III. Mécanismes et modes de participation
La participation des communautés dans la gestion des déchets solides ne devrait pas être analysé dans les différentes approches communautaires comme une "valeur en soi", un critère de conduite que des personnes et des groupes doivent respecter sans envisager les principes moraux et les préoccupations économiques, sociales et environnementales qui la fondent, ou qui l'auraient décrété moralement recevable dans les communautés.
En ce sens, "les comportements de participation ou de retrait reflètent des stratégies, des calculs, des expectatives ou des pronostics". Chaque intervenant agit en fonction des intérêts qu'il poursuit, des opportunités qu'il a de les saisir. En ce sens, la participation (et son contraire) ne serait jamais désintéressé et pourrait toujours être un comportement rationnel, même si elle ne donne pas lieu à un raisonnement explicite et formalisé.
Lorsque des individus et des groupes décident de participer dans les quartiers de Djicoroni-Para, de la Gueule Tapée et du secteur 15 de Ouagadougou, c'est surtout sur la base d'une estimation de ce qui est susceptible de leur apporter les dynamiques de changements proposées. Ne pas participer est également un acte qui peut exprimer une estimation de ce qui est susceptible d'apporter aux populations les différentes situations environnementales envisagées.
Ainsi, l'analyse des stratégies des populations aux actions de développement communautaire dans le domaine de la gestion des déchets solides devrait prendre en compte la perception des coûts du service des associations de base et les capacités financières des habitants à subvenir et à assurer ces coûts. Ce qui pose donc toute la problématique liant la pauvreté et la participation communautaire surtout dans les cas de Djicoroni-Para et du secteur 15 de Ouagadougou où les populations doivent s'acquitter de la taxe d'enlèvement des ordures envers les associations.
3.1 Description des modes et des tentatives d'interactions
entre communautés et organisations communautaires de
base
3.1.1 Le cas du GIE Faso Kanu
Le mode d'interaction entre la population de Djicoroni-Para et le GIE de Faso Kanu s'établit à travers trois (3) activités que sont les opérations de collecte d'ordures ménagères et de déchets hospitaliers, le recouvrement de la taxe de ramassage des ordures et les activités de sensibilisation, d'information et d'éducation civique.
La collecte porte sur les 1025 concessions sur les 3225 recensées soit 30,32 % et s'effectue par un système des charrettes attelées. Les charretiers passent devant les concessions abonnées et vident les poubelles remplies d'ordures qui sont déposées aux deux (2) dépôts de transit choisis avec la municipalité de concert avec les habitants. Cinq (5) balayeuses ont en charge la salubrité du marché et exécutent leurs tâches de 18h à 20h soit deux (2) heures de travail par jour. En 1994, les activités de compostage ont fait l'objet d'un test dans la communauté avant d'être abandonnées du fait des résistances manifestées par la population-cible.
La taxe de ramassage par concession a été fixée par le gouvernorat du district de Bamako. Elle aurait été intériorisée par la communauté au terme d'une campagne de sensibilisation.
Les activités d'information, de sensibilisation et d'éducation civique ont pour but d'impliquer davantage les populations dans les activités du GIE et se proposent d'inciter la mobilisation sociale autour de la problématique de l'assainissement et de la salubrité. Des journées de propreté sont organisées et le comité de sages mis en place à l'effet du GIE Faso Kanu organise des concours de salubrité entre les différentes concessions de la communauté.
Les réseaux de dissémination des informations entre le GIE Faso Kanu et les populations de Djicoroni-Para sont les causeries, les meetings d'information, les membres du GIE chargées de la sensibilisation et les charretiers qui informent et distribuent les avis de réunions et sensibilisent les ménagères en plus de leurs tâches de collecte des ordures ménagères du quartier.
Le suivi communautaire des activités du GIE est assuré par :
- le comité de sages ou comité civique ;
- l'assemblée générale du GIE ;
- la coordination des comités des 7 secteurs comprenant le chef de quartier et 7 conseillers ;
- le comité de gestion du marché
- la brigade d'hygiène du district.
Le GIE convoque des réunions avec les populations pour discuter des problèmes du quartier. Les membres du bureau du GIE rencontrent à la faveur des opportunités les membres du comité de sages et discutent avec eux des problèmes liés à la collecte des ordures.
3.1.2 Le cas du GIE "Les Linguères" de la Gueule Tapée
Le mode d'interaction entre le GIE les Linguères et les habitants de la Gueule Tapée s'établit à travers quatre (4) activités que sont le balayage, la collecte des ordures ménagères, la surveillance des coffres et la sensibilisation.
Dans le volet balayage, les femmes balaient les trottoirs, désensablent les routes et les ruelles et regroupent tous les déchets dans des brouettes. Elles assurent le transport des déchets des lieux de balayage aux bacs à ordures sur des distances qui varient de 15 m à 1 km.
La collecte des ordures ménagères s'effectue avec les camions de la société privée concessionnaire de la zone. Les camions empruntent un circuit préalablement défini de concert avec le chef de quartier, la SDV et la CUD. Quatre (4) membres du GIE ramassent les poubelles par le système de porte à porte et deux (2) restent debout sur le camion pour les vider.
La surveillance des coffres est faite par les personnes affectées dans les activités de balayage qui sont toutes des femmes. Elles nettoient les abords immédiats des coffres et veillent à ce que les habitants ne déversent pas les ordures à la périphérie immédiate de celles-ci.
La sensibilisation consiste à visiter les ménages et à exposer aux habitants des comportements visant la sauvegarde de l'environnement et les mécanismes facilitant l'exécution des activités du GIE. Huit (8) femmes sont affectées aux activités de sensibilisation et prennent quatre (4) directions différentes du quartier par groupe de deux (2) personnes. Les femmes du GIE ne sont pas formées aux techniques de sensibilisation. Elles mènent cette activité de façon informelle. Elle est faite de causeries sur les thèmes mettant en évidence sur les risques sanitaires des déchets solides dans la communauté et sur les comportements appropriés visant à faciliter les activités du GIE.
Le GIE compte 10 femmes et 5 hommes. Les femmes sont affectées dans les activités de collecte, de balayage, de sensibilisation et de surveillance des coffres. On ne retrouve les hommes que dans les activités de collecte.
Les réseaux de dissémination des informations entre les communautés et le GIE les Linguères ne sont pas formalisés sur le plan local à cause de la nature du contrat de sous-traitance qui lie le GIE à la société privée concessionnaire. Cette informalisation s'expliquerait en grande partie par le fait que la communauté ne s'acquitte d'aucune redevance envers le GIE qui est payé par l'AGETIP. Seule une infime partie de la population s'acquitte de la taxe sur les ordures ménagères (TEOM). Cette taxe qui est adjointe à la taxe foncière est perçue par le Ministère des Finances pour le compte de la CUD. La taxe foncière dans laquelle est adjointe la TEOM est perçue par les services des Impôts et Domaines du Ministère de l'Economie, des Finances et du Plan. A la fin de chaque année, le Ministère rétribue la TEOM à la CUD. Le recouvrement de la taxe reste toujours faible. La CUD est entrain de mettre en place une stratégie pour mettre en contribution les GIE de quartier dans le recouvrement de la TEOM. Les activités de sensibilisation et de soutien au GIE apportés par certains responsables d'association et l'intervention des institutions traditionnelles et les notables, tente de rapprocher davantage le GIE à la communauté.
Seulement, il est apparu l'inexistence d'un cadre de concertation locale dans le domaine de la gestion des déchets solides. Mieux, il n'y a pas une articulation fonctionnelle entre l'approche communautaire de gestion des déchets solides municipaux et les dynamiques locales. Les associations du site interviennent dans la gestion des déchets solides en marge des activités du GIE. Les institutions politiques traditionnelles interviennent de façon incidentielle et informelle dans la stratégie municipale de gestion des déchets de la municipalité dans le quartier de la Gueule Tapée.
Les activités du GIE ne sont contrôlées par aucune structure de gestion locale mis en place par la communauté mais sont suivies par :
- les agents de la CUD ;
- les maîtres d'oeuvre de l'AGETIP ;
- un pointeur de la SVD ;
- la présidente et la secrétaire générale qui sont en même temps travailleuses du GIE et pointées au même titre que les autres travailleurs.
3.1.3 Le cas de l'association Bao Manegré
Le mode d'intervention entre les habitants du secteur 15 de Ouagadougou et l'association Bao Manegré s'établit à travers deux (2) activités essentielles qui sont : la collecte des ordures dans les ménages et le volet animation et collecte des redevances du GIE.
Les charretiers interviennent dans des zones qu'ils ont eux-mêmes définies après que le CREPA leur ait appris comment lire un plan cadastral. Le travail de collecte se fait de porte à porte au niveau des concessions abonnées. Les charretiers assurent la collecte des ordures ménagères deux (2) fois par semaine pour chaque concession.
Les activités d'animation consistent en une discussion avec les ménages, particulièrement les femmes et leur laisse entrevoir le lien qui existe entre les maladies liées à l'eau et l'assainissement à travers la technique de sensibilisation dénommée Self Esteem, Associative Strenght, Resources Fulness, Action Planing, Responsability (SARAR). Le SARAR est une technique communicative de sensibilisation dans les domaines de l'eau, de l'hygiène et de l'assainissement et comporte des méthodes créatives, analytiques, d'investigation, de planification et d'information. L'adoption de cette méthodologie par Bao Manegré vient du programme du renforcement de ses capacités organisationnelles apportées par le CREPA. La collecte des redevances se fait à partir du 30 du mois jusqu'au 15 du mois suivant.
Les réseaux de dissémination des informations entre Bao Manegré et les habitants du secteur 15 sont les séances d'élaboration des outils et techniques du SARAR, les activités d'animation. Il n'a pas été mis une structure de gestion au niveau local destinée à assurer une gestion participative des activités par le GIE et les bénéficiaires des prestations. Comme dans le cas de la Gueule Tapée, les notables et les autorités coutumières n'interviennenet dans la mise en oeuvre des activités que de façon ponctuelle et informelle.
3.2 Modes et fondements de la participation des habitants et
des groupes
3.2.1 Les coûts de la participation
3.2.1.1. Les coûts financiers
La participation financière en termes de contribution symbolique en espèces prône une volonté des populations de consacrer une partie de leurs maigres ressources à l'aménagement et à l'amélioration du cadre de vie. Elle peut être considérée comme une expression de la valeur que les habitants attachent aux services rendus et à leur volonté de vivre dans un milieu écologiquement sain et environnementalement durable.
3.2.1.2. Les coûts sociaux
La participation des habitants en termes de coût social dans le domaine de la gestion des déchets solides est fondée sur la morale ambiante, les relations humaines, les vecteurs de régulation sociale comme la religion, les affinités parentales, le voisinage etc. L'influence exercée par les leaders d'opinion et les notables, les capacités de mobilisation sociale des organisations communautaires de base, le sentiment d'appartenance commune à une même localité sont autant d'indicateurs qui peuvent influer sur la participation des habitants aux dynamiques locales dans le domaine de la gestion des déchets solides.
La prééminence spirituelle et morale que les anciens en Afrique exercent généralement sur les habitants ne doit pas être sous-estimée dans l'analyse des coûts de la mobilisation sociale même si par ailleurs on assiste aujourd'hui à un effritement progressif des valeurs à cause de la "mondialisation".
3.2.1.3. Les coûts sanitaires
La cherté des soins sanitaires dans les contextes de pauvreté et d'ajustement structurel poussent parfois les habitants à s'impliquer activement dans les initiatives communautaires de gestion des déchets solides. Les opérations de sensibilisation mettent souvent l'accent sur les risques sanitaires des déchets dans la communauté. Les populations prennent de plus en plus conscience des maladies liées aux déchets solides (toux, diarrhées, leishmaniose cutano-muqueuse, dermatoses, paludisme, etc.). La maladies la plus fréquente est le leishmaniose cutano-muqueuse qui entraîne des plaies. Elle est fréquente chez les adolescents qui convertissent les dépôts d'ordres en lieux de divertissement. Elle se manifeste par des dysenteries chez les adultes et les enfants et par une émission de crachats rectaux. Ainsi, les risques sanitaires liés aux ordures sont énormes.
3.2.1.4. Les coûts physiques
Il est certain que la participation des populations à la gestion des déchets solides procure des coûts physiques dans les cas étudiés notamment pour les femmes qui traditionnellement assurent la collecte et le port des déchets aux points de collecte et aux lieux d'évacuation. Il est même apparu que la dégradation des systèmes de collecte se répercute sur la lourdeur des tâches et que les nouveaux systèmes impliquant les GIE et les associations participent à l'allégement des tâches féminines domestiques.
3.2.1.5. Les coûts moraux et environnementaux
Les coûts moraux de la participation des populations aux activités de gestion des déchets solides sont fondés parce qu'on pourrait appeler abusivement peut être "l'obligation contractuelle" de l'individu ou des groupes par rapport à la communauté prise globalement. Cette obligation contractuelle est soutenue par tout le dispositif de principes moraux à caractère permissif et répressif. Le sentiment d'être rattaché à une localité et à la morale qui dynamise la cohésion des groupes et des familles peut conduire à s'impliquer dans les dynamique locales de gestion des déchets solides de peur de s'offrir en déviant ou en marginal.
Les populations sont aussi motivées à participer par le souci d'un maintien d'un cadre de vie sain à l'intérieur et à l'extérieur des concessions. Le maintien de l'équilibre des écosystèmes urbains se place assurément comme un élément motivateur important dans l'engagement des populations et des groupes dans les cas de Djicoroni-Para, de la Gueule Tapée et du secteur 15 de Ouagadougou.
3.2.2 Modes directs de participation des habitants et des groupes
Les modes directs de participation sont surtout constatés dans les expériences de Djicoroni-Para et du secteur 15 de Ouagadougou.
A Djicoroni-Para, les habitants s'acquittent de la taxe de ramassage des ordures par concession qui est de 750 FCFA par mois (1,5 $US). La taxe du nettoiement du marché est de 5 FCFA par place assise et par jour. La recette journalière du GIE Faso Kanu sur les prestations effectuées au marché varie entre 3500 FCFA (7 $US) et 5000 FCFA (10 $US).
Dans le secteur 15 de la municipalité de Ouagadougou, les habitants s'acquittent de 500 FCFA par mois (1$US) pour bénéficier des prestations de l'association Bao Manegré. En juillet 1995, l'association a enregistré 515 abonnés.
Une infime minorité de la population de la Gueule Tapée paie directement au Ministère des Finances la taxe d'enlèvement des ordures ménagères qui est fonction de la surface foncière de la propriété bâtie. Cette taxe est destinée à la CUD qui a la charge de collecter, d'évacuer et d'éliminer les ordures ménagères.
Dans le mode de participation directe, les habitants assurent financièrement l'aménagement de leurs cadres de vie. Comme nous l'avons vu dans les pages précédentes, leur engagement est fondé sur des préoccupations de vie saine et durable. Dans cette perspective, la participation des habitants de Djicoroni-Para et du secteur 15 en termes de coût, relève à la fois de l'Economique et du Moral.
3.2.3 Modes indirects de participation des habitants et des
groupes
Le mode indirect de participation des populations à la gestion des déchets solides apparaît dans toutes les expériences étudiées et il est le fait de la mobilisation sociale des populations autour des initiatives communautaires dans la gestion des déchets solides de manière bénévole.
L'appui moral apporté par les leaders d'opinion et les groupes communautaires aux activités de gestion des déchets solides des organisations à l'échelle des quartiers est assurément une façon pour des personnes et des groupes de s'engager dans la gestion communautaire des déchets solides. Par exemple, l'influence exercée par le comité civique de Djicoroni-Para, par l'imam et le chef de quartier de la Gueule Tapée et par les notables du secteur 15 sur les bénéficiaires des prestations des associations en termes de pression morale, facilite la bonne mise en oeuvre des différentes activités et vise à conférer une légitimité sociale aux actions des organisations de base.
L'organisation de Set-Setal par les partis politiques, les associations sportives et culturelles (ASC) et les autres entités associatives impliquant matériellement et humainement le GIE les Linguères dans le quartier de la Gueule Tapée, donne à voir une participation indirecte des populations à la gestion locale des déchets solides. Le GIE met son matériel et son expertise au service des associations et des partis politiques qui organisent des Set-Setal et leur prodige conseils et assistance. Ainsi, l'exécution des activités de Set-Setal n'est pas envisagée par les personnes et les groupes comme une contribution communautaire aux actions municipales, mais une façon indirecte de participer à l'amélioration du cadre de vie de leur propre quartier.
Le GIE Faso Kanu s'implique dans les journées de propreté organisées par le comité civique a côté de personnes individuelles non affiliées et des autres entités associatives. Les membres du comité exercent une pression morale sur les auteurs des pratiques déviants en matière d'hygiène et sur les chefs de concessions qui ne s'acquittent pas de la taxe envers le GIE.
Les différentes tentatives de résoudre les conflits opposant les associations de base exécutant les activités de gestion de déchets dans les quartiers et les habitants dénotent de l'engagement indirect de personnes et de groupes dans la mise en oeuvre des approches communautaires de gestion des déchets solides.
Par exemple si dans la Gueule Tapée, l'imam, les leaders d'opinion et certaines personnes individuelles interviennent pour la résolution des conflits opposant les habitants et les membres du GIE dans l'exercice de leurs activités, le comité de sages de Djicoroni Para exerce une influence considérable pour amener les ménages réticents à respecter les délais de paiement. Les notables du 15 de Ouagadougou interviennent de façon timide dans la résolution des conflits opposant les charretiers et les autres membres de l'exécution BAO MANEGRE et les habitants.
3.2.4 La participation des habitants et des groupes aux processus
de décision
Le quartier est divisé en sept (7) secteurs. Au niveau de chaque secteur, il y a un comité de 6 à 7 membres. Le responsable du comité de secteur est très souvent un conseiller du chef de village. La coordination des différents comités des secteurs comprend le chef de quartier et 7 conseillers. Elle est dirigée par un président.
Ainsi à Djicoroni Para, il y a une dynamique interactive entre le GIE Faso Kanu et les habitants à travers les espaces de concertation et de résolution des conflits que sont les réunions, les comités de secteurs et les meetings d'information. Les réunions ont lieu dans les concessions chaque samedi et dimanche et sont animées par les responsables du GIE et les membres des comités de secteur. Les décisions ayant trait à la gestion locale des déchets solides y sont discutées et adoptées.
Le GIE et les comités de sages organisent de grands meetings d'information sur l'assainissement où en plus des discussions portant sur les décisions, le GIE reçoit le Feed-back des populations. Après l'adoption d'une décision, le comité des sages sert de courroie de transmission de l'information entre le GIE et les habitants du quartier. Ces meetings exercent des influences positives sur le service du GIE et sur les comportements des habitants du quartier en matière d'hygiène.
Dans le quartier de la Gueule Tapée, le processus de décision n'est pas du ressort du GIE "Les Linguères" qui est simplement prestataire de services. Toutes les décisions influant sur la mise en oeuvre des activités proviennent de la municipalité en concertation avec la CAMCUD et la société privée concessionnaire de la zone. Seulement, les responsables du GIE sont parfois obligés de passer par certains leaders locaux notamment l'imam et le chef de quartier pour assurer l'acceptabilité sociale de ces décisions (circuit du camion, points de collecte, placement des coffres, etc.). Certains responsables d'associations n'ont pas manqué de reprocher aux responsables du GIE de ne pas les consulter suffisamment dans le cadre de leurs activités lors de la restitution de l'étude aux populations.
Un leader a pu dire par exemple "comment on peut sensibiliser les habitants d'un quartier sans passer par les assocations de base ?". Mieux, il est reproché aussi aux membres du GIE "les linguères" de n'avoir pas contacter toutes les associations du site à l'entame de leurs activités.
En définitive, les habitants de la Gueule Tapée subissent la politique communautaire des déchets mis en place par la CUD et l'AGETIP. On comprend dès lors, les fréquents conflits dans les activités de ramassage et d'évacuation des déchets qui déteignent les relations entre les populations bénéficiaires et les nombres de GIE.
Dans le secteur 15 de Ouagadougou, il y a certes une concertation entre Bao Manegré et la municipalité, le CREPA et les notables du quartier, mais il n'existe pas un cadre de concertation entre les habitants et l'association. Comme dans le cas de Dakar, les habitants ne sont pas réellement impliqués dans les processus de décision qui influent positivement ou négativement sur les activités de gestion des déchets à l'échelle du quartier.
Il est essentiel de souligner dans les trois (3) cas étudiés la place et le rôle des femmes dans la définition des décisions et leur mise en oeuvre en amont et en aval.
En amont, la forte présence des femmes dans les activités des associations à Djicoroni-Para, à la Gueule Tapée et au secteur 15 de Ouagadougou donne à ces dernières une place importante dans la planification des actions issues des décisions.
En aval, les ménagères qui sont traditionnellement responsables de l'hygiène domestique et de la précollecte primaire des déchets à l'intérieur des concessions confèrent de par leur position, l'acceptabilité sociale de certaines décisions ayant trait aux normes définies pour la collecte et pour l'évacuation des ordures compte non tenu de certaines relations de pouvoir hommes/femmes de mise dans les sociétés négro-africaines (tri des ordures, poubelles débordantes, engouement à l'arrivée du camion de collecte, etc.).
En définitive, dans tous les trois (3) cas étudiés, il apparaît que les organisations communautaires de base n'ont aucune capacité de négociation avec les appareils municipaux dans les stratégies et les options institutionnelles de gestion des déchets solides et subissent les systèmes de nettoiement.
3.3. Analyse des conflits et des pratiques déviantes
Il apparaît plusieurs conflits qui exercent une influence négative dans l'efficience et la durabilité des approches communautaires.
Dans le cas de Djicoroni-Para, les commerçants s'entêtent toujours à ne pas respecter la tranche horaire du balayage des places assises qui est fixé de 18h à 20h. Certains habitants du quartier ont du mal à assurer le paiement régulier de la taxe. Les membres du comité de sages informés, sensibilisent et demandent aux clients de s'acquitter des arriérés. Dans le cas des familles très pauvres, le paiement se fait par tranches. Les cas de suspension de services sont rares à cause de la solidarité dont on a peut-être sous-estimé l'ampleur dans l'Afrique moderne. Les espaces de résolution des conflits sont le comité civique, le comité de gestion du marché.
Dans le secteur 15 de Ouagadougou, les conflits entre les populations et Bao Manegré ont découlé des mauvaises prestations des charretiers et ont été aggravé par les dynamiques conflictuelles à l'intérieur de l'association. Une seconde intervention du CREPA entraînera une révision d'objectifs et une implication plus active des femmes dans le processus de mise en oeuvre des activités et la mise en place d'outils et de mécanismes de travail efficaces.
Les Linguères de la Gueule Tapée sont confrontés à la tendance des habitants à imposer le balayage de la devanture de leurs concessions qui n'est pas de leur ressort, à la nonchalance des ménagères à amener les ordures à temps à l'arrivée des camions de la SDV, au défaut d'entretien des poubelles où sont mélangés en même temps les déchets liquides et solides, etc... Les espaces de résolution des conflits sont informels. Les responsables du GIE s'appuient sur le chef de quartier, l'imam sur des personnes individuelles influentes ou contactent la police en cas de conflit grave.
Il ressort aussi que, les conflits entre les communautés bénéficiaires et les organisations communautaires de base proviennent en grande partie de la perception diffuse des habitants des nouvelles attributions des organisations dans la gestion des déchets solides face au désengagement de l'Etat et aux nouvelles politiques municipales.
3.4 Contraintes à la participation des populations et des
groupes
Les contraintes relevées dans les différentes expériences d'approche communautaire des déchets solides sont :
- la pauvreté ou plus clairement les "situations de pauvreté" de personnes et de groupes qui n'ont pas la capacité financière de s'acquitter des taxes d'enlèvement des ordures ;
- le niveau peu élevé de conscience environnementale c'est-à-dire le défaut d'appréhender les correspondances entre facteurs d'insalubrité publique et la Santé au sens large du terme. D'où la pertinence de renforcer les capacités de techniques communicatives des associations en matière de sensibilisation (MARP, SARAR et Focus Group par exemple) ;
- une compréhension diffuse des nouvelles politiques municipales en matière de déchets, notamment la privatisation du secteur des ordures encouragée par les bailleurs de fonds et les organismes internationaux ;
- les contraintes matérielles et technologiques des associations de base et des appareils municipaux ;
- la désarticulation entre les approches communautaires des municipalités (politiques municipales) et les dynamiques locales de gestion des déchets solides à l'échelle des quartiers.
L'implication des organisations communautaires de base dans la gestion des déchets solides a entraîné des dynamiques de changements évidents dans les communautés de Djicoroni-Para, de la Gueule Tapée et du secteur 15 dans les municipalités de Bamako, de Dakar et de Ouagadougou, en dépit des limites qui sont rattachées aux conditions-cadres et aux stratégies d'intervention.
Mais les différentes approches communautaires de gestion des déchets solides adoptés par les municipalités de Bamako, de Dakar et de Ouagadougou pêchent par le manque de coordination intersectorielle entre les différents acteurs et l'absence d'une communication participative entre les appareils municipaux et les groupes communautaires de base.
Ainsi, il urge de trouver des réponses institutionnelles et politiques pour renforcer les capacités des organisations communautaires de base en termes "d'empowement" et leurs capacités de négociation et pour articuler les dynamiques locales de gestion des déchets solides à l'échelle des quartiers avec les stratégies de gestion municipale des déchets.
BIBLIOGRAPHIE
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