Enda Preceup

SYNTHESE GENERALE DU VOLET RECHERCHE
AFRIQUE, AMÉRIQUE LATINE, ASIE

Virup Panwalkar, Marie Dominique de Suremain

Version provisoire, juin 1999

 

Sommaire

I. Introduction *

II. Les orientations ou types d’approches *

1. L‘approche sanitaire : *

2. L’approche technico-économique: *

3. L’approche socio-culturelle: *

4. L’approche socio-politique: *

5. L’approche juridico-administrative: *

III. L’identification et la reconnaissance des acteurs populaires impliqués dans la gestion de l’environnement et des déchets. *

Participation des femmes dans les projets de gestion environnementale *

IV. Les difficultés et succès du partenariat entre municipalité et acteurs sociaux. *

4.1. Décentralisation et micro-planification *

4.2. Concertation entre multiples acteurs. *

4.3. L’innovation décentralisée *

4.4. La parole des "sans voix" *

4.5. Consolider les organisations communautaires. *

4.6. Logique communautaire et logique économique. *

4.7. Recherche de la bonne échelle de négociation et expérimentation *

4.8. Blocages *

V. RACINES CULTURELLES ET INNOVATIONS: éducation environnementale, réseaux et rôle des ONG *

1. Education environnementale *

2. Formation de réseaux *

3. Rôle des ONG *

VI. LES PROBLÈMES JURIDIQUES ET DE FINANCEMENT *

1. Dispositions juridiques et réglementaires *

2. Financement de l'aménagement de l'environnement urbain *

VII. Quelques aspects techniques. *

VIII. Recommandations *

I. Introduction

La présente synthèse reprend l’essentiel des apports des documents produits dans les différentes régions, Afrique, Asie et Amérique Latine à partir de la capitalisation des expériences de terrain d’Enda TM, d’études de cas réalisées directement ou en relation avec des partenaires proches, et d’études de villes ou de pays, que nous avons appelées "transversales" , qui avaient comme but d’élargir nos analyses et contextualiser nos points de vue sur les innovations que produisent les communautés de base en participant à des expériences de développement environnemental.

Produire ce document de synthèse générale a représenté un effort d’innovation à plusieurs niveaux :

· pour les équipes de terrain, construites autour de la promotion et l’animation communautaire, la formation des habitants ou des micro-entrepreneurs et l’innovation technologique à micro échelle, il a fallu incorporer la dimension de recherche. Certaines équipes sont centrées sur la recherche-action comme principe permanent de leur intervention, d’autres ont pratiqué des recherches qui partent d’ateliers structurés de réflexions avec les habitants ou les organisations populaires, mais font intervenir des professionnels qui produisent de façon plus classique, sans qu’il ne s’agisse jamais de "consultants" déconnectés du contact avec ces groupes.

Ainsi l’articulation entre la recherche et l’action a été au cœur des préoccupations des différents points d’ancrage, avec tous les défis du dialogue interdisciplinaire et de celui qui s’instaure entre professionnels et groupe de base. Cette articulation est un investissement exigeant en temps, pour mener de front le travail de terrain et la production écrite.

· Les documents ont été produits avec des ressources limitées, comme complément du travail de terrain et capitalisation des ateliers internationaux dont les échanges intenses ont permis également de mettre en évidence les richesses et originalités de chaque continent.

· Chaque synthèse régionale a permis une première articulation entre divers pays et différents points de vue à l’intérieur d’une zone linguistique. Enda a essayé dans plusieurs cas d’incorporer des études de cas réalisées par d’autres ONG dans d’autres pays, ainsi que son expérience antérieure dans la région.

· la synthèse générale a supposé un intense travail de traductions pour pouvoir dialoguer entre continents. La diversité du vocabulaire employé et des contextes juridiques, sociaux et culturels, n’a pas rendu cette tache facile, les débats étant complexes si l’on veut éviter la langue de bois ou les concepts excessivement généraux. Pour une organisation comme Enda qui accorde la plus grande importance à la dimension culturelle et à l’appropriation par les habitants des solutions adaptées à leurs besoins particuliers, il s’agit là donc d’un défi ardu, qui exigerait des moyens ou du temps plus important. L’effort fourni en ce sens n’en a donc que plus de valeur.

· On peut donc dire que, tout en restant modeste et en étant loin de la perfection, ce document est le produit d’un effort pour articuler successivement des réflexions parties de groupes de quartiers impliqués dans des expériences concrètes dans plusieurs pays, avec le niveau régional (de chaque continent) puis inter-régional. Il est évident qu’il ne s’agit pas de "représenter" une pensée continentale ou mondiale des groupes de base ou des ONG, car Enda n’a pas cette prétention, mais tirer des enseignements à valeur générale fondés sur des expériences locales avec des groupes précis et sur ce que l’organisation a pu accumuler et capitaliser au cours de sa trajectoire.

Dans un contexte urbain où les objectifs actuels du développement économique semblent entrer en conflit avec les préoccupations d'ordre environnemental, les villes présentent de nombreuses contradictions en matière de développement humain, avec des noyaux de "croissance et de prospérité " d'un côté et de " besoin et de pauvreté " de l'autre. La pauvreté est, dans une large mesure, liée à un environnement dégradé et à une croissance démographique rapide. On a toutefois tendance à accorder trop d'importance au second facteur, donc à minimiser les conséquences d'un environnement dégradé sur la perpétuation de la pauvreté. La dégradation de l'environnement provoque des effets à long terme tant sur les ressources naturelles que sur le potentiel humain, constituant ainsi une menace pour l'écosystème dans son ensemble et pour les sociétés humaines qui y sont installées.

Aujourd'hui, les quartiers populaires des villes sont gérés de façon ambivalente, car d'un côté, il y a une place apparemment importante pour l'autogestion de la communauté par abandon par l’Etat de ses responsabilités, mais de l'autre, existent des freins aux initiatives populaires par des contrôles et l’imposition de systèmes conventionnels. Face à de telles restrictions et devant l'inadéquation de la planification bureaucratique et des modèles de gestion technocratique, il s'avère nécessaire de renforcer et d'intégrer efficacement le potentiel d'autonomie et d'expression populaire pour assurer une articulation plus démocratique aux politiques municipales et promouvoir des innovations sociales, techniques et économiques.

Du point de vue de l'information, on constate qu’au niveau des instances municipales et auprès des décideurs, et parfois de la part des groupes de base eux-mêmes et des ONGs qui les appuient, subsistent des carences de données indispensables à la prise de décisions et à l'exécution de programmes de développement appropriés et participatifs. Documenter les processus innovants, divulguer leurs résultats, produire des données nouvelles, fait donc partie d’une stratégie de participation des plus pauvres au système socio-politique et économique en général.

Le présent travail va en ce sens, pour faire "remonter" et débattre à une nouvelle échelle sur les conditions de vie des plus démunis, sur leur perception de leur environnement quotidien et les réponses créatives qu'ils apportent à leurs problèmes dans ce domaine.

Ce faisant, Enda contribuera à faire réalité les principes directeurs du processus d'Aménagement et de Planification de l'Environnement Urbain (APEU), que le Programme Mondial pour l'Environnement Urbain de la Conférence des Nations Unies pour les Etablissements Humains (CNUEH) a regroupé en cinq grandes catégories :

· Amélioration de l'information relative à l'environnement et des compétences techniques,

· Amélioration des stratégies et de la prise de décisions dans le domaine de l'environnement,

· Mise en œuvre plus efficace des stratégies relatives à l'environnement,

· Renforcement institutionnel et participation accrue,

· Meilleure utilisation des ressources limitées pour permettre le renforcement des compétences et une évolution.

Un examen approfondi de celles-ci révèle un certain nombre d'éléments-clés dont la responsabilité incombe aussi aux municipalités, à savoir : impliquer les intéressés, définir des priorités, examiner les options d'exécution et les ressources, établir un large consensus, mobiliser et renforcer les compétences et les capacités à l'échelle du système, renforcer le soutien politique, institutionnaliser une conception de la prise de décisions fondée sur une large participation, réguler, évaluer et adapter le système, dynamiser les réseaux entre villes.

S’agissant des thèmes qui ont fait l’objet des préoccupations de cette étape de Preceup, on peut relever deux domaines majeurs. Ces domaines-clés de l'environnement urbain sont la gestion des déchets solides et l’assainissement, car ils ont des répercussions directes sur la qualité de la vie de vastes quantités de population urbaines. Sans diminuer l’importance d’autres problèmes, comme le logement, les transports, la qualité de l’air, ou l’eau potable, ils sont l’entrée spontanée et principale des quartiers populaires à la thématique environnementale urbaine, comme peuvent l’être en milieu rural la dégradation des sols ou la déforestation.

 

L'aménagement de l'environnement urbain constitue désormais un problème mondial. Différentes options techniques ont été essayées par divers acteurs afin de trouver des solutions alternatives viables. Ces expériences ont clairement montré que l'aménagement de l'environnement urbain ne se limite pas à un problème d'ordre technique, ni à une question purement financière. Fondamentalement, il a des implications socio-politiques et culturelles, dont les solutions appellent des politiques imaginatives, une réorientation administrative, des dispositions institutionnelles et organisationnelles et une population informée. Il s'avère donc impératif d'examiner sous différents angles les expériences qui ont associé étroitement des organisations populaires à leur planification et réalisation. Nous en aborderons les points communs et les différences en traitant :

· les orientations ou type d’approches

· l’identification et la reconnaissance des acteurs populaires

· les difficultés et succès du partenariat entre municipalité et acteurs sociaux

· les problèmes de financement

· les aspects techniques