Etude transversale sur la gestion intégrée des déchets solides à Ho Chi Minh Ville :

de la recherche-action au changement d’échelle

Bamako, juin 1998

Atelier HEC – ENDA PRECEUP

 

De 1988 à 1998, le taux de production annuel de déchets solides a oscillé entre 20 et 25%. Cette augmentation a amené les autorités de Ho Chi Minh Ville (HCMV) à concentrer leurs efforts sur la collecte et le stockage des déchets. Cependant, les déchets solides sont généralement déchargés sur des sites inaptes à les accueillir (décharges sauvages, canaux d’écoulement des eaux, rues, etc.), portant ainsi gravement atteinte à la santé et à l’environnement. C’est pourquoi ENDA Vietnam a décidé de lancer un programme de recherche-action sur le tri et le recyclage des déchets, tout en s’efforçant de stimuler la reconnaissance et l’encouragement par les autorités locales des initiatives communautaires.

La phase initiale du programme de gestion des déchets solides s’est traduite par deux recherches académiques. La première, menée par un groupe de professeurs du Département de Géographie de l’Université de HCMV en 1993, avait pour objet l’étude des activités de récupération des acheteurs de déchets, des brocanteurs et des clochards. La seconde, menée par le Département d’Etudes sur les Femmes en 1994, s’est attachée à étudier le rôle des femmes dans le recyclage informel.

Une phase expérimentale a alors été mise en œuvre, inaugurée par le projet de Binh Hung Hoa en 1994. Ce projet centré sur l’initiative communautaire, visait à améliorer les conditions de vie des populations pauvres vivant des déchets en ayant recours à des systèmes d’épargne, à l’éducation et à l’assainissement.

Parallèlement à ce projet, les deux études académiques ont fourni une base rationnelle à une recherche plus transversale portant sur les rôles spécifiques des circuits informels de récupération et de recyclage des déchets solides. Ceci a conduit les collaborateurs d’ENDA à formuler, dans leur rapport final de 1995, diverses suggestions pratiques en faveur d’une nouvelle stratégie de gestion des déchets solides.

Les résultats de cette recherche ont été diffusés grâce à un atelier coorganisé par ENDA, le Comité Environnemental de HCMV (ENCO) et les agences municipales concernées. Il s’agissait d’amener les autorités à repenser leur politique de gestion des déchets solides. Ainsi, l’atelier a attiré leur attention sur l’importance des circuits informels de récupération et de recyclage et sur la nécessité de formuler des projets-pilotes concrets dans lesquels la communauté jouerait un rôle moteur. Dans le cadre de cette initiative, une visite de terrain à Bangkok a été organisée pour les directeurs d’ENCO, le directeur de l’usine d’Etat de compostage d’Hoc Mon et un collaborateur d’ENDA : l’accent a été mis sur l’implication de la communauté, la gestion privée d’un service public, le recyclage et le compostage. Cette visite de terrain s’est avérée très fructueuse et a permis de jeter les bases de la réalisation d’un projet-pilote de tri des déchets à la source et d’éducation environnementale.

Deux sites ont alors été sélectionnés dans HCMV. Le Comité Populaire du district a été chargé de la réalisation du projet-pilote. ENCO en a assuré la coordination, le contrôle et le suivi. ENDA est intervenu en tant que conseiller technique et financier. Un an après le début du projet, 80% des populations ciblées triaient leurs déchets.

En mai 1998, un atelier a permis à tous les acteurs du projet, et non uniquement aux officiels, de s’asseoir autour d’un même table pour discuter ensemble de la pérennisation du système. A la suite de cet atelier, les procédures administratives concernant les contrats entre les collecteurs privés et les foyers devraient être facilitées, les charettes à bras seront redessinées et améliorées afin d’assurer la séparation des déchets, une station de transfert de déchets sera adaptée en prévision de l’accueil d’activités de recyclage et de compostage.

L’action d’ENDA se révèle plus efficace lorsqu’elle se fonde sur des partenariats dépassant le cadre d’un quartier pour se situer au niveau des arrondissements et de l’ensemble de la ville. Les initiatives émanant de la communauté doivent être encouragées tandis que les autorités locales doivent être plus réceptives. La formation continue de tous les acteurs, la reproduction d’expériences, les visites sur le terrain et la pratique du micro-crédit sont autant d’outils pratiques qui ont fait leurs preuves. ENDA devrait maintenant évoluer d’un rôle participatif à un rôle de conseil en matière de recherche-action.