1.VILLES ET ENVIRONNEMENT

 

LES TENDANCES DE LA CROISSANCE URBAINE

QU’EST-CE QUI ALIMENTE LA CROISSANCE URBAINE ?

PAUVRETE URBAINE

PROBLEMES DE L’ENVIRONNEMENT URBAIN

COUTS ECONOMIQUES DE LA DEGRADATION DE L’ENVIRONNEMENT URBAIN

RELEVER LE DEFI DE L’ENVIRONNEMENT URBAIN

 

Il se produit actuellement dans le monde entier un important phénomène de transition concernant les villes; une évolution inédite dans l’histoire de l’humanité. Au cours de la prochaine décennie, plus de la moitié de la population mondiale, soit environ 3,3 milliards de personnes, vivra dans des zones urbaines — mouvement qui aura de vastes répercussions à la fois sur le bien-être des populations et sur l’environnement (1). Pas plus tard qu’en 1975, à peine plus du tiers de la population mondiale vivait dans des zones urbaines. D’ici à 2025, cette proportion aura grimpé à près des deux tiers (2).

C’est dans les pays en développement que le phénomène est plus prononcé, avec des populations urbaines qui s’accroissent de 3,5 pour cent par an, contre moins de 1 pour cent dans les régions plus avancées (3). Les villes, elles, atteignent des dimensions démographiques inouïes — Tokyo, 27 millions d’habitants; São Paulo (Brésil), 16,4 millions; Bombay (Inde), 15 millions. Et cela exerce d’énormes pressions sur les ressources institutionnelles et naturelles qui les supportent (4).

Les villes ont historiquement été le moteur du développement économique et social. En tant que centres de l’industrie et du commerce, elles sont aussi depuis longtemps les centres de la richesse et du pouvoir politique. Elles comptent également pour une part disproportionnée du revenu national. La Banque mondiale estime que dans le monde en développement, jusqu’à 80 pour cent de la croissance économique future aura lieu dans les villes et les agglomérations urbaines (5). Il ne faut pas croire que les avantages de l’urbanisation sont strictement économiques. Outre des revenus plus intéressants, l’urbanisation offre de meilleurs services de santé, plus d’alphabétisation, et une qualité de vie meilleure. Certains autres avantages de la vie urbaine sont moins tangibles mais tout aussi réels : accès à l’information, diversité, créativité et innovation.

Mais parallèlement aux avantages de l’urbanisation viennent aussi des nuisances environnementales et de grands maux sociaux, dont certains prennent des proportions effarantes. Ces problèmes sont très divers — manque d’accès à de l’eau salubre, pollution atmosphérique, émissions de gaz à effet de serre, etc. Les problématiques de l’environnement urbain sont certes difficiles à catégoriser, mais on peut néanmoins les regrouper sous deux grandes rubriques : celles qui sont issues de la pauvreté; et celles qui sont associées à la croissance économique ou à la prospérité. Les deux types coexistent souvent dans une même ville.

En termes de souffrance humaine, certains des problèmes les plus aigus se manifestent dans les villes les plus pauvres des pays en développement. Et c’est précisément lorsque la croissance démographique est particulièrement rapide que les autorités locales ne sont pas en mesure de répondre aux besoins les plus élémentaires des citoyens. Partout dans ces pays, les citadins pauvres connaissent des conditions qui menacent leur survie. Quelque 220 millions de citadins, au moins, n’ont pas accès à de l’eau salubre; plus de 420 millions n’ont pas accès à des sanitaires, même rudimentaires (6). Entre un tiers et deux tiers des déchets solides ne sont pas ramassés (7). Ils s’empilent dans les rues et les canalisations, contribuant aux inondations et à la propagation de maladies. Les problèmes de la misère urbaine entrainent une importante mortalité et morbidité qu’il serait pourtant possible de prévenir dans une large mesure.

Les problèmes d’environnement sont également aigus dans les villes à rapide croissance économique dans les pays en développement. Certes, la croissance attire vers ces villes des revenus dont elles ont besoin, mais faute de mettre en place les balises nécessaires, elle se produit trop souvent aux dépens de la qualité du milieu ambiant. Plus de 1,1 milliard de personnes vivent dans des zones urbaines où les niveaux de pollution de l’air dépassent les limites tolérées par la santé humaine (8). Dans de nombreuses villes du monde entier, des effluents domestiques et industriels s’écoulent dans des voies d’eau sans traitement, ou presque, menaçant ainsi la santé humaine aussi bien que la vie aquatique. Ces villes servent toujours de refuge à d’énormes populations de citadins pauvres qui sont exclus des avantages de la croissance économique. Nombre d’entre eux squattérisent dans de vastes bidonvilles où ils s’exposent à la fois aux dangers engendrés par la croissance économique (nuisances industrielles) et aux risques concomitants de la pauvreté.

Dans les villes les plus prospères du monde industrialisé, les problèmes d’environnement ne sont pas tant reliés à la croissance rapide qu’à la consommation dispendieuse des ressources. Un habitant de New York consomme environ trois fois plus d’eau et produit huit fois plus de rebuts qu’un habitant de Bombay (9) (10). La demande massive d’énergie des villes riches contribue de manière disproportionnée aux émissions de gaz à effet de serre.

Cette section spéciale de Ressources mondiales 1996-1997 se penche sur la gamme de problèmes du milieu ambiant et sur les forces qui y contribuent dans les villes des pays industrialisés aussi bien que du monde en développement. Elle explore ensuite la nature du défi environnemental auquel sont confrontées les villes du monde. Le défi le plus immédiat et le plus pressant concerne l’amélioration éventuelle des conditions du milieu dans lequel vivent les citadins démunis dans les pays en développement. Étant donné les contraintes imposées par la croissance démographique rapide et les ressources financières limitées, il faudra se tourner vers des stratégies différentes de celles que l’on a précédemment appliquées dans les villes des régions avancées; ces nouvelles approches devront intégrer non seulement les progrès technologiques, mais également incorporer de sérieux efforts pour s’attaquer à la pauvreté urbaine.

Un deuxième défi, corollaire du premier, consistera à faire en sorte que les villes parviennent à concilier les exigences souvent contradictoires de croissance économique et de protection de l’environnement. Pour les villes des pays avancés, cela doit se traduire par une réduction de leur consommation excessive de ressources naturelles qui entame massivement le patrimoine commun de l’humanité. Des stratégies semblables seraient tout aussi pertinentes pour les villes des pays en développement afin de leur éviter le piège des problèmes éventuels de la prospérité, si omniprésents dans le monde industrialisé.

Bien qu’elles donnent à réfléchir, ces difficultés ne sont pas insurmontables. À cause de leur concentration géographique et des économies d’échelle qu’elles permettent, les villes offrent de grandes possibilités d’atténuation de la demande d’énergie et de réduction à un minimum des pressions qu’elles exercent sur leurs environs et sur les ressources naturelles. Si elles réussissent à mobiliser les énergies et la créativité de leurs habitants et à bâtir sur les avantages inhérents qu’offre l’urbanisation, les villes peuvent en fait contribuer à la solution des problèmes mondiaux de pauvreté et de dégradation du milieu.

LES TENDANCES DE LA CROISSANCE URBAINE

Entre 1990 et 2025, le nombre des personnes qui vivent dans des zones urbaines doublera, selon les estimations, pour passer à plus de 5 milliards (11). La quasi totalité de cette croissance démographique — au rythme effarant de 90 pour cent — se produira dans les pays en développement (12) (voir Figure 1.1).

 

Dans le monde industrialisé, la période d’urbanisation la plus rapide a eu lieu il y a plus d’un siècle. En 1995 déjà, plus de 70 pour cent de la population de l’Europe et de l’Amérique du Nord vivait dans des zones urbaines (13). La croissance urbaine se poursuit toujours, bien qu’à un rythme beaucoup plus lent, en moyenne, que durant les précédentes décennies. L’essentiel des mouvements de population actuellement en cours concerne le dégagement des centres urbains à forte concentration au profit de régions métropolitaines à très vaste étalement ou de villes petites et moyennes. Certaines des villes qui connaissent la plus forte croissance en ce moment sont situées dans le sud-ouest des États-Unis — mais étant donné que cette croissance est essentiellement alimentée par une migration de ville à ville, elle n’a pas d’effet sur le niveau global d’urbanisation.

Dans le monde en développement, l’Amérique latine et les Caraïbes constituent la région la plus urbanisée — avec plus de 70 pour cent de la population concentrée dans des zones urbaines en 1995 (14). Une croissance urbaine rapide se poursuit toujours dans cette région, surtout dans les villes moyennes et petites (15). Par contraste, l’Afrique et l’Asie ne sont à présent urbanisées qu’à environ 30 à 35 pour cent seulement (16). C’est dans ces régions que la croissance la plus galopante est actuellement en cours, à plus ou moins 4 pour cent par an. Selon les projections, cette tendance se poursuivra pendant plusieurs décennies. Tant l’Asie que l’Afrique seront urbanisées à 54 pour cent environ, d’ici à 2025, selon les estimations (17) (voir Figure 1.2).

À certains égards, les tendances de la croissance urbaine dans les pays en développement aujourd’hui ne sont pas bien différentes de ce qu’elles étaient en Europe et en Amérique du Nord il y a une centaine d’années. Les forces qui conduisent à l’urbanisation à présent sont essentiellement les mêmes qu’alors — principalement les mouvements de l’emploi avec abandon de l’agraire au profit de l’industrie et des services, et la concentration des possibilités économiques dans les zones urbaines. Et même si les villes des pays en développement connaissent une croissance qui est au moins le double de celle des pays avancés aujourd’hui, ces rythmes ne sont pas sans précédent. Un certain nombre de villes européennes et américaines ont connu une croissance très rapide au début du 20e siècle, aussi rapide que celle qui a maintenant cours dans les pays en développement (18).

Toutefois, ce qui est effectivement inédit, c’est l’échelle absolue du changement, en termes du nombre de pays en voie de rapide urbanisation, du nombre de villes dans le monde entier qui sont en croissance accélérée, et certainement du nombre de personnes que cela implique (19). Grosso modo, 150 000 personnes s’ajoutent quotidiennement aux populations urbaines des pays en développement (20). Du fait de l’énorme population des pays en développement, même un rythme relativement lent de croissance urbaine peut se traduire par une gigantesque augmentation en nombres absolus. Et, étant donné l’importance de la population mondiale, même à ces rythmes quelque peu réduits d’accroissement, les populations urbaines continueront à augmenter dramatiquement et le phénomène ne se ralentira sensiblement que vers le milieu du 21e siècle (21). Bien que les taux de croissance varient radicalement d’une région à l’autre et de ville à ville, l’accroissement est généralement plus prononcé dans deux contextes précis : dans les régions les plus pauvres et dans les régions qui connaissent une rapide croissance économique. Chaque contexte implique des phénomènes totalement différents en matière d’environnement urbain et de qualité de vie. Dans les pays les moins développés, les taux de croissance urbaine sont parmi les plus élevés au monde, à près de 5 pour cent par an (22). Entre 1990 et 1995, certains de ces pays — Burkina Faso, Mozambique, Népal et Afghanistan, pour ne nommer que ceux-là — ont connu des taux de croissance urbaine encore plus élevés, soit plus de 7 pour cent par an (23). Les gouvernements locaux sont souvent à court de fonds et ne disposent pas des ressources voulues pour offrir même les services environnementaux les plus élémentaires à leurs citoyens. En 1994, quelque 30 pour cent des citadins en Afrique ne bénéficiaient d’aucune forme de services municipaux en matière d’eau (24) (voir Encadré 1.1).

Également, les taux de croissance sont extrêmement élevés dans les villes en voie d’industrialisation rapide, lesquelles sont principalement situées en Asie du Sud-Est et en Amérique latine. Les villes dans ces régions offrent plusieurs avantages par rapport à la vie dans les villages, puisqu’on y trouve de meilleures chances d’emploi ainsi qu’une infrastructure et des conditions de vie supérieures. Malgré cela, ces infrastructures (réseaux routiers et usines de traitement des effluents) sont très loin d’être suffisamment adéquates pour satisfaire les besoins. Résultat : rues congestionnées, aggravation de la pollution de l’air et de l’eau, et une pléthore d’autres problèmes qui affligent tous les habitants des villes. Mais en dépit du fait que nombre d’habitants dans ces villes plus prospères occupent des logements convenables avec canalisations et collecte hebdomadaire des ordures, des légions de citadins pauvres s’installent illégalement dans des établissements où les conditions de vie sont presque aussi désastreuses que dans les villes les plus pauvres. De sorte que les habitants de ces villes sont confrontés au pire des deux mondes : les problèmes d’environnement associés à la croissance économique et les problèmes de salubrité toujours non résolus (25) (voir Encadré 1.2).

Les taux de croissance rapide que connaissent beaucoup de villes de pays en développement, conjugués à leurs énormes populations, font grossir les agglomérations qui atteignent ainsi des dimensions sans précédent. Contrairement à ce qui s’est passé au début du siècle, la majorité des zones urbaines les plus gigantesques de la planète sont maintenant localisées dans le monde en développement, et cela va continuer.

Pour donner la mesure de la croissance urbaine, on utilise couramment le terme de " mégapole ", que l’on définit comme une ville dont la population dépasse les 8 millions. En 1950, on ne comptait que deux mégapoles : New York, avec une population de 12,3 millions, et Londres, avec 8,7 millions (26). En 1990, on comptait 21 mégapoles, dont 16 dans les pays en développement (27). En 2015, il y aura 33 mégapoles, dont 27 dans le monde en développement (28).

Ceci dit, il importe de manier ces données avec circonspection dans la mesure où les chiffres que l’on avance pour la population d’une ville dépendront des limites territoriales qu’on lui reconnaît — ex. faut-il s’arrêter aux limites historiques de la ville ou étendre le calcul à la région métropolitaine? (29) (voir Encadré 1.3).

La Table 1.1 présente les 25 plus grandes villes du monde et leurs rythmes récents de croissance. À quelques importantes exceptions près, notamment Dhaka (Bangladesh) et Lagos (Nigeria), les taux annuels de croissance de beaucoup d’entre elles étaient relativement modestes durant la première partie des années 1990, bien qu’il ne soit pas très clair dans quelle mesure ce ralentissement apparent serait attribuable à la dispersion des populations dans les environs immédiats, tout juste en dehors des limites municipales officielles (30).

 

Table 1.1 Les vingt-cinq plus grandes villes du monde en 1995

 

Taux annuel

moyen de

croissance

Population 1990-1995

(millions) (pourcentage)

_____________________________________________________

Tokyo (Japon) 26,8 1,41

São Paulo (Brésil) 16,4 2,01

New York (É.-U.) 16,3 0,34

Mexico (Mexique) 15,6 0,73

Bombay (Inde) 15,1 4,22

Shanghai (Chine) 15,1 2,29

Los Angeles (É.-U.) 12,4 1,60

Pékin (Chine) 12,4 2,57

Calcutta (Inde) 11,7 1,67

Séoul (République de Corée) 11,6 1,95

Jakarta (Indonésie) 11,5 4,35

Buenos Aires (Argentine) 11,0 0,68

Tianjin (Chine) 10,7 2,88

Osaka (Japon) 10,6 0,23

Lagos (Nigeria) 10,3 5,68

Rio de Janeiro (Brésil) 9,9 0,77

Delhi (Inde) 9,9 3,80

Karachi (Pakistan) 9,9 4,27

Le Caire (Égypte) 9,7 2,24

Paris (France) 9,5 0,29

Manille métropolitain

(Philippines) 9,3 3,05

Moscou (Fédération de Russie) 9,2 0,40

Dhaka (Bangladesh) 7,8 5,74

Istanbul (Turquie) 7,8 3,67

Lima (Pérou) 7,5 2,81

_____________________________________________________

Source : ONU, division de la population, World Urbanization Prospects, 1994 Revision (ONU, New York, 1995), Table A.12, pp. 132-139, et Table A.14, pp. 143-150.

 

 

Il se pourrait fort bien actuellement que nombre de villes aux dimensions intermédiaires connaissent en fait une croissance moyenne plus rapide que les très grandes villes, donc à des rythmes bien supérieurs à 5 pour cent par an. Il en résulte une prolifération de ce que l’on a appelé " les villes de millions " (à populations de 1 à 10 millions d’habitants) (31) (voir Table 1.2). D’ici à 2015, il y aura 516 villes dans cette catégorie, à comparer à 270 seulement en 1990. Les petites villes, qui accueillaient plus de la moitié des citadins de la planète en 1990, connaissent elles aussi une croissance démographique extrêmement rapide (32). Souvent, elles sont particulièrement démunies en termes d’investissements adéquats dans les infrastructures ou les services d’environnement, car de nombreux pays orientent leurs ressources vers les grands centres urbains.

 

Table 1.2 Population des villes de plus d’un million d’habitants, par région, 1950-2015

 

Population totale dans toutes les villes

de plus d’un million d’habitants

(population en millions)

_________________________________________________________________________

Région 1950 1970 1990 2015

____________________________________________________________________________

 

Afrique 3 17 59 225

Amérique latine 17 57 118 225

Asie 58 68 359 903

Europe 73 116 141 156

Amérique du Nord 40 78 105 148

____________________________________________________________________________

Source : ONU, division de la population, World Population Prospects: 1994 Revision (ONU, New York, 1995), pp. 12, 14-17

 

Parfois, c’est dans des districts particuliers de certaines villes que se produit la croissance urbaine la plus rapide — dans la ville elle-même ou dans la périphérie. Les environs urbains de Jakarta (Indonésie), par exemple, connaissent une croissance beaucoup plus rapide que la ville elle-même — à près de 18 pour cent par an dans certains districts (33). Les établissements à occupation spontanée (ou squattérisation), plus particulièrement, ont tendance à grossir beaucoup plus vite que le reste de la ville. Ils peuvent atteindre d’énormes proportions — devenant des villes en elles-mêmes. Ces agglomérations " non municipalisées " sont parfois techniquement situées dans les limites territoriales d’une région métropolitaine mais échappent aux capacités de service ou de taxation du gouvernement local (34).

Parallèlement à l’accroissement de la population, des changements surviennent dans les dimensions physiques des villes à mesure qu’elles s’étalent sur des territoires de plus en plus vastes. Appelées parfois " régions métropolitaines étendues " ou " régions urbaines fonctionnelles ", elles contiennent des centres urbains plus petits — et même des poches rurales — à l’extérieur du noyau urbain, dont les populations et les activités font clairement partie du fonctionnement de la cité (35).

Ce phénomène d’étalement urbain s’est particulièrement manifesté aux États-Unis. Le centre-ville traditionnel s’est fait remplacer par des régions urbaines comme la Silicon Valley en Californie, où les entreprises se concentrent en bordure des principales artères, transformant le paysage urbain en un " chapelet de villes " de plus d’une centaine de kilomètres. Dans le monde en développement, de nombreuses villes restent compactes du fait que les infrastructures et la main-d’oeuvre sont toujours concentrées dans le noyau urbain et que les systèmes de transport et de communication sont moins développés (36). Pourtant, des villes comme São Paulo, Mexico, Jakarta et Bombay connaissent toutes une décentralisation croissante. Même si l’expansion résulte dans une certaine mesure d’un exode des couches aisées vers la banlieue, on peut quand même l’attribuer en bonne partie à la volonté des groupes à faibles revenus d’échapper à l’explosion des prix fonciers que connaissent les noyaux urbains. La vitesse de cette décentralisation et sa configuration géographique varient énormément d’une ville à l’autre (37).

L’étalement urbain n’est cependant pas lié de façon absolue à une croissance démographique rapide, même si cela peut sembler ainsi en Amérique du Nord. Alors que Bangkok (Thaïlande), Manille (Philippines) et Jakarta se sont étalés à la manière des villes nord-américaines, Shanghai (Chine) et Séoul (République de Corée) demeurent beaucoup plus compacts. Les densités d’occupation dans certaines parties de Shanghai et de Calcutta (Inde) vont de 800 à 1 000 habitants à l’hectare, et elles varient à Bangkok et à Séoul entre 300 et 400, par comparaison à 70, ou même moins, dans la plupart des villes d’Amérique du Nord (38). La morphologie urbaine (voir Chapitre 3, " Impacts urbains sur les ressources naturelles ") détermine massivement les conséquences sur le milieu ambiant.