L’approvisionnement en eau dans les quartiers à faible revenu de Buenos Aires

 

 

Contexte et enjeux

Les services d'eau et d'assainissement de la ville de Buenos Aires ont été concédés en mai 1993. Aguas Argentinas est devenu le nouvel opérateur, dans le cadre d'un contrat définissant très clairement les objectifs d'expansion des services. Ce contrat définissait entre autres des charges d'infrastructure devant être facturées aux clients, lors d'un raccordement à un service. Ces charges d'infrastructure étaient destinées à couvrir une partie des coûts de construction des réseaux secondaires. Elles étaient de l'ordre de 500 $ pour le service d'eau et de 1 000 $ pour le service d'assainissement.

Il est apparu très rapidement que certaines catégories de population ne pouvaient pas payer ces sommes. Cela concerne environ 800 000 personnes dont le revenu mensuel par famille est inférieur à 240 $, et quelques 3 millions de personnes dont le revenu mensuel est inférieur au seuil de pauvreté (500 $/mois/famille).

 

Objectifs de l’action

Devant cette évidence, les différents acteurs présents dans la ville se sont concertés pour trouver des solutions alternatives de financement, pour permettre à ces familles d'avoir accès aux services. L'Institut international pour l’environnement et le développement -Amérique latine (IIED-AL), ONG présente depuis plusieurs années dans des domaines d'études et d'investigation (pauvreté urbaine, action communautaire, environnement), mais aussi d'actions dans les quartiers défavorisés, a été l'un des partenaires dans la définition et la mise en place des solutions.

 

Description de l’action

Sur la base d'un projet pilote de réalisation de réseau d'eau et d'assainissement d'un quartier de 2 500 habitants, l´IIED-AL a assisté Aguas Argentinas à définir un plan d'action de desserte des autres quartiers défavorisés de l'agglomération de Buenos Aires.

Ce plan d'action comprend :

— l´identification des quartiers prioritaires ;

— la recherche de solutions techniques et institutionnelles adaptées à chaque quartier et faisant intervenir une collaboration tripartite entre le concessionnaire, les institutions publiques et les habitants, avec l´ONG (IIED-AL) comme catalyseur de cette gestion participative.

Pour des quartiers de petite taille, le " Service d´eau consensuel ", reposant sur un troc entre la main-d'oeuvre fournie par les habitants et le raccordement gratuit au réseau, a été mis en oeuvre.

Pour des quartiers de taille supérieure, les travaux sont exécutés par une entreprise de BTP chargée de recruter la main-d'oeuvre non qualifiée parmi les habitants du quartier, au travers d'une coopérative de travail (" unité génératrice d'emploi "). Dans ce cas, l'usager doit rembourser le coût de main-d'oeuvre, mais bénéficie d'un emploi rémunéré. Dans d'autres cas, par " l'accord de compensation fiscale ", le concessionnaire exécute les travaux et reçoit un crédit d'impôts municipaux en compensation.

Responsabilités de chaque acteur aux différentes étapes de l'action :

Les différents acteurs interviennent selon leurs domaines de compétence :

— Analyse de la demande : IIED-AL.

— Offre technique : Ressources disponibles et solutions techniques : Aguas Argentinas.

— Moyens mis en oeuvre : Analyse des prédispositions participatives : IIED-AL et autres ONG. Plan d'action : tous.

Dans la réalisation des travaux, le concessionnaire intervient dans la supervision et la formation du personnel. L'institution publique (commune ou autre niveau gouvernemental) intervient pour l'organisation générale et le financement des matériaux. Le quartier fournit la main-d'oeuvre pour la réalisation des travaux. L'IIED-AL assiste à toutes les étapes du projet, comme interface entre les différents intervenants.

 

Résultats obtenus

Après un projet pilote réussi (Barrio San Jorge, 2 500 habitants, bénéficiant de financements d'organismes de coopération bilatérale Misereor, coopération allemande et suédoise), quatre projets ont été réalisés en 1996 (6 000 habitants) et six projets additionnels ont été faits en 1997 (10 000 habitants) selon la formule du service d'eau consensuel. Près de trente autres projets sont en cours, pour raccorder plus de 200 000 habitants, dont près de 100 000 sur la base de l'unité génératrice d'emploi et 50 000 sur la base de l'accord de compensation fiscale.

Points forts de l'expérience :

Ces expériences sont novatrices principalement dans le cadre d'un contrat de concession où les différents partenaires (publics, privés, ONG, population) réalisent ensemble le projet. La recherche de nouvelles formules de financement permettant aux plus démunis d'avoir accès aux services constitue l'autre axe fort de ces expériences argentines.

Problèmes rencontrés et leçons à tirer :

Ces expériences nous permettent de tirer certains enseignements :

— l'importance du cadre contractuel et juridique ;

— le temps nécessaire pour créer une sensibilité aux niveaux opérationnels, développer les contacts, etc., et obtenir l'adhésion de tous les partenaires ;

— la nécessité de définir les responsabilités de chaque intervenant ;

— pour pérenniser le projet, la nécessité d'établir et de maintenir des contacts dans les quartiers concernés.

 

Perspectives et impacts

Les outils institutionnels mis en oeuvre dépendent du cadre contractuel dans lequel évolue le concessionnaire, qui est actuellement en cours de changement. Néanmoins, la réussite des premiers projets a multiplié les partenaires potentiels (ONG, organismes nationaux et internationaux, etc.) et devrait permettre la pérennisation de la méthode de gestion participative mise en place.

 

 

Contacts Ricardo Schusterman, IIED-AL (Institut international pour l’environnement et le développement - Amérique latine), General Paz 1180, (1429) Buenos Aires (Argentine). Tél. : 746 57 55 / 725 23 22 / 701 28 05. Fax : 701 28 05. Courriel : iied_ma@sei.com.arLisette Provencher, direction technique et de la Recherche, Suez-Lyonnaise des eaux, 72 avenue de la Liberté, 92000 Nanterre (France). Tél. : (33) 1 46 95 50 14. Fax : (33) 1 46 95 52 65.

 

Pistes d’action 6, 8, 9 et 14

 

Localisation : Buenos Aires (Argentine)
Domaine d’intervention : alimentation en eau potable
Milieu d’intervention : quartiers urbains défavorisés
Commanditaire : le concessionnaire Aguas Argentinas
Maîtres d’œuvre : les habitants ou des entreprises
Financeurs : en partie la commune, en partie le concessionnaire et en partie les habitants des quartiers concernés
Budget total : 250 000 $Durée : de 1996 à 1998