Universidad del Valle/ Cinara, Instituto de Investigación y Desarrollo en Agua Potable, Saneamiento Básico y Conservación del Recurso Hídrico EMCALI, Empresas municipales de Calí

 

SYNTHÈSE RÉGIONALE

Analyse comparative de trois études de cas sur les établissements humains informels en Amérique latine

 

 

Rapport pour HEC, Habitat and Environmental Committee

Santiago de Cali, juin 1998

 

Élaboré par : Ines Restrepo-Tarquino

Ramón Duque-Muñoz

Mariela García-Vargas

 

 

 

 

 

El gran poema lo fabrican todos

Los que pescan y barren,

Los que cuentan

Que se acabó el maíz en sus hogares

Y los que nunca cuentan nada

Y silenciosamente

Se quitan la camisa y los zapatos

Para dormir o trabajar

En medio del calor y del verano

Carlos Castro Saavedra

Tomado de "La canción de la gente"

 

 

 

 

 

TABLE DES MATIERES

 

1. Resumé

2. SYNTHÈSE ANALYTIQUE

2.1 Le contexte

2.2 Les politiques publiques

2.3 Les acteurs

2.4 L’action

2.5 La Technologie

2.6 Le financement

2.7 Durabilité des solutions

2.8 Acquis

3. conclusions

4. RECOMMANDATIONS

5. RÉFÉRENCES

 

 

1. Resumé

 

Ce document contient la synthèse analytique de trois études de cas :

· L'approvisionnement en eau pour des zones de peuplement dans la zone nord de Lima-Callao au Pérou, réalisé par le Centre de recherche et Projets Urbains et Régionaux (CIPUR) en 1993.

· Habitat, cycle de l’eau et environnement : l’exemple du Parque Havaí à Eusebio (commune de l’aire métropolitaine de Fortaleza, capitale de l’État de Ceará, au Brésil), réalisé par CEARAH Periferia, entre 1992 et 1997.

· Les projets d’Apprentissage en Équipe : assainissement pour la ville informelle à Altos de Menga (Cali – Colombie), menés à bien par Univalle/Cinara et EMCALI, Entreprises Municipales de Cali, entre 1994 et 1997.

L’objectif de la première expérience était d’améliorer les conditions d’approvisionnement en eau de six organisations des districts de Ventanilla et Puente Piedra de Lima (Pérou). La deuxième expérience cherchait à stimuler les dynamiques d’urbanisation à travers le travail en collaboration entre le gouvernement local et les résidents de la zone périphérique de Fortaleza (Brésil). Enfin, la troisième expérience avait pour but, d’améliorer les conditions d'assainissement à Altos de Menga, un établissement humain d’une zone urbaine défavorisée de Cali (Colombie), par le biais du travail en collaboration entre les institutions locales et la communauté, avec un Institut Universitaire de Recherche en tant que "facilitateur" du processus. Les acteurs engagés et leurs rôles furent les suivants :

1- La communauté qui a participé dans tous les cas de figure. Cette participation s'est manifestée lors du processus de sélection de la technologie : dans le cas du Pérou, en discutant les plans réalisés par l'ONG CIPUR et en contribuant à sa modification; dans le cas de la Colombie, la communauté a realisé les premiers plans de la technologie qui furent repris par les techniciens des institutions. Dans tous les cas, la communauté a participé à la construction en fournissant main d’oeuvre et matériaux, mais en plus, au Pérou et en Colombie elle a réalisé la supervision des travaux effectués par d’autres agents. Qui plus est, dans le cas Colombien, la communauté a évalué le projet. Dans tous les cas la communauté participe à l’opération et l’entretien.

2- Les Gouvernements locaux ont également participé à toutes les expériences dont il est ici question, à travers différentes institutions. Dans le cas péruvien, cette participation a été faible, en se concentrant principalement au soutien des affaires pratiques concernant l’exécution des travaux. Dans le cas colombien, l’Institution pourvoyeuse de services publics de la ville a activement participé durant tout le processus. Dans le cas du Brésil, la mise en place de l’urbanisation, objet du projet, faisait partie d’un programme gouvernemental.

3- Les ONGs: Aussi bien au Pérou qu'au Brésil, deux ONG ont facilité le processus : CIPUR et CEARAH Periferia. De plus, au Pérou et en Colombie d'autres ONG, MISEREOR et Plan International, ont soutenu les habitants en matière de financement des infrastructures.

4- En Colombie, un Institut Universitaire de Recherche et Développement : Cinara de l’Université del Valle a participé en tant que "facilitateur".

Des technologies alternatives ont été utilisées : au Pérou comme au Brésil ont été construits des bassins publics en vue de l'approvisionnement en eau. Au Brésil et en Colombie, des réseaux d’égouts non conventionnels ont été utilisés : à Parque Havai il y a un réseau d’égouts avec des séparateurs de déchets solides par groupe de population, un filtre anaérobique et la chloration comme traitement. En Colombie, le Réseau d’égouts Simplifié (RAS) se décharge dans le réseau d’égouts urbain. En Colombie, on a également opté pour le drainage d’eau de pluie.

Les projets ont atteint les résultats que l'on attendait : au Pérou des bassins public offrant leurs services à 7800 personnes ont été construits; au Brésil une urbanisation pour 150 familles a été construite et en Colombie, le système de réseau d’égouts non conventionnel a couvert 143 familles.

Le principal problème fut la résistance initiale de la part de la population aux technologies alternatives. En Colombie, on a également pu observer la résistance de la part des institutions. Dans tous les cas, il y a eu des difficultés quant à l'accomplissement des engagements de la part des gouvernements locaux. Au Pérou, il y a eu des problèmes d'ordre politique en relation avec les promesses électorales faites par les candidats en campagne à la population. L’impact le plus significatif est le renforcement de la capacité de gestion des organisations communautaires de base. En outre, dans les cas du Brésil et de la Colombie a été rendu possible un travail coordonné entre les organisations et la population en général avec les institutions de l’État, lesquelles pensaient jusqu'alors que cela était impossible. Dans la mesure où toutes les expériences avaient pour prinicipal objectif l’amélioration de l'assainissement ainsi que des conditions d’approvisionnement en eau – et dans le cas brésilien, l’amélioration de l’habitat en général – on peut également espérer que les projets aient eu un impact en matière de santé, particulièrement sur la population infantile. Il y a aussi un impact positif sur l’environnement, surtout dans les cas de la Colombie et du Brésil, puisque les conditions de disposition des excréments et des eaux usées se sont améliorées.

La principale leçon tirée de ces expériences est que les communautés ainsi que les institutions peuvent travailler ensemble avec le soutien de quelqu’un qui facilite les processus de dialogue et de concertation. Chaque acteur du développement peut assumer son rôle avec responsabilité, sans aller vers les autres acteurs. D’autre part les solutions technologiques ne constituent pas le point de départ des projets, mais plutôt l’organisation et les processus pour atteindre des solutions.

2. SYNTHÈSE ANALYTIQUE

2.1 Le contexte

Les expériences présentées dans les cas d’étude concernant L'Amérique Latine concernent toutes la problématique de la ville informelle, formée d'établissements humains qui ont comme principales caractéristiques l’illégalité et la pauvreté (voir Tableau 1). Ces établissements se situent généralement dans des endroits précaires, avec des problèmes en matière de dotation des services de base comme l'eau potable et l'assainissement. Toutefois, les organisations communautaires de ces établissements constituent en général leur grande force.

Tableau 1 La zone urbaine moins favorisée en trois villes de l’Amérique latine, 1998

Ville (Pays)

Districts

Population totale

Population

Lima – Callao

(Pérou)

Ancon, Ventanilla et Puente Piedra

7 500 000

350 000

Fortaleza (Brésil)

Favelas

2 200 000

576 570

Cali (Colombie)

Ville informelle en pente

Ville informelle en zone plate

2 000 000

67 150

214 385

 

2.2 Les politiques publiques

Les politiques actuelles par rapport à ces zones urbaines moins favorisées sont plus tolérantes que celles d'il y a 20 ans ou plus. Dans certains pays, on soutient même les initiatives d’amélioration des habitats (Hardoy et Satterthwaite, 1989) comme l'illustre les expériences des études de cas suivantes. Les gouvernements locaux ont appuyé les projets, au Brésil le gouvernement régional a également apporté sa participation. Dans le cas brésilien, le projet d’urbanisation s'inscrivait dans un programme gouvernemental consistant à reloger 150 familles issues des zones marginales, dans d’autres communes de l’aire metropolitaine de la capitale de l’État de Ceará. Ce programme intégral avait pour objectif de donner un habitat digne aux habitants des zones marginales.

Dans les cas colombien et péruvien, les principales limitations à l’application de politiques visant à améliorer les conditions de vie de la population de la ville informelle ont été : les difficultés liées à la légalisation des établissements humains et en ce qui concerne l'utilisation de technologies appropriées, l'adéquation de ces dernières avec le milieu.

 

 

 

2.3 Les acteurs

Dans tous les cas, le principal acteur a été la communauté. Au sein de cette dernière, il existait déjà des organisations communautaires qui furent le point de contact avec les autres acteurs du projet. Dans le cas du Pérou, les organisations plus importantes sont celles du logement. Au Brésil, l'organisation "Association Moradores de Eusebio" qui commença le projet, fût remplacée par l'association "Ville Nouvelle", au moment où toutes les familles bénéficiaires du projet vivaient au sein de l'urbanisation. En Colombie il y avait un vaste panel d'organisations, depuis celles que l’État promouvait jusqu’aux organisations citoyennes. Le Tableau 2 présente la population bénéficiaire des projets.

Tableau 2 Population couverte par les projets

Projet

Districts ou installations

Population

Pérou

Ancon et Puente Piedra

7800 habitants

Brésil

Eusebio

150 familles

Colombie

Altos de Menga

143 familles

 

Dans le cas du Pérou et Colombie, il est clair que la communauté a participé à toutes les phases du cycle du projet. Au Brésil elle a activement participé à la phase de construction. Le projet colombien a bien souligné le fait qu'il a renforcé le rôle de la femme et sa participation dans la prise de décisions (Cadre 1). Á Altos de Menga (Cali), de nouveaux leaders ont surgi, en particulier parmi les femmes. Les femmes ont pris part au contrôle communautaire ainsi qu'à l’étape de la construction. Elles ont cependant eu des difficultés avec les maçons qui ne pensaient pas qu’une femme pouvait contrôler cette étape du projet.

Cadre 1 La participation de la femme s’est fortifiée

 

Une leader de la communauté, lors de l’étape de construction, a souligné: "avant on ne parlait pas d’excavations, de fondations, de tuyauterie, bon enfin, tout cela c’est nouveau pour nous, mais nous l'avons appris et bien que de nouveaux problèmes aient surgi, nous avons pu les solutionner"

Altos de Menga

 

Dans les cas du Brésil et de la Colombie, le deuxième acteur plus important a été le gouvernement local, représenté par la "prefeitura" (municipalité) dans l’aire métropolitaine de Fortaleza et par EMCALI, entité chargée de la prestation du service d’aqueduc et du réseau d’égouts, dans le cas colombien.

Au Pérou, le gouvernement local a eu un rôle faible bien qu’il ait soutenu le projet. Dans le cas brésilien, étant donné que le projet s'inscrivait dans un programme gouvernemental, le soutien et la participation des institutions locales a été clair. À Altos de Menga, en Colombie il est évident qu’un des principaux objectifs du projet était de promouvoir le travail en collaboration entre la communauté et les institutions locales chargées d’apporter leur soutien à ce type d'établissements humains.

Àu Pérou, l’ONG CIPUR a eu un rôle remarquable. Ainsi, "la principale relation fût établie entre CIPUR et l’organisation du quartier". Dans les autres cas CEARAH Periferia et Cinara ont un rôle, principalement en facilitant les processus. Par ailleurs diverses ONG ont apporté leur soutien financier : MISEREOR d’Allemagne, dans le cas péruvien et Plan International des USA, en Colombie.

2.4 L’action

Les activités développées, en permettant la participation de la communauté, ont offert des résultats, au-delà d’une simple solution technologiques à certains problèmes. Toutes les expériences font référence à l'importance de l’appropriation réussie grâce à une participation active. Les cas Péruvien et Colombien rendent compte de manière spéciale de la participation dans la prise de décisions. À Altos de Menga (Cali – Colombie) des formations ont été données à la communauté en matière de leadership, d'hygiène et de santé, ainsi qu'en matière d'aspects organisationnels et opérationnels, d’entretien et maintien des technologies choisies. Les différentes expériences dont il est ici question ont utilisé diverses stratégies, principalement orientées à renforcer la capacité de gestion et d’organisation de la communauté et à augmenter le travail en collaboration entre les institutions locales et les organisations communautaires de base.

Toutes les expériences sont parties d’organisations communautaires existantes qui avaient un rôle d'intermédiaires avec le reste de la population. Grâce à ce soutien apporté par les intermédiaires, la population a pu négocier avec d’autres institutions afin d'obtenir des ressources pour les infrastructures. En général, dans les zones défavorisées, les organisations communautaires ont une grande capacité pour s’organiser autour de problèmes spécifiques comme le logement, l’approvisionnement en eau et l’assainissement (Cadre 2).

De nouvelles organisations se sont également constituées quand le projet en a eu besoin. A Parque Havai par exemple, a surgi l’organisation "Ville Nouvelle" lorsque toutes les familles ont déménagé dans leurs nouveaux logements. À Altos de Menga se sont créés des comités de soutien au projet, par secteurs et groupes communautaires pour le contrôle des constructions.

Cadre 2 Le travail communautaire

 

Ici, il y a des comités de citoyens qui ont réellement travaillé pour faire que le quartier aille de l'avant. La communauté a mis la main à l'oeuvre, de différentes façons : par des travaux d’aqueduc, en construisant une l’école, par les travaux dont le quartier a eu besoin

 

Une des préoccupation de ceux qui facilitent fût l’organisation quant à l’opération et à l’entretien et, dans le cas brésilien et colombien, la relation entre l'organisation et les institutions locales, puisque l'on considère que la communauté a besoin du soutien des institutions afin de résoudre les problèmes qui sont hors de leur portée. Ceci constitue un des facteurs clés de la durabilité des projets.

2.5 La Technologie

Chaque expérience souligne l'importance du processus plus que la technologie. Dans les trois expériences, des technologies non conventionnelles ont été utilisées. Dans le cas de la Colombie, la communauté a participé au choix et au dessin de la technologie. Dans le cas péruvien, CIPUR a réalisé les dessins et ceux-ci ont été finalisés par la communauté.

La technologie choisie a pris en compte les conditions de l’environnement et les caractéristiques de la communauté. Comme on peut l'observer sur le Tableau 3, au Pérou et au Brésil dans la zone des établissements, la ressource hydrique est insuffisante, c’est pourquoi l'option des bassins publics comme solution technologique pour l’approvisionnement en eau a été choisie, en tenant compte du concept d'échelonnement" ou développement progressif des services. En ce qui concerne la gestion des eaux usées, dans le cas de la Colombie, la technologie RAS, Redes de Alcantarillado Simplificado a été selectionnée. Le concept du réseau d’égouts passant par de petites communautés, développé au Brésil, a également été appliqué à l’expérience de Parque Havai.

Tableau 3 Options technologiques

Cas

Approvisionnement en eau

Assainissement

Pérou

Bassins publics

Sans information

Brésil

Bassins publics

Réseau d’égouts qui passe par des petites communautés

Colombie

Aqueduc (existant)

Réseau d’égouts RAS

 

Toutes les expériences montrent bien qu'il est possible et nécessaire que la technologie soit en harmonie avec le contexte social et que ces expériences ont besoin d’organisations locales variées. Dans la mesure où elle impliquait la création d’un nouvel établissement humain, l’expérience brésilienne a intégralement pris en compte les conditions d’habitat et de création d’emplois pour les familles. Toutes les expériences ont eu des conséquences en termes d'amélioration et de protection de l’environnement et à Altos de Menga, des solutions technologiques pour résoudre le problème de drainage de l'eau de pluie ont été envisagées.

L’opération et l’entretien ont été assumés par la communauté et dans le cas brésilien et colombien il y a eu des accords entre la communauté et les institutions précisant les responsabilités précises de chacun. Par exemple, dans le cas brésilien, pour couvrir les coûts d’entretien, l’association communautaire apporte la main d’oeuvre et honore les petites dépenses et la Prefeitura (municipalité) finance le chlore, le nettoyage de décanteurs du système de traitement des eaux usées et les dépenses majeures (CEARAH Periferia).

2.6 Le financement

Les projets ont eu diverses sources de financement. Dans les cas colombien et brésilien, la principale ressource a été les gouvernements locaux à travers ses institutions. Dans le cas péruvien, les ressources de base ont été données par MISEREOR d’Allemagne. En tous cas, différentes technologies, se distinguant des technologies conventionnelles, moins chères, ont été utilisées. D'un point de vue financier, les communautés ont apporté leur temps, auquel on n'accorde que très peu de valeur dans les projets, matériaux et main d’oeuvre non qualifiée.

Dans les projets de réplication de CIPUR, le financement a été de : 50% pour MISEREOR et 50% pour la population. Ces 50% sont issus d’un crédit accordé par CIPUR à la population sur des ressources qui provenaient d’un fond rotatoire. Le but est que les projets soient totalement financés par la communauté. Le coût moyen est de US$ 18 par personne pour la solution technologique adoptée.

Dans le cas brésilien, les ressources ont été apportées par les gouvernements locaux et régionaux, la population et la coopération technique internationale. Les familles doivent payer une participation pendant 5 ans; c'est seulement après ce délai qu'elles obtiendront les titres de propriété du logement.

Dans le cas colombien, le processus a été financé par EMCALI, l’entreprise de services publics. L’infrastructure a reçu le financement à travers un crédit fait à la population par le programme AOISPEN de EMCALI, l'ONG Plan International a fait un don aux familles les plus pauvres et aux familles qui auraient des solutions individuelles, et la population a apporté matériaux et main d’oeuvre non qualifiée. Un grave problème pour obtenir des ressources de la part des institutions a été que le réseau d’égouts non conventionnels dépassait les territoires des familles et que les institutions pouvaient seulement investir sur des territoires publics. Pour attribuer le crédit, EMCALI a demandé un engagement écrit entre l’entreprise et la famille en ce que concerne l'opération et l'entretien du réseau d’égouts ainsi qu'une autorisation de passage par le territoire (servitude).

 

 

2.7 Durabilité des solutions

La durabilité n’est pas un point d’arrivée, c’est quelque chose que l’on construit tous les jours. La durabilité des projets se construit dès l’étape de planification. La Figure 1(non disponible) montre la conceptualisation de la durabilité, que propose Cinara, dans laquelle interviennent trois dimensions: l'environnement, la communauté - les institutions locales et la science - la technologie (Duc et al, 1996).

Les expériences du Pérou et de la Colombie montrent que la communauté a participé au choix et la planification de la technologie, elle a été vigilante lors de la construction et s’est organisée pour l'opération et l’entretien. C’est lors de cette dernière étape que la durabilité est mise à l'épreuve car l’ensemble de la population considère que le problème est réglé et qu'il ne reste qu’une organisation chargée de veiller au bon fonctionnement des choix technologiques. Les organisations qui présentent les expériences considèrent que les solutions sont durables. L’accompagnement à la communauté est toutefois nécessaire. Ainsi, on ne considère pas que la communauté soit l'unique responsable.

Dans le cas du Brésil, on a pu observer la réinstallation des familles, ainsi que l’augmentation du chômage et la diminution du travail agricole parmi la population. Même s’il convient d’approfondir la recherche concernant les causes d'une telle situation, ces points peuvent affecter la durabilité du projet. À Altos de Menga (Colombie), la communauté a émis des doutes vis-à-vis du soutien institutionnel fourni par l’entreprise de services, une fois que Cinara se serait retirée, en tant que "facilitateur" du processus.

 

 

 

2.8 Acquis

Le principal acquis concerne le rapprochement société civile – État. Les deux parties ont pris leurs responsabilités afin d'atteindre les solutions qu'elles s'étaient fixées. Les conflits n’ont jamais été résolus par la force. Ces derniers ont toujours été résolus à travers le dialogue.

Les projets participatifs contribuent à renforcer les liens de solidarité parmi la population. Dans les établissements humains informels, la population est très hétérogène, étant données ses différentes origines, moeurs et culture. En renforçant ces liens, on facilite les solutions quant aux problèmes collectifs.

Comme le souligne le CIPUR, les projets ont un effet communicatif, : "le projet a généré un intérêt dans les établissements voisins, qui ont engagé des démarches auprès des gouvernements locaux, afin de mettre en place des projets similaires". La méthodologie de travail a été plus importante que la technologie.

Un des points à souligner concerne la surcharge de travail des habitants de ces zones lorsque les projets sont participatifs car, outre leur temps de travail régulier (généralement important), ils doivent assister aux réunions et ateliers en plus de l’aide qu’ils doivent apporter à la construction. A ce titre, il est nécessaire que les projets soient flexibles et en harmonie avec le rythme des différents acteurs. Pour les institutions de l’État cela n'est pas toujours évident.

Les interventions d’amélioration progressive des conditions de vie ont des difficultés à être acceptées par la population, dans la mesure où elles sont considérées de seconde catégorie en comparaison à celles qu’offre la ville formelle. Les institutions et les professionnels se sont chargés de lui conférer cette catégorie. Ainsi, la compréhension des solutions et la clarté concernant ce que l'on entend par l’amélioration progressive des conditions de vie, sont essentielles pour le succès du projet.

La réplicabilité des méthodologies et des technologies employées dans les projets dépend de l'institutionnalisation de ces dernières; c’est-à-dire de l’appropriation par les institutions. Les lieux où se développent les projets ont un effet d’exemple pour les localités voisines, qui cherchent ensuite les institutions qui y ont participé afin de développer des projets similaires. Dans le cas du Brésil, a été créé le Conseil de l’Intégration composé par, à peu près, 15 membres qui représentent les "prefeituras" (municipalités), les organisations communautaires et les universités. Le conseil a pour objet la socialisation et la négociation du programme, mais il constitue aussi un "espace pour la prise de décisions et un instrument précieux d’apprentissage de la démocratie" (CEARAH Peiferia).

Les processus intéractifs favorisent la capacité de gestion des communautés et des institutions. À cet égard, les stratégies de communication sont essentielles. Dans ce contexte, les aspects les plus importants sont les mécanismes de prise de décisions et de règlement de conflits.

Les projets participatifs sont très mobilisateurs et ils permettent de créer de nouvelles connaissances ainsi que de développer des innovations tant sur le plan technologique que méthodologique. À cet égard, la participation des universités comme l’École technique au Brésil et l’Université del Valle / Cinara en Colombie a vraiment été importante.

L’entité chargée d'être l'intermédiaire, créé les conditions pour la mise en marche des processus innovants car, normalement, elle possède le temps, la capacité et l’espace pour penser à de nouvelles alternatives. Ceci arrive rarement au sein des institutions de l’État qui ont comme fonction principale la pratique. Dans les cas du Brésil et de la Colombie, il y a eu échange de connaissances entre les ONGs participant au projet.

 

 

3. conclusions

 

Même si les expériences trouvent des solutions aux problèmes spécifiques des petites communautés moins favorisées, leur rôle d'exemple ainsi que leur contribution à l'élaboration d’une méthode sont importants. Sur ce point, la participation des institutions et des gouvernements locaux ,qui en Amérique latine, orientent les politiques et les ressources des pays, a une grande influence. Il est important de souligner que toutes les expériences dont il est ici question, ont cherché à faire participer ces acteurs. Ces derniers considèrent les expériences précieuses et ont cherché à les reproduire. Dans le cas du Pérou, il est fait particulièrement allusion à l'institutionnalisation de l’expérience, qui constitue une avancée fondamentale dans le processus de transfert.

Dans tous les projets on trouve des réussites et des limites. Reconnaître les limites, en parler, essayer de les dépasser de façon collective et en tirer des leçons d’elles constituent un des points des clés des projets durables. De même, il est nécessaire d’identifier les réussites et de les renforcer. Les canaux de communication jouent ici un rôle primordial ainsi que la divulgation des consensus, des problèmes et de tous les événements liés au projet.

On peut observer une tendance au changement dans le règlement des conflits : les gouvernements locaux reconnaissent l’importance de la participation communautaire pour obtenir des solutions durables et les communautés acceptent la participations des institutions à leurs projets. La concertation et le dialogue entre les acteurs ont été vitaux pour le succès des projets, c’est ainsi que dans les cas du Brésil et de la Colombie, CEARAH Periferia et Cinara de Universidad del Valle sont devenus les "facilitateurs" du dialogue.

L’autonomie est un autre des concepts importants dans les processus de transfert. Communauté, institutions et faciliteurs, chacun, à son tour, joue un rôle particulier; chacun ayant une manière de régler les conflits et un intérêt particulier à participer au projet. Cela ne veut pas nécessairement dire pour autant une meilleure ou moindre qualité de l'apport. L’autonomie se développe dans la mesure où l’on permet à l’autre de participer en partageant son apport et dans la mesure où chacun peut décider et peut compter sur le respect du groupe lors de la prise de décisions.

Lier la communauté pendant le projet à la prise de décisions constitue une clé de l’appropriation. Néanmoins, le soutien des institutions est nécessaire pour atteindre la durabilité des projets. D'après Abbott (1996), le point critique se présente après avoir fini le projet, quand tous considèrent que le problème a été solutionné. La motivation à participer qui était née du conflit – avoir un besoin vital non satisfait – diminue et les projets se poursuivent seulement s’il y a une organisation avec des responsabilités clairement définies soutenue par les usagers du projet. L'appui quotidien des institutions, principalement en matière de formation pour l’opération et l’entretien, aide à maintenir la mémoire collective en empêchant que l'intérêt vis-à-vis du système diminue. Le rôle des établissements éducatifs est également essentiel, dans la mesure où ils peuvent inculquer aux jeunes générations le sentiment d’appartenance et de protection des systèmes d’eau et d’assainissement.

Les organisations communautaires existantes ont constitué le point de départ des projets, ce que n’a pas empêché l'implication de nouvelles organisations en fonction des besoins. Dans les zones marginales, malgré l'hétérogénéité de la population, la capacité d’organisation est élevée car les problèmes liés à des besoins de base unissent la population.

Quand les organisations de la communauté ont acquis de l'assurance quant au rôle qu'elles ont à jouer dans le cadre du projet, elles deviennent un instrument efficace pour mener à bien les actions. Ce sont elles qui réalisent les démarches en vue d'obtenir des fonds et qui se posent en médiatrices lors de conflits au sein de la communauté. Elles sont également les plus indiquées pour assumer la prise de décisions lors de situations telles que l'embauche de personnel pour la construction, la "vigilance" communautaire, la gestion des ressources matérielles et les responsabilités lors de l’opération et pour entretenir le système.

Les projets de développement doivent travailler avec les leaders locaux, tout en procurant former de nouveaux représentant de la communauté L’expérience de Altos de Menga a montré que la problématique de l’eau et de l'assainissement constitue un bon moyen pour que la femme devienne leader du processus, en renforçant son auto estime et sa capacité à apporter sa part au travail communautaire.

Les expériences renforcent les espaces de participation, dans la mesure où elles "rendent possible le contrôle social et démocratique du processus" (CIPUR). En Colombie cette participation a une base juridique et promeut aussi le contrôle social. La participation communautaire au sein des projets de développement contribue à la construction de la démocratie dans chaque pays.

 

4. RECOMMANDATIONS

 

Il est possible de mener à terme des projets d’eau et d'assainissement dont la technologie constitue le résultat du processus. Un esprit ouvert pour respecter les développements technologiques locaux est requis, afin d'incorporer ces développements avec la communauté à l’analyse d'alternatives. Les choix technologiques non conventionnels sont variés et tous impliquent une relation étroite entre institutions et communauté. La plus grande attention doit être centrée sur les composants opérationnels des technologies, généralement responsables du succès ou de l’échec d'un projet.

Le processus de sélection de la technologie est fondamental pour atteindre la durabilité des solutions. Pour améliorer le processus, les différentes expériences apportent diverses illustrations des possibilités et limitations des options proposées. Les indicateurs de poursuite et d’évaluation autant pour la communauté que pour les institutions doivent être clairs du départ du projet.

Le travail coordonné entre la communauté et les institutions est enrichissant pour les deux parties. Entretenir une relation de respect avec les communautés constitue une des conditions pour que le travail soit possible. Il est important de compter sur la participation des différents groupes communautaires et de renforcer les leaderships, en particulier parmi les femmes. Lors des différents expériences, les communautés ont montré leurs énormes capacités à prendre des décisions et administrer les ressources de façon efficace et responsable. Lorsque les communautés sentent l’engagement et l’honnêteté des fonctionnaires, toutes les difficultés peuvent être réglées. Une atmosphère d’apprentissage et de transparence peut mettre fin à la peur du travail en collaboration qu'ont les institutions aussi bien que la communauté.

Dans les projets d’habitat et dotation de services la femme joue un rôle principal dans la mesure où c’est elle qui est chargée du foyer et de la famille. Sa participation à la planification des solutions est fondamentale pour atteindre de solutions durables. Les solutions doivent répondre aux besoins de la femme qui est la responsable de l’administration de l’eau et de l’assainissement. C’est pourquoi les activités doivent faciliter, promouvoir et renforcer leur participation.

Il est nécessaire de considérer dans l’analyse du problème, l’étroite relation qu’établissent les communautés avec leur environnement. Le microbassin pourvoyant de l’eau constitue un point de rencontre des intérêts des différents groupes de la communauté et des institutions. C’est pourquoi c'est un excellente point de départ pour inclure les aspects de protection de l’environnement dans les projets d’eau et d’assainissement.

De même, il convient de promouvoir l'institutionnalisation de méthodologies participatives. En ce sens, la production de matériel didactique pour tous les niveaux scolaires y contribue. Ce matériel doit présenter les concepts de base de méthodologie, ceux concernant les processus, les activités et techniques qui sont développés tout le long du projet. Le travail des ONGs et celui des centres de recherche contribuent à la diffusion de cette connaissance.

Finalement, la durabilité se construit dès la début du projet, ce n’est pas un des résultats. C'est le but qu'ont aussi bien les communautés que les institutions. Il est donc nécessaire de disposer d'indicateurs précis permettant de detecter à l’avance les signaux de danger pour le projet afin de prendre les mesures préventives necessaires.

 

5. RÉFÉRENCES

ABBOTT, John, (1996), Sharing the city, Earthscan Publication Ltd, UK.

DUQUE, Ramón; RESTREPO, Ines et GALVIS, Gerardo. (1996) Concept de durabilité. Rapport à la Conférence International sur lé amélioration de la qualité de l’eau, Cali Colombie.

HARDOY, Jorge E. et SATTERTHWAITE, David, (1989), Squater Citizen: Life in the urban Third World, Earthscan, UK.