Programme d'amélioration intégrale du quartier de San Jorge : en marche vers la reconstruction du capital social dans un bidonville.
Lieu d'implantation |
ARGENTINE. Buenos Aires, Quartier de San Jorge. |
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Opérateur |
IIED Amérique Latine |
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Domaine d'intervention |
Habitat, infrastrucures |
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Dates Clés |
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Budget Total |
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Principaux partenaires |
Les habitants du quartier de San Jorge (La coopérative du quartier) |
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Mots clés |
Logement |
Contexte (géographique, institutionnel, politique, socio-économique, équipements, infrastructures ) |
Entre 1930 et 1989, seuls deux gouvernements purent finir leur mandat. L'histoire politique argentine de ces dernières décennies peut se résumer par la succession de coups d'Etat militaires et de gouvernements élus, trop faibles pour proposer une alternative viable. La population la plus pauvre se concentre à Buenos Aires. Beaucoup des bidonvilles se trouvent situés dans les banlieues de Buenos Aires, bidonvilles plus connus en Argentine sous les noms de "villas miseria" (cités de la misère) ou "villas emergencia" (cités d'urgence). Sous les différentes dictatures entre 1976 et 1983, de nombreux bidonvilles, construits de façon illégale, furent détruits et l'accent fût mis sur la prévention de ce type de construction. Longtemps, aussi bien les gouvernements locaux que les gouvernements provinciaux n'ont pas eu confiance ni dans les organisations de base ni dans les ONG. De la même façon, les habitants des bidonvilles n'espéraient pas grand chose des promesses des leaders politiques, qui restaient de vaines paroles et échouaient toujours à répondre aux besoins des habitants. |
Historique (origines, problèmes rencontrés ) |
En 1961, les premières familles s'installèrent à San Jorge. Progressivement le nombre de familles s'accrut dans la mesure où l'endroit possédait certains atouts. En effet, le gouvernement de la province de Buenos Aires y avait fait construire une école primaire, une garderie ainsi qu'un centre de santé. De plus, le quartier était bien desservi, de nombreux bus faisaient l'interconnexion avec d'autres districts de l'aire métropolitaine. Néanmoins en 1979, les autorités municipales expulsèrent environ deux cents familles car elles avaient besoin du terrain situé près d'un cours d'eau pour réaliser des uvres d'infrastructures. La municipalité arasa un terrain marécageux près de là et le divisa en lopins pour les familles qui avaient été expulsées. A partir de ce moment là une distinction (physique et sociale) fut faite entre le quartier ancien et le quartier moderne. Ces dernières années, le risque d'inondation a diminué, dans la mesure où la rivière a été draguée en amont du quartier. Un recensement de 1990 a établi que 2 400 personnes vivent dans ce quartier. Parmi ces personnes, il semble que 50% aient moins de 20 ans. Le quartier de San Jorge est situé à San Fernando, la municipalité la plus populaire de Buenos Aires. San Jorge est un des bidonvilles les plus pauvres de la ville de Buenos Aires, dans lequel les habitants survivent dans des conditions précaires, ne disposant d'aucun service de base. En 1991, San Fernando comptait 143 000 habitants et avait des taux de croissance les plus bas parmi les 19 municipalités du district fédéral qui composent Buenos Aires. Cette situation est le résultat de mauvaises conditions environnementales et de faibles investissements de la part du gouvernement provincial. En 1991, San Fernando avait un des taux de mortalité infantile les plus élevé de l'agglomération de Buenos Aires : 30%o. De plus la reconnaissance de ces bidonvilles par le gouvernement local est inexistante. L'unique référence à ces zones sur le cadastre est la mention du nom de ces bidonvilles en tant qu'aires classifiées comme "vacantes" ou "n'appartenant à personne". Cette situation et le fait d'être habitué à se faire expulser n'avaient pas incité les habitants à améliorer l'état de leurs maisons. De même, il est important d'ajouter qu'en 1990, les conditions de vie du quartier de San Jorge étaient très précaires. Le quartier est situé près d'un cours d'eau appelé La Reconquista, pollué par des eaux industrielles non traitées. La haute incidence de diarrhées et d'infections intestinales était bien la preuve d'infrastructures précaires et d'une eau courante "potable" de très faible qualité. En ce qui concerne l'aspect sanitaire, il n'existait aucun système égouts. De plus, souvent les véhicules motorisés ne pouvaient pas accéder aux routes intérieures du quartier de San Jorge, la situation étant pire encore lorsqu'il pleuvait. Dans ce contexte, le ramassage des ordures ménagères ne s'effectuait que pour un quart des habitants, qui vivaient dans la rue principale. Et même pour ces habitants il n'y avait pas de jour précis pour la collecte. Ainsi les gens devaient déposer leurs poubelles dans les points de collecte du bidonville, restant plusieurs jours avant d'être ramassées. Le reste de la population déversait ses déchets dans les fossés ainsi que sur les terrains vagues situés autour du bidonville. |
Résumé du projet (objectifs généraux, bénéficiaires, moyens, résultats attendus ) |
Le projet peut se résumer en trois phases. Pendant la première phase allant de 1987 à 1989, de petites initiatives furent menées à bien et le groupe de soutien fût constitué. La deuxième phase du projet (1990-1992) coïncida avec le lancement d'un programme intégré. Durant la troisième phase (1992-1996) certaines initiatives furent généralisées à tout le quartier de San Jorge et furent même étendues à d'autres bidonvilles. |
Les acteurs et leurs relations : répartition des tâches et responsabilités, formes d'organisation |
Des membres de la communauté, des agences gouvernementales (municipales et provinciales), des ONG ainsi que des entreprises du secteur privé ont participé au projet. Des réunions furent ouvertes dans toutes les rues du quartier afin que la coopérative et IIED Amérique Latine puissent expliciter les objectifs du projet, en soulignant le fait que le succès du projet dépendait de la participation de chacun et de la collaboration entre tous. Grâce à cette mobilisation communautaire il fut possible en trois mois d'équiper en canalisations 250 maisons. |
Aspects technologiques (innovations, méthodes) |
En 1993, le "Charity Homeless International" de Grande-Bretagne apporta son soutien financier à la création d'une banque de matériaux de construction, dont l'objectif était d'améliorer les maisons, en vendant le matériel à coût peu élevé, à proximité des habitats qui avaient besoin d'être réhabilités. De plus la banque restait ouverte tard, les jours de semaine et pendant les week-ends. La banque offrait également la possibilité d'acheter à crédit le matériel ainsi qu'une formation technique et un conseil dans le dessin et la construction. L'opération menée à bien par la banque de matériaux de construction contribua entre 1994 et 1996 à réhabiliter 180 maisons du quartier de San Jorge. La banque grâce à ses ventes et le recouvrement des crédits réussit à couvrir ses dépenses courantes. |
Résultats & impacts de l'expérience (qualitatifs et quantitatifs) |
En 1987, après environ 7 ans de négociation entre les habitants du quartier de San Jorge et les membres de l'Eglise catholiques locale, il fut décidé de créer un centre pour les femmes et les enfants. Ce centre avait pour double objectif d'améliorer la santé, l'alimentation et le développement des enfants tout en permettant aux femmes de travailler à l'extérieur de leur domicile. En effet, le centre servait également de garderie lorsque les femmes partaient travailler. En 1988, le centre pris en charge le premier groupe d'enfants constitué par dix enfants. Prés du centre de santé, des hommes du bidonville qui s'étaient impliqués dans certaines des activités déjà mises en uvre, réhabilitèrent une maison dans laquelle le premier téléphone public du quartier fût installé. Ceci attira beaucoup de monde et cette maison fût appelée "la maison du quartier". A la même époque, les différents groupes qui travaillaient dans le quartier de San Jorge commencèrent à comprendre la nécessité de travailler tous ensembles. Peu à peu un forum inter-institutionnel permanent se mit sur pied, composé des membres de l'IIED, du FLASCO (Faculté Latino-américaine de Sciences Sociales), du centre de santé, de l'école, de la garderie, du centre pour enfants et d'un groupe religieux. A ce forum participaient des architectes, des travailleurs sociaux, des médecins, des sociologues, des psychologues, professeurs et des prêtres. Ils échangeaient ainsi leurs expériences et mirent en place les conditions nécessaires pour réunir leurs initiatives, telles que l'illustre la publication d'un bulletin deux fois par mois. Dans ce bulletin, on pouvait lire des informations locales, des lettres des habitants du quartier ainsi que des renseignements pratiques sur la santé et les réussites environnementales. C'est également par le biais de ce bulletin, que furent partagées les différentes initiatives et diffusées les activités futures. A partir de 1990 le centre pour les femmes et les enfants commença s'autofinancer. Une campagne faisant appel à la générosité des donateurs fut lancée et fut un grand succès dans la mesure où elle permit l'obtention d'une bourse d'un montant de 120 $ pour chaque enfant du centre. Le centre s'agrandit jusqu'à offrir des installations pouvant accueillir jusqu'à 100 enfants et diversifia ses activités en assurant un suivi scolaire à environ 70 élèves identifiés par l'école primaire locale comme ayant des difficultés scolaires. A partir d'avril 1995, presque tous les habitants du quartier eurent l'eau courante et potable chez eux. Beaucoup d'entre eux commencèrent alors à améliorer leurs salles de bain ainsi que leurs cuisines, à carreler le sol et les murs. Par conséquent, les problèmes de santé diminuèrent de façon considérable. La compagnie Aguas Argentinas pris à sa charge l'entretien du système, à un niveau de prix fixé par elle. C'était la première expérience de travail Aguas Argentinas en collaboration avec des populations à faibles revenus, une ONG ainsi que le gouvernement local. La compagnie a reconnu les mérites des innovations technologiques menées à bien au sein du quartier San Jorge. Elle est d'ailleurs en train de les appliquer dans d'autres établissements humains à faibles revenus. |
Intérêt de l'expérience (leçons tirées, durabilité, replicabilité) |
Cette expérience a bien montré que la participation des habitants était proportionnelle à l'idée que ces derniers se faisaient des bénéfices que leur participation pouvait leur apporter. Lorsque cette participation signifiait des améliorations immédiates de leurs conditions de vie matérielles de nombreux habitants prenaient part aux activités. Par exemple, quand on amena du matériel pour construire des trottoirs, les habitants du quartier s'organisèrent très rapidement pour améliorer l'état des rues. En revanche, quand il s'est agit de les inviter à des réunions en vue de planifier les activités futures, il n'y eut que quelques personnes qui y participèrent. En août 1990, un accord de coopération entre les gouvernements provinciaux, municipaux et IIED Amérique Latine fut signé, en vue de coordonner les actions visant le développement intégral du quartier de San Jorge avec la participation de la communauté. La régularisation de la terre et le transfert des droits de propriété à ses habitants furent déclarés comme les deux objectifs prioritaires, leur réalisation dépendant du gouvernement provincial. L'idée était la suivante : la régularisation de la terre contribuerait à promouvoir les investissements des habitants dans leurs maisons ainsi que leur participation aux diverses initiatives prises par le voisinage. Le projet mené dans le quartier de San Jorge fut lancé lors d'une assemblée qui fut tenue dans le bidonville, réunissant un nombre de personnes jusqu'ici jamais atteint, 150 personnes. Certains membres du gouvernement exigèrent que la communauté s'organise à travers la création d'une entité formelle, afin que la population participe activement au programme. Dans ce contexte, pour la première fois dans le quartier de San Jorge des élections furent tenues. 16 habitants furent élus pour représenter les intérêts de toute la communauté. Ils formèrent un comité de voisinage, qui bien qu'émanant de la volonté des autorités gouvernementales, sut prendre en compte les besoins de la communauté, en ignorant les intérêts des groupes extérieurs. Dans le quartier de San Jorge, l'organisation communautaire ne fut ni le seul résultat d'une initiative populaire ni le fait d'agents extérieurs à la communauté, sinon qu'elle fut un mixte des deux. Quelques mois plus tard, la commission se transforma en une coopérative appelée "Notre Terre", reflétant la raison de sa création ainsi que son principal objectif. La coopérative obtint le soutien actif des habitants avec un taux d'adhésion des familles s'élevant à 85%, beaucoup d'entre elles commencèrent même à lui payer une petite participation pour couvrir ses frais courants. L'accent porté sur la régularisation de la terre par la commission s'il constitua son principal moteur pour sensibiliser la communauté, fut également sa faiblesse. En effet, avec le temps et la lenteur des transactions administratives, les espoirs de régularisation de la terre diminuèrent. Un autre problème soulevé fut le manque de coordination entre les gouvernements provincial et municipal au sujet de l'accord de coopération signé en 1990. Cependant, même si la transmission des droits de propriété fut un échec, la coopérative et l'IIED Amérique Latine parvinrent à ce que le gouvernement provincial reconnaisse le quartier de San Jorge, supprimant ainsi tout risque d'expulsion. En outre, la coopérative commença par être reconnue par la majorité des habitants, en tant qu'institution de référence en cas de besoin ou problème (réparation des pompes à eau ). D'autres initiatives furent également prises afin d'améliorer les conditions de vie et environnementales, comme le ramassage des ordures, la confection de panier en fils de fer pour collecter les poubelles par bennes et le lobbying constant sur les autorités municipales en vue de garantir la propreté des décharges ainsi que le ramassage des ordures par les bennes. Une des grandes difficultés du projet du fait de travailler avec la communauté était que beaucoup de personnes se montraient réticentes à collaborer avec les gens du voisinage ou des gens de l'extérieur. Nombreux étaient ceux qui étaient habitués à survivre grâce à des stratégies familiales ou éventuellement grâce à l'aide de l'Etat. Le défi le plus important pour l'IIED fuit celui de promouvoir la solidarité et la réciprocité entre les voisins. Lorsque l'équipe entama son travail dans le quartier, aucun type d'organisation communautaire n'existait. Les réactions les plus fréquentes des habitants face à quelque initiative qu'il soit se résumaient à passivité, scepticisme et manque de confiance. Les raisons de cette situation trouve une explication dans les décennies de paternalisme et d'autoritarisme étatiques ainsi que le manque d'expérience du processus démocratique. Une autre difficulté face à laquelle fut en proie le projet fut que les premiers habitants qui vinrent au centre pour femmes et enfants, vinrent avec l'idée de recevoir quelque chose, et non de donner quelque chose en échange. Cette attitude ne constituait pas une des meilleures conditions pour commencer le projet. Travailler dans un bidonville où la communauté est déjà organisée est une chose beaucoup plus facile. Néanmoins, l'IIED estime que cette attitude passive est la situation dans laquelle se trouvent toutes les communautés pauvres d'Argentine et que finalement le premier groupe pour lancer des initiatives dont le but est de diminuer la pauvreté sont les femmes. Vraisemblablement la continuité des actions ainsi que leurs réussites concrètes eurent un effet mobilisateur crucial au sein de la communauté. Par exemple, la construction du centre pour femmes et enfants puis son développement incitèrent une partie des habitants à impulser de nouvelles actions. |
Opérateur du projet (adresse, téléphone, fax, e-mail) |
IIED Amérique Latine Fax. : (54) 1 9613050 |
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Partenaires (adresse, téléphone, fax, e-mail) |
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