(ENDA.doc)
I. INTRODUCTION *
Programme mondial pour l’environnement urbain *
Secteurs de l’aménagement de l’environnement urbain *
II. PANORAMA MONDIAL *
Problèmes d’orientation *
Options techniques *
Principes qui gouvernent le secteur non structuré *
Dispositions juridiques et réglementaires *
Problèmes de planification *
Décentralisation et micro-planification *
Intégration entre les secteurs *
Financement de l’aménagement de l’environnement urbain *
Partage des coûts *
Débouchés *
Problèmes organisationnels *
Efficacité des opérations *
Regroupement en syndicats et en coopératives *
Problèmes de partenariats *
Secteur privé *
Privatisation sociale *
Rôle des ONG *
Création de réseaux *
Education communautaire *
CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS *
Conclusions *
Recommandations *
Les objectifs actuels du développement économique semblent entrer en conflit avec les préoccupations d’ordre écologique, ce qui explique l’absence d’un aménagement efficace de l’environnement urbain. Les villes présentent de nombreuses contradictions en matière de développement humain, avec des noyaux de " croissance et de prospérité " d’un côté et de " besoin et de pauvreté " de l’autre. La pauvreté est, dans une large mesure, liée à un environnement dégradé et à une croissance démographique rapide. On a toutefois tendance à accorder trop d’importance au second facteur, donc à minimiser les conséquences d’un environnement dégradé sur la perpétuation de la pauvreté, et ce bien que l’impact de l’environnement local soit à la fois visible et dangereux.
La dégradation de l’environnement provoque des effets à long terme sur les ressources et sur le potentiel humain, constituant ainsi une menace pour l’écosystème dans son ensemble. Du point de vue de l’information, on constate une absence des données indispensables à la prise de décisions et à l’exécution de programmes de développement appropriés comprenant un système environnement-sécurité-pauvreté. Ceci influerait également sur les possibilités de participation des pauvres au système socio-politique et économique en général. Il serait souhaitable d’entreprendre une analyse détaillée des conditions de vie des plus démunis, de leur perception de leur environnement quotidien et des réponses créatives qu’ils apportent aux problèmes dans ce domaine, ce qui nous permettrait de mieux comprendre cette source cruciale de progrès.
Aujourd’hui, les villes constituent des systèmes doubles qui, d’un côté, laissent une place importante à l’auto-gestion et à la planification au niveau de la communauté, et, de l’autre, freinent les initiatives populaires par les interventions de l’Etat. Face à de telles restrictions et devant l’inadéquation de la planification bureaucratique et des modèles de gestion technocratique, il s’avère nécessaire de renforcer et d’intégrer efficacement le potentiel d’autonomie et d’expression populaires pour assurer l’indépendance économique et la démocratie.
Le Programme mondial pour l’environnement urbain de la Conférence des Nations Unies pour les établissements humains (CNUEH) a souligné les principes directeurs du processus d’Aménagement et de planification de l’environnement urbain (APEU). Les programmes d’aide internationaux des agences des Nations Unies, d’autres organisations multilatérales, d’institutions bilatérales, d’ONG et d’autres organisations internationales illustrent les stratégies permettant de coopérer avec les villes et de les aider à exécuter leur propre programme en matière d’environnement urbain, fondé sur le Programme mondial.
Ces principes ont été regroupés en cinq grandes catégories:
· Amélioration de l’information relative à l’environnement et des compétences techniques
· Amélioration des stratégies et de la prise de décisions dans le domaine de l’environnement
· Mise en œuvre plus efficace des stratégies relatives à l’environnement
· Renforcement institutionnel et participation accrue
· Meilleure utilisation des ressources limitées pour permettre le renforcement des compétences et une évolution
Notons que ces principes ne peuvent être totalement mis en pratique que si on laisse libre cours aux initiatives locales, dans la mesure où elles influent sur les énergies socioculturelles et politiques qui émanent de la communauté. Un examen plus approfondi de celles-ci révèle un certain nombre d’éléments-clés qu’il incombe à l’Etat de promouvoir, à savoir:
· Impliquer les intéressés
· Définir des priorités
· Examiner les options d’exécution et les ressources
· Etablir un large consensus
· Mobiliser et renforcer les compétences et les capacités à l’échelle du système
· Renforcer le soutien politique
· Institutionnaliser une conception de la prise de décisions fondée sur une large participation
· Contrôler, évaluer et adapter le système
· Créer des réseaux entre les villes
Cependant, de nombreuses questions devront avoir trouvé une réponse avant que les autorités décident de promouvoir ces éléments.
Si l’on peut citer plusieurs secteurs de l’environnement qui requièrent une attention immédiate, les préoccupations de Preceup, comme l’illustrent les études et les opérations menées ces dernières années dans divers pays en développement, s’orientent vers deux domaines majeurs. Ces domaines-clés de l’environnement urbain, à savoir les déchets solides et l’hygiène publique, qui ont des répercussions sur l’existence des masses populaires, sont directement influencés par la manière dont on les traite (voir tableau). Un certain nombre de documents ont été élaborés dans le cadre des opérations de Preceup, parmi lesquels des fiches, des études de cas, des études sur les villes, des rapports de projets, des études régionales, etc...
Secteurs de l’aménagement de l’environnement urbain
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Domaines |
Source |
Impacts |
Processus de gestion
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Techniques |
Acteurs
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Déchets solides |
Industries, marchés, ordures ménagères, administrations |
Qualité des terres, santé, environnement économique |
Répartition des charges, gestion communautaire partenariat, contrôle administratif, mesures pénales, responsabilité décentralisée, sensibilisation, participation, syndicalisation, création de coopératives, privatisation, participation communautaire |
Décharges, incinérateurs, biogaz, compostage, récupération, recyclage, vermiculture, pellétisation, pyrolyse
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Industries, administrations ONG, OC, secteur non structuré, familles et communautés |
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Hygiène publique |
Ménages, administrations |
Santé et environnement |
Répartition des charges, partenariat, contrôle administratif, mesures pénales, responsabilité décentralisée, création de coopératives, sensibilisation, privatisation, participation communautaire |
Réseaux d’égouts souterrains, réseaux de drainage à ciel ouvert, biogaz, compostage, fosses septiques, lagunage |
Administration, ONG, OC, familles et communautés |
L’aménagement de l’environnement urbain constitue désormais un problème mondial. Différentes options techniques ont été essayées par divers acteurs afin de trouver des solutions de remplacement viables. Ces expériences ont clairement démontré le fait que l’aménagement de l’environnement urbain ne se limite pas à un problème d’ordre technique, ni à une question purement financière. Fondamentalement, il a des implications socio-politiques et culturelles, dont les solutions appellent des politiques imaginatives, une réorientation administrative, des dispositions institutionnelles et organisationnelles et une population informée. Il s’avère donc impératif d’examiner sous différents angles les expériences mondiales en matière d’aménagement urbain. Ce rapport mondial tente de faire la synthèse d’expériences extraites de documents régionaux d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie afin de présenter les problèmes liés à l’aménagement de l’environnement urbain, accompagnés des recommandations que l’on peut formuler à partir de ces expériences mondiales. Quatre problèmes prédominent: les problèmes d’orientation, les problèmes de planification, les problèmes organisationnels et les problèmes de partenariat.
Les problèmes d’orientation tournent autour du choix de techniques appropriées; des principes qui gouvernent le secteur non structuré, avec une attention particulière portée aux catégories démunies; des problèmes d’autorisation et de légalisation des travailleurs des secteurs marginalisés relatifs à l’environnement, tels que le ramassage de chiffons.
Un certain nombre de techniques semblent se concurrencer pour l’obtention de marchés et les décideurs font l’objet de pressions pour choisir telle ou telle technique, sans tenir compte de son utilité au niveau local. Au fil des années, différentes options techniques ont été essayées à des coûts très élevés et il s’avère qu’elles ont dû être remplacées avant même d’avoir été amorties. Les changements répétés d’options techniques, lorsque celles-ci ne produisent pas de résultats satisfaisants, constituent un fardeau financier pour les pays en développement. Ils résultent souvent de choix politiques ou de contraintes qui obligent les pays à emprunter massivement auprès d’agences de financement multilatérales. En outre, dans la plupart des politiques qui influencent ces choix techniques, la priorité est donnée à la rationalité technique, sans égards pour les intéressés ni pour la démocratisation du processus décisionnel, si bien que les individus qui sont directement concernés ne peuvent contribuer que de façon très limitée à ces options.
Par conséquent, le choix d’une technique doit faire intervenir certains facteurs essentiels dont:
L’adéquation aux problèmes de l’environnement
Le document relatif à l’Asie indique que dans la mesure où les décharges constituent le mode d’évacuation des déchets le plus répandu, il convient d’aborder certains problèmes d’orientation liés l’emplacement et à la taille de ces décharges. Le choix d’un site destiné à accueillir une décharge devrait prendre en compte les critères suivants:
· Etre suffisamment éloigné des habitations
· posséder des routes et des voies carrossables internes pour en faciliter l’accès
· avoir une superficie suffisante pour permettre une exploitation à long terme
Il importe aussi de ne pas négliger d’autres éléments, tels que l’implantation potentielle de la décharge dans une zone agricole, ses implications pour la productivité des terres cultivables ou les nuisances causées par les rongeurs et les parasites pour les cultures. Le problème se complique si ces sites sont susceptibles d’accueillir des déchets toxiques. L’expérience sri-lankaise illustre la nécessité de réaliser une étude approfondie de l’impact des décharges sur la qualité des terres agricoles dans les zones environnantes.
L’adéquation aux conditions locales (socioculturelles et politiques)
Les expériences colombiennes font apparaître une innovation en termes de technique et de concept. Si les potagers scolaires ne sont pas nouveaux, l’innovation consiste à les intégrer à un travail pédagogique encouragé sur les plans social et environnemental et qui favorise l’aménagement public de l’espace urbain. Preceup a introduit une dimension environnementale au modèle éducatif communautaire, afin d’apprendre aux enfants à s’occuper de leur environnement par le biais d’expériences spécifiques. Cela l’a conduit à négocier des terres auprès des autorités locales et à s’entendre avec elles sur de nouvelles formes de développement urbain (dans une perspective socioculturelle et politique).
Comme cette expérience laisse de côté le système municipal de gestion des déchets solides et privilégie l’aspect éducatif afin de jeter les bases d’une nouvelle attitude tournée vers l’avenir, elle se limite à des objectifs réalisables à court terme.
Dans cette optique, on privilégie une micro-globalité, non à l’échelle de la ville mais dans des zones soigneusement définies au sein des quartiers. Cette approche permet la réhabilitation, la réadaptation, le renouvellement et l’enrichissement de connaissances traditionnelles. Un savoir qui tire ses racines du passé et se projette vers l’avenir est ainsi transmis à la nouvelle génération.
Il est préférable de conserver de fortes racines culturelles et des politiques locales, auxquelles on incorpore des éléments tirés d’autres expériences connues par le biais d’échanges puis adaptées. On limite ainsi le sentiment potentiel de déracinement et les luttes d’identité, pour instaurer un contexte culturel qui n’engendre pas l’hostilité ni la confrontation directes. La violence urbaine éclate plus facilement lorsque l’identité socioculturelle et politique des pauvres se trouve menacée par les choix techniques et les pratiques qui en découlent.
La durabilité
La durabilité de la méthode des décharges pour les grandes villes se trouve aujourd’hui remise en question, à l’heure où de plus en plus de sites arrivent à saturation. Les propositions de compressage ou d’incinération en vue de réduire le volume à évacuer ne s’avèrent pas rentables, en particulier du fait du type de déchets générés par les agglomérations,. Dans ce contexte, le tri maximal à la source et la participation des communautés à l’échelle du quartier, illustrés par l’expérience colombienne de compostage de matières humides, pourraient servir d’exemple. Le produit final, à savoir le compost, est utilisé par la communauté à l’échelle du quartier, résolvant du coup les nombreuses questions relatives à la commercialisation, au recouvrement des coûts, etc... En outre, dans cette expérience, les familles séparent les matières sèches des matières humides et le recycleur récupère les matières sèches réutilisables.
Le secteur structuré répond traditionnellement aux opportunités commerciales selon une logique de profit. Par moments, les producteurs se trouvent très éloignés des consommateurs. L’intensité capitalistique du secteur structuré le rend très dépendant des politiques gouvernementales et donc plus facile à réguler. Il constitue un système relativement fermé et peu flexible, d’où une croissance nettement plus lente. Il a tendance à prospecter des marchés de façon très large et ne se limite pas au contexte immédiat.
Le secteur non structuré, qui répond essentiellement à la demande et aux besoins locaux, se révèle beaucoup plus flexible et constitue un système plus ouvert. Dans ce secteur, il existe généralement un lien direct entre les producteurs et les consommateurs. Il requiert peu de capital et une nombreuse main-d’œuvre, d’où une croissance nettement plus rapide. Cette nature spécifique du secteur non structuré rend beaucoup plus difficiles le contrôle et la réglementation. Dans le contexte de l’environnement urbain, les activités non structurées portent sur les déchets réutilisables et recyclables, la chaîne alimentaire, le logement, l’approvisionnement en eau, etc...
Parmi les différentes études de cas, on observe que le vocabulaire employé pour qualifier les centres de recyclage populaires varie toujours: ramasseurs, recycleurs, chiffonniers, intermédiaires, petites industries, groupes de quartiers et coopératives sont parfois mis sur le même plan, comme c’est le cas au Costa Rica. Il serait bon d’uniformiser le vocabulaire afin de pouvoir comparer les systèmes et comprendre l’originalité de chaque situation.
Groupes démunis
La récupération et le recyclage massifs des déchets sont surtout le fait des groupes démunis dans les bidonvilles et autour des décharges. Des millions de citadins tirent leurs moyens d’existence des déchets, en tant que ramasseurs, travailleurs non organisés dans des unités de recyclage et petits colporteurs dans le réseau commercial. Dans la plupart des villes, les activités non structurées assurent plus de récupération et de recyclage des déchets que toute autre activité structurée, telle que la production de compost dans une usine municipale.
Dans la ville de Mumbai, on estime que presque 100.000 personnes participent à la récupération et au recyclage de grandes quantités de déchets. Les autorités municipales, quant à elles, ont des difficultés à gérer ne serait ce que l’évacuation des déchets solides restants. Ceci met en lumière l’apport des pauvres à l’un des principaux problèmes de l’environnement urbain, à savoir l’évacuation et la gestion des déchets solides, et ce même si la main-d’œuvre est surexploitée et les conditions de travail pénibles.
En outre, si ces activités appartiennent au secteur non structuré, elles n’en sont pas moins fortement organisées. Ainsi, certaines industries qui utilisent des déchets comme matières premières, créent et contrôlent des systèmes de ramassage, de transport et de transformation partielle. Le premier de ces systèmes appliqué à l’industrie moderne en Inde a été l’organisation de chiffonniers pour approvisionner les moulins à papier de Calcutta au milieu du dix-neuvième siècle.
Si les habitants perçoivent les déchets en tant que matériaux recyclables, leur attitude à l’égard des ramasseurs est susceptible d’évoluer. A Manille, aux Philippines, un programme pilote de recyclage a été lancé et soutenu par une vaste campagne d’information de la population. Ce programme a assuré la formation d’agents (appelés ECO-AIDES) auxquels ont été fournis de beaux uniformes propres portant l’inscription: " pera sa basura " (argent contre déchets). Dans une certaine mesure, le stigmate social dont souffrent les ramasseurs ambulants semble avoir diminué.
Conflits
Les systèmes de gestion des déchets se caractérisent par des interventions différées et il convient donc de les examiner dans leur contexte pour comprendre les conflits qu’ils sont susceptibles d’engendrer. Par exemple, il importe de savoir si les chiffonniers opèrent dans la rue et ouvrent les sacs poubelles qui doivent être ramassés par les éboueurs municipaux ou privés; si les éboueurs recyclent également; si les habitants du quartier donnent ou vendent leurs déchets; si les intermédiaires prêtent leurs outils aux éboueurs; si des ramasseurs continuent de travailler dans les décharges; s’il existe des entreprises sous contrat pour le ramassage à la source, etc...
Ces problèmes peuvent engendrer des conflits parmi les pauvres ou opposer ceux-ci à l’administration, aux entrepreneurs, aux sociétés privées, au personnel municipal ou aux rouages de l’ordre public.
Dans les cas colombiens, lorsque la municipalité sous-traite le ramassage des déchets à des groupes communautaires, ces contrats ne couvrent pas l’ensemble du processus de recyclage. Fréquemment, les groupes qui ramassent les déchets et, parfois, les recyclent, se trouvent en concurrence ou en conflit avec les éboueurs municipaux. Dans les villes africaines, un certain nombre de groupes se sont lancés dans le ramassage des déchets pour assurer leur subsistance. Cependant, ces groupes ne jouissent d’aucune reconnaissance officielle et ne font l’objet d’aucun contrôle de la part des autorités locales, d’où des conflits potentiels, surtout lorsque des intérêts commerciaux se sentent menacés.
Ces expériences connaissent de nombreux problèmes organisationnels, techniques et économiques à cause de difficultés de commercialisation et d’ordre juridique, et parce que la logique culturelle et organisationnelle des populations entre en conflit avec la logique commerciale et municipale. Par ailleurs, le contexte ne permet pas de savoir si ces pratiques seraient adaptées à des problèmes nationaux ou régionaux, ni si elles contribueraient de manière significative à la qualité de vie au niveau local.
Les problèmes d’habitat et d’environnement sont associés dans les projets de Colombie et de Saint Domingue, car il semble exister un lien entre la lutte contre les expulsions et le droit pour les recycleurs de travailler en ville. Ces derniers sont systématiquement expulsés de leur logement et de leur lieu de travail. L’accès aux routes et la liberté de mouvement leur sont refusés et leur droit au travail n’est pas respecté. Ils sont assimilés aux déchets qu’ils manipulent et transforment.
Pour le mouvement social urbain, il importe d’aborder ces problèmes, dans la mesure où il s’agit d’un prolongement de la question du droit au logement. Les recycleurs réclament souvent que les ONG se préoccupent de leur situation en matière de logement, qu’ils assimilent par moments à un besoin fondamental lorsqu’ils sont menacés d’expulsion sans offre de relogement décent par des municipalités qui souhaitent récupérer les terrains sur lesquels ils se sont installés. Dans ce cas, au nom de la récupération de l’espace public, de l’intérêt général, de l’hygiène publique et de la propreté de la ville, un segment de la population qui contribuait précisément à ces objectifs se voit chassé.
A Saint Domingue, certains recycleurs travaillent de nuit dans les décharges afin d’éviter les conflits et les bulldozers. Au Costa Rica et à Saint Domingue, bien qu’ils soient exclus de nombreux programmes publics et obligés de travailler presque clandestinement, ils ne semblent pas harcelés par la police ni menacés de mort, comme c’est le cas en Colombie.
Sensibilisation à la condition des femmes
Les sociologues ont étudié les rapports spécifiques qui existent entre le travail des femmes et les déchets. Parmi les citadins démunis, les femmes (aidées des enfants) sont généralement les principales pourvoyeuses ou organisatrices des besoins quotidiens de la maisonnée. Elles ramassent le combustible, préparent les repas et vont chercher l’eau. Elles sont souvent chargées de réparer l’intérieur du logis. Ainsi, lorsque les stratégies de survie de la famille dépendent dans une certaine mesure du ramassage et de la réutilisation des déchets, le travail des femmes est étroitement lié à la nature et à la disponibilité de ces déchets. Quand les déchets trouvent de nouvelles utilisations ou que la concurrence pour se les procurer augmente, les femmes doivent consacrer plus de temps et d’énergie à leur quête. En période de récession économique, elles auront tendance à intensifier la réutilisation des déchets au fur et à mesure que les ressources financières diminuent.
Un statut plus élevé et un meilleur revenu pour les ramasseurs de déchets pourraient entraîner un afflux de nouveaux venus, surtout des hommes et des membres de groupes sociaux plus favorisés. Le monde des recycleurs est un milieu masculin. Il s’agit d’une population associée à la rue, aux centres urbains et aux décharges. Si les femmes y sont toujours présentes, en tant que compagnes d’autres recycleurs ou, pour certaines, indépendantes, les rapports entre individus sont durs et violents et excluent les femmes.
Les femmes occupent une place prépondérante lorsqu’il s’agit de traiter avec les ramasseurs. Dans les expériences colombiennes, elles participent majoritairement aux programmes de quartiers fondés sur des organisations communautaires et en assurent généralement elles-mêmes la direction. Ceci remet en question le type de solutions apportées. Lorsqu’il s’agit d’améliorer la condition de recycleurs principalement masculins, l’accent est économique. Ils veulent une amélioration de leur revenu et de leurs conditions de travail. Dans les projets de quartiers, une dimension culturelle et pédagogique intervient et le travail est considéré comme bénévole. Toutefois, il existe des arguments en faveur d’une rémunération lorsqu’une nombreuse main-d’œuvre est nécessaire. Dans certains cas, les femmes ont commencé à demander une rétribution de leur travail communautaire, en particulier lorsque celui-ci implique une activité physique. Des débats ont eu lieu et différentes solutions ont été envisagées dans les projets de Saint Domingue comme de Bogota.
En outre, quand des organisations de type coopératif assurent des services comme le nettoyage et l’assainissement des rues et des toilettes publiques, la sous-traitance industrielle, les maquilas et le tri de matériaux, la main-d’œuvre est surtout féminine. Des facteurs tels que le niveau de rémunération, le statut officiel des femmes sous contrat, les problèmes de répétitivité et le manque d’intérêt des tâches, entraînent l’embauche d’un nombre croissant de femmes. A cet égard, les exemples colombiens sont très parlants.
A Bamako, les femmes et les enfants étaient responsables de travaux d’assainissement qui mettaient en péril leur santé et leur vulnérabilité. Ce rôle des femmes s’explique par les similitudes qui existent entre ce problème de déchets et d’assainissement et les tâches ménagères traditionnelles qui leur incombent.
Cette division du travail constitue un problème préoccupant. Elle a également été constatée dans les travaux communautaires liés à l’eau et à l’hygiène publique de base. Cependant, lorsque les femmes établissent un rapport entre l’hygiène publique et la santé, les enfants, un environnement sain et la participation communautaire, sans devoir se borner à un travail pénible, elles ont l’impression de participer à des questions intéressantes et importantes.
Les études menées dans d’autres domaines montrent que, trop souvent, les hommes évincent les femmes du travail rémunéré ou des possibilités de revenus lorsque la situation s’améliore. Il s’avère donc nécessaire de porter une attention particulière aux femmes au sein de ce groupe d’actifs. Si le gouvernement souhaite améliorer la situation des ramasseurs de déchets, il doit absolument reconnaître que les femmes constituent un groupe spécifique d’actifs, y compris dans les secteurs de la récupération et du recyclage. La reconnaissance de cette différenciation dans la pratique peut avoir des conséquences importantes sur l’analyse de la situation actuelle et la formulation de politiques adaptées.
Des efforts sont faits en vue de contrôler la croissance du secteur non structuré par le biais de mécanismes de réglementations et d’autorisations, mais jusqu’à présent ils se sont révélés plutôt infructueux. Différentes tentatives d’organisation et de régularisation des chiffonniers par l’administration ont suscité l’opposition de plusieurs ONG travaillant avec ces groupes. Néanmoins, certaines ONG ont demandé à l’administration de reconnaître ces chiffonniers par l’instauration d’une politique de protection et de promotion sous forme d’autorisations et d’accès facilité au crédit.
Ces tentatives ont été essentiellement perçues comme des mécanismes de structuration et ont donc provoqué l’opposition des bénéficiaires, qui connaissaient la valeur d’un secteur non structuré tourné spécifiquement vers les groupes démunis. Par conséquent, le dilemme quant au degré de structuration qui peut être introduit dans le secteur non structuré n’a toujours pas été résolu.
Pourtant, des mesures doivent être prises afin de protéger ces groupes, les plus démunis et exploités du système, et afin de les aider à s’organiser pour préserver leurs droits minimums et leurs moyens de subsistance. Les tentatives d’organisation et de syndicalisation ont donné certains résultats positifs, tout en exposant la vulnérabilité de ces groupes dans les rouages du marché actuel.
Dans la mesure où le secteur non structuré n’est pas réglementé du point de vue environnemental, ces groupes vulnérables sont devenus à la fois bénéficiaires et victimes. Les secteurs structuré et non structuré n’étant parfaits ni l’un ni l’autre, les mécanismes de réglementation de ce dernier devront résulter de l’auto-discipline et de négociations. Ces mécanismes réglementaires populaires devraient prendre en compte un certain nombre de critères minimums.
Les aspects juridiques de la participation des communautés à la gestion des déchets solides ont été peu abordés dans les études de cas latino-américaines. Ils doivent être examinés afin d’évaluer les différentes modalités de la prestation de services par les communautés. Le développement de la décentralisation et de la privatisation exige l’introduction de formations sur les problèmes juridiques en matière d’environnement afin de proposer des clauses particulières dans les appels d’offres, des contrats souples et la possibilité d’innover et d’obtenir des aides municipales pour les activités communautaires.
Dans les études de cas asiatiques, il apparaît que dans la plupart des villes rien n’est prévu pour assurer une gestion efficace des déchets solides issus des zones commerciales, des hôtels, des chantiers de construction, etc... Des clauses appropriées peuvent donc être incorporées aux arrêtés relatifs à la gestion des déchets solides afin d’obliger les propriétaires de magasins, d’hôtels et d’autres établissements commerciaux à conserver leurs déchets quotidiens dans leurs locaux jusqu’au ramassage. Les frais de ramassage, à inclure dans les arrêtés en question, pourraient être versés par les propriétaires des établissements commerciaux concernés à la municipalité sous la forme d’une taxe pour la gestion des déchets solides ou d’une taxe additionnelle à l’impôt foncier.
Par conséquent, toute intervention, dans ce domaine particulier comme dans d’autres, ne peut être entièrement technocratique, mais doit largement prendre en compte l’aspect humain. Les autorités connaissent trois types d’échecs qui contribuent aux problèmes de l’environnement: le manque de reconnaissance des actions populaires faute d’informations adéquates; l’existence de mesures d’encouragement impropres résultant de décisions institutionnelles et le choix inapproprié d’activités qui aggravent la marginalisation des groupes démunis. Il importe donc de formuler une politique précise eu égard à ces groupes vulnérables. Toute politique relative aux dispositions juridiques et réglementaires dans le domaine de la gestion des déchets solides devrait inclure la responsabilité de ceux qui génèrent les déchets, les obligations financières et les mécanismes de régulation.
Les autorités locales urbaines autonomes ou les autorités municipales ont l’habitude de travailler au sein d’un système administratif fortement centralisé. Dans un tel système, le processus de planification perd tout lien avec les réalités sur le terrain et la responsabilité se trouve éclatée entre quantité de services différents.
Les projets de développement urbain et la prestation de services fondés sur une macro-perspective engendrent d’importants écarts entre les attentes et les résultats. La plupart des autorités locales autonomes, privées de ressources, ont des difficultés à combler ce fossé. L’absence de volonté politique pour instaurer une gestion participative débouche sur un processus de décentralisation incomplet.
Le processus de protection de l’environnement local, et l’amélioration de la santé publique en particulier, constituent l’une des priorités inscrites dans les textes officiels des municipalités africaines. Cependant, le cadre dans lequel ces tâches doivent être accomplies est rarement défini explicitement. Les ressources humaines et financières sont rarement transférées et les municipalités doivent fréquemment faire appel à des services ministériels mieux équipés. Face aux responsabilités qui leur incombent eu égard aux problèmes de gestion des déchets, les maires se sentent isolés sur les plans technique et financier. Cette situation influe sur les résultats sur le terrain. Lorsqu’ils s’occupent d’un projet, les maires ont souvent l’impression d’être en concurrence avec des initiatives privées ou communautaires, au lieu de tirer parti du potentiel complémentaire de ces initiatives qu’ils pourraient soutenir et coordonner.
La prise de conscience de ces phénomènes a encouragé les administrateurs à prendre des initiatives pour corriges cette situation en faisant intervenir les communautés. Selon les difficultés rencontrées par les municipalités et leur manque de moyens financiers, inciter la population à développer elle-même des projets de gestion des déchets semble être le dernier recours. Le mouvement en vue de la création de groupes communautaires constitue un style de gestion qui permet de préserver les valeurs communautaires traditionnelles et de promouvoir un système de gestion des déchets plus performant.
L’ère de décentralisation que certains pays africains traversent aujourd’hui et la complexité de la gestion des déchets urbains, dépendante d’un grand nombre d’acteurs, apparaît comme une période durant laquelle chaque acteur, qu’il soit institutionnel (à l’échelle nationale ou locale) ou privé (individus ou organisations communautaires) se réfère à des acteurs préexistants ou à de nouveaux arrivés, dans un domaine en évolution rapide. Ce processus de décentralisation dans divers pays africains offre la possibilité aux organisations locales et aux ONG, par le biais de Comités communautaires ou de Comités locaux de développement, d’influencer la formulation de politiques et de stratégies sur les établissements humains.
La décentralisation a favorisé le partenariat entre différents acteurs issus des secteurs public, communautaire, ou encore économique. Les organisations communautaires ont pu s’exprimer librement et juger le travail de coordination. Elles ont analysé leurs problèmes, identifié leurs besoins et proposé des solutions à leurs partenaires, ce qui a permis le dialogue entre ces organisations et les responsables de l’aide aux organisations locales (Etat, organismes de financement et ONG).
Cette opportunité de dialogue a accordé une place aux groupes habituellement silencieux ou marginalisés (les femmes, les enfants et les analphabètes) et a permis de faire disparaître les blocs culturels envers le développement. Au Sénégal, le projet montre dans quelle mesure ce processus consultatif a conduit les femmes à la tête des opérations. Au Mali, elles ont participé à la conception du projet de puits de drainage " Sikki Diya ", à sa mise en œuvre et à son suivi. Un autre exemple de décentralisation a eu lieu au Kenya, où le projet de ramassage des déchets " Mouvement pour une ville verte " de Malindi a participé à des programmes d’éducation à l’environnement, apprenant les habitants à planter des fleurs, etc... Ainsi, les actions au niveau local se trouvent facilitées; s’adaptent aux besoins locaux et contribuent au partenariat entre les différents acteurs.
Dans la plupart des cas africains, les acteurs communautaires se sont souvent exprimés à travers les Comités communautaires, dont les membres appartiennent à tous les groupes communautaires, voire à l’administration ou à la municipalité. Ces comités constituent donc une tribune de la libre expression et il serait souhaitable de les transformer en plates-formes de coordination entre les différents acteurs du développement.
Toutefois, dans la majorité des pays africains étudiés, on constate l’absence de politiques institutionnelles clairement définies en matière d’organisations communautaires. Les multiples acteurs participant aux projets agissent sans planification ni coordination. Les politiques nationales de gestion des déchets n’existent quasiment pas. En l’absence de fonctions précisément définies, nombre d’activités qui devraient incomber aux groupes communautaires sont laissées à la charge de l’Etat ou d’organismes semi-publics. Les groupes communautaires souffrent aussi d’un manque d’organisation et de capacités de gestion. Leur taille est généralement trop réduite pour leur permettre d’adopter un type de gestion professionnel et ils ne peuvent donc se développer. Ils limitent souvent leurs activités au ramassage des déchets. En l’absence d’intégration verticale de composantes de la gestion des déchets telles que le compostage ou le recyclage, ces groupes demeurent isolés au lieu de devenir des entreprises indépendantes. Leur capital social reste pauvre et ne peut donc prétendre au crédit bancaire.
Dans les initiatives municipales, l’écart demeure entre la consultation et une réelle participation aux décisions de la part de la société civile et des mouvements sociaux. Les consultations existent, mais les véritables décisions restent hors d’atteinte. Si l’on veut mettre en place une alliance durable, l’accent doit porter sur l’éducation au développement dans le secteur public, parmi les résidents et au sein des groupes à faible revenu.
La planification urbaine devrait stipuler que tous les nouveaux projets de développement urbain et de grands ensembles prévoient des dispositions appropriées pour la gestion des déchets solides, associées à des politiques d’utilisation des sols à long terme pour la construction de centres de gestion et de recyclage des déchets et l’implantation de décharges contrôlées dans des sites adaptés de part et d’autre des villes.
L’expérience costaricaine met partiellement l’accent sur l’aspect sanitaire, mais privilégie ses implications économiques et politiques. Les participants au projet prennent des initiatives car ils considèrent que les gouvernements locaux ne sont pas mesure de gérer les problèmes. La gestion des déchets associe des acteurs variés et hétérogènes. Leurs perceptions du recyclage et de la gestion des déchets diffèrent et ils se conforment aux modèles existants au lieu de chercher des solutions de remplacement. Si des contradictions nées d’intérêts particuliers n’ont pas encore surgi, rien ne garantit que cela n’arrivera pas.
L’expérience colombienne révèle aussi la difficulté de définir des intérêts communs aux différents acteurs de la gestion des déchets et à des professionnels qui s’occupent de matériaux et ont affaire à des segments de la population très variés, dans la mesure où le cycle de la gestion des déchets représente pour chacun d’eux un potentiel économique différent.
A Saint Domingue, une nouvelle conception de la ville commence à se développer dans les quartiers. L’intervention initiale a eu lieu spontanément dans un quartier, exemple même de la dure réalité d’un environnement sans services publics ni ramassage des déchets. A l’origine, cette intervention directe n’était pas envisagée à l’échelle de la ville. Le champ s’est peu à peu élargi, au fur et à mesure que des contacts s’établissaient entre des acteurs extérieurs au quartier (recycleurs) et la municipalité (pour l’acquisition des terres destinées à accueillir les déchets). L’intervention du projet, sous la forme d’une enquête initiale et de l’éducation communautaire à travers la réflexion et l’échange d’idées, a finalement permis de visualiser une situation et une politique urbaines. Au départ, l’intervention devait se concentrer sur les problèmes d’hygiène publique. Cependant, au fur et à mesure que le projet avançait, une perspective plus socioculturelle et politique a été introduite. Les communautés étaient prêtes à effectuer les ajustements nécessaires au niveau local pour fournir un espace au système sanitaire. Toutefois, le projet n’a pas encore pu être réalisé.
Par conséquent, on comprend l’importance d’une approche intégrée par rapport à la mise en œuvre de solutions isolées. Pourtant, des obstacles tels que le manque d’assurance ou la réticence des autorités municipales à diffuser des informations accentuent la méfiance et empêchent les innovations communautaires d’être exécutées aussi rapidement que prévu. Ces expériences montrent la nécessité de continuer à investir largement dans l’éducation pour favoriser le développement humain, afin de consolider les nouveaux rapports de partenariat entre des acteurs si différents et de jeter la base de propositions innovatrices sur les aspects économiques, juridiques et administratifs.
Dans le sous-continent indien (Népal et Bhoutan exceptés), les municipalités allouent des fonds aux activités liées à la gestion des déchets. En règle générale, pour les opérations courantes d’évacuation des déchets, elles doivent se procurer des ressources auprès de la population locale, principalement sous forme d’impôts fonciers ou d’autres taxes. Il n’existe pas d’impôt spécial pour les hôtels et les établissements commerciaux, mais ils peuvent être amenés à payer pour le ramassage, soit à la municipalité soit à une société privée. En Inde, les organismes coopératifs de logement facturent une taxe spéciale aux habitants, dans la mesure où les services municipaux ne sont pas assurés dans les locaux privés. En Afrique, la gestion des déchets est généralement financée par des prélèvements fiscaux prévus au budget municipal. Cependant, l’insuffisance des ressources des autorités municipales empêche l’élaboration d’un système global de gestion des déchets et d’hygiène publique.
Dans les années 1970, le gouvernement indien a accordé des subventions à des villes définies pour l’achat d’usines de compostage mécanique et d’autres éléments d’infrastructure. Depuis, des subventions ciblées ont été allouées de temps à autre. Ainsi, la gestion des déchets solides constitue souvent l’une des composantes des subventions pour l’amélioration de l’environnement des bidonvilles. Parfois, les quartiers ou le secteur privé apportent une contribution volontaire aux infrastructures locales sous forme de poubelles de rues.
Pourtant, le faible taux de perception des impôts et taxes spéciales pose un vaste problème. L’assiette de l’impôt foncier prise en compte pour les services municipaux influe sur l’équité des prestations: dans la plupart des villes, les résidents clandestins, tels que les squatters, n’ont pas droit aux services de ramassage. Dans de nombreuses agglomérations, seulement 50 pour-cent de la population est redevable de l’impôt foncier et, bien sûr, certains contribuables sont défaillants. Les contribuables sont opposés à l’idée d’un impôt direct pour les services de voirie ou à une augmentation des impôts fonciers.
Les ressources destinées à l‘investissement s’avèrent insuffisantes. Les villes ont souvent des difficultés à obtenir des prêts pour répondre à leurs besoins en infrastructures et dépendent des agences multilatérales ou nationales. Les municipalités doivent donc mettre un terme aux effets pervers de l’ajustement structurel. Elles doivent s’attaquer à leurs insuffisances, dues au manque de moyens financiers, pour assurer une hygiène publique adéquate à tous leurs habitants et permettre à des acteurs privés de participer au processus d’aménagement urbain.
Des modes de paiement décentralisés des services se sont développés ponctuellement. Dans plusieurs villes en Inde, au Népal et au Sri Lanka, une fraction des salaires destinés aux agents de l’environnement dans une zone donnée est payée directement par la communauté aux employés, ce qui revient à institutionnaliser des pratiques jusque-là officieuses. Dans certains cas, les résidents ont financé la construction de poubelles communales.
Ces dernières années, les services relatifs aux déchets solides, notamment l’aspect financier, font l’objet de privatisations sous diverses formes, dont la sous-traitance, les concessions et les accords de partenariat. Des accords privés pour le ramassage existent parfois depuis longtemps, lorsque les autorités se sont révélées incapables d’assurer le service dans les zones périphériques ou qu’elles manquent de véhicules. A Mumbai, plus de 50 pour-cent des bennes à ordures sont louées à des entreprises privées. Les municipalités cherchent également à sous-traiter pour économiser sur les dépenses en biens d’équipement et accroître l’efficacité.
Les garanties de rachat et la protection de l’environnement par le recyclage des déchets peuvent contribuer à un engagement durable en faveur du soutien communautaire. La gestion des déchets peut également passer par un partenariat direct entre les entreprises et les communautés.
Il est difficile d’évaluer les perspectives commerciales de tel ou tel matériau de récupération. Chacun connaît des fluctuations différentes et un marché particulier. Le verre et le métal demeurent assez stables, tandis que le papier, le carton et le plastique dépendent de marchés imprévisibles et spéculatifs. Le marché du plastique dépend des fluctuations dans l’industrie du pétrole.
En conséquence, un élément important de la planification consiste à identifier les marchés pour les produits issus du recyclage ou d’autres techniques d’évacuation des déchets, telles que le compostage, le biogaz, etc... Il s’agit essentiellement de trouver des partenaires et de définir les responsabilités au sein du partenariat. La plupart du temps, les techniques choisies ont une viabilité et un taux de rentabilité effectif fortement dépendants du marché. D’un autre côté, l’approche de quartier, comme en Colombie, où le produit final est utilisé directement par la communauté, a permis d’éliminer le problème de la commercialisation.
L’ensemble du processus d’amélioration des pratiques de gestion des déchets solides dans les zones urbaines nécessiterait une supervision et un contrôle minutieux de la part des cadres municipaux, outre la formation des responsables de terrain. Des municipalités comme Cochin ont amélioré le contrôle et la supervision en fournissant des cahiers de doléances aux inspecteurs en chef de la santé, ce qui permet aux habitants de déposer à tout moment des plaintes auprès des inspecteurs de la santé sur les problèmes d’insalubrité dans leur quartier. A Surat, il existe un double système de réparation.
A Singapour, une volonté politique marquée associée à une discipline administrative rigoureuse et à des mécanismes de réglementation ont orienté les communautés vers des schémas de comportements précise. Tout ceci a fait de Singapour une ville impeccable dotée d’une gestion vigilante.
Ces systèmes semblent fonctionner efficacement, ce qui souligne la nécessité d’une organisation où figurent procédures et discipline.
L’accent doit être mis sur un développement communautaire autonome. Les chiffonniers ou les autres ramasseurs qui collectent les déchets au bord des routes devraient pouvoir former de véritables coopératives commerciales pour avoir accès aux services financiers et résoudre les problèmes engendrés par leur activité. Ces coopératives pourraient tenter d’obtenir des conditions plus favorables auprès des fournisseurs et des usines de recyclage. La clé de cette approche réside dans l’établissement d’une coopération entre les différents participants à la production, à l’évacuation et à la réutilisation des déchets.
En Indonésie, le ministère de l’environnement met au point des stratégies d’aide aux ramasseurs. Conjointement avec le Projet pour le secteur non structuré, le ministère prépare un effort pilote afin de former une coopérative locale regroupant les ramasseurs de l’une des décharges municipales. Cette coopérative est perçue d’une part comme un moyen de renforcer le pouvoir de négociation des ramasseurs individuels, afin qu’ils obtiennent une valeur vénale correcte pour les matériaux récupérés et un accès facilité au crédit, et d’autre part comme un vecteur d’éducation sur les droits fondamentaux et les ressources disponibles, en vue d’une autonomie accrue.
Le regroupement en coopératives comprend l’intégration de groupes de ramasseurs à de petits programmes communautaires de gestion des déchets solides, tels que la collecte des déchets au porte à porte, qui méritent beaucoup plus d’attention et de champ expérimental qu’il ne leur en a été accordés jusqu’à présent. Former les femmes aux techniques de commercialisation et de vente en gros et mieux sensibiliser la population au rôle des ramasseurs de déchets permettrait à ces derniers de gérer leurs coopératives et autres formes d’organisation. Des initiatives gouvernementales plus adaptées s’imposent pour réaliser cet objectif à l’échelle de la ville.
Les acteurs qui participent à l’aménagement urbain peuvent être des associations au niveau local, des ONG ou appartenir au secteur privé. Cette coopération entre des acteurs privés et publics permet à chaque partenaire de jouer un rôle et d’améliorer son environnement.
Traditionnellement, la gestion des déchets ou les services d’assainissement étaient perçus comme relevant de l’administration locale, laquelle se devait de créer l’environnement sain auquel les citoyens avaient droit. Cependant, le concept de privatisation a fait passer l’accent de droit du citoyen à service du consommateur. Les activités de gestion des déchets, recyclage compris, sont désormais considérées dans une logique commerciale plutôt que de protection de l’environnement. Les nouvelles préoccupations liées à l’environnement ne se reflètent pas dans cette tendance à la privatisation, qui dépend plus de subventions et de débouchés commerciaux que d’un engagement en faveur de l’investissement social ou de l’investissement à des fins environnementales.
En Amérique latine, les quartiers qui gèrent complètement leurs déchets ne peuvent obtenir de réductions sur le prix des services de voirie, alors que les grandes sociétés bénéficient de tels rabais. Les industriels rencontrent les gouvernements et les municipalités et négocient avec eux en vue d’obtenir des matières premières meilleur marché ainsi que des avantages fiscaux. L’intérêt des industries ne réside pas dans la réduction du volume des déchets en général, mais plutôt dans la diminution de la durée de vie des produits fabriqués. L’élaboration de ce type de produits qui génèrent une quantité importante de déchets recyclables et l’achat de ces déchets en vue du recyclage, vont à l’encontre du concept de ville saine du point de vue environnemental. En outre, les industriels peuvent être tentés d’importer des déchets des pays en développement, où ils sont de meilleure qualité et rarement recyclés.
La privatisation n’a pas été envisagée que sous ses aspects négatifs. Elle a accordé une nouvelle place et un certain espoir aux organisations communautaires. Néanmoins, on ne peut ignorer le fait que les groupes communautaires sont essentiellement perçus comme des sous-traitants bon marché et rarement comme une source potentielle de participation sociale. La motivation première dans la privatisation sociale ne repose pas sur le profit ni l’exploitation commerciale, mais insiste sur le droit à la participation, l’intégration sociale, la cohésion communautaire et l’amélioration de l’environnement.
Lorsque les groupes communautaires participent à des appels d’offre destinés aux grandes sociétés, notamment internationales, la concurrence se révèle très injuste, comme c’est le cas en Amérique latine. Ils sont généralement perçus comme des acteurs capables d’organiser des activités didactiques, mais les municipalités louent rarement leurs services pour assurer l’éducation à l’environnement au sein de la communauté. Les organisations populaires et les entités qui les accompagnent doivent utiliser leurs propres ressources, ou celles de la coopération internationale, pour mener efficacement ces activités didactiques et ces programmes de sensibilisation, sur lesquels se fonde toute évolution technique, économique ou sociale du système de gestion des déchets. En fait, de nombreuses initiatives sont issues des quartiers. Lorsque la municipalité joue un rôle (si tant est qu’elle le fasse), elle ne soutient pas ce type d’initiatives innovatrices, mais intègre au contraire la communauté aux systèmes conventionnels.
L’un des cas au Costa Rica et certaines expériences colombiennes montrent qu’il est plus facile de faire appel aux groupes communautaires dans les petites villes que dans les quartiers des grandes agglomérations. Il est possible de mettre en place des systèmes cohérents étendus à l’ensemble de la ville dans les zones où les systèmes technique et organisationnel ne présentent aucune complexité.
Les projets gérés au niveau communautaire offrent la possibilité aux habitants de se prendre en charge à travers la mobilisation des ressources humaines et financières; limite l’opportunisme et permet une collaboration fondée sur des questions techniques et didactiques. Dans le même temps, les gouvernements locaux doivent remplir leurs obligations en matière d’investissement social, même si elles accueillent favorablement les initiatives communautaires.
Les organisations environnementales populaires se multiplient en Asie. En Inde, notamment depuis les cas de peste de 1994, les ONG s’intéressent à la gestion des déchets solides. Le rôle de vigie que ces ONG jouent actuellement devrait être apprécié à sa juste valeur par les gouvernements et les autorités locales. Les apports techniques obtenus par le biais de ces ONG constituent une source supplémentaire de revenu pour les autorités. De même, certaines ONG encouragent la planification à l’échelle communautaire et créent des mécanismes de soutien au niveau technique et administratif. Le Projet pilote Orangi a réussi à mettre en place une collaboration efficace entre des professionnels qualifiés et des instituts de recherche d’une part, et le secteur non structuré et des communautés à faible revenu d’autre part.
En Amérique latine, cependant, les groupes environnementaux se limitent souvent à l’écologie et rares sont ceux qui travaillent dans le domaine de l’environnement urbain. Le problème commence tout juste à être conceptualisé. Les mouvements sociaux privilégient l’hygiène publique par rapport à l’environnement. Ils s’intéressent plus à la propreté de la ville qu’au processus de gestion des déchets, recyclage compris, en vue de réduire l’impact environnemental.
En général, les ONG et les communautés locales peuvent jouer un rôle déterminant dans le contrôle des résultats obtenus et la réalisation d’expériences de réduction des déchets, par le biais du compostage à l’échelle du quartier et de la promotion du recyclage. Les ONG apportent des connaissances spécifiques dans les domaines de la technique, de la communication ou de la formation et, pour finir, procurent un financement intermédiaire. Au Mali et au Sénégal, les ONG ont joué le rôle d’intermédiaire entre les différents acteurs urbains. Dans le projet de Malindi et au Mali, on a constaté que les autorités municipales étaient disposées à fournir un soutien légal, administratif, voire technique, et elles se sont révélées capables de transformer une expérience en modèle d’action. Les groupes locaux enseignent aussi aux communautés à améliorer la propreté des rues et à faciliter une collecte des déchets plus efficace (c’est le cas par exemple des groupes de rues " Civic Exnora " en Inde). Dans certaines grandes villes comme Mumbai, Bangalore et Calcutta, l’inquiétude grandit quant au choix de l’emplacement et à l’état des décharges. Des installations telles que des dispensaires permettant d’assurer des bilans médicaux réguliers, de l’eau propre, des endroits réservés à la toilette et des entrepôts sûrs pour les matériaux collectés peuvent être fournis par les ONG qui travaillent avec les ramasseurs de déchets.
Tous les projets communautaires lancés par des ONG visent à améliorer la qualité de vie des habitants et rapprochent les acteurs des autorités locales en confiant la gestion des projets à des organisations au niveau local. Les organisations communautaires favorisent la sensibilisation de la population et assurent le fonctionnement et la gestion des activités.
Les ONG se trouvent également face au dilemme d’une spécialisation et d’une technicité accrues pour démontrer que leurs propositions sont réalisables et mobiliser les responsables communautaires, sans pour autant renoncer à une vision globale plus politique, critique et déterminée. En Amérique latine, les ONG ont tendance à participer activement à la vie sociale et politique. Elles se considèrent comme des acteurs sociaux, sans pour autant supplanter les autres acteurs. Elles ont des propositions pour des solutions de remplacement sociales et politiques qu’elles souhaitent soumettre publiquement.
Souvent, toutefois, après avoir créé des partenariats avec des municipalités, les ONG et les groupes populaires ont rencontré des obstacles dans la gestion des contrats ou dans la définition des promesses faites, comme l’illustre tristement le cas de Saint Domingue. A Bogota, les femmes ont connu des difficultés similaires lors de pourparlers avec les autorités locales en vue de transformer d’anciennes décharges défrichées en potagers, et de les rendre ainsi utiles à la communauté. L’utilisation de terrains abandonnés, couverts de gravats et de déchets, a parfois été possible, mais les municipalités rechignent à rémunérer les travailleurs communautaires. Même au Sénégal, où la municipalité était supposée faciliter les politiques gouvernementales, ses tâches, responsabilités et obligations n’étaient pas clairement définies.
Les ONG devraient examiner leurs ressources humaines et leurs capacités pour apporter le soutien technique nécessaire aux OC, sur la base de critères d’accessibilité, de durabilité et de reproductibilité. Au Mali et au Sénégal, on constate que la municipalité et les organisations communautaires ont collaboré à l’amélioration de l’environnement urbain. Elles ont défini en commun les objectifs du projet avec les ONG concernées. Ces dernières n’ont fait que répondre aux besoins des populations. Elles ont fait office de médiateurs et ont largement participé aux activités entreprises par les organisations communautaires. Une juste appréciation et l’incorporation des techniques primaires existant au niveau local devront donc être associées aux techniques de remplacement offertes par les ONG. Les initiatives ne naissent pas des politiques, mais de la volonté des populations d’assumer elles-mêmes leurs responsabilités.
Il est souhaitable de développer l’échange d’informations et la collaboration entre les municipalités et les ONG sur le thème de la sensibilisation des communautés et de leur participation à la gestion des déchets solides. Les ONG devraient avoir accès aux informations critiques afin de consacrer moins de temps à la collecte des données, pour mettre l’accent sur l’éducation et la sensibilisation au niveau de la communauté en vue d ’en maximiser la participation. Le soutien financier du gouvernement et le partenariat avec les ONG permettront de renforcer le rôle éducatif. S’il existe des limites aux accords de jumelage entre les villes, les échanges d’idées entre agglomérations similaires se développent. CITYNET favorise de tels échanges en Asie. Les types de réseaux qui travaillent aux problèmes de l’environnement urbain peuvent être regroupés en: réseaux régionaux, réseaux européens actifs dans les pays en développement, réseaux d’ONG nationales travaillant dans les villes et organismes de recherche et de formation.
L’information du public, sa sensibilisation et la volonté de consacrer du temps et de l’énergie à la propreté et à la réduction des déchets connaissent des degrés de motivations différents, au sein des sociétés comme d’une société à l’autre. Dans les pays à fort taux d’analphabétisme et de pauvreté, les habitudes de frugalité et de récupération/recyclage sont profondément ancrées. La population est très peu sensibilisée à la gestion moderne des déchets solides et ces pays connaissent de nombreux problèmes de ramassage et d’évacuation. Les campagnes anti-détritus, méthodes répandues d’éducation de la population, ne produisent d’effets durables que si elles sont intégrées à une stratégie globale. Isolées, ces campagnes constituent en réalité une approche limitée, dans la mesure où elles ignorent les problèmes de production et d’évacuation des déchets.
L’éducation au développement étant relativement récente, elle offre de multiples possibilités et stimule les ONG dans l’élaboration de matériel de formation destiné à l’intervention au niveau communautaire. Il convient de ne pas négliger le potentiel de vecteurs tels que les affiches, les chansons traditionnelles, le théâtre de rue et la mise à profit d’occasions culturelles et religieuses. Les ONG devraient chercher comment intégrer les OC à des réseaux autour de problèmes environnementaux spécifiques, afin de les rapprocher des autorités. Dans certains pays, les campagnes prennent la forme de semaines annuelles de la propreté et de diffusion d’informations. Des prospectus sont également distribués avant les principaux festivals pour renseigner le public sur les arrangements particuliers mis en place pendant ces occasions. L’exemple le plus frappant a lieu durant le Haj à La Mecque.
Dans le projet sur les déchets solides soutenu par l’Allemagne à Katmandou, l’éducation de la population a été assurée par des travailleurs sociaux familiers des cultures locales. La plupart des efforts de sensibilisation sont dirigés vers les enfants, car ils sont réceptifs, facilement accessibles et que l’on pense qu’ils peuvent influencer l’attitude des adultes. A Karachi, une ONG (Gul bahoo) a élaboré des projets scolaires de recyclage. Dans quelques écoles, les déchets secs et humides sont triés et l’ONG vient les collecter une fois par semaine en échange de jouets.
Les ateliers internationaux, les projets de recherche de l’aide bilatérale et le travail de spécialistes individuels et de quelques entrepreneurs commencent à combler les lacunes des programmes publics d’éducation. Ainsi, des connaissances techniques et des fonds apportés par les Pays-Bas; la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP); le Centre des Nations Unies pour les établissements humains et des conseillers étrangers (venus du Canada, des Pays-Bas et de Suisse) soutiennent depuis 1989 à Bangalore un petit noyau d’experts locaux et de citoyens motivés.
La gestion des déchets solides ne doit plus faire peur, que ce soit au simple niveau de la famille ou à l’échelle de la nation. Elle demande seulement d’être sensibilisé au problème et de chercher à réduire la production de déchets à la source. Le Recyclage, la Réutilisation et la Réduction, les trois " R " de la gestion des déchets, devraient améliorer la gestion des déchets solides dans les pays en développement aussi bien qu’industrialisés et permettre l’émergence d’une attitude radicalement nouvelle face aux déchets. Cette dernière doit être cultivée à tous les niveaux, en commençant par les enfants que l’on peut convaincre de s’occuper des déchets dans leur cadre familial et scolaire.
CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
Dans toutes les villes des pays en développement, l’ingéniosité et la créativité de millions d’individus ont tissé des systèmes extrêmement complexes de rapports sociaux et de règlements, et conduit à l’invention de techniques adaptées à leur environnement et à leur situation sociale et économique. Ces écologistes populaires ont élaboré des mécanismes et des activités génératrices de revenus qui, dans le même temps, leur ont permis d’introduire des systèmes environnementaux sans porter atteinte aux niches urbaines dans lesquelles ils vivent, maintenant par là un équilibre dynamique entre le développement et l’environnement.
Une culture environnementale et une sensibilisation au problème ont déjà vu le jour: il reste à explorer de nouveaux modèles pour des sociétés qui soient à la fois socialement équitables, économiquement viables, démocratiques et écologiquement durables. L’objectif doit être le développement durable. Seul un changement d’attitude et un engagement dans ce sens peuvent le concrétiser.
L’analyse des différentes expériences régionales montre que:
· Les mesures politiques et un cadre juridique favorisent la collecte sélective des déchets, les systèmes de recyclage et les actions liées à l’amélioration de l’environnement. Des interventions spécifiques visant à motiver et à soutenir les groupes communautaires se sont révélées déterminantes pour l’amélioration de la qualité de vie de la population locale.
· Les activités non structurées assurent une récupération et un recyclage des déchets plus importants que n’importe quel système structuré de gestion des déchets mis en place par l’administration locale.
· La décentralisation constitue un élément déterminant, même si, pour des raisons financières et politiques, de nombreuses autorités nationales voire locales rechignent à déléguer leurs pouvoirs.
· La tendance à la privatisation pourrait faire privilégier le service du consommateur au détriment des droits du citoyen. Il serait préférable de s’orienter vers une privatisation sociale fondée sur le droit à la participation, l’intégration sociale, la cohésion communautaire et l’amélioration de l’environnement.
· Les groupes communautaires peuvent prendre en charge la gestion des déchets par le biais de techniques à fort coefficient de main-d’œuvre et réduire ainsi les coûts de ces opérations, si elles sont organisées et soutenues par l’administration locale et nationale. En favorisant la création de groupes communautaires, on établit un style de gestion qui permet de préserver les valeurs communautaires traditionnelles et de promouvoir un système de gestion des déchets plus efficace.
· Les programmes d’éducation et d’information augmentent le taux de participation de la population à la gestion individuelle des matériaux collectés et recyclés.
· Toute politique visant à doter la gestion de déchets solides de dispositions juridiques et réglementaires devrait inclure les responsabilités des producteurs de déchets, des obligations financières et des mécanismes régulateurs.
· L’identité socioculturelle et politique des populations démunies se voit menacée par les choix techniques et les pratiques qui en découlent. Pour éviter tout conflit, le choix des techniques doit respecter l’identité et les racines culturelles.
· Une attention particulière doit être portée à la situation des femmes. Reconnaître leur spécificité dans la pratique peut influencer fortement l’analyse des conditions actuelles tout comme la formulation de politiques adaptées en matière de gestion des déchets.
· Les accords contractuels relatifs à la gestion des déchets doivent définir la nature et les limites de la contribution des acteurs, afin de renforcer la coopération et la reconnaissance officielle du rôle des participants.
· Etant admis que ni le secteur structuré ni le secteur non structuré ne sont parfaits, les mécanismes de réglementation de ce dernier devront résulter de l’auto-discipline et de négociations. De tels mécanismes populaires de réglementation devraient prendre en compte un certain nombre de critères minimums. La création d’un cadre juridique pour les étapes de la conception et de la réalisation des activités de gestion des déchets qui accorde un statut officiel aux participants permettra à ceux-ci de bénéficier d’une aide financière de la part des institutions financières et des autorités locales.
· Les modèles actuels de projets isolés devront faire place à une stratégie plus cohésive qui favorise une autonomie communautaire accrue et apporte un soutien renforcé en matière d’infrastructures. Il est essentiel d’assurer la formation des techniciens municipaux, dans la mesure où les services d’assainissement gérés par des ingénieurs d’hygiène publique sont essentiellement considérés d’un point de vue sanitaire.
· Eu égard aux groupes démunis, il convient d’élaborer des stratégies à long terme en faveur de l’environnement urbain qui fassent collaborer efficacement le gouvernement, les secteurs privé et public et les ONG. Un partenariat devrait être établi entre les différents acteurs de la société civile. A cette fin, tous les acteurs devraient être identifiés et associés au processus de réflexion.
· Il est nécessaire de promouvoir les groupes communautaires afin de permettre la communication et la diffusion de l’information; de modifier les comportements; d’encourager la rémunération régulière des services; de contrôler la qualité de ces services et de préparer un contexte social approprié pour la mise en place de nouveaux services urbains.
· Il convient de favoriser l’introduction de composantes éducatives dans les projets techniques et économiques. Les expériences régionales illustrent la nécessité de poursuivre l’investissement en matière d’éducation et d’éducation à l’environnement pour permettre le développement humain, afin de consolider les nouveaux rapports de partenariat entre des acteurs si différents.
· Il faut jeter des ponts entre les mouvements sociaux et entre les secteurs (ramasseurs, communautés, spécialistes de l’environnement, femmes), et promouvoir le travail en réseau entre les ONG concernées d’un bout à l’autre de la région.
· Les municipalités devraient laisser des acteurs privés participer au processus de l’aménagement urbain afin de pallier leurs insuffisances financières.
· L’un des éléments importants de la planification est l’identification de marchés pour les produits issus du recyclage ou d’autres méthodes d’évacuation des déchets, telles que le compostage, le biogaz, etc... Les garanties de rachat et la protection de l’environnement par le biais du recyclage des déchets peuvent contribuer à un engagement durable en faveur du soutien communautaire. Il ne faut pas négliger non plus la possibilité de partenariats directs entre les entreprises et les communautés pour la gestion des déchets.