Environnement et développement urbain : beaucoup d’intérêt mais des engagements financiers encore insuffisants au regard des besoins

 

      1. Un financement encore insuffisant des activités d’environnement et de développement urbain...
      2. Suivant l'évolution en cours qui indique que la majorité des personnes du Tiers monde résidera en milieu urbain d'ici à la fin du siècle, les ONG du Sud ont progressivement déplacé le centre de gravité de leurs activités vers le champ urbain.

        Curieusement, et alors que l'action en milieu urbain mobilise de plus en plus d'énergie et est en voie de constituer un volume d'activités de plus en plus conséquent pour les ONG du Sud, on constate une réticence des bailleurs à s’engager résolument dans le financement d’activités de développement et d’environnement urbain. Seuls 6% en moyenne des budgets de coopération étaient ainsi consacrés au développement urbain en 1995, la majorité de l'aide au développement étant toujours destinée au monde rural.

        Il existe cependant des variations importantes entre des pays tels la Norvège et la Suisse où le volet urbain absorbe environ 4 % du budget de la coopération et l'Espagne où cette ligne budgétaire est en constante progression du fait des priorités thématiques et géographiques (Amérique Latine urbanisée à plus de 75% et Maghreb en proie à une pression démographique urbaine spectaculaire et caractérisé par un fort pourcentage de citadins de moins de 25 ans).

        Le faible engagement des organismes d'aide vis-à-vis de l'appui au développement urbain doit cependant être relativisé en raison de la difficulté à obtenir des statistiques fiables des activités en milieu urbain de la part des institutions de coopération. Non par négligence de la part de ces dernières, mais simplement en raison du fait que la majorité des organismes ne classifient pas leurs projets selon le critère urbain/rural, ce qui explique souvent la méconnaissance par l'organisme de son degré exact d'implication en milieu urbain. L'habitude n'est pas encore prise d'intégrer cet élément dans un ensemble de critères chargés de construire une architecture de coopération facilement identifiable dans ses points essentiels.

      3. ... malgré un intérêt croissant pour la problématique urbaine
      4. Si le champ urbain semble avoir été délaissé durant plusieurs décennies, il semble qu'aujourd'hui cette réalité tende à s'estomper au profit d'un intérêt accru, au sein des organisations publiques ou privées de coopération, pour les activités en direction des zones urbaines, considérées à présent par certains comme un espace incontournable. Une nouvelle lecture du monde contemporain est en cours d'achèvement donnant lieu à la définition de nouvelles priorités à mettre en œuvre.

        Au sein des agences les plus avancées dans le soutien au secteur urbain, on note une augmentation régulière des budgets alloués à ce champ d’action ainsi que la conduite de multiples études liées à la problématique urbaine. La mise en place d'unités spécialisées au sein des organismes d'aide est également un signe révélateur d’une volonté réelle d’intervention dans le domaine urbain.

        Il semblerait cependant que la majorité des organismes de coopération ont préféré retarder leur investissement dans l'espace urbain, non pour fuir une réalité perçue à juste titre comme complexe, mais pour prendre le temps de réfléchir et d'adapter leurs outils traditionnels de coopération à un champ dont le traitement demande circonspection et innovation. Planifiée sur plusieurs années, cette démarche ne cherche pas à contourner un phénomène jugé essentiel, mais essaie au contraire de répondre à ce nouveau défi. Pour cela des consultations avec des partenaires du Sud sont mises en œuvre afin de maîtriser davantage le paysage urbain et de dégager une conduite de coopération la plus pertinente possible.

        Car l'investissement dans l'urbain des agences de coopération du Nord découle également d'une nécessité de se mettre en conformité avec les aspirations de leurs partenaires du Sud. L'attitude de ces derniers est apparemment sans équivoque. Ainsi lorsque Oxfam ou Norad consultent leurs partenaires du Sud sur les choix stratégiques à opérer dans un avenir proche, ces derniers se prononcent sans ambiguïté pour un renforcement des activités en zones urbaines.

        La majorité des décideurs souhaitent par ailleurs s’assurer que le monde rural ne pâtira pas d'une éventuelle réorientation sectorielle des flux financiers de la solidarité envers les pays du Sud. Dans ce contexte, l’analyse dominante met en relief une approche consistant à insérer les activités en milieu urbain dans un tissu de relations politiques, économiques, sociales et culturelles en liaison avec une ruralité par ailleurs massivement présente. Loin de favoriser la déconnexion des villes avec le reste du pays, les programmes de soutien en milieu urbain ainsi que ceux des zones rurales se devront de favoriser l'émergence de passerelles entre ces deux pôles complémentaires.

      5. Un contexte très défavorable...
      6. L’engagement accru attendu de la part des agences de coopération publiques et associatives s'inscrit cependant dans un contexte bien difficile dans la mesure où ces pays - ainsi que les institutions multilatérales - traversent eux-mêmes une crise économique, sociale et politique avec en arrière fond une volonté, souvent mise en pratique, de réduire les budgets de coopération.

        Cet environnement défavorable contribue à expliquer la frilosité des agences rencontrées à l'égard de la thématique urbaine dont les coûts s'ajoutent à ceux impliqués par le traitement de multiples autres questions (urgence, droits de l'Homme, environnement, ...).

      7. ... qui exige la mise en œuvre d’approches innovantes
      8. Il est illusoire, dès lors, d'espérer pouvoir mobiliser de façon décisive, de nouvelles ressources dans un environnement aussi mouvementé. Ce qui renvoie à la nécessité de parier sur la qualité et l'innovation des actions en direction des villes. L’intérêt croissant des agences de coopération et des ONG du Nord pour les questions urbaines préfigure ainsi l’apparition d’un nouveau chantier appelé à croître rapidement en terme de flux financiers mais également et surtout au plan de pratiques innovantes à mettre en œuvre.

        Les ONG du Nord et du Sud qui interviennent depuis des décennies et à une échelle locale sur des questions de développement urbain ont justement réussi à acquérir des compétences et un savoir faire propre qui pourraient utilement être mis à profit par les agences de coopération. Certains organismes l’ont semble-t-il compris qui plutôt que de financer de gigantesques projets aux résultats douteux souhaitent encourager la démultiplication d’actions concrètes ayant apporté la preuve de leur adaptation aux conditions locales et de leur appropriation réelle par les populations et les institutions en place.

        La mise en œuvre de cette nouvelle approche nécessitera cependant de nombreux changements structurels au sein des organismes d’aide et surtout l’abandon de la logique propre aux banques de développement basée sur la réalisation d’objectifs financiers à court terme. Comme le note David Satterthwaite de l'IIED " de nombreuses contraintes entravent encore le fonctionnement des agences de coopération et font en sorte que ces dernières ont toujours plus de facilités à financer de gros projets plutôt qu'une multitude d'initiatives locales ascendantes qui ont néanmoins prouvé leur capacité à améliorer les conditions de logement, d'accès à l'eau potable, aux soins de santé primaire et à l'éducation des segments les plus pauvres des villes du Sud ".

      9. Habitat II : quelles perspectives ?

La tenue de la conférence Habitat II sur les établissements humains à fait naître eaucoup d’espoirs en même temps que d’incertitudes quant à l’évolution des politiques urbaines et aux modalités de mise en œuvre du Plan d'action international (" Global Plan for Action "). Toutefois, la participation communautaire est désormais un concept clé et de nouvelles formes de coopération allant dans ce sens, comme la coopération décentralisée par exemple, sont en voie de légitimation. Un des articles du document final affirme ainsi que " Bien que les Etats, à tous les niveaux, ne disposent pas souvent de ressources juridiques, institutionnelles, financières et humaines pour apporter une réponse adéquate à l'urbanisation rapide, de nombreuses autorités locales relèvent ces défis avec ouverture, fiabilité et efficacité, et elles sont désireuses d'intégrer leurs citoyens au processus de développement durable. Il convient de permettre la création de structures qui favorisent des initiatives indépendantes et des réponses imaginatives, et d’encourager de nouveaux partenariats ".

Par ailleurs, le débat reste âpre au sein de la communauté internationale entre ceux qui estiment que les investissements liés au développement urbain doivent être financés prioritairement sur les ressources internes (l'effort de la coopération internationale devant se concentrer sur l'assistance technique à apporter aux pays du Sud pour leur permettre de mettre en place des réformes institutionnelles favorisant la mobilisation des ressources propres) et ceux pour qui, en l'état actuel de l'économie de la plupart de ces pays, il est peu réaliste de leur demander de financer sur leurs ressources propres les conséquences d’une urbanisation sans précédent.

Il semble qu’à court terme, le volume d’assistance additionnel auquel pourront prétendre les ONG des pays en développement pour contribuer à la réalisation des objectifs de Habitat II sera modeste. Cependant, la reconnaissance de leur contribution originale au développement durable des villes du sud constitue une avancée majeure en attendant une éventuelle transcription de cette reconnaissance en termes de flux financiers...