Autorités locales et développement durable à l’échelle mondiale

 

Sommaire :

Présentation

Urbanisation et communication mondiale

Emergence d’un système mondial d’interdépendance urbaine

Un système mondial de durabilité urbaine

Organismes de financement 

Institutions multilatérales

Fondations privées

Institutions multilatérales régionales

Organismes nationaux de financement

Associations de municipalités

 

Présentation

Au cours des années 1990, les villes ont été considérablement plus présentes sur la scène mondiale. Les autorités locales sont de plus en plus intégrées à une approche mondiale de la viabilité urbaine. Ce chapitre est consacré à ce nouveau système, mais aussi aux points suivants : rôle des organismes de financement nationaux et internationaux, types d’associations intermunicipales et variété des formes de coopération entre municipalités, en particulier en matière de développement durable urbain. On y trouvera des exemples non seulement de programmes multilatéraux consacrés au développement durable des villes, mais aussi de programmes de coopération internationale organisés par des autorités locales et leurs associations. Le chapitre se termine par des recommandations destinées à étendre et à améliorer le fonctionnement du système.

Habitat II, le "Sommet des Villes", a été l’occasion non seulement de reconnaître formellement cette nouvelle coopération municipale et de s’y associer, mais aussi d’accomplir de nouveaux progrès dans l’élaboration d’une approche novatrice des structures qui régissent les relations internationales.

Cet ouvrage en général et ce chapitre en particulier s’attachent à décrire le rôle des municipalités dans la réalisation d’un développement mondial durable. Cette formidable entreprise compte de nombreux autres intervenants, dont des organisations internationales, des gouvernements et des collectivités territoriales, des organisations non-gouvernementales et des structures associatives, sans compter le nombre incalculable de citoyens et d’entreprises privées soucieux des effets néfastes de l’activité humaine sur l’environnement. Si l’accent a été mis sur les initiatives à l’échelon municipal, il ne s’agit en aucun cas de minimiser les contributions considérables d’autres intervenants.

Le chapitre 1 décrivait les nombreux défis qui se posent aux villes et aux autorités locales de la planète, en termes de transformations démographiques, économiques et technologiques. Ces transformations ont en effet pour conséquence de confronter les villes du monde entier à des questions auxquelles elles ne peuvent pas répondre isolément. Ce chapitre montre comment elles peuvent résoudre les problèmes de façon plus efficace en s’intégrant dans un système mondial.

Urbanisation et communication mondiale

Il y a cent ans, l’expérience humaine était principalement de type agraire. Les êtres humains étaient pratiquement coupés du monde, leurs seuls contacts étant avec leurs voisins immédiats. A l’aube du XXIe siècle, l’expérience des hommes est toujours plus urbaine et marquée par un degré remarquable de communication avec le monde.

L’un des grands ouvrages des sociétés humaines, ancré dans le passé et pratiquement terminé au XXe siècle, a été la création d’Etats-nations. En cette fin de siècle, on assiste à une certaine diminution de l’efficacité de l’Etat-nation en tant que principe organisateur. D’une part, les effets des échanges planétaires, liés aux mouvements internationaux de technologie, de capital et de main-d’œuvre, mais aussi l’émergence d’accords supranationaux, minent la souveraineté de tous les Etats-nations à l’exception des plus puissants. D’autre part, le pouvoir des Etats-nations s’est trouvé affaibli par le renforcement d’identités territoriales plus conformes à la langue, à la culture et à la situation des établissements humains1. Dans un monde axé à la fois sur la mondialisation et sur la promotion de l’identité locale, les activités et les politiques menées par les Etats-nations peuvent parfois, comme cela a été vu dans les chapitres précédents, présenter des difficultés dans la mise en œuvre d’une approche positive en matière de développement durable des villes.

Nous sommes à l’aube d’un siècle dans lequel l’urbanisation et la communication avec le monde continueront de représenter les principales caractéristiques et interrogations de l’expérience humaine. Nous avons besoin de modèles d’organisation mondiale qui devraient avant tout refléter la nature urbaine des établissements humains, en gardant à l’esprit la remarque maintes fois répétée, selon laquelle plus de la moitié de l’humanité vivra bientôt dans des villes, et que cette tendance devrait se poursuivre pendant toute la durée de ce qui sera le premier siècle urbain.

Dans les zones urbaines, les autorités locales — métropoles, régions, conseils municipaux et leurs administrations — sont les garantes naturelles de la sphère urbaine. Comparées à celles menées par d’autres gouvernements ou des ONG, leurs activités sont davantage axées sur ce qui caractérise précisément les établissements humains : planification de l’utilisation des sols, transports, fourniture de services relatifs au logement, à l’alimentation en eau et à l’épuration des eaux usées, jardins publics et toute la gamme de services sociaux et collectifs que l’on trouve rarement en milieu rural. Pour que la nature urbaine de la population mondiale soit considérée à sa juste valeur dans les relations internationales, les autorités locales doivent s’intégrer au modèle établi d’organisation mondiale. En fait, comme l’écrivait récemment le secrétaire général de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), "les villes ne peuvent plus être traitées uniquement dans le cadre national"2.

Les nouveaux modèles d’organisation mondiale doivent également refléter l’aspect global de la communication avec le monde de l’activité humaine. Grâce aux télécommunications, les membres d’une famille peuvent rester en contact même lorsque plusieurs océans les séparent, ce qui vaut également pour les entreprises. Les voyages et le commerce hors des frontières nationales s’effectuent avec une relative aisance. Les Etats-nations, avec leurs frontières solides, leurs relations formelles et leurs prérogatives jalousement gardées, peuvent parfois représenter des obstacles à cette capacité de communication. En s’associant à l’intérieur et à l’extérieur de frontières territoriales qui ont tendance à disparaître, les autorités locales présentent un mode d’organisation plus compatible avec les capacités de communication de l’humanité.

C’est pourquoi les autorités locales en zone urbaine et leurs associations devraient occuper une position importante dans l’organisation mondiale de l’activité humaine, une activité qui sera capable de répondre avec la meilleure efficacité aux défis qui se posent à l’humanité, à l’aube du XXIe siècle.

Emergence d’un système mondial d’interdépendance urbaine

Les villes du monde commencent à s’intégrer à la structure mondiale des relations internationales, comme cela est expliqué plus loin en détail. Tout d’abord, en effet, elles se sont organisées par le biais d’associations intermunicipales nationales, régionales, internationales, culturelles et autres. Ces associations sont parvenues à élaborer des positions politiques de plus en plus perfectionnées, qui encouragent la coopération intermunicipale et incitent à la bonne gestion des affaires publiques. Par ailleurs, les principales associations internationales de villes ont collaboré sur des projets et des positions communs, et commencent à constituer un noyau d’autorités locales faisant contrepoids au réseau international d’Etats-nations, que constituent les Nations Unies et ses institutions.

Ensuite, le système mondial actuel de coopération municipale internationale se développe rapidement. Ce mouvement avait commencé il y a plusieurs décennies, principalement par le biais d’accords de jumelage et par la création de "villes jumelées", lesquels étaient encouragés alors, dans l’intérêt d’une compréhension internationale, par des organisations telles que Sister Cities International et la FMCU-VJ. Depuis, le mouvement s’est diversifié en une multitude d’accords bilatéraux et multilatéraux faisant intervenir tous les continents et englobant des objectifs aussi divers que le commerce, la culture, l’aide, l’échange technique, le développement durable de l’environnement ou la diplomatie populaire. A l’heure actuelle, les autorités locales jouent un rôle prépondérant dans les programmes de durabilité urbaine, à la fois dans leur propre collectivité et en collaboration avec d’autres villes dans le monde.

Par rapport à ceux qui sont conclus directement entre les pays, ces programmes présentent le principal avantage de se composer de nombreux projets sur le terrain, de permettre l’établissement de relations de travail étroites et personnelles entre les élus du Nord et du Sud, d’encourager l’échange et la mise en œuvre d’idées nouvelles entre des homologues qui tendent à se considérer comme des égaux. Enfin, ces programmes permettent d’obtenir un soutien des populations dans les villes du Nord pour des actions de volontariat qui sont, en raison de leur coût relativement bas, viables à long terme.

S’il est impossible d’obtenir des statistiques globales sur la portée et l’impact financier de ces programmes de coopération municipale internationale, ce chapitre décrit un grand nombre d’entre eux et donne quelques indications sur le nombre de villes concernées et sur la valeur de l’aide ainsi fournie. Pour avoir une idée de l’importance de ces programmes, Sister Cities International a dénombré, en 1994, environ 1040 villes américaines "jumelées" avec plus de 1800 autres villes dans plus de 113 pays. Il existe plus de 5000 accords de jumelage entre les collectivités locales françaises et celles d’autres pays, principalement en Europe.

Un système mondial de durabilité urbaine

Outre l’urbanisation et la communication mondiale croissantes, le XXIe siècle promet d’être caractérisé par une conscience exacerbée des questions relatives à l’environnement. Les attitudes face à la technologie sont en train d’évoluer. Les tentatives de domination et d’exploitation de l’environnement par l’homme sont remplacées par le souci de respecter les limites naturelles, aussi bien pour l’extraction des ressources que pour les produits polluants dérivés de l’activité humaine.

Le système mondial répartissant les rôles et les responsabilités en matière d’environnement est apparu de façon progressive. Des organismes tels que le Club de Rome et la Commission Brundtland ont contribué à cette prise de conscience générale selon laquelle il est nécessaire d’assurer la durabilité de l’environnement. Des accords internationaux ont été négociés, notamment celui sur les changements climatiques, qui fixent des objectifs précis à atteindre. Les Etats-nations ont été exhortés à adopter comme étant la norme, sur leur territoire national, des objectifs ayant fait l’objet d’accords internationaux. Les Nations Unies ont parrainé une série de conférences qui ont abouti à l’élargissement du consensus sur des objectifs concernant la durabilité environnementale, sociale et économique.

Comme cela a déjà été dit, en adoptant l’Agenda 21, le CNUED a traduit un grand nombre de défis mondiaux en matière de durabilité en un ensemble d’objectifs précis requérant une action au niveau local. Les documents présentés à Habitat II élargissent et précisent en même temps l’étendue des initiatives locales nécessaires à la réalisation de la durabilité urbaine.

Comment donner corps à ces objectifs fixés à l’échelle mondiale, nationale et locale? Bien souvent, les Etats-nations acceptent d’adopter certains objectifs internationaux, mais, pour une multitude de raisons — problèmes budgétaires, absence de volonté politique, changements de gouvernements, machinerie administrative inadéquate —, la mise en œuvre ne suit pas. L’absence de mise en œuvre de mesures sur la durabilité de l’environnement s’expliquait principalement par le fait que les engagements pris par les gouvernements ne garantissent pas que les collectivités locales auront la capacité d’agir de façon efficace. Lorsqu’il faut agir au niveau local, une aide internationale ciblée au niveau de l’Etat sera inadaptée, à moins d’y impliquer les autorités locales. Toute action locale requiert l’engagement des autorités locales.

Pendant les vingt dernières années au moins, à savoir bien avant la création du CNUED, les autorités locales étaient impliquées dans la coopération mondiale pour le développement durable. Toutefois, le CNUED et l’Agenda 21 ont constitué le catalyseur ayant permis d’accélérer les programmes de coopération internationale directe faisant intervenir les autorités locales, ces dernières étant les instruments de l’action. Ce changement a eu deux conséquences importantes pour les villes. Premièrement, le CNUED a suscité une plus grande sensibilisation sur le rôle potentiel des villes dans les questions d’environnement. Deuxièmement, cet organisme a mis l’accent sur le lien direct entre action environnementale et coopération internationale entre villes.

En revanche, le CNUED a omis de définir des étapes concrètes permettant la participation totale des autorités locales dans une approche internationale à la durabilité urbaine. Cela a été le défi qui s’est posé à Habitat II. Le nouveau système mondial d’interdépendance urbaine fournit le cadre de cette participation.

Organismes de financement

L’affectation de ressources pour le financement d’un travail approprié de collaboration constitue un autre aspect fondamental du cadre en faveur de la participation des autorités locales à l’approche internationale de la durabilité urbaine. Dans certains cas, les autorités locales emploient exclusivement leurs propres ressources. Dans d’autres, elles comptent, dans une certaine mesure, sur des organismes d’aide internationale, qui fonctionnent souvent par le bais d’associations nationales d’autorités locales. De plus en plus, des organismes de financement internationaux interviennent, notamment des organismes multilatéraux et, principalement, ceux de l’organisation des Nations Unies, avec le soutien de différents gouvernements, sans oublier les fondations privées.

La présente section décrit le travail de ces organisations. Tout d’abord, les organisations internationales, présentes dans le monde entier ; puis, les fondations privées à vocation similaire ; ensuite, les organismes multilatéraux desservant une région donnée ; enfin, les gouvernements dotés de véritables programmes pour le financement de la collaboration internationale entre autorités locales. Dans chaque cas, l’accent est mis sur le développement durable du point de vue environnemental, social et économique.

Institutions multilatérales

Nations Unies

Les principaux organes et les institutions spécialisées des Nations Unies ont joué un rôle prépondérant dans le financement et le soutien à la coopération décentralisée* entre municipalités. Au sein du Secrétariat des Nations Unies, ce rôle relève plutôt du soutien à la recherche et à la coordination que du financement. Le Département des Nations Unies pour les Services d'appui et de gestion pour le Développement, par le biais de sa branche affaires et administrations publiques, a organisé des activités de coopération technique pour améliorer les capacités administratives des villes des pays en voie de développement. Il a organisé des séminaires, des conférences et des ateliers sur différents aspects de la gestion municipale. Le Département des Nations Unies de la coordination des politiques et du développement durable sert de catalyseur et d’unité centralisée de coordination des politiques, chargée de surveiller la mise en œuvre de l’Agenda 21 et d'encourager les initiatives locales dans ce cadre. Le Bureau de l'ONU pour les services d'appui aux projets (UNOPS) propose des services de gestion de projet à des tarifs compétitifs, au sein de l’organisation des Nations Unies. Sa mission est de collaborer à la gestion des programmes de réhabilitation de zones sur la base de partenariats de coopération décentralisée.

Les principaux organismes et institutions de l'ONU ayant œuvré dans le domaine de la coopération décentralisée sont décrits ci-après.

Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)

D'après le PNUD lui-même, il est situé "au cœur du système des Nations Unies pour la coordination de l’activité de développement" et "œuvre pour donner la priorité aux hommes plutôt qu'à la productivité économique dans son activité de développement urbain"3. Cet organisme finance l’assistance technique urbaine principalement par le biais de ses programmes nationaux. Environ 6 % du total de ses engagements sont directement liés aux établissements humains (à savoir urbains). Dans d’autres secteurs, le PNUD apporte sa contribution dans le développement urbain, notamment par le biais de programmes sur les télécommunications, l'aménagement du territoire, les centres de soins, la planification des transports et l’exode rural.

Avant les années 1990, la contribution à l’environnement urbain se faisait indirectement, principalement, mais non exclusivement, par le biais du programme Eau et Assainissement, en collaboration avec la Banque mondiale. Le rapport stratégique de cet organisme, intitulé Cities, People, and Poverty: Urban Development Cooperation for the 1990s décrivait la relation existant entre une approche directe aux questions urbaines d'une part et, d'autre part, des approches générales aux problèmes d’environnement, au développement des ressources naturelles, à l’amélioration des capacités de gestion et à l’éradication de la pauvreté avec une participation à la base. Le rapport signalait que la principale tâche du PNUD dans l’environnement urbain était la coopération avec les gouvernements et les ONG dans les domaines suivants :

1. identification des problèmes d’environnement,
2. participation à la définition de programmes et de projets permettant de s’attaquer à ces problèmes,
3. mobilisation de l’assistance pour la mise en œuvre des programmes et des projets,
4. mise en œuvre de l’assistance technique.

L’assistance urbaine menée par le PNUD au cours de son cinquième cycle de programmes (1992-1996) a pour objectif la construction et le renforcement des capacités nationales et locales dans cinq domaines, dont l’environnement urbain et la gestion et l'administration locales.

L’amélioration de l’environnement urbain doit être réalisée comme suit :

1 amélioration des conditions de vie des pauvres,

2 amélioration du rendement énergétique, de la gestion des déchets solides et des moyens de transports alternatifs,

3 promulgation de lois sur la gestion de l’environnement,

4 intégration d’aspects environnementaux dans l’urbanisme.

Les efforts relatifs au renforcement des pouvoirs et de l’administration locaux sont centrés sur la décentralisation des responsabilités et des ressources en faveur des villes, par un renforcement de la capacité des autorités locales à planifier, financer et gérer des programmes urbains, et par une amélioration des systèmes de gestion des sols et d’information.

La plupart des projets du PNUD sont engagés en association avec d’autres organismes, qui peuvent alors financer et mettre en œuvre ces projets. En matière d’établissements humains, le principal organisme d'exécution est le CNUEH (Habitat). Parmi les autres institutions des Nations Unies œuvrant en collaboration avec le PNUD en matière de projets urbains, citons la Banque mondiale, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) et l’Organisation internationale du travail (OIT). La collaboration avec l’OMS est centrée, en partie, sur le renforcement de la coopération technique en matière de santé en environnement urbain, en particulier dans le cadre du projet Villes Santé.

Au Sommet de la Terre, qui s’est tenu à Rio en 1992, le PNUD a également lancé deux nouveaux programmes importants ayant trait à la viabilité urbaine. Le programme LIFE (Local Initiative Facility for Urban Environment) est destiné aux projets collectifs de faible envergure dans lesquels le dialogue au niveau local aboutit à des actions environnementales dans des collectivités situées dans des pays à faible revenu. Le programme Capacité 21 a été conçu pour aider les collectivités de pays en développement dans la mise en œuvre du programme des Agenda 21 locaux. Ce programme est destiné aux projets nationaux, régionaux et locaux d’action en faveur du développement durable.

Fond d'Equipement des Nations Unies

Le Fond d'Equipement des Nations Unies (FENU) est la branche du PNUD qui gère des fonds destinés au développement local, en particulier pour les pays en voie de développement les plus pauvres. Il fournit des prêts à des conditions favorables et des petites subventions aux municipalités, aux ONG et au secteur privé dans les zones urbaines.

Centre des Nations Unies pour les établissements humains (CNUEH)

Depuis sa création en 1978, suite à une résolution de l’Assemblée générale dans le sillage de la Conférence des Nations Unies sur les établissements humains (Habitat I) qui s’était tenue en 1976, le CNUEH a mis l’accent sur le rôle vital des établissements humains, en particulier les villes, dans le développement durable. Au niveau politique, l’objectif du CNUEH est de servir de "laboratoire ou de groupe de réflexion au sein du système des Nations Unies". Cet organisme considère les établissements humains comme "l’expression physique d’interactions sociales, économiques et politiques de personnes vivant dans des collectivités". Les activités du CNUEH sont centrées sur des programmes de recherche, de formation, de coopération technique et de diffusion de l’information ; ces programmes sont principalement destinés à améliorer les conditions de vie des groupes à faible revenu des pays en voie de développement et à améliorer les capacités institutionnelle et gestionnaire, particulièrement au niveau local. Le CNUEH est le secrétariat ad hoc de la conférence Habitat II et de l’ensemble du processus qui l’entoure, y compris dans la préparation du présent ouvrage ; cet organisme est également le point de convergence ou le "gestionnaire" chargé de la mise en œuvre du programme destiné aux établissements humains de l’Agenda 21.

Le CNUEH agit également comme secrétariat de l’organe de décision intergouvernemental, la Commission des Nations Unies sur les établissements humains. Enfin, il agit comme point de convergence de l’ONU pour les questions relatives aux établissements humains, y compris les questions d’urbanisme. Sa Division de la Coopération technique met en œuvre une vaste gamme de programmes et de projets d’assistance technique aux pays en voie de développement, y compris des projets financés par d’autres institutions de l’ONU, notamment par le PNUD, mais aussi par des organisations bilatérales et par d’autres institutions multilatérales. La Division Recherche et politiques publie des documents et des monographies sur les meilleures pratiques en matière d’établissements humains et est chargée de la publication des Global Reports on Human Settlements (1987 et 1996)4 , qui font autorité.

La Stratégie mondiale du logement jusqu'à l'an 2000 constitue le cadre de certains programmes CNUEH dans le secteur du logement et des services de base. Formulé par le Centre et entériné par l’Assemblée générale, la Stratégie met l’accent sur la nécessité, pour les gouvernements, de mobiliser les autorités et associations locales, les citoyens et les ONG afin de concevoir et de mettre en œuvre des politiques d’amélioration de l’environnement urbain. La Stratégie mondiale comporte également les recommandations et principes suivants :

1. réalisation d’une gestion urbaine efficace, pour le développement durable des logements ;

2. adoption de stratégies préventives afin d’éviter des problèmes d’environnement pouvant affecter directement les conditions de vie et de travail des populations urbaines et rurales.

Le travail du CNUEH repose sur l’idée selon laquelle l’assistance extérieure ne représente que 3 à 4 % des investissements consentis chaque année dans les infrastructures et le logement des zones urbaines du Sud. L’organisme a donc axé son activité sur le renforcement institutionnel et sur des stratégies destinées à mobiliser les ressources nationales pour le développement d’établissements.

Le Programme de gestion urbaine (PGU) est une activité d'assistance technique mondiale à long terme lancée en 1987 et destinée, à l’origine, à "développer et promouvoir des politiques et des outils adaptés pour la gestion foncière, les infrastructures, les finances municipales, l’élimination de la pauvreté et l’environnement urbain". Ce programme est un partenariat de la communauté internationale, le CNUEH jouant le rôle d’organisme d'exécution. Le PNUD fournit le financement de base et effectue le suivi général, la Banque mondiale est un partenaire clé dans ses activités, tandis qu’un grand nombre de bailleurs de fonds bilatéraux ou multilatéraux tels que l’OMS, mais aussi des ONG, interviennent sous d’autres formes. Au cours de ses cinq premières années d’existence, le PGU était également chargé de rapports politiques et d’études de cas visant les quatre objectifs initiaux cités ci-dessus, par ordre de priorité (à savoir, gestion foncière en premier et environnement urbain en dernier).

L’accent a ensuite été mis sur la réalisation de projets, c’est-à-dire la traduction des résultats obtenus auparavant en soutien opérationnel pour l’action politique, la planification et la programmation, mais aussi pour la réduction de la pauvreté. Jusqu'à fin 1994, le PGU avait apporté sa contribution à 56 projets urbains et ruraux en Afrique, dans les pays arabes, en Amérique latine et en Asie. A l’heure actuelle, un effort particulier est consenti au renforcement des capacités de gestion urbaine dans l’Afrique sub-saharienne.

L’une des principales activités parrainées par le PGU est la "consultation urbaine", dans laquelle les autorités nationales et locales, les instituts de recherche et de formation, les ONG, les consultants et les bailleurs de fonds travaillent ensemble pour aborder des questions urbaines identifiées par leurs gouvernements respectifs.

Très proche du PGU, le Programme des villes vivables (PVV) du CNUEH, a été lancé en 1990 pour aider les autorités municipales du monde entier à améliorer leur capacités de planification et de gestion de l’environnement. Le PVV est notamment financé par le PNUD, le PNUE, l’OMS et la Banque mondiale. Le CNUEH est également partie prenante à différents programmes financés par le PNUD, dont LIFE et Capacité 21.

Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE)

Le PNUE est la principale institution des Nations Unies consacrée aux questions d’environnement. Créé pour contribuer à la mise en œuvre des décisions de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement (Stockholm 1972), le PNUE joue aujourd’hui un rôle essentiel dans l’avancement des accords issus de la CNUED de 1992. Cet organisme soutient une vaste gamme de programmes ayant trait à la préservation, la gestion et l'utilisation durable des ressources naturelles et environnementales du monde. Un grand nombre de ses activités, notamment celles concernant la gestion des zones côtières et des ressources en eau et l'action contre la désertification, sont directement liées à la viabilité des collectivités. Le PNUE est l’un des principaux partenaires du CNUEH dans le cadre du Programme Villes vivables. Il travaille également, en collaboration avec d’autres institutions de l’ONU, sur des programmes destinés à améliorer le cadre de vie dans les établissements, sans toutefois assumer un rôle prépondérant dans la coopération municipale internationale. Dans le cadre de son activité, le PNUE a financé le présent ouvrage.

Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF)

Spécialisée dans les programmes destinés aux femmes et aux enfants, l’UNICEF travaille sur les questions urbaines depuis les années 1950. En 1971, des directives ont été adoptées qui ont étendu de façon formelle les activités de cet organisme dans le domaine urbain. Des objectifs prioritaires ont été fixés : assurer la fourniture de services de base aux habitants les plus démunis des villes et développer de la participation des populations locales. Il a fallu trouver un équilibre entre objectifs sociaux et nécessités économiques.

Dans le courant des années 1970, l’UNICEF a adopté sa stratégie des services de base urbains en faveur des enfants vivant dans des bidonvilles. Les objectifs de cette stratégie étaient :

1 la participation des populations et des associations locales à la planification et à la mise en place des projets, et leur formation afin de rendre cette participation efficace ;

2. la fourniture de services locaux simples d’un point de vue technique, à un coût modéré ;

3 le choix des agents des projets par les collectivités dans lesquelles ils seront appelés à travailler ;

4. la planification et la mise en place des services urbains adaptés aux conditions locales et reflétant les approches intersectorielles.

Les programmes urbains de l’UNICEF mettent également l’accent sur les activités des femmes et dans le domaine préscolaire, les soins préventifs, en particulier par la vaccination et la nutrition, l’eau potable et l’assainissement, et le logement, notamment le droit d’occupation. L’objectif de l’UNICEF est davantage d’aider à la mise au point de stratégies que de fournir des services directs.

Le rôle des autorités locales, des populations ainsi que des ONG fait parti des problèmes soulevés par la mise en oeuvre des services urbains de base

Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO)

L’UNESCO a conçu et réalisé de nombreux programmes de recherche pluridisciplinaires portant sur les problèmes sociaux et liés à l’environnement urbain, mais aussi sur la qualité de vie dans les zones urbaines marginalisées et les zones périphériques, par le biais du programme de Gestion des Transformations Sociales, MOST. Les deux premiers projets urbains, adoptés en 1995, comportaient la rédaction d’un glossaire multiculturel et multilingue de termes et concepts urbains, ainsi qu’une étude comparative de douze villes d’Europe, d’Amérique du Nord, d’Afrique et d’Amérique latine en matière de "viabilité sociale".

Depuis 1996, l’UNESCO met au point un programme pluridisciplinaire sur six ans, sur la gestion des changements sociaux et de l’environnement. Cette initiative regroupera les activités de MOST et du Programme sur l’Homme et la Biosphère et fera intervenir des chercheurs en sciences sociales et en écologie, qui travailleront dans différents domaines liés à la pauvreté urbaine, développeront des projets pilotes et formeront des fonctionnaires municipaux.

Organisation mondiale de la santé (OMS)

Depuis 1986, l’OMS a été le principal organisme de soutien aux programmes dans le cadre du Réseau Villes Santé. Ce réseau se compose de villes du monde entier qui mettent au point des plans d’action pour promouvoir un environnement urbain sain. La notion de villes saines repose sur l’idée selon laquelle une collectivité en bonne santé a davantage besoin d’un cadre durable dans le domaine social et de l’environnement que d’infrastructures médicales et de santé publique. L’OMS participe à la collecte et à la diffusion d’information sur la santé et le développement urbain, ainsi qu’à la coopération technique entre villes dans le domaine de la santé liée à l’environnement.

Banque mondiale

La Banque mondiale a été décrite comme étant "le principal bailleur de fonds en matière d’assistance urbaine et l’un des précurseurs, parmi les organismes de financement, quant à l’innovation dans la politique urbaine". Les prêts annuels pour les projets urbains se sont élevés à environ 1,5 milliard de dollars à la fin des années 1980. Ce chiffre devait plus que doubler au début des années 1990, lorsque 150 projets explicitement urbains devaient être financés, soit une augmentation de 5 à 9 % de l’ensemble des prêts accordés. Si l’on regroupe tous les secteurs, environ 40 % des prêts de la Banque mondiale vont directement aux populations urbaines. La Banque a également répondu à un nombre important de demandes d’assistance urbaine et à une sensibilisation croissante de son personnel, qui estime que les questions urbaines nécessitent une attention accrue5.

Dans les années 1950 et 1960, avant la formation de la Division du développement urbain (1969), les prêts étaient principalement destinés aux infrastructures, qui englobaient quelques projets urbains. Au début des années 1970, les activités urbaines de la Banque se sont portées sur des projets ponctuels, concernant principalement la lutte contre la pauvreté. Dans les années 1980, les efforts se sont orientés vers les questions économiques et la gestion à l'échelle d'une ville, en particulier pour renforcer la capacité à assurer les services urbains. Les thèmes pour les années 1990 sont consacrées à la productivité des économies urbaines, à l’emploi, à l’amélioration des infrastructures et des services, à l’inversion de la tendance à la détérioration de l’environnement urbain et à une meilleure compréhension des questions urbaines, de façon à fournir des bases analytiques saines pour une politique urbaine6.

L’effort consenti en matière d’environnement urbain repose sur l’idée selon laquelle ce sont les plus démunis qui souffrent le plus de maladies et de la pollution provenant d’une mauvais approvisionnement en eau potable, d’un manque d’assainissement et de systèmes inadéquats pour l'élimination des déchets. L’une des priorités a été d’aider les autorités locales à gérer les problèmes qu’elles rencontrent en matière de gestion des déchets solides et d’assainissement, dans un contexte de croissance rapide.

Le plus important des trois programmes municipaux de l’Institut de développement économique de la Banque mondiale est le Programme de développement municipal, bénéficiant d’un financement de 2,5 millions de dollars. Ce programme est consacré à l’Afrique sub-saharienne et fait appel aux principes de coopération décentralisée pour améliorer les capacités municipales et la fourniture de services par des échanges d’expérience, des recherches en matière de politiques, de la formation et une aide directe aux autorités locales et à leurs associations. En Amérique latine, l’Institut de développement économique parraine le programme SACDEL (Système d’appui à la formation pour le développement municipal d’Amérique latine), axé sur le renforcement des capacités municipales dans huit pays d'Amérique Latine.

La Banque mondiale et le PNUD collaborent également sur le Programme Eau et Assainissement, qui est devenu de plus en plus actif dans les zones urbaines et périurbaines, afin de répondre au défi de la Décennie internationale de l’eau potable et de l’assainissement. Par exemple, l'un des projets dans le cadre de ce programme est connu sous l'intitulé : "Renforcement des capacités dans la gestion de l'eau et des infrastructures physiques". Il est destiné à aider les autorités locales et les gouvernements à mettre au point des moyens institutionnels et réglementaires appropriés, leur permettant de gérer l’approvisionnement urbain en eau, mais aussi la conservation et la réutilisation de l’eau.

La plupart des programmes récents de financement urbain de la Banque mondiale ont évolué, la priorité n’étant plus donnée à une approche sectorielle, mais au renforcement des capacités municipales. Reconnaissant l’importance croissante des questions liées à l’environnement urbain, en particulier en matière de pollution de l’air et de l’eau, de gestion des déchets et d’assainissement ("Agenda marron"), la Banque mondiale a récemment créé la Vice-Présidence pour le développement durable, le point de convergence du travail réalisé par la Banque dans les domaines de l’environnement et du développement durable. En 1994, cette institution a prêté 1,4 milliard de dollars pour financer des solutions à des questions abordées dans l’Agenda marron et un milliard de dollars dans d’autres domaines liés à la viabilité de l’environnement.

Fondations privées

Les principales sources de financement, pour la plupart des projets de coopération internationale des municipalités, sont les institutions financières internationales, les gouvernements et les organismes d’aide. Au cours de ces dernières années, des fondations privées se sont également lancées dans des projets internationaux de coopération urbaine. Cela est notamment vrai pour les Etats-Unis et l’Allemagne, deux pays où ces organisations jouent un rôle prépondérant.

Un annuaire de fondations fournissant des subventions pour des projets d’environnement7 en répertorie 98 (la plupart américaines, certaines canadiennes) spécialisées dans l’environnement urbain. Seize autres fondations répertoriées financent des projets liés à l’environnement. Ces financements vont plutôt aux ONG qu’aux autorités locales bien que, dans de nombreux cas, les autorités locales puissent aussi en bénéficier et que, dans certains cas, elles en soient les destinataires ou les gestionnaires. La plupart des fondations financent des activités internationales, mais il s’agit rarement de leur principale activité. Certaines activités de financement de deux fondations sont décrites ci-après.

Fondation Ford

L’assistance urbaine fournie par cette fondation privée se fait dans le cadre du Urban Poverty Program, principalement destiné à la réduction de la pauvreté aux Etats-Unis. La fondation a financé un important projet de recherche de l’université de Toronto, qui doit permettre d’élaborer une stratégie destinée à améliorer la recherche urbaine dans le monde en développement. Actuellement, l’assistance urbaine internationale de la fondation est consacrée pour moitié au logement. L’autre moitié est destinée au développement communautaire, à l’emploi, au développement de micro-entreprises et aux services sociaux. Dans le cadre de son programme de recherche urbaine pour l’Afrique orientale et australe, la fondation travaille, notamment avec le CNUEH, en particulier dans des domaines tels que la réduction de la pauvreté. Enfin, la fondation a apporté une importante contribution financière à la préparation de la conférence Habitat II.

US German Marshall Fund

Le programme de cette fondation consacré à l’environnement est axé sur le soutien aux réformes menées en Europe centrale et orientale, et sur l’instauration de partenariats transatlantiques. Des fonds de démarrage ont été accordés au bureau européen d’ICLEI (voir ci-après). Le programme correspondant concerne d’une part le renforcement des liens entre les initiatives européennes et nord-américaines et des campagnes nationales relatives aux changements climatiques menées au niveau des pouvoirs publics locaux et d’autre part le développement d’ateliers de formation pour les élus et fonctionnaires locaux ainsi que d'autres acteurs.

Il y a enfin d'autres fondations intervenant dans le financement d'approches du développement durable fondées sur la coopération décentralisée : la Fondation Surdna, la Fondation Nathan Cummings, et la Fondation Soros, qui soutient le développement des collectivités et les autorités locales en Europe de l'est.

Institutions multilatérales régionales

Union européenne

L’Union européenne (UE) participe activement à la coopération décentralisée intermunicipale. Elle apporte son soutien aux projets de coopération intermunicipale en tant qu'instruments efficaces pour poursuivre l’intégration européenne, encourager les réformes en Europe centrale et orientale, et promouvoir le développement social et économique dans les pays méditerranéens non membres. Par la mise en œuvre de politiques de protection de l’environnement, l’Union européenne a également soutenu les programmes des autorités locales relatifs à un environnement durable. L’UE fonctionne souvent par le biais d’associations de municipalités, notamment le Conseil des communes et régions d’Europe (CCRE), le FMCU, Eurocités et ICLEI.

Les programmes de coopération internationale de l’UE sont principalement financés par le biais de la Commission européenne, l’organe exécutif de l’UE. Parmi ces programmes, il convient de citer PHARE, le programme d’assistance pour la reconstruction de la Pologne et de la Hongrie, dont un élément spécifique concerne la réforme de l’administration publique en Europe de l’Est, mais aussi TACIS, le programme d’assistance technique à la communauté des Etats indépendants. Ces deux programmes apportent leur soutien au renforcement des capacités au niveau local et aux accords de jumelage entre des municipalités d’Europe de l’Est et de l’Ouest, qui requièrent souvent un cofinancement de la part de autorités locales. La Commission européenne apporte son soutien non seulement aux programmes MED-URBS, qui ont établi des réseaux de gestion entre des municipalités d’Europe et du Sud de la Méditerranée, mais aussi à des projets de coopération décentralisée entre des municipalités européennes et africaines. Les programmes PACTE (concernant les autorités locales et territoriales en Europe) et OUVERTURE/ECOS comportent un volet de coopération dans une vaste gamme de domaines, entre au moins deux municipalités de l’Union européenne et une d’Europe centrale et orientale.

La Direction générale VIII (Développement) de la Commission européenne (CE) met en œuvre les programmes d’aide de l’Union européenne dans différents pays du Sud, principalement dans des régions d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. L’accent est mis sur le développement rural et les stratégies alimentaires. Récemment, l’attention s’est portée sur les questions urbaines, en particulier les relations entre les milieux urbain et rural, et l’emploi en milieu urbain.

Banque européenne d’investissement

La Banque européenne d’investissement (BEI) fait partie de l’Union européenne. Elle a apporté son soutien à de nombreux projets urbains relatifs à l’assainissement, l’approvisionnement en eau, les routes, les réseaux électriques et les télécommunications.

Banque européenne pour la reconstruction et le développement

Les projets de développement de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) concernent surtout l’Europe centrale et orientale, où ils sont principalement réalisés par le biais du secteur privé bien que les autorités locales soient de plus en plus concernées. Dans le cadre de l’un des projets en cours, plusieurs municipalités néerlandaises aident des municipalités roumaines à améliorer leurs capacité à investir dans des compagnies de gestion de l’eau.

Banque asiatique de développement

La Banque asiatique de développement (BAsD) propose des prêts et fournit une aide en Asie. Au départ, ses contributions étaient principalement destinées aux régions rurales puis, plus tard, au développement de petites villes et à l’approvisionnement en eau potable. L’absence notoire de contribution aux grandes agglomérations urbaines a pris fin en 1987, lorsque cet organisme a compris que pour prévenir de façon efficace l’exode rural, il fallait tenir compte des villes. La BAsD a alors identifié plusieurs domaines prioritaires : gestion foncière, gestion financière des autorités locales, participation de la collectivité, activités lucratives et intégration d’activités du secteur privé dans des projets urbains.

Depuis 1987, les nouveaux projets de la BAsD ont concerné l’amélioration des transports urbains et le renforcement des organismes de financement de logements, des autorités locales et d’autres institutions locales.

Bien que la BAsD n’ait pas manifesté d’intérêt explicite pour la gestion locale des questions relatives à l’environnement, il faut noter que l’essentiel de son activité en milieu urbain concerne l’eau et l’assainissement. Les activités urbaines de la BAsD sont gérées par sa Division Infrastructures.

Banque interaméricaine de développement

La Banque interaméricaine de développement (BID) se consacre, par le biais de ses prêts et de ses programmes d’aide, à l’Amérique latine et aux régions des Caraïbes, dont la croissance urbaine a été la plus rapide du Sud au cours des quatre dernières décennies. Cette banque a toujours apporté son soutien aux services d’approvisionnement en eau et d’assainissement, ainsi qu’aux projets de logement à faible coût.

Dans les années 1970, la BID a compris que ses efforts avaient entraîné l'implantation de logements dans des zones urbaines situées loin des opportunités de travail et mal desservies par les transports. Cette institution a alors reconnu qu’il fallait mettre en œuvre des projets plus intégrés, qui permettraient le développement d’un ensemble de services urbains, y compris des services sociaux. De même, l’accent a été mis sur l’assistance aux autorités locales et autres rencontrant des problèmes budgétaires et administratifs.

Les financements de la BID sont actuellement concentrés dans quatre domaines :

1. programmes de développement locaux et régionaux, de façon à promouvoir la décentralisation et la capacité des autorités locales et régionales à assurer les services ;

2. projets de développement intégrés dans les grandes villes ;

3. logement ;

4. programmes sociaux.

Ne faisant pas directement partie du programme de la BID, la gestion de l’environnement local en est plutôt un effet induit.

Banque africaine de développement

La Banque africaine de développement (BAfD) propose des prêts et une assistance en Afrique. Jusqu’à la fin des années 1980, les villes ne semblent pas avoir fait l’objet d’une priorité coordonnée, bien que plusieurs projets aient concerné le milieu urbain. Actuellement, l’objectif en matière d’urbanisme consiste à établir des normes appropriées pour les services urbains et à créer des emplois.

Organisation de coopération et de développement économiques

Si l’OCDE n’est pas un organisme de financement, par le biais de son Comité pour l’aide au développement (CAD), cette institution essaye d’augmenter le volume total des ressources mises à la disposition des pays en développement et d’améliorer leur efficacité. Le CAD donne la priorité aux pays les plus pauvres. L’accent n’a pas été particulièrement mis sur les projets urbains, malgré la tenue de plusieurs réunions consacrées à l’aide au développement urbain. Le CAD compte des représentants de 18 pays, sur les 26 qui font partie de l’OCDE.

Organismes nationaux de financement

Les dix-huit pays membres de l’OCDE représentés au CAD, mais aussi de nombreuses autres nations, sont engagés dans des programmes d’aide bilatéraux (à savoir d’un pays à l’autre), un grand nombre de ces programmes étant axés sur le milieu urbain ou sur l’environnement, voire sur ces deux domaines à la fois. Outre les organismes officiels, de nombreux ministères ou départements des gouvernements ont apporté leur soutien à des projets d’aide aux municipalités. Dans certains cas, il s’agit de ministères spécialisés, responsables de l’environnement, du transport, du logement ou de l’énergie. Parfois, ce sont des ministères à vocation plus générale, ceux chargés des affaires étrangères ou des collectivités locales notamment. Les paragraphes suivants décrivent les principaux organismes de financement de différents pays.

Japon

Le Japon est le plus grand pourvoyeur d’aide au développement. JICA, l’agence japonaise de coopération internationale, est le principal organisme qui met au point et exécute les programmes d’aide du gouvernement japonais. Jusque dans les années 1980, l’accent était mis sur le développement rural et agricole. Depuis, l’urbanisme a pris de l’importance, principalement sous forme d’aides à l’établissement de systèmes d’approvisionnement en eau et au développement des aéroports. Parmi les autres domaines de cette aide, il convient de citer l'aménagement urbain, la gestion de la protection de l’environnement, le transport urbain, l’urbanisme et le logement, et la démographie. Les projets destinés à améliorer les capacités des pays en voie de développement à régler les problèmes relatifs à l’environnement deviennent progressivement prioritaires. L’essentiel de l’aide japonaise est destinée aux pays asiatiques. JICA encourage les municipalités japonaises à établir des liens de jumelage, forme les fonctionnaires municipaux qui sont envoyés à l’étranger et gère de nombreux programmes et projets faisant intervenir les autorités locales.

Etats-Unis

USAID, l’agence américaine pour le développement international, a pour mission d’aider les pays en voie de développement à promouvoir l’ouverture des marchés et l’initiative individuelle, mais aussi à renforcer les pouvoirs publics et à construire une société ouverte et démocratique. Du point de vue historique, USAID s’est toujours davantage concentrée sur les zones rurales, bien que les questions urbaines aient été abordées dans un grand nombre d’activités. Ces questions ont notamment été au centre des activités du bureau d'USAID chargé des programmes relatifs au logement et à l’urbanisme, qui travaille essentiellement sur trois thèmes et services connexes :

1 pouvoirs locaux,

2 politiques, planification et gestion foncière et de l’environnement,

3 politiques de financement et d’investissement dans les logements et les infrastructures.

USAID encourage explicitement la coopération internationale entre municipalités par le biais d’associations municipales nationales et internationales. Récemment, en particulier dans son activité relative aux zones urbaines, USAID s’est moins préoccupée de construire des logements (une de ses anciennes priorités) que de renforcer la capacité des pouvoirs locaux à gérer les ressources de façon efficace, afin d’améliorer la fourniture de services.

Allemagne

L’agence de coopération technique allemande, la Deutsche Gesellschaft für technische Zusammenarbeit (GTZ), prépare et met en œuvre des projets de coopération technique pour le gouvernement allemand. Les priorités du GTZ en matière d’urbanisme sont la décentralisation et le renforcement des villes de taille moyenne, le renforcement du rôle des autorités locales et d’autres organismes locaux, les infrastructures urbaines et l’amélioration du logement. La fourniture des infrastructures proprement dite est davantage du ressort du Kreditanstalt für Wiederaufbau, la banque allemande de reconstruction, qui a accordé des prêts pour l’approvisionnement en eau, l’amélioration des secteurs de l’énergie et du transport, les projets de logement et le développement de villes d’importance secondaire.

France

L’aide octroyée par le gouvernement français est gérée par différents organismes, dont la branche coopération et développement du Ministère des affaires étrangères, les Ministères de la coopération et de l’environnement, la Caisse française de développement et le Fonds d’aide et de coopération. Cette aide est centrée sur les pays francophones et son action de plus en plus tournée vers les villes. Dans le contexte des villes (qui ne représentent qu’une petite partie de l’aide totale accordée), les objectifs visent principalement la mise à disposition de personnel technique, la formation, et les programmes de gestion urbaine et d'approvisionnement en eau.

Royaume-Uni

L’aide directe du gouvernement britannique est principalement destinée aux pays membres du Commonwealth et plus particulièrement aux pays du sous-continent indien et de l’Afrique sub-saharienne. L’ODA (Overseas Development Administration), le service du Ministère des affaires étrangères et du Commonwealth chargé de fournir cette aide, ne considère pas le milieu urbain comme un secteur, mais plutôt comme une entité spatiale. Les responsabilités relatives aux questions urbaines sont donc réparties entre plusieurs services sectoriels. Les principaux domaines d’intervention sont les suivants :

1. amélioration des bidonvilles, y compris par des activités lucratives et la formation ;

2. infrastructures urbaines, en particulier pour l'eau potable, le traitement des eaux usées et l'électricité ;

3. soutien institutionnel aux pouvoirs locaux.

Le Knowhow Fund, géré par le Local Government International Bureau (organisme de l'Etat chargé des relations entre les organisations internationales et les autorités locales), encourage l’établissement d’accords de jumelage faisant intervenir une autorité locale du Royaume-Uni.

Canada

Le travail de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) est resté centré sur les zones rurales, bien que les aspects urbains se développent, en particulier avec le passage d’une approche sectorielle à une approche intégrée d’aide au développement. L’ACDI ne possède pas de politique sur le développement urbain ou sur les établissements humains. En revanche, elle a pour habitude d’exiger que tous les programmes soient exécutés dans le contexte d’un développement durable et d’une bonne gestion des affaires publiques. Cette agence finance par ailleurs deux centres universitaires d’excellence spécialisés dans le développement urbain, mais aussi plusieurs programmes gérés par la Fédération canadienne des municipalités et par le Canadian Urban Institute.

Suède

La principale agence publique de distribution de l’aide est la Swedish International Development Authority (SIDA). Le principal objectif de l’aide octroyée par la Suède est d’améliorer le niveau de vie des plus démunis. Avant les années 1990, l'aide ne comportait pas un volet spécifiquement urbain, mais plutôt un soutien aux institutions des autorités locales et régionales. La nouvelle stratégie urbaine de SIDA devrait, en revanche, prendre en compte cette dimension.

Pays-Bas

La Direction générale de la coopération internationale du Ministère néerlandais des affaires étrangères est le principal organisme d’aide étrangère du Pays-Bas. Cette institution apporte son soutien à un certain nombre d’activités entreprises par des municipalités néerlandaises et par l’Association des municipalités néerlandaises, avec des homologues dans le monde en voie de développement et en Europe de l’Est.

Associations de municipalités

Les municipalités se sont organisées en associations, pratiquement depuis que les pouvoirs locaux existent. Des associations de cités, telles que la Ligue de Délos dans la Grèce antique et la Ligue hanséatique d’Europe du nord ont marqué, à leur époque, le système mondial des relations internationales. Aujourd’hui, les associations internationales d’autorités locales sont plus actives que jamais.

Il est difficile, aujourd’hui, de dresser un inventaire d’associations de municipalités nationales et internationales, car elles se sont considérablement multipliées et diversifiées au cours des dix dernières années. La décentralisation et l’internationalisation simultanées d’un grand nombre des défis auxquels nous sommes confrontés actuellement et des centres de responsabilité chargés de les résoudre a entraîné une multiplication des associations. Ces associations se mettent au service des pouvoirs publiques situés à différents niveaux : des collectivités plus ou moins grandes, des régions plus étendues, ou des villes partageant un même ensemble de caractéristiques ou problèmes, soit à l'intérieur des frontières, soit au-delà.

La multiplication des associations intermunicipales est allée de pair avec un renforcement de leur engagement dans des programmes de coopération internationale. Certaines de ces associations, telles que Medcités et Villes Santé, ont été établies essentiellement autour de programmes de coopération intermunicipale et peuvent donc être perçues autant comme des programmes que comme des associations.

Certaines associations d’autorités locales ont été plus actives que d’autres dans la promotion d’une coopération internationale intermunicipale. Un grand nombre d’entre elles se sont contentées d’agir comme sources d’information. D’autres ont limité leurs activités aux questions culturelles ou à la promotion des échanges commerciaux. Quelques unes ont mobilisé leurs membres et se sont engagé dans des programmes d’échanges variés. D'autres enfin, encore moins nombreuses, se sont largement impliquées dans des programmes d’aide axés sur la durabilité urbaine.

Certaines associations internationales d’autorités locales, principalement celles qui ont participé à l’élaboration du présent ouvrage, ont commencé à se rencontrer avant la CNUED. Elles ont cherché à adopter des positions politiques communes, à fournir un cadre pour des programmes de coopération intermunicipale et à développer des moyens permettant de mettre en commun, de façon constructive, le savoir-faire et les ressources humaines au sein des villes, avec les ressources des organismes internationaux, en faveur de la durabilité urbaine.

La suite de cette partie est consacrée aux modes d’organisation trouvés par les municipalités pour leur action au niveau international, complétée d’une description succincte de certaines associations nationales d’autorités locales et de plusieurs autres organisations participant à la coopération intermunicipale internationale8.

Associations internationales de municipalités

Dernièrement, les associations internationales d’autorités locales se sont multipliées et renforcées. Comme c’est le cas au sein des différents pays, elles présentent une grande variété de profils, depuis les organisations généralistes jusqu’à celles ayant une portée plus régionale, culturelle ou thématique. Plusieurs associations municipales internationales existent depuis très longtemps, d’autres se sont formées au cours de la dernière décennie, en réaction aux changements spectaculaires survenus dans la situation politique et économique mondiale.

L’Union internationale des villes et des pouvoirs locaux (IULA), fondée en 1913, et la Fédération mondiale des cités unies et villes jumelées (FMCU), fondée en 1957, sont les principales associations internationales généralistes. Chacune d’entre elles est présente sur tous les continents, entreprend une vaste gamme d’activités et est reconnue à la fois par les organisations internationales et par les gouvernements.

L’IULA, qui a son siège à La Haye, est l’association qui ressemble le plus à une fédération mondiale de pouvoirs locaux. Ses membres sont principalement des associations nationales de municipalités issues d’environ 90 pays. Elle agit comme porte-parole des pouvoirs locaux face aux instances internationales, encourage les échanges d’informations entre municipalités du monde, conduit des programmes de recherche et de formation, et participe au renforcement d’associations municipales internationales et aux programmes de coopération intermunicipale internationale. La Plate-forme pour le renforcement des capacités institutionnelles est une initiative récente, dans laquelle l’IULA et ses organisations affiliées fournissent un service technique destiné à stimuler et à faciliter les projets de coopération décentralisée. La conférence de 1995 de l’IULA était consacrée au thème de la coopération intermunicipale internationale. Cette association incite ses antennes régionales et ses instances nationales à entreprendre des programmes de coopération internationale.