á Contribuer à l'analyse sur la capacité d’organisation et les possibilités d'articulation entre les différents acteurs qui interviennent dans la gestion de l'environnement urbain.

á Mieux connaître le fonctionnement et les résultats des différentes expériences communautaires dans la gestion de l'environnement urbain.

á Mettre en valeur les différentes expériences régionales du programme PRECEUP et débattre sur les possibilités de réplicabilité.

á Mieux cerner le concept de développement durable et sa relation avec les programmes environnementaux développés par les communautés.

Afin de mieux cerner ces objectifs, on a proposé les problématiques de discussion suivantes:

1. Analyse des formes organisationnelles des secteurs populaires et gestion communautaire de l'environnement urbain,

2. Étude des conditions de réplicabilité des expériences,

3. Analyse des aspects politiques et des politiques publiques,

4. Enfin, comprendre le rôle et les intérêts économiques des secteurs privés et populaires.

 

1) Formes organisationnelles des secteurs populaires et gestion communautaire de l'environnement urbain: avantages, limites et innovations

Les secteurs populaires ont souvent recours à différents formes d'organisation, qui pour la plupart obéissent aux besoins de la vie quotidienne, aux conditions d'existence dans les quartiers concernés, à leurs spécificités et à leurs différences d'avec l'environnement rural.

Ces spécificités concernent essentiellement les aspects territoriaux (présence de quartiers d'habitat spontané -bidonvilles-, municipalités, villages), les aspects socioculturels (familles, chefferies, relations de consanguinité, parenté), les thèmes spécifiques de travail (habitat, environnement, droits de l'homme) et enfin les populations concernées (femmes, personnes âgées, négritudes...).

Or, les formes d'organisation traditionnelle subissent de plus en plus la concurrence de nouvelles formes d'organisation sociale. Les grandes organisations de travailleurs, d’agriculteurs, d’indigènes, d’étudiants, sont les victimes d’une perte d’identité, et doivent coexister avec les " nouveaux mouvements sociaux ", qui répondent à des besoins d'expression plus concrets et à une transformation du concept de " représentativité ".

Par ailleurs, et plus particulièrement dans le cas de la Colombie, le processus de décentralisation administrative ainsi que la promulgation de la nouvelle constitution en 1991, ont ouvert un nouvel espace de participation locale et directe; ainsi, les effets des politiques d’ajustement structurel ont mené à la création de centaines de coopératives et de formes d’organisation de travailleurs mis au chômage par la déconcentration des processus productifs et de l’application de politiques. Certaines des ces formes d’organisation suivent un modèle solidaire, et dans la majorité des cas prennent la forme d’entreprises individuelles mieux connues sous le nom de " microentreprise ".

On peut signaler dès à présent, que ces nouvelles formes d'organisation populaire ont permis aux groupes concernés d'acquérir plus de poids et de participer plus activement à la construction de la démocratie. La communauté se reconnaît désormais comme un acteur à part entière, dont les possibilités d'intervention et d'action sont non seulement élargies, mais déterminantes.

Pourtant, les organisations sociales qui devraient travailler à côté de l'État ne sont pas encore prêtes, puisqu'elles n'ont jamais eu accès aux espaces publiques de prise de décisions. La manipulation de la part des partis politiques, la cooptation de la part de l'État, l'accès à l'exécution des programmes financés par l'État et la concurrence qui en résulte, ont souvent provoqué la perte de capacité critique et d'indépendance des organisations communautaires: la reconquête de ces attributions est un défi lancé.

C'est ainsi que les ONG deviennent des pièces clé dans le processus de participation populaire pour le développement. Parfois elles deviennent les instances d'exécution des politiques publiques, à la place d'un État qui n'a cessé de démontrer l'inefficacité de son action sociale. De ce fait, elles entrent en concurrence avec les organisations sociales, dans une société qui est déjà très fragmentée. Cette fragmentation qui peut être accentuée par la formulation de projets trop cloisonnés empêchant l'articulation entre les différents acteurs, doit être évitée.

 

2) Réplicabilité des expériences sur la gestion intégrée de l'environnement urbain

Le concept de "réplicabilité" consiste en la capacité de reproduire les expériences précédentes. Il s'agit de multiplier l'expérience d'un groupement ou un acteur en particulier, pour l'utiliser dans des groupements différents, et dans des circonstances différentes. Définit ainsi, ce concept est dangereux et inapproprié: pour que la réplicabilité soit possible et produise des effets positifs, il faut toujours tenir en compte certaines consignes:

Il faut respecter les caractéristiques particulières de chaque espace, de chaque expérience et ne pas oublier les spécificités politiques, économiques et socioculturelles propres à chaque groupement humain. L'idée de réplicabilité doit ainsi respecter le nouveau contexte, donc répliquer veut dire aussi "re-contextualiser" les faits et les processus: c'est à dire identifier le nouvel environnement, les difficultés rencontrées et le rôle qu'ont les acteurs au sein de la société. Sans une réelle connaissance de ces facteurs, la réplicabilité devient une transposition mécanique qui ne produira aucun résultat positif.

Tout contexte a ses spécificités en termes d’articulation entre les acteurs, de cadres institutionnels, d’échelles d’intervention et de formes d’organisation. Il faut donc conclure que la réplicabilité est viable uniquement lorsque l'expérience originelle est utilisée comme source d'inspiration pour les nouveaux acteurs.

La réplicabilité est synonyme d'apprentissage mutuel, d'échange et de transfert de connaissances. C'est un processus méthodologique et pédagogique qui ne peut pas aller au-delà de cet apprentissage car il existe une énorme différence entre le savoir et les solutions qu'il est possible de mettre en oeuvre sur le terrain, tant au niveau théorique comme au niveau pratique et parfois technique. Il doit s'agir donc d'un échange d'expériences.

Par ailleurs, il faut être conscient du rôle prépondérant des communautés et éviter de mutiler leurs compétences et leur autonomie.

Il existe une certaine catégorie de situations, qu'on appelle "situations de motivation ou stimuli" et qui sont susceptibles d'être répliquées. En ce qui concerne l'aspect technique, il est cependant important de rester vigilant sur la viabilité financière, sans pour autant réduire la réplicabilité à une question purement monétaire. Ainsi, la réplicabilité est avant tout fondée sur la capacité qu'a la communauté d’apprendre et de créer des nouvelles expériences grâce à la reconnaissance de son savoir propre.

Dans ce processus de renforcement des acteurs communautaires, il est indispensable de tirer des enseignements des expériences précédentes, et de connaître les limites et les capacités des acteurs sur place.

La réplicabilité devient ainsi un processus délicat mais souhaitable.

 

3) Aspects juridiques et politiques publiques

L'adoption de toute une législation en matière d'environnement peut être un instrument de pression très important pour les organisations de base communautaire. Grâce à ce corps de lois, on pourra exiger l'application effective des textes par le gouvernement et l'on pourra négocier et organiser plus facilement la concertation entre les participants. Il est d'importance capitale pour les ONG et pour les organisations communautaires d'insister sur les aspects de formation et de renforcement des capacités, afin que leurs membres puissent avoir une vraie capacité d'analyse, de réflexion et de proposition.

Ce thème est cependant assez méconnu. L'État ignore souvent le droit dont disposent les organisations populaires à participer aux processus de construction de plans de développement, à leur exécution et à la prise de décisions, en ce qui concerne le budget et les stratégies d'action.

Les communautés sont souvent considérées comme des simples électeurs potentiels, ou comme des maîtres d'oeuvre dans l'exécution des politiques publiques. La décentralisation administrative et la délégation des tâches sociales de l'État vers les organisations communautaires représentent un vrai pas en avant.

 

4) Rôle et intérêts économiques des acteurs privés et populaires

Les contradictions entre les intérêts économiques des secteurs privés et populaires est une source constante de conflits. Ces conflits sont la résultante d'une absence de concertation entre les acteurs et ils peuvent devenir très graves selon le pays. On attend une intervention de l'État comme instance de régulation et d'arbitrage de ces conflits, mais la plupart du temps, on constate que l'intérêt de l'État peut être purement économique, ce qui défavorise les acteurs populaires.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la durabilité d'un projet n'est pas uniquement une question financière ou économique. Ces dernières années, ce concept avait été réduit à une expression très simpliste, qui ne prenait pas en compte la manière dont les groupes s'organisaient, l'apprentissage des techniques par la société, la construction de solidarités et de nouvelles interactions entre les acteurs, les transformations culturelles d'un groupe grâce à l'optimisation des conditions de santé, etc...

Pourtant, le problème de la durabilité financière est un vrai dilemme, car il faut se poser la question de la survie d'un projet, et cette survie ne peut avoir lieu si le projet n'est pas pris en charge par l'État, c'est à dire si l'organisation devient une entreprise travaillant pour le compte de l'État ou qui vend ses services à l'État. Il est question donc de l'autonomie et l'indépendance d'action de ces organisations sociales.

Pour les participants à cette réunion, c'est un devoir de l'État que d'assumer le coût de la participation communautaire, qu'à l'heure actuelle repose essentiellement sur l'action des femmes. Ce sont elles qui prennent en main la reconstitution du tissu social et qui exécutent les actions de développement.

Le financement des projets par l'État comporte cependant un risque: il existe des communautés qui se sentent motivées uniquement parce qu'il y a un stimulus économique derrière leur action. Une fois les financements terminés, leur compromis solidaire cesse. Les processus dégénèrent et souvent prennent fin. Il faut donc créer une mentalité d' "économie solidaire", indépendamment du profit.

 5) Questions de méthodologie:

Un élément important de controverse est l'analyse de l'impact des actions entreprises. Quelle méthodologie choisir pour réaliser cette analyse? La quantification de la couverture du projet, l'utilisation des paramètres de "coût-avantage", l'application quasi mécanique du modèle de l'entreprise privée et ses stratégies de management, sont généralement aperçus comme inadéquats. Pourtant, il a fallu les utiliser du fait d'une absence de cadre conceptuel adapté et en l'attente de nouveaux critères qui s'appuient davantage sur les acquis sociaux.

Bilan et perspectives du HEC

 * Présentation générale du programme puis brève présentation des membres et leurs activités (Malick Gaye, Enda TM, Sénégal):

La Coalition Internationale pour l'Habitat (HIC) a été créée en 1976. Elle couvre plus de 300 organisations communautaires et non-gouvernementales qui s'occupent des questions de logement et d'établissements humains à travers le monde. Le programme HEC a été mis sur pied en 1991 par la Coalition Internationale de l'Habitat, afin d'étudier et améliorer la corrélation entre les questions de l'habitat et de l'environnement.

Le HEC, coordonné par ENDA TM depuis 1995, met l'accent sur le développement des idées et pratiques de développement durable dans les communautés urbaines et péri urbaines pauvres.

Objectifs:

• Établir une corrélation entre les questions d'habitat et de développement écologiquement durable afin d'améliorer la qualité des conditions de vie des populations et créer un point de rencontre afin de permettre l'échange d'expériences, de ressources, de technologies et de connaissances entre tous les acteurs.

• Aider à la collecte de l'information utilisée pour l'élaboration de directives détaillées sur la façon dont les populations et les organisations puissent obtenir davantage de pouvoir et soient mieux intégrées dans les processus de prise de décisions.

• Élaborer des outils pour faciliter, au niveau local, national et régional, l'interaction entre les membres d'HIC. Ceci afin que ces derniers puissent mieux servir les communautés, en les assistant sur les questions techniques et en les aidant à avoir accès aux connaissances et techniques de communication. Le but est de promouvoir de nouvelles modalités de participation dans les projets de développement.

Objectifs à moyen et long terme:

• Contribuer au développement du potentiel et des capacités des populations à améliorer leurs conditions d'habitat et de logement;

• Renforcer le partenariat gouvernement-municipalité-communauté dans le cadre d'un nouveau modèle de développement de la solidarité humaine qui utilise les ressources locales autant que possible;

• Promouvoir l'intégration pratique de ces nouvelles approches sur l'habitat et l'environnement dans les programmes élaborés par les gouvernements des différents pays, des organisations intergouvernementales, les acteurs privés, les autorités locales, les chercheurs et les ONG.

 Centres d'intérêt:

• Procédés novateurs de création d'emplois par les entrepreneurs privés locaux, des ONG, OCB, gouvernements et autorités locales (aussi bien dans les zones rurales que dans les zones urbaines);

• Méthodes de réduction des disparités dans les villes, en ce qui concerne les services de santé et d'assainissement, par exemple l'évacuation et le traitement des déchets ménagers solides et liquides;

• Systèmes de délégation de pouvoirs/gouvernance locale: amélioration des capacités de négociation des pauvres en leur donnant un accès plus important aux biens et services publics;

• Indicateurs de base (données collectées à la base) et études de cas sur les expériences novatrices dans tous les domaines du développement urbain;

• Politiques basées sur les pratiques populaires (infrastructures novatrices et développement durable);

• Initiatives locales pour la formation professionnelle et éducation en matière d'environnement;

• Disparités dans l'accès à l'eau et à l'assainissement pour les plus pauvres.

Bien que créé en 1991, le Programme n'a commencé à fonctionner effectivement qu'à partir d'avril 1996, date à laquelle le mandat de coordination a été confié à Enda Tiers Monde.

La restitution du processus d'études de cas et des analyses régionales et globale constituera l'un des temps forts du bilan de ce programme.

 

• Mercredi 24 Juin

Matinée : Thème I Quels changements d'échelle pour une production sociale significative de biens et services de base en milieu urbain? 

"Le Changement d'échelle part du principe que l'on ne peut plus se contenter d'actions locales aussi réussies soient-elles. Il ne s'agit pas de supprimer toute initiative à l'échelle d'un quartier mais de se donner les moyens d'aller au-delà pour obtenir un vrai changement social".  

* Introduction de la problématique et des concepts, Jean Jacques Guibbert, Enda PPU, Sénégal : "Changer d'échelle pour une gestion concertée de l'environnement urbain"

L'échec des logiques de planification par le haut a amené les différents acteurs urbains à créer des méthodes de participation où tous seraient impliqués. Pourtant, la multiplication des petits projets éparpillés peut créer des incohérences, des zones grises et un manque de coordination des actions. La capacité d'intervention des ONG, au début renforcée, a glissé vers la fragmentation et l'instrumentalisation des acteurs qui deviennent des simples exécutants de politiques sociales élaborées ailleurs. Il est donc indispensable de coordonner les actions.

 Cette coordination doit passer par une reconnaissance des capacités des ONG à résoudre certains problèmes à un niveau micro (local), sachant qu'il arrive un point où cette action n'est plus suffisante et donc il faut passer à un niveau meso (ensemble de la ville) ou même macro (politiques nationales). Dans ces cas de figure, les ONG ne sont plus les seules compétentes, et il est correspond au gouvernement central d'assumer son rôle.

Comment faire pour passer du quartier à la ville?

 I) Logique d'intervention par le haut:

Les processus de planification peuvent se faire avec ou sans consultation des populations concernées. Dans le premier cas, les ONG sont absentes du processus: on fait appel à des bureaux d'études pour l'élaboration du projet et à des services déconcentrés de l'État pour sa mise en oeuvre. On peut tout de même rencontrer des ONG para étatiques (fortement liées aux pouvoirs publics) pour concevoir et mettre en oeuvre les projets.

La logique d'intervention avec consultation prend en compte dès le départ les aspirations des populations de base. On prend conscience que les populations doivent être consultées et informées dès le départ pour que les projets répondent bien aux besoins du terrain. C'est un processus qui vient du haut puisqu'on se contente de consulter et d'informer la société civile. Les ONG deviennent des "centres d'excellence", c'est à dire des organisations spécialisées en matière de planification, qui facilitent la communication populaire (ex : Plan stratégique de Bogota 2000).

II) La logique d'intermédiation:

Face à la légitimité par les urnes de la Municipalité, les ONG revendiquent une légitimité populaire. Dans ce cas, elles s'efforcent pour conserver leur statut d'interlocuteur directe avec les bailleurs de fonds, et face à la montée en puissance de l'acteur municipal, tentent de situer dans une position d'intermédiaire obligé.

Dans un contexte où les mouvements sociaux sont forts, elles peuvent servir de catalyseur à l'émergence d'un projet populaire négociable avec les autorités (exemple de la Charte de Lima). Dans un contexte d'affaiblissement de l'État, elles peuvent participer au démembrement de l'État et freiner le processus de renforcement des organisations de base.

III) La logique d'auto planification par le bas:

Il ne s'agit plus de populariser un projet impulsé par le haut, mais de participer à l'émergence d'un projet issu de la communauté. Nous avons des illustrations parfaites de cette logique dans le Projet Populaire de Développement Intégré de Villa El Salvador, au Pérou, ou dans le processus de Recherche-Action-Participative mené par GRAF avec les organisation populaires de la Ville de Thiès.

Les ONG renforcent les alliances avec les secteurs populaires. Elles favorisent l'émergence d'interlocuteurs populaires (collectives de femmes, artisans d'économie populaire urbaine, recycleurs, GIE d'assainissement à Bamako...), et deviennent des experts au service des organisations populaires auxquelles elles fournissent des informations sur les politiques globales, ainsi qu'un accès aux nouvelles technologies et des données sur la législation en vigueur...

 Nous voyons ici, le rôle clé de l'information qui, mise à disposition de la communauté, devient une arme pour l'élaboration de ses projets.

Beaucoup d'ambiguïtés subsistent encore dans les démarches par le bas qui sont menacées de dérapage populistes ou communautaristes. Cependant, dans la plupart des cas, le changement d'échelle passe par:

• La construction d'un rapport de forces beaucoup plus favorable aux acteurs populaires. Grâce au renforcement de leurs protagonisme et la constitution de mouvements sociaux de plus en plus englobants et actifs.

• L'élaboration de projets populaires globaux auxquels les différents segments de la population pourront s'identifier.

• La capacité qu'aura l'ONG pour influencer les politiques urbaines et leurs différences composantes.

Comment aider les groupes porteurs d'initiatives locales de développement urbains et les autres acteurs de la société civile à se doter d'une vision, de mécanismes et d'une stratégie pour concevoir un modèle global de ville, négociable avec les autorités. C'est le défi qui se pose aux ONG à l'aube du XXI ème siècle...

Réactions à la présentation de JJG sur le changement d’échelle

Maire de Kaffrine :

- les populations jugent les initiatives populaires autant qu’elles jugent l’Etat ou les collectivités locales;

- il ne peut exister d’autre légitimité que la légitimité des urnes. Toute forme de développement passe par les assemblées élues qui doivent cependant associer les populations à l’élaboration des plans de développement locaux et communaux.

La démocratie implique le pouvoir de la majorité. Elle n’est pas fractionnable et représente à l’heure actuelle le meilleur mode de fonctionnement du politique.

Jean Jacques Guibbert :

La démocratie est en construction. Les légitimités électives sont encore imparfaites. Cela dit, JJG note qu’il mettait en garde dans son texte contre le risque d’affaiblissement de l’Etat auquel les ONG peuvent contribuer.

Farid Yaker :

Il faut bien préciser le type de légitimité que l’on vise. Si les ONG ou groupes de base ne peuvent prétendre à une légitimité politique, leur intervention dans le champ socio-économique peut être légitime en cas de manquement de l’Etat à ses obligations ou en cas de non disponibilité de services de base essentiels dans une zone.

Comment concilier les impératifs de légalité avec la légitimité sociale des initiatives populaires?

A Cali, dans un contexte de normes et de cadre réglementaire rigides, des avocats ont aidé à une rénégociation des normes à un niveau intermédiaire qui a permis à la communauté de se défendre d’un point de vue légal.

D’autre part, il est important de noter que l’addition d’une masse critique d’expériences ou la reconnaissance dont peut bénéficier une expérience sur le plan national ou même international (meilleure pratique) peut permettre de réunir les conditions pour une évolution des normes.

Marie Dominique de Suremain :

Il ne faut pas perdre de vue que les groupes communautaires opèrent dans un contexte de privatisation dans lequel les multinationale disposent de beaucoup d’atouts. L’Etat reconnaît les acteurs privés et dans la foulée les acteurs communautaires qui ont cependant de grosses difficultés à entrer dans les processus de légalisation. Les ONG qui souhaitent appuyer les groupes communautaires se trouvent confrontées à des logiques contrdictoires, en effet, les processus d’éducation populaire sont rapides alors que la participation à des appels d’offre exige une réponse rapide.

Par ailleurs, les ONG doivent veiller à accroître la participation citoyenne aux processus démocratiques. Car la démocratie peut fonctionner en vase clos sans prendre en compte les aspirations des plus pauvres quand ceux-ci ne peuvent faire entendre leurs voix où quand il n’y a qu’une apparence de démocratie.

A contrario, quand les voix des plus pauvres sont courtisées, ces derniers peuvent bénéficier des processus électoraux (ex : moins de déguerpissement en Colombie, en période éléctorale).

M. Shipper (coopé française) :

Changer les échelles d’intervention suppose des disponibilités financières accrues ce qui n’est pas le cas actuellement.

Bunker Roy (Inde)

Le changement d’échelle est également en lien avec les types de technologies utilisées qui doivent être abordables et à la portée de tous. Actuellement pour fournir 1 USD de service il faut mobiliser 2000 USD.

M. Touré (Ministère de l’urbanisme et de l’habitat) :

Les schémas directeurs n’ont pas donné les résultats escomptés ils ont été insuffisamment débattus à tous les niveaux.

Nous travaillons actuellement sur la mise à niveau des acteurs (formation, sensibilisation, préparation des acteurs au débat) et sur l’instauration d’un dialogue politique et social permanent à même de déboucher sur l’élaboration de programmes communs auxquels le plus grand nombre pourraient s’identifier.

Marie Dominique de Suremain

Modes de consultation de la société civile en Colombie : le Maire nomme les représentants des différents secteurs. Les résolutions des Conseils de citoyens n’engagent pas le maire. Ce dernier ne peut pas s’éloigner du plan qu’il a présenté en tant que candidat.

Organisation de la société civile : les ONG et mouvements populaires sont organisés de façon sectorielle (femmes, emploi, environnement, etc.) avec des grilles de lecture différentes. Les rivalités sont accentuées par la concurrence pour l’accès aux fonds municipaux. Dans ce contexte, il est difficile de créer des mouvements sociaux qui pensent de façon intégrale et agissent de façon coordonnée.

Par ailleurs, la participation coûte cher (temps, moyens, etc.).

Finalement, ce n’est pas parceque des mécanismes existent sur le papier qu’il y a des traductions concrètes sur le terrain.

 * Présentation de connaissances et savoirs tirés des meilleures pratiques locales:

Les expériences qui ont suivi à cette présentation générale ont eu pour but d'illustrer les deux aspects dont on a parlé auparavant, c'est à dire le changement d'échelle et le partenariat.

 • Bogotá (Colombie), Pilar Trujillo, Enda TM, Amérique Latine :

Le projet choisi pour cette présentation a été celui des recycleurs colombiens. A travers cet exemple, on a essayé de montrer comment les recycleurs se sont dotés progressivement d'une organisation qui peu à peu s'est élargie: on est passé de l'échelle individuelle à des associations et des coopératives de recycleurs. Ensuite, on a assisté au regroupement d'associations au niveau de certaines villes (Bogotá, Manzanares, etc.). Ce regroupement a permis aux recycleurs de se doter d'un organe fort et représentatif, ayant la capacité pour négocier avec les municipalités.

Cette association a pris ensuite la forme juridique de Fédération Nationale, ce qui lui a permis de se positionner par rapport aux acteurs privés industriels du recyclage.

 • Medellín (Colombie), Marie-Dominique de Suremain, Enda TM, Medellín:

Medellín est une ville moyenne colombienne de 2 millions d'habitants. Le phénomène de violence urbaine y est une constante. En 1991, le gouvernement colombien a voté une nouvelle Constitution qui a légalisé des nouvelles formes de participation populaire et directe. Le processus de décentralisation administrative, et la promulgation de cette nouvelle Constitution ont permis à la société civile de s'organiser en organisations de base purement communautaire.

De la même façon, les effets des politiques d'ajustement structurel ont induit la formation de nombreuses coopératives et de nouvelles formes d'organisation des personnes qui se sont trouvées sans emploi: la plupart d'entre elles se sont organisées sous la forme de ce qu'on appelle "micro entreprises".

Les initiatives issues de la société civile et des acteurs populaires, vont être concentrées et prises en compte lors de la rencontre de tous les acteurs, dont le document final est le "Plan stratégique de Medellín". Cette rencontre a facilité l'échange et la concertation d'experts, d'ONG, de conseils d'Administration, etc...

Ce plan stratégique ne concerne pas uniquement le thème de l'environnement urbain et la gestion des déchets. Il semble une bonne illustration de la participation des différents acteurs à l'élaboration d'un cadre de référence des politiques pour l'ensemble des problèmes de la ville.

• Réseau de villes (Maroc), Samuel Watchueng, Enda TM, Maghreb:

Au début des années 1990, la participation des ONG et associations à l'amélioration de l'environnement urbain s'effectue essentiellement sous forme de collaboration volontaire à quelques campagnes de nettoyage isolées. La gestion des ordures est considérée comme une responsabilité des services techniques centraux ou municipaux. Des rapprochements commencent cependant à s'établir entre les municipalités et certaines associations locales qui mobilisent les effort de citoyens.

Le programme GCDU d'ENDA Maghreb intervient pour renforcer ce processus. Son objectif principal est l'amélioration des conditions de vie des populations défavorisées en milieu urbain et l'amélioration de la gestion des déchets, à travers le renforcement des initiatives locales.

Cette expérience est une bonne illustration de la mise en réseau des différents acteurs intervenant en matière de gestion des déchets. On a ainsi appris que:

- les initiatives locales des populations sont précieuses et qu'on peut les utiliser comme point de départ de l'action face à l'indifférence des institutions;

- il est possible d'organiser des appuis à une autre échelle;

- il a été possible pour les ONG de participer aux débats et d'influer sur la politique de la gestion des déchets au Maroc.

• Bamako (Mali), Moussa Kaba, (Coordination des organismes travaillant dans l’assainissement à Bamako) et African Wastenet, PDM

Les GIE d'assainissement assurent l'essentiel du ramassage domiciliaire des ordures à Bamako. Ces GIE acquièrent une certaine légitimité auprès de la population qui accepte de payer les redevances. Les GIE ont permis à un grand nombre de jeunes de bénéficier d'une formation et de trouver un emploi.

Or, elles se heurtent à une difficulté sérieuse: comment créer un interlocuteur collectif de ces GIE, afin de leur permettre de négocier avec le District de Bamako, et d'avoir la reconnaissance et l'articulation de leurs initiatives avec celles des services publics d'évacuation et dépôt en décharge?

Plusieurs tentatives ont existé telles que la COTA ou le COGIAM, mais elles ont rencontré de nombreuses difficultés, tant internes qu'externes. "Les tentatives de fédération des GIE d'assainissement de Bamako, aussi louables soient-elles, étaient sans doute prématurées, ce qui explique -du moins en partie- leur échec relatif."

Au début de la période de libéralisation politique, des milliers de GIE se sont formés dans le domaine de l’assainissement liquide et solide dont la compétence revient en théorie au District de Bamako, structure issue de l’administration centrale. Les GIE ont acquis une légitimité car elles ont su répondre à un besoin qui n’était pas satisfait.

La COTAS découle de la tentative des GIE maliens de se doter de structures de représentation. Le COTAS a également servi à mobiliser des moyens au profit des GIE en leur permettant par exemple de s’équiper en matériel. Le COTAS est également intervenu pour améliorer les conditions fiscales auxquelles sont assujetties les GIE d’assainissement.

La montée en puissance de la COTAS a été mal perçue par les municipalités qui héritent des prérogatives de l’assainissement dans le cadre de la décentralisation (à vérifier) et tentent sans succès de créer une seconde coordination placée directement sous leur autorité. La COTAS, qui ne disparaitra pas suite à la crise, verra néanmoins ses ressources nettement diminuer et son insertion institutionnelle se réduire. Selon Moussa Kaba, les GIE sont allés trop vite par rapport aux décideurs d’où l’importance de la mise à niveau de tous les acteurs en termes de formation et d’information.

• Hô Chi Minh ville (Viêt Nam), Anh Tuan Bang, EndaTM, Viêt Nam:

Le niveau de participation des associations de base et des ONG aux processus de planification urbains varie fortement si l'on intervient dans des pays qui héritent d'une pratique de planification par le haut ou dans des pays où une tradition d'animation et de participation populaire existe depuis les années 1970.

Le Viêt Nam constitue un pays issu de la première catégorie. En effet, le système de pensée au Viêt Nam est très hiérarchique et cette rigidité est un frein au développement de la notion de partenariat. Enda Vietnam a du montrer à travers un long travail, qu'il n'existe pas de légitimités exclusives mais des légitimités complémentaires, qu'il était possible de négocier les règles et enfin, que des acteurs autres que politiques (comme les ONG et les OCB) sont indispensables pour lancer et opérationnaliser le processus de changement social.

Enda Vietnam s’oriente actuellement vers une collaboration plus étroite avec la municipalité et une ouverture vers les problématiques d’autres pays asiatiques. Cette antenne de Enda Tiers Monde a suscité de multiples rencontres qui ont permis à différents acteurs intervenant dans le domaine de la gestion des déchets de confronter leurs points de vue et expériences.

C’est d’ailleurs suite à un colloque que le comité environnemental de la ville a sollicité Enda VN pour la mise en oeuvre d’un projet de séparation des déchets à la source.

Enda Vietnam considère que la forme d’action la plus efficace passe à la fois par une collaboration étroite avec le niveau municipal et par un ancrage fort au niveau local.

á PADE (Rufisque)

L’Office national de l’assainissement du Sénégal (ONAS) est interessé par la validation du projet Pade (Projet d’amélioration de l’environnement de Rufisque) dont une composante majeure a concerné la mise en place d’un système d’assainissement approprié aux conditions de la ville de Rufisque. L’ONAS s’intéresse plus particulièrement aux aspects organisationnels et financiers et prévoit de conduire une série d’études scientifiques et techniques en collaboration avec des chercheurs et les acteurs locaux. Ce travail pourrait déboucher sur la normalisation du projet qui permettrait d’inclure les techniques et méthodologies développées par le projet parmi les solutions proposées par l’ONAS dans ses actions d’assainissement. Cette normalisation couvrirait non seulement les aspects techniques mais également les aspects économiques, sociaux, juridiques et institutionnels.

Le protocole d’accord proposé par l’ONAS servira de plan cadre de référence et aboutira à un changement plus qualitatif que quantitatif en conformité avec la mission de Enda Tiers Monde.

La deuxième porte vers le changement d’échelle proposée par Enda RUP concerne l’institutionnalisation du FOCAUP (Fonds communautaire pour l’assainissement des quartiers urbains pauvres) qui servira à financer des prêts d’équipement dans le domaine de l’assainissement et permettra d’appuyer des petites et moyennes entreprises actives dans ce secteur. Le FOCAUP sera géré de manière collective par une série de partenaires parmi lesquels l’ONAS, des municipalités, des mouvements populaires, des institutions financières et des bailleurs de fonds.

La troisième porte d’entrée vers le changement d’échelle réside pour Enda RUP dans l’approfondissement du dialogue entre les différents intervenants du domaine de la gestion des déchets. La mise en réseau des acteurs et l’instauration d’une réflexion continue devrait permettre un changement des relations entre les acteurs et l’amélioration de leurs pratiques. Les cadres de concertatio mis en place das le cadre de cette démarche aboutissent par ailleurs à la mise en relation des niveaux macro et micro.

• Bombay (Inde), Virup Panwalkar, Enda TM, Siddhi:

L'administration nationale indienne s'est montrée dans l'incapacité de jouer son rôle. On est en présence de tout un réseau inefficace, qui n'a pas su résoudre les problèmes environnementaux d'une ville moyenne indienne de 2 millions d'habitants.

Les ressources étant mal distribuées, et le phénomène de corruption et de bureaucratisation étant très généralisé, on a donc insisté sur le rôle des autorités communautaires et on a réussi à obtenir des résultats très positifs avec la participation de l'administration locale et d'autres acteurs.

La question qu'on s'est posé: comment améliorer le fonctionnement de l'administration? Il y avait un problème de répartition des compétences entre les différents départements, ceci rendait difficile la gestion des services liés à l'environnement. L'administration a ainsi pris l'initiative de modifier son mode d'action: on a défini précisément quel était le rôle de chaque acteur et on a compté avec la participation des acteurs populaires, des ONG et des communautés de base.

Le changement d'échelle a effectivement eu lieu dans ce projet: le projet est venu du haut vers le bas, mais avec une consultation populaire a priori.

Une fois les différents acteurs identifiés, il faut savoir qu'il est indispensable que chacun de ces acteurs soit en bonne santé, et il faut travailler pour renforcer les capacités des acteurs partenaires et ne pas s'arrêter sur leurs faiblesses. Seul grâce à ce processus de travail en commun et surpassement des points faibles de l'un ou l'autre, pourra-t-on fonctionner efficacement et améliorer les conditions de vie des populations.

Si la qualité des services est assurée par la communauté et les ONG partenaires, l'administration doit prendre en charge l'aspect quantitatif.

 • Mercredi 24 juin :

Après midi : Thème II Quels partenariat pour une gestion concertée de l'environnement urbain?

Après avoir traité le thème du changement d'échelle, il a fallu réfléchir sur les formes possibles de coordination des actions entre les différents acteurs concernés par la gestion de la ville, ainsi que sur leurs modalités de mise en oeuvre. Les autorités locales n'ont généralement pas les moyens de leur mission. Dans un contexte de diminution progressive de l'aide extérieure, tous les acteurs doivent participer, travailler ensemble et conjuguer leurs efforts pour renforcer les capacités du premier acteur de la ville : la municipalité.

 - Organisation de 3 groupes de travail pour approfondir les points clés et en tirer des recommandations.

Atelier n° 1: Planification participative pour un changement d'échelle

Comme nous le savons, la planification participative est le processus qui vise à intégrer la communauté dans son ensemble dans la prise de décisions. L'objectif est simple: inclure les initiatives locales dans les stratégies qui concernent les communautés directement à la base. Ainsi, les comités de développement locaux doivent travailler en étroite collaboration avec les chefs traditionnels de secteur. On doit respecter les hiérarchies déjà existantes dans les communautés Région - Cercle - Arrondissement - Village, (par exemple) ainsi que les spécificités de chaque région en essayant surtout de ne pas leur imposer un schéma qui leur soit étranger.

Cet atelier a insisté sur l'importance des particularismes c'est à dire des caractéristiques propres à chaque communauté, et sur le fait qu'il faut les prendre en compte et les intégrer dans les processus décisionnels. Le premier pas pour la constitution d'un espace de participation populaire est la consultation de toute la population concernée. La discussion doit porter sur un travail fait par une équipe constituée de tous les secteurs. Tous doivent être considérés comme des citoyens à part égale, mais ils doivent être capables de faire ce qu'on leur demande de faire. Chaque acteur doit être conscient de son rôle et pour cela, il faut insister sur le renforcement des capacités des acteurs.

Sachant que les processus sont très variables et qu'ils doivent être flexibles pour s'adapter aux situations aussi changeantes.

Atelier n°2: Le conflit comme ressource

Le conflit a comme origine la volonté de changement social exprimée par une partie de la population qui n'est pas satisfaite de ses conditions de vie. Les conflits peuvent être positifs lorsqu'ils sont porteurs d'améliorations mais ils peuvent être négatifs, lorsqu'ils sont très graves et qu'ils atteignent des proportions de violence citoyenne très généralisée.

Un conflit peut naître d'une réaction contre la lenteur de l'appareil administratif pour résoudre un problème dans la ville ou la communauté. Un conflit peut naître aussi lorsqu'il y a des groupes qui sont opposés aux changements, car ceux-ci bénéficient uniquement à un seul secteur de la population et non pas à toute la communauté. Ainsi, les conflits peuvent avoir des sources différentes, et bien qu'ils soient dangereux ou porteurs de violence, ils sont inévitables mais surtout nécessaires puisqu'ils sont les vecteurs du changement.

Peut-on les prévoir? Peut-on les éviter? Dans ce cas, il faut faire appel à des médiateurs locaux, ou à des institutions d'arbitrage, des comités de sages, des chefferies, etc. On ne doit pas avoir peur du conflit, on doit l'utiliser comme le point de départ d'une situation nouvelle. Les ONG alliées à la communauté, peuvent ainsi être les accompagnatrices des processus de changement contre l'administration inefficace.

Mais il ne faut oublier qu'il peut y avoir des conflits beaucoup plus dangereux: des conflits inter-communauté (qui peuvent être très violents comme dans le cas colombien), des conflits entre ONG et communautés de base, des conflits entre ONG et leaderships locaux. Par ailleurs, le concept de société civile est à manier avec prudence, puisque la société civile n'est pas toujours une masse uniforme et homogène où tous les acteurs sont d'accord. Les conflits d'intérêt existent aussi au sein d'une même communauté et la solution ne passe pas forcément par le "désarmement" des acteurs concernés.

Les médiateurs doivent donc travailler sur une base juridique, ou mieux encore sur le concept de justice sociale pour résoudre ces conflits. Sachant que ce concept est aussi flexible...

Atelier 3 : quels changements institutionnels sont nécessaires au sein des ONG et mouvements populaires pour aboutir à un changement social?

Méthodes d’intervention : les ONG doivent poursuivre l’évolution constatée dans le sens de l’accompagnement des initiatives de la base et ne doivent pas se substituer aux acteurs (faire avec et ne pas faire pour). Elles doivent jouer un rôle de facilitateur et de catalyseur en veillant en permanence à ce que les modalités de mise en oeuvre des projets ne soient pas en contradiction avec l’objectif de pérennisation des actions.

Les ONG doivent respecter un code de conduite qui garantisse notamment la transparence de leur fonctionnement vis à vis des populations et des donateurs.

Evolutions internes

Les ONG doivent donner une importance accrue à la fonction de planification et aux processus d’auto-évaluation. Elles doivent développer des visions plus stratégiques.

Les ONG doivent accorder plus d’importance à la gestion et à la formation des ressources humaines. Elles doivent poursuivre leur professionnalisation ce qui passe parfois par une plus grande spécialisation.

Les ONG doivent cependant s’assurer qu’elles réunissent, sans trop de heurts, les différentes compétences qui leurs permettent d’assurer les différentes fonctions nécessaires à un développement institutionnel harmonieux (terrain, réflexion, gestion, etc.).

Nécessité de se regrouper : la mise en réseau et le regroupement des ONG permet de faire jouer les synergies et de peser sur la vie socio-économique en se posant en interlocuteur crédible des pouvoirs publics ou du secteur privé.

Financement des ONG : ces dernières doivent réduire leur dépendance vis à vis de sources extérieures de financement.

• Jeudi 25 Juin

Matinée : Thème III Quels outils pour une gestion concertée de l'environnement urbain: des initiatives locales aux plans de villes?

- Introduction de la problématique (Khady DIAGNE et Bruno de REVIERS, Enda TM, Sénégal):

On a essayé de mettre en relief un certain nombre d'outils de gestion urbaine utilisés dans différentes régions du monde, généralement à partir de talents développés par les acteurs locaux. Ces talents peuvent être définis ainsi: il s'agit de toute action allant dans le sens d'une amélioration de l'environnement urbain et qui a constitué un appui aux autorités locales.

Le processus des études de cas HEC a été lancé en juin 1997. Dans un premier temps, il a permis d'identifier, sur fiches d'identification, 33 expériences de gestion de déchets domestiques réparties dans le monde entier. Puis, des comités régionaux ont opéré une sélection au sein de ces initiatives, et 14 ont été retenues et font actuellement l'objet d'études de cas.

Parallèlement à la sélection des cas, une organisation a été choisie pour animer le processus dans chaque région (Asie, Amérique Latine, Afrique Francophone, Afrique Anglophone) et se faire le relais du secrétariat dans chacune de ces régions. Ces organisations ont ainsi été chargées de dialoguer avec les auteurs des études de cas et de réaliser une synthèse régionale analytique des études de cas dans leur contexte régional.

Il est à noter enfin qu'une articulation avec le Programme Meilleures Pratiques et Leadership Local (Best Practices and Local Leadership Programme) a été réalisée: toutes les expériences identifiées ont été envoyées à Habitat en vue d'une éventuelle inclusion dans la base de données des Meilleures Pratiques.

Ces outils ont été mis en relief par des intervenants ayant analysé un certain nombre d'études de cas à travers le monde, chacun des intervenants a présenté une région.

- Présentation de tendances régionales afin de mettre en relief des outils de changement d'échelle:

Analyse Régionale pour l'Amérique Latine

(Inés RESTREPO- TARQUINO, CINARA, Colombie):

L'université de "El Valle", en collaboration avec l'institut CINARA (chargé de l'investigation et développement en eau potable, assainissement de base et conservation des ressources hydriques), a élaboré une étude conjointe à travers l'analyse comparée de trois projets réalisés dans des quartiers d'habitat spontané au Pérou, Colombie et Brésil . On a constaté que ces projets avaient réussi à:

• Renforcer les capacités d'action et le domaine d'intervention des organisations de base communautaire;

• Organiser un vrai travail coordonné entre les différents acteurs: communauté, gouvernement à niveau local et régional, ONG et universités;

• Utiliser des techniques et des technologies adaptées au contexte local;

• Constituer des projets dont le but était le développement humain, c'est à dire l'amélioration des conditions de vie.

Les enseignements tirés de ces expériences peuvent être résumés ainsi:

• La relation entre la société civile et l'État peut être enrichissante et fructueuse;

• La réplicabilité des méthodologies et des technologies est en relation directe avec leur institutionnalisation, c'est à dire avec leur appropriation par les institutions;

• Le "facilitateur" représenté par l'ONG, fait en sorte que les processus novateurs soient viables;

• L'amélioration des conditions de vie est un long processus et il est parfois complexe pour la population.

- les processus participatifs renforcent les liens sociaux et les liens de solidarité entre les acteurs

- la participation apaise les conflits

- les projets ont un effet démonstratif très important. Ils permettent de construire des méthodologies et de la connaissance;

- l’institutionnalisation des projets, c’est à dire leur appropriation par les institutions étatiques peut aboutir à un changement d’échelle à travers la réplication des expériences réussies;

- la transparence des acteurs permet de désamorcer les conflits. Dans le cas de la Colombie, la loi oblige les municipalités à rendre des comptes.

- la recherche de la durabilité des actions est un processus permanent d’où l’importance du suivi et de la mise en place de signaux d’alarme

- les ONG, qui doivent jouer un rôle de facilitateur des processus de développement, doivent être en mesure de sortir du projet à un moment donné; Les ONG doivent également veiller à renforcer les relations entre l’Etat et les communautés

- l’Etat ne peut pas abandonner son rôle.

- la trop grande rotation des maires et de leur staff crée un problème d’appropriation institutionnelle (déperdition périodique de connaissance et de savoir faire)

Analyse régionale pour l'Asie

(Aruni JOHN, The PANOS Institute, Népal):

Cette expérience nous a montré comment se sont mis en place quatre projets qui ont utilisé la mobilisation collective de la communauté pour obliger l'administration locale à agir. Dans le premier cas, on a réussi à convaincre la municipalité pour qu'elle construise des latrines. Dans l'étude suivante, on a été témoin d'une mobilisation qui a poussé à diminuer le taux de mortalité infantile, en association avec l'UNICEF et l'État du Bangladesh afin de promouvoir l'assainissement et l'utilisation de l'eau potable. Différents groupes ont coopéré pour la mise en place de ce programme: des alliances conjointes se sont formées, avec la participation des responsables religieux, entre autres. On a organisé des rencontres dans la rue pour diffuser l'information.

Le troisième projet concerne la gestion et l'enlèvement des ordures à Bujumbura. Cette expérience est très réussie puisqu'on a pu décentraliser la prise de décisions. Enfin, la quatrième expérience concerne la distribution de l'eau et a permis une augmentation de la disponibilité en eau de 50%. La participation communautaire a été accentué et elle a réussi à influencer les politiques publiques.

- Synthèse des études régionales:

A travers ces quatre études, on a pu constater que l'État et les services municipaux étaient incapables de répondre aux demandes des populations. Cette gestion inefficace a favorisé l'émergence d'initiatives à la base, celles de nouveaux acteurs de la société civile (ONG, micro entreprises communautaires, groupements et associations dans le champ du développement urbain). Ce dialogue entre société civile et autorités locales est plus qu'une nécessité pour l'amélioration des conditions de vie des populations.

• Jeudi 25 juin

Après-midi : Thème IV Vers des "observatoires" urbains: outils intégrateurs pour une gestion concertée de l'environnement urbain

- Présentation des groupes de travail sur les outils de changement d'échelle:

Atelier n° 1: Contrôle de la qualité des produits

Pour les membres de cet atelier, il a paru indispensable que la municipalité assure le contrôle de la qualité des produits et qu'elle s'organise de façon à pouvoir créer un comité de pilotage (de suivi) qui puisse compter avec la présence de tous les acteurs.

Cependant, un débat s'est posé de façon constante: sachant que la bonne qualité peut être atteinte (au départ) dans un nombre limité de services, est-ce qu'il faut insister sur la qualité alors que la survie des personnes est en jeu, ou est-ce qu'il faut plutôt fournir un service quelconque, sans s'occuper tellement de sa qualité?

Atelier n° 2: Dialogue entre la société civile et les autorités publiques

I) LÉGITIMITÉ ET LÉGALITÉ:

Il existe un conflit entre la légitimité et la légalité. Les autorités sont légales à partir du moment où leur pouvoir repose sur un fondement juridique. (Loi, Règlement). La légitimité est celle dont jouissent les acteurs populaires qui sont acceptés et dont l'action est validé par le reste de la société. Le problème pour les ONG est ainsi posé: comment faire que des projets qui sont perçus comme légitimes par la population, soient aussi légaux?

Comment faire pour que la société civile puisse être davantage intégrée aux décisions des autorités légales? La seule façon d'atteindre cet objectif est la formation de la société civile à travers l'acquisition de compétences juridiques et techniques qui leur permettent de négocier. Sans pour autant négliger le fait que les ONG doivent bien être représentatives d'une masse critique bien constituée et assez nombreuse pour être un vrai outil de pression.

II) COMMENT PROCÉDER AFIN DE CONSTITUER DE VRAIS PROCESSUS DE PARTICIPATION ET DE CONCERTATION DE TOUS LES ACTEURS DE LA SOCIÉTÉ?

Il faut procéder en trois temps:

- tout d'abord, il faut identifier les acteurs, quel est leur rôle dans la société, quelles actions ils ont déjà entreprises, quels sont leurs intérêts politiques et économiques et quels sont les conflits qui naissent de cette divergence d'intérêts... (Sachant que les ONG peuvent contribuer à l'identification de tous ces acteurs).

- Ensuite il faut effectuer la multiplication et la systématisation des expériences de base.

- Enfin, il faut contribuer à la constitution d'une action d'ensemble, afin d'éviter que les autorités perçoivent les projets des ONG comme des actions individuelles et particulières, n'ayant aucune cohérence d'ensemble.

III) QUELS SONT LES OBJECTIFS QUI POURRAIENT ÊTRE ATTEINTS GRÂCE À L'ARTICULATION ENTRE SOCIÉTÉ CIVILE ET AUTORITÉS?

- L'acquisition de capacités techniques;

- L'acquisition de capacités juridiques, c'est à dire avoir le droit d'agir;

- Le renforcement des liens entre ONG et communautés;

- Obtenir la représentativité d'une masse critique bien déterminée.

Ces différents points doivent être l'aboutissement de nos actions, mais aussi les moyens pour y parvenir, c'est à dire notre point de départ. Nous devons permettre à la société civile d'acquérir une vraie capacité de négociation.

Devant la difficulté d'articulation de toutes les actions, il est indispensable de formaliser les liens entre les acteurs à travers la constitution de FORUMS où la société civile, les organisations intermédiaires (ONG, Universités, Centres d'investigation) et les secteurs populaires puissent prendre partie, débattre et se concerter.

Atelier n° 3: Indicateurs comme perspectives de changement

Il a été question dans cet atelier, de savoir quels sont les meilleurs indicateurs de la qualité de vie, des conditions de pauvreté et de développement d'une communauté. Les indicateurs sont des points de référence qui nous montrent dans quelles conditions se trouve une population, et certains d'entre eux peuvent de ce fait être utilisés comme des idéaux-type, c'est à dire comme les termes de référence de l'amélioration de ces conditions de vie. Ils constituent donc des vecteurs de changement.

Les indicateurs doivent donc être plus qualitatifs ou plus quantitatifs? Les indicateurs quantitatifs sont davantage utilisés, et le plaidoyer sur l'efficacité d'un service se mesure beaucoup plus souvent par la quantité que par la qualité. Or, on peut aussi prendre en compte des indicateurs tels que l'accessibilité des services, leur disponibilité, leur qualité, etc... Ces indicateurs analysent davantage la réalité.

Pour savoir quels sont les indicateurs adaptés à chaque situation, il faut établir des comités d'expertise. Dans le cas de HEC, les indicateurs environnementaux sont de grande importance.

 - Propositions pour la mise en oeuvre d' "observatoires" urbains:

* Présentation d'une proposition de processus et débat sur le contenu (la délimitation) du concept, Malick GAYE, Enda TM, Sénégal et Yolande NZIOU, INSA, France

Les observatoires peuvent être définis de plusieurs façons mais aucune d'elle n'est exhaustive. Il peut s'agir de structures qui réunissent, créent et traitent l'information dans un domaine défini qui concerne des secteur cibles. Cette information sera ensuite mise à la disposition de tous les acteurs à travers un réseau de circulation d'utilisateurs.

Le mot "observatoire" comprend trois dimensions: observation, suivi (monitoring) et ciblage (zoom sur un aspect particulier).

On parle d'observatoire passif, lorsque celui-ci utilise des outils techniques existants, contemple les phénomènes et fait un travail de capitalisation et de mémoire.

On parle d'observatoire actif, lorsque celui-ci cherche à dégager un plan d'action pour des futures interventions. Son but est de faire évoluer une situation précaire vers quelque chose de mieux.

Pour qu'un observatoire soit efficace, il doit être très près, sinon à l'intérieur même du phénomène observé. L'écoute doit être fine et détaillée, l'observation doit être rapprochée. Dès l'intérieur, l'observatoire visera l'extérieur; du particulier on ira vers le général. Un observatoire ainsi constitué servira d'outil prospectif de prévention des risques, comme outil d'accompagnement des projets, d'alerte et enfin d'évaluation.

Donc, pour qu'un observatoire soit effectif, il doit être constitué par la société civile. La dimension de partenariat local est centrale si l'on veut créer un vrai observatoire. On pose ainsi le concept d' observatoire populaire. En effet, pour que le changement social ait lieu, il faut que l'information soit le produit de tous les acteurs. Et il faut que toutes les expériences arrivent jusqu'à l'habitant du quartier, et que par le jeu de confrontations, on puisse valoriser l'information qui est la leur et l'utiliser. L'imposition de priorités venant de l'extérieur est une forme de violence à éviter car il ne faut jamais utiliser des démarches externes pour dire quels sont les besoins des populations.

Quelques propositions pour la mise en place d'un "Observatoire Urbain"

Les observatoires ne seront eux-mêmes que des outils au service des villes, outils qui tenteront d'une part de canaliser un certain nombre d'initiatives existant déjà mais de façon dispersée, et d'autre part d'en mettre en oeuvre de nouvelles qui permettraient d'intégrer une grande diversité d'acteurs.

L'objectif est donc de créer un réseau d'ONG et d'organisations populaires qui pourraient constituer une sorte de chaîne d'observatoires dans leurs différents pays. Il s'agit de responsabiliser des organisations qui seraient chargées d'évaluer et éventuellement dynamiser (en collaboration avec l'ensemble des parties concernées) la mise en oeuvre de recommandations issues d'Habitat II dans leur pays: au niveau de l'action gouvernementale, des autorités locales et autres ONG.

Concrètement, il s'agit de responsabiliser des points focaux régionaux, chargés de collecter les informations auprès de leurs partenaires nationaux, de faire de petites enquêtes, afin que des rapports d'évaluation réguliers puissent être produits et diffusés (au plan national, régional et international).

Ensuite, ces ONG tenteraient de faire des propositions concrètes pour apporter des solutions aux problèmes recensés. En particulier, elles organiseraient des forums pour la restitution publique locale de leur rapport, et animeraient des séances de réflexion participatives où tous les acteurs seraient présents, en vue de susciter de propositions de solutions.

Ces points focaux seraient les noeuds d'un réseau d'expertise participative sur une base populaire, constituant une sorte de forum de réflexion, d'échange, de prise de décision et d'action, au niveau régional. Ainsi, tout le travail accompli par chaque point focal serait communiqué à l'ensemble du réseau des partenaires, afin que chacun puisent tirer profit des réflexions des autres.

La création d'un réseau d'"observatoires urbains" s'impose donc comme un dispositif pertinent pour tenter de mieux comprendre comment fonctionnent les villes afin d'anticiper, reconnaître, mesurer et interpréter les problèmes urbains puis d'y répondre en termes de politiques.

(voir à titre d'exemple, le fonctionnement du SIUP -Système d'Information Urbain de Proximité - à Dakar, ainsi que le programme PRECEUP d'Enda TM).