(p19-24 )
La croissance de la population urbaine de l'Afrique subsaharienne se poursuivra mais son ralentissement structurel devrait en rendre la gestion plus facile et permettre de soutenir l'urbanisation, en raison de son implication économique et sociale.
La rapidité de la croissance de la population urbaine est une caractéristique majeure de l'évolution contemporaine du peuplement des pays du Tiers-monde et de l'Afrique en particulier. En 1995, 41 % de la population des pays en développement résident dans des agglomérations, contre seulement 17 % en 1950. Suivant les continents, la situation est variable : un peu plus du tiers (35 %) de la population du continent asiatique demeure en ville, et c'est à peu près la même proportion en Afrique (37 %), mais l'Amérique Latine est aussi urbanisée que l'Europe (74 %)'.
Bien que l'Afrique au sud du Sahara (ASS) soit ainsi parmi les régions du globe les moins urbanisées, la croissance spectaculaire de sa population urbaine, et spécialement celle des plus grandes villes, apparaît à beaucoup sinon dangereuse, en tout cas excessive et préoccupante, eu égard aux faibles capacités économiques des sociétés concernées de faire face aux difficultés de gestion d'une concentration urbaine accélérée.
Définitions et données statistiques
La population totale de la Région <Afrique Atlantique>
On dispose pour quelques pays (Cap-Vert, Ghana et Angola) de dénombrements remontant au milieu du xixe siècle mais, pour la plupart des pays d'Afrique au sud du Sahara, les premiers dénombrements datent de la fin du siècle. Durant la période coloniale, des dénombrements rarement exhaustifs, puis des recensements administratifs souvent biaisés par la relation avec l'imposition ou le travail forcé, ne fournissent que des ordres de grandeur à 20 % près, sinon plus. Dès les indépendances, les enquêtes démographiques par sondages se sont multipliées et ont apporté une connaissance plus solide. À partir du milieu des années soixante, des recensements généraux ont été réalisés périodiquement, jusqu'à ce que les difficultés économiques aient obligé à y surseoir dans de nombreux pays au cours de la dernière décennie, ou que des troubles les aient rendus impossibles.
La consistance des données démographiques exploitables est donc pour le moins fragile, notamment pour ce qui est de l'appréciation des évolutions sur la longue durée. Une meilleure appréhension du peuplement se heurte en outre, dans la région, à l'extrême mobilité de la population, à peine contrainte par les frontières nationales, en dehors des périodes de tension politique.
Pour les besoins de l'étude WALTPS, qui portait sur 19 pays constituant une sous-région de l'Afrique de l'Ouest et se proposait de mettre en relief les évolutions de long terme, une analyse critique des recensements au niveau le plus fin manipulable, la confrontation des résultats avec d'autres données accessibles (enquêtes par sondages, études diverses) et le souci d'établir des bilans des mouvements migratoires vraisemblables, ont conduit à élaborer une base de données quelque peu différente de celle présentée par les Nations unies pas nécessairement beaucoup plus exacte mais plus cohérente. Pour le présent travail, la même analyse a été étendue à huit Etats constituant une sous-région de l'Afrique centrale, de façon à englober tous les pays francophones de l'Afrique au sud du Sahara (ASS), sans porter atteinte à la continuité de l'espace géographique à l'intérieur duquel l'essentiel des migrations s'opère. L'ensemble géographique ainsi traité au plan démographique tel que représenté en regard de la page précédente regroupe 27 pays et il est dénommé, dans la suite du présent document : <Afrique Atlantique >ou <Région >.
Les évaluations sont certainement plus fiables au niveau régional qu'au niveau d'un pays particulier, puisque l'on élimine l'incidence des migrations intra-régionales. Lorsque l'on compare les évaluations préparées pour WALTPS et leur extension aux 27 pays ci-dessus avec celles des Nations unies (1995), les chiffres concernant les effectifs de population sont très proches au niveau de la population totale de la Région : 257 millions pour WALTPS contre 264 millions pour les Nations unies en 1990 les chiffres sont encore voisins concernant la population nationale, pour la plupart des pays. Les pays pour lesquels les écarts sont importants sont soit des pays en pleine crise politique ou en conflit armé, entraînant des déplacements de population (Angola, Sierra Leone), soit des pays où les sources statistiques sont anciennes ou manipulées (Gabon, Centrafrique), soit des pays de forte émigration ou immigration internationale (Burkina-Faso, Mali, Côte-d'Ivoire). Mais, même lorsque les
Tableau 7. Afrique Atlantique.
Population totale, population urbaine (en millions), niveau d'urbanisation (1960-1990)
|
|
1960 |
1980 |
1990 |
||||||
|
Popul. totale |
Popul. urbaine |
Niveau d'urban. |
Popul totale |
Popul urbaine |
Niveau d'urban |
Popul totale |
Popul urbaine.. |
Niveau d'urban |
|
|
Bénin |
2,03 |
0,21 |
10,3 |
3,45 |
0,95 |
27,5 |
4,5 |
1,69 |
37,5 |
|
Cameroun |
4,48 |
0,79 |
17.6 |
8,64 |
2,54 |
29,4 |
11,48 |
4.75 |
41,4 |
|
Côte-d'ivoire |
3,18 |
0,53 |
13,7 |
5,28 |
1,49 |
28,2 |
11,44 |
5,57 |
48,7 |
|
Guinée |
3,19 |
0,46 |
14,4 |
4,41 |
1,09 |
24,7 |
5,27 |
1,41 |
26,7 |
|
Sénégal |
2,85 |
0,85 |
29,8 |
5,60 |
2,15 |
38,4 |
7,29 |
3,11 |
42,7 |
|
Burkina-Faso |
5,32 |
0,53 |
10 |
7,19 |
1,34 |
18,6 |
8.68 |
2,05 |
23,6 |
|
Centrafrique |
1,25 |
0,26 |
20.8 |
2,00 |
0,76 |
38 |
2,44 |
1,02 |
41,8 |
|
Mali |
4,86 |
0,27 |
5,6 |
5,70 |
0,62 |
10,8 |
8,18 |
1,86 |
22,7 |
|
Mauritanie |
1,00 |
0,10 |
10 |
1,55 |
0,50 |
32,2 |
1,96 |
0,82 |
41,8 |
|
Niger |
3,77 |
0,20 |
5,3 |
5,82 |
0,71 |
12,2 |
7,68 |
1,22 |
15,9 |
|
Tchad |
3,04 |
0,17 |
5,6 |
3,69 |
0,40 |
19 |
5,45 |
1,39 |
25,5 |
|
Congo |
0,83 |
0,29 |
34,9 |
1,64 |
0,91 |
55,5 |
2,30 |
1,64 |
71,3 |
|
Gabon |
0,45 |
0,09 |
20 |
0,73 |
0,27 |
37 |
0,94 |
0,55 |
58,5 |
|
Zaïre |
16,65 |
3,46 |
21 |
28,15 |
7,46 |
26 |
36,60 |
12,55 |
34 |
|
Bunindi |
2,46 |
0,09 |
3,7 |
4,12 |
0,19 |
4,6 |
5,33 |
0,28 |
5,2 |
|
Rwanda |
2,41 |
0,05 |
2,1 |
5,11 |
0,23 |
4,5 |
6,92 |
0,36 |
5,2 |
|
Total pays francophones |
59,25 |
8,59 |
1443 |
100,32 |
25,16 |
25,1 |
129,93 |
41, |
31,8 |
|
Gambie |
0,28 |
0,04 |
14,4 |
0,63 |
0,17 |
27 |
0,87 |
0,28 |
32,2 |
|
Ghana |
6,77 |
1,56 |
23 |
11,18 |
3,37 |
30,1 |
14,47 |
4,55 |
31,4 |
|
Liberia |
1,04 |
0,11 |
10,6 |
1,91 |
0,34 |
17,8 |
2,65 |
058 |
21,9 |
|
Sierra Leone |
2,06 |
0,24 |
11,7 |
3,04 |
0,72 |
23,7 |
3,69 |
1,10 |
29,8 |
|
Nigeria |
39,84 |
5,87 |
14,7 |
70,37 |
29,74 |
42,3 |
93,52 |
45,49 |
48,6 |
|
Total pays anglophones |
50,00 |
7,81 |
15,6 |
87,13 |
M,34 |
39,4 |
115,19 |
52,0 |
45,1 |
|
Cap-Vert |
0,20 |
0,04 |
20 |
0,30 |
0,07 |
23,3 |
0,32 |
0,11 |
34,4 |
|
Guinée-Bissau |
0,52 |
0,04 |
9,6 |
0,79 |
0,15 |
19 |
0,96 |
0,25 |
26 |
|
Angola |
4,20 |
0,78 |
18,6 |
7,52 |
1,70 |
22,6 |
10,05 |
2,49 |
24,7 |
|
Guinée Équator. |
0,23 |
0,04 |
17,4 |
0,30 |
0,08 |
26,7 |
0,35 |
0,10 |
28,5 |
|
SaoTomé |
0,07 |
0,01 |
14 |
0,10 |
0,03 |
20 |
0,12 |
0,05 |
41,7 |
|
Total autres |
5,22 |
0,91 |
17,4 |
8,99 |
2,03 |
22,6 |
11,80 |
3,00 |
25,4 |
|
Total Afrique Atlantique |
114,47 |
17,31 |
15,1 |
196,64 |
61,53 |
31,3 |
256,92 |
96,28 |
37,5 |
NB. Le niveau d'urbanisation est exprimé en pourcentage de la population urbaine dans la population totale (24,7 = 24.7 %). Source Travaux WALTPS et prolongement aux 27 pays par B. Kalasa <1993 et 1995>
Dans le prolongement de l'étude WALTPS, le seuil de 5 000 habitants a été uniformément adopté pour définir le milieu urbain et la population urbaine, sans considération des fonctions urbaines ou du niveau des équipements urbains. Des redressements importants des données officielles ont dû être effectués. Le cas le plus flagrant est celui du Nigeria où, indépendamment d'une lourde surévaluation de la population totale par les recensements antérieurs (le recensement de 1991 a réduit de quelque 30 millions de personnes le chiffre communément admis, estimé à partir du recensement de 1963), une recherche de tous les centres de plus de 5 000 habitants a conduit à porter le pourcentage de population urbaine de 33 % (chiffre des Nations unies) à 43 % - soit 45,5 millions d'urbains contre 35. Pour les 18 autres pays de l'Afrique de l'Ouest, la correction de définition a porté ce pourcentage de 29 à 31 %.
L'urbanisation régionale
On en restera à de telles " estimations " de la population urbaine tant que les recensements ne seront pas organisés pour fournir directement les données de la population agglomérée et que des dispositions ne seront pas prises pour actualiser les chiffres entre deux recensements. En dépit du travail de redressement opéré, les données présentées au tableau I (non disponible)doivent donc être maniées avec prudence. Sous ces réserves, en 1960, environ 15 % de la population de la zone d'étude résidait en milieu urbain, soit 17,3 millions de personnes, et cette proportion se situait entre 34 et 37 % en 1994, Soit 100 à 110 millions d'urbains. La situation et l'évolution sont très différentes suivant les pays. On peut consulter cinq grands groupes de pays, en fonction des niveaux d'urbanisation atteints en 1990:
Groupe I Congo et Gabon
Groupe Il Cameroun, Côte-d'Ivoire, Sénégal, Centrafrique, Mauritanie, Nigeria, Sao Tomé
Groupe Iii Bénin, Togo, Zaïre, Gambie, Ghana, Sierra Leone, Cap-Vert, Guinée Équatoriale
Groupe IV Guinée, Burkina- Faso, Mali, Niger, Tchad, Liberia, Guinée-Bissau, Angola
Groupe V Burundi et Rwanda.
Les deux pays du groupe I ont une proportion de population urbaine (un niveau d'urbanisation) supérieure à 50 % ; il s'agit de deux pays d'Afrique Centrale peu peuplés et exportateurs de pétrole. Le groupe Il rassemble des pays dans lesquels plus de 40 % de la population vit dans des centres urbains et il s'agit, pour la plupart, de pays ayant connu un certain dynamisme économique (Centrafrique et Mauritanie semblant être deux cas particuliers). Le groupe III est formé de pays dont la proportion d'urbains est comprise entre 29 et 39 %. Tous les pays des groupes I, H et III sont des pays côtiers. Le groupe IV rassemble des pays faiblement urbanisés (un taux compris entre 20 et 28 %), essentiellement des pays du Sahel intérieur. Enfin le groupe V comprend deux pays particuliers, très densément peuplés, où la population urbaine n'est que d'environ 5 %. La relation entre le niveau d'urbanisation et le niveau économique ne fait en tout cas guère de doute.
L'Afrique côtière, caractérisée par une concentration de population urbaine dans de grandes villes portuaires, est en général plus fortement urbanisée que les pays intérieurs - à l'exception de la République Centrafricaine. Le Sahel est nettement moins urbanisé. Les pays anglophones, hormis le Nigeria, et les pays hispano- et lusophones sont plutôt moins urbanisés que les pays francophones. La présentation en termes de pourcentage de population vivant dans les villes ne doit pas faire oublier les poids absolus des populations urbaines. En raison de leur poids démographique, le Nigeria d'une part et le Zaïre d'autre part concentrent une portion très importante de la population urbaine de chacune des deux sous-régions étudiées : près de 60 % de la population urbaine de l'Afrique de l'Ouest pour le premier et près de 70 % de celle de l'Afrique centrale pour le second au total, 58 millions de citadins sur les 96 millions de population urbaine de l'Afrique Atlantique retenue, en 1990.
Partout, la croissance de la population urbaine a été beaucoup plus rapide - de l'ordre de deux fois - que la croissance naturelle et, a fortiori , que la croissance de la population rurale - de l'ordre de trois fois.
La concentration urbaine
Le jugement porté sur l'urbanisation de l'Afrique est largement provoqué par les images des plus grandes villes, de leur croissance vertigineuse et de l'étendue de leurs quartiers plus ou moins précaires ou sous-équipés.
De fait, la " macrocéphalie " - c'est-à-dire la concentration de la population urbaine dans les villes les plus importantes d'un pays - constitue un trait fréquent de l'urbanisation en Afrique au sud du Sahara. Elle se traduit souvent par le poids exorbitant d'une seule ville, généralement la capitale du pays, au détriment des autres centres urbains. Le pourcentage de la population de la première ville (ou des deux premières) dans le total de la population urbaine en donne une mesure. Parmi les pays les plus urbanisés, le Sénégal et la Côte-d'Ivoire sont fortement macrocéphales. Mais ce n'est pas une règle générale et, dans certains pays, il existe deux grandes villes, souvent un pôle économique majeur et la capitale politique, et parfois plusieurs, qui sont alors en compétition sur le plan démographique. La macrocéphalie est en effet surtout le fait des petits pays côtiers, en relation directe avec le reste du monde. Le phénomène s'est accentué dans les pays où la primauté d'une ville existait déjà dans les années soixante. Au Gabon, par exemple, le rapport entre les populations de la première et de la seconde ville est passé de 1,79 à 4,30 entre 1950 et 1990.
Cependant, Si l'effet de macrocéphalie (ou de primatialité) est manifeste à l'intérieur de nombreux pays qui composent la Région, il disparaît complètement à l'échelle régionale, comme le montrent les graphiques ci-après : la distribution cumulée des villes de la Région par rang de taille présente une grande banalité statistique, proche d'une "loi de Pareto " (ou de Zipf) P(n) =A/nb - avec b légèrement inférieur à 1 - et elle s'est déplacée parallèlement à elle-même au cours du temps (étant précisé que l'ordre des villes dans cette distribution a beaucoup varié). Ces graphiques montrent aussi que la croissance urbaine en Afrique n'a pas concerné que les grandes métropoles. Recompositions des armatures urbaines et floraison des petites villes caractérisent au contraire le processus de peuplement à l'oeuvre dans la région. En Afrique de l'Ouest (19 pays), par exemple, le nombre des centres de plus de 5 000 habitants est passé de quelque 700 en 1960 à plus de 2 500 en 1990. En Afrique Centrale, ce nombre est passé de 160 à plus de 300 centres. En 1995, en dépit de l'existence de très grandes villes, la majorité des 100 millions de citadins de la région Afrique Atlantique de la Région vit dans des villes de moins de 500 000 habitants.
Les composantes de la croissance urbaine
La croissance urbaine s'alimente essentiellement à trois sources la poursuite de la croissance démographique naturelle de la population déjà urbanisée, le solde migratoire des campagnes vers les villes et l'absorption, par l'extension des périmètres urbains, de petits centres ruraux périphériques. Il faut en ajouter une quatrième, lorsque le milieu urbain est défini par minimum de population agglomérée: entre deux recensements de petits centres dépassent ce seuil, apportant chacun brutalement cette population minimale (en l'occurrence 5 000 hab.) à la population urbaine. Sans être négligeables, ces deux dernières composantes de la croissance urbaine restent modestes par rapport aux deux composantes majeures que Sont la croissance naturelle et le solde migratoire.
La croissance démographique naturelle
Sur la longue période 1960-1990, la population totale recensée des 27 pays pris en compte est passée de 114,5 à 257 millions d'habitants, soit une croissance au taux moyen de 2,75 % l'an. Ce taux moyen régional absorbe les mouvements migratoires entre pays de la région et gomme les différences notables de croissance de certains pays par rapport à d'autres. Il ne tient pas compte des flux migratoires avec l'extérieur de la région, toutefois limités en volume, bien que non négligeables à d'autres égards. Elle intègre par contre, en principe, les pertes de population dans les conflits armés. C'est, par conséquent, un chiffre proche par défaut du taux de croissance démographique naturelle régionale sur la période. A cette échelle, le taux de croissance naturelle aurait très peu varié de 1960 à 1990.
La croissance naturelle instantanée est la différence entre natalité et mortalité. La période considérée a été marquée en Afrique subsaharienne par une baisse quasi régulière du taux brut de mortalité (du moins jusqu'à l'apparition du sida), tombant de 25 pour mille vers 1960 à 15 pou mille en 1990. Les Nations Unies estiment qu’entre 1950-1955 et 1980-1985, dans la région l’espérance de vie à la naissance est passée de moins de 35 ans à près de 45 ans. Dans le même temps, le taux brut de natalité n’a pas sensiblement régressé, demeurant autour de 48 pour mille. Il devrait en être résulté une élévation de taux de croissance naturelle, de 23 à 33 pour mille.
Aucune étude ne permet de dire que, sur cette période, la croissance naturelle en milieu urbain ait été significativement différente de la croissance naturelle d'ensemble. Durant les vingt premières années qui ont suivi l'indépendance, les villes ont connu un afflux massif de néo-citadins, issus du milieu rural, qui conservaient les logiques démographiques traditionnelles; une haute conjoncture économique confortait les parents dans l'objectif de la réussite scolaire des enfants. Dans certains milieux, on assistait à l'abandon des pratiques d'espacement des naissances. Dans certaines villes, l'amélioration des services de santé a pu diminuer l'infécondité pathologique. Enfin, les centres de planification familiale ont mis du temps à élaborer des stratégies adaptées à la clientèle citadine africaine.
Amorce de baisse de la croissance naturelle en milieu urbain
Progressivement, la situation a changé. À Abidjan, les femmes avaient plus de six enfants en moyenne, en 1980-1981, et n'en ont plus que quatre d'après l'enquête la plus récente. A Accra, on est passé de 5,5 enfants en 1978 à 4,5 en 1988 et à 3,6 en 1993. L'incidence financière du mouvement de scolarisation en milieu urbain et la baisse de mortalité ont modifié les modèles de descendance des citadins. L'aggravation de la situation économique a provoqué le ralentissement de 1' immigration rurale et renforcé l'aspiration à une famille plus réduite.
Mais l'évolution démographique d'une population est un phénomène d'une certaine inertie:
pendant un certain laps de temps, la croissance reste déterminée par l'évolution passée et par la structure démographique acquise, notamment le pourcentage élevé de jeunes en âge de procréer qui sur-compense, temporairement, la baisse de fécondité. Les années 1990-1995 devraient néanmoins être celles du maximum du taux de croissance naturelle de la population, autour de 3,3 %, selon l'hypothèse moyenne des Nations unies. Au-delà, on devrait enregistrer une baisse assez rapide de la fécondité et le taux de croissance naturelle devrait tendre à baisser, pour atteindre 2 % l'an vers 2020.