Le cycle des déchets à Addis-Abeba
ENDA ETHIOPIE
En tant que capitale, Addis-Abeba se trouve dans une situation plus enviable que les autres villes éthiopiennes en termes d’activités économiques, de services sociaux et d’infrastructures. Cependant, le développement de ces derniers est trop lent par rapport à l’augmentation de la population, laquelle résulte à la fois de la pression démographique naturelle et de l’exode rural. En particulier, le système de gestion des déchets solides se révèle complètement inadapté et constitue le problème environnemental majeur d’Addis-Abeba. C’est pourquoi ENDA ETHIOPIE a entrepris un vaste programme de recherche-action selon quatre axes principaux.
1. La gestion des déchets ménagers
Les quartiers d’Akaki et de Zebegna Sefer ont été sélectionnés pour la collecte de données concernant la gestion des déchets ménagers. Des enquêtes y ont respectivement été menées par des jeunes de 16 à 19 ans, pour la plupart étudiants et membres du Club Croix Rouge pour l’Environnement d’Akaki, ainsi que par un groupe de jeunes femmes de Zebegna Sefer âgées de 20 à 25 ans. Les résultats de ces enquêtes sont détaillés dans la section consacrée à La gestion des déchets ménagers. Les données recueillies montrent que les pratiques de tri et de recyclage des déchets sont beaucoup plus développées chez les ménages pauvres que chez les ménages aisés car les familles à bas revenus trouvent couramment dans leurs déchets une ressource économique essentielle : la bouse de vache est par exemple utilisée pour colmater sols et murs mais est aussi séchée pour servir de combustible. Les deux groupes d’enquête ont également recueilli des récits illustrant les résultats dramatiques de la mauvaise gestion des déchets et ont organisé un débat sur la prise de conscience du problème dans leurs voisinages respectifs.
2. La collecte et le stockage des déchets par les services municipaux
La collecte des déchets par la municipalité se fait de trois manières :
En pratique, 85% des déchets sont collectés grâce au système de bennes. Cependant, bien que l’objectif de l’autorité concernée soit de les vider tous les 2 ou 3 jours, les bennes sont en réalité ramassées en moyenne toutes les 3 semaines. En outre, certains foyers sont situés à plus d’1 km de la benne la plus proche. Le système s’avérant peu pratique, les habitants ont tendance à se débarrasser de leurs déchets directement dans les égouts et les fossés. L’équipement utilisé pour collecter les déchets est lui-même inadapté car importé de pays industrialisés. Par ailleurs, tous les déchets solides collectés par la municipalité sont déversés sur un site unique, la décharge de Repi, et il s’avère difficile d’empêcher les clochards d’accéder aux déchets dangereux, en dépit des mesures de protection prises par les autorités.

Des marchands de veilles tôles et collecteurs
3. Recyclage
Comme dans la plupart des pays en voie de développement, la pratique du recyclage en Ethiopie est informelle. La collecte de déchets traitables est très organisée grâce à un réseau de revendeurs et de grossistes qui couvre l’ensemble du pays. S’y greffent des artisans qui recyclent le métal, le bois, le caoutchouc et l’argile pour fournir des biens de première nécessité à de nombreux clients à travers tout le pays. Le centre névralgique de ces activités est situé à Merkato.
ENDA a mené une enquête sur les Collecteurs de déchets qui fournissent des matériaux recyclables aux grossistes et aux vendeurs au détail : collecteurs individuels (généralement des femmes et des enfants), clochards exploitant la décharge de Repi et qorales (acheteurs itinérants de déchets).
ENDA a également demandé à deux jeunes recycleurs d’interroger les différents acteurs de leur secteur d’activité afin que ceux-ci soit mis en confiance et puissent s’exprimer librement. L’étude approfondie portant sur Le recyclage informel à Merkato est entièrement basée sur les témoignages recueillis. Elle démèle le réseau complexe d’acteurs qui prennent part au processus du recyclage, puis s’attache spécifiquement au recyclage du métal, des pneus, des déchets d’enset (ou " faux bananier ") et des poudres de charbon, ainsi qu’à la fabrication de cierges et de matelas de paille.
4. Orientation politique et législation
Un atelier portant sur la gestion des déchets solides à Addis-Abeba a été organisé en octobre 1998. Bien que la question fasse l’objet de plusieurs textes d’orientation politique et stratégique, les lois censées les appliquer restent sans effet concret. Ces lois relatives à la gestion des déchets devraient non seulement poser des obligations et des interdictions mais également mettre en œuvre d’autres mécanismes d’intervention positive : création de mesures incitatives ou d’instruments de gestion. Il convient également de noter que l’importance des Opérateurs du Secteur Informel a été officiellement reconnue par le Gouvernement, le secteur privé et les banques commerciales qui envisagent de coopérer avec eux en vue d’encourager la micro-entreprise.