Le recyclage artisanal :

potentiels socio-économique et environnemental

Séminaire international,

Complexe Culturel El Maarif,

Casablanca (MAROC), 29-31 mai 1998

 

 

 

Responsable de la publication :

Dr Magdi IBRAHIM

 

Comité de rédaction :

Aïcha AIT EL HAJ

Imane BENAZIZ

Meriem HOUZIR

Ali LMARIOUH

Lamiss NACIRI

Samuel WATCHUENG (coordination)

 

 

Avec la collaboration de :

Rajae ALAMI

Gérard BERTOLINI

Amadou DIALLO

Alain GELIN

Leila KAMEL

Mohamed NACIRI

Emmanuel NGNIKAM

 

Cette publication s’est effectuée sur la base des documents, exposés et discussions du séminaire international " Le recyclage artisanal : potentiels socio-économique et environnemental ", Casablanca, 29-31 mai 1998.

Les opinions exprimées dans cette publication n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de l’organisation concernée par cette publication, ou celles de la rédaction.

 

 

 

Cette publication est réalisée avec la contribution financière de la Commission européenne dans le cadre du Programme d’Economie Environnementale, Urbaine et Populaire (PRECEUP)

 

Reproduction libre uniquement pour des usages pédagogiques ou scientifiques avec indication claire de la source et de l’adresse d’ENDA Maghreb.

 

 

 

SOMMAIRE

 

 

Avant-propos *

Mots d’ouverture *

NOTE INTRODUCTIVE : Croissance urbaine et impacts de l’évolution des modes de consommation dans les villes méditerranéennes, dans un contexte de globalisation économique *

Table-ronde 1 : Les métiers du recyclage et leurs potentiels d’insertion socio-économique *

Aperçu général sur les métiers du recyclage et de leurs potentialités d’insertion socio-économique *

L’artisanat utilitaire et artistique : un état des lieux à travers une expérience de l’Afrique Subsaharienne *

Les filières de recyclage : état des lieux, potentialités, contraintes et problèmes à travers une expérience à Rabat-Salé *

Débats *

CONFERENCE : " les Zabaleen du Caire : gestion des déchets et émergence de créativités autour du recyclage " *

La problématique générale *

Problèmes et contraintes du secteur informel *

Avantages du secteur informel *

Constats de l’Association pour la Protection de l’Environnement (APE) *

Conclusions *

Table ronde 2 :La privatisation de la gestion des déchets urbains et l’avenir de la filière de récupération au Maroc *

Introduction à la notion de privatisation *

Présentation d’une approche alternative de gestion des déchets urbains à travers l’expérience du Cameroun *

Quelques recommandations pour la gestion des déchets au Maroc *

Présentation d’une expérience de gestion d’une décharge contrôlée *

L’expérience de privatisation des déchets à Dakar *

Débats *

Recommandations *

ATELIER-DEBAT 1 : "Quels sont les moyens à mettre en œuvre en appui à la filière informelle de recyclage ?" *

 

ATELIER-DEBAT 2: "Quels sont les moyens à mettre en œuvre en appui aux initiatives de l'artisanat de recyclage utilitaire ou artistique ?" *

Recommandations *

Diagnostic du secteur, prospective et renforcement des capacités *

Information, communication et sensibilisation du grand public *

Valorisation des produits artisanaux de recyclage *

Education environnementale *

Intermédiation sociale *

Conférence sur le thème "Déchets et design: les ambassadeurs du futur" *

Introduction de M. Abdeljaouad JORIO *

Exposé de M. BERTOLINI *

Premier tableau: Design et prévention *

Second tableau: Design et réutilisation, récupération et recyclage *

Troisième tableau: Design dans la collecte et le traitement des déchets *

Synthèse des travaux *

Liste des participants *

Secteur associatif *

Secteur institutionnel *

Organismes internationaux, coopérations bilatérales et multilatérales *

Secteur privé *

Ecoles, Universités, Instituts de recherche *

Médias *

Participants étrangers *

Exposants marocains *

 

 

Avant-propos

ace à l’évolution croissante de la société de consommation, au volume croissant de déchets et à la pression sur les ressources naturelles qui en résultent, le recyclage est devenu un enjeu d’une importance primordiale pour la sauvegarde de l’environnement. Les recommandations du sommet de la terre de Rio en 1992 invitent les pays industrialisés et en voie de développement à se doter de programmes de stabilisation ou de réduction du volume de déchets qui encouragent les pratiques de recyclage et promeuvent la production et la commercialisation de produits de recyclage.

Au Maghreb/Machrek tout comme en Afrique sub-saharienne, la créativité populaire qui a accompagné le processus d’urbanisation rapide des années 70/80 a toujours eu recours à des matières recyclées pour produire différents types d’objets utilitaires ; certains de ces produits ont un potentiel artistique qui commence à peine à émerger et à s’exprimer du fait notamment de la prise de conscience par les citadins de la valeur ajoutée que ces produits issus du recyclage ont pour l’environnement.

Partout dans le Sud et dans le Nord des initiatives diverses émergent: réseaux de recyclage informels, centres de compostage artisanaux, production d’articles de consommation et d’artisanat à base de matériaux de récupération (mallettes et objets divers en aluminium, tapis et articles divers à partir de tissus recyclés...).

La capacité du recyclage à créer des emplois pour les personnes les plus défavorisées tout en protégeant l’environnement est devenue, à l’heure actuelle, incontestable. Toutefois, dans le contexte marocain le secteur du recyclage, bien que dynamique, offre de larges possibilités de développement encore non exploitées. Pour mieux valoriser le potentiel dont recèle ce secteur d’activités, des efforts de sensibilisation du public et des décideurs doivent être entrepris qui, conformément aux orientations du programme Action 21, permettront aux producteurs et aux consommateurs d’opter dans leurs modes de production et de consommation pour des matières pouvant être recyclées.

Dans un tel contexte et pour contribuer au processus de sensibilisation à l’environnement qui s’est amorcé au Maroc, il devient nécessaire d’informer et de susciter un débat autour de l’importance du recyclage. C’est dans cet esprit qu’Enda Maghreb, a organisé avec ses partenaires un atelier de réflexion accompagné d’expositions et d’animations diverses sur le thème: "  Artisanat de recyclage : potentiels socio-économique et environnemental " à Casablanca, les 29, 30 et 31 mai 1998, à l’occasion de la journée mondiale de l’environnement.

 

 

Mots d’ouverture

 

Dr Magdi IBRAHIM, Coordinateur des Programmes à ENDA Maghreb

Monsieur le Ministre, Secrétaire d’Etat à l’Environnement,

Monsieur le Représentant du Ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat,

Monsieur le Représentant de la Wilaya de Casablanca,

Monsieur le Président de la Commune El Maârif,

Madame le Représentant de la Wilaya de Rabat-Salé,

Monsieur le Représentant de l’Union Européenne au Maroc,

Madame le Représentant Résident Adjoint du PNUD,

Monsieur l’Ambassadeur du Royaume des Pays-Bas,

Monsieur le Représentant du Service Culturel, Scientifique et de Coopération de l’Ambassade de France au Maroc,

Monsieur le Représentant de la Commune d’Agadir,

Chers Collègues Participants, Mesdames et Messieurs,

Je voudrais vous souhaiter à tous la bienvenue, et vous remercier d’être parmi nous à l’ouverture des travaux de l’Atelier Régional que nous co-organisons avec les collègues de l’association CHOUALLA pour l’Education et la Culture.

Cet atelier constitue une étape importante dans le cadre du déroulement du programme d’économie environnementale urbaine et populaire, le PRECEUP, qui est mis en œuvre depuis 4 ans simultanément dans 7 pays d’Afrique, Asie et Amérique Latine. Ce programme a pour ambition de contribuer à l’appui aux initiatives locales dans le domaine de l’amélioration de l’environnement urbain, en facilitant les échanges d’expériences et d’expertises Sud-Sud et Nord-Sud.

Le thème que nous avons choisi pour cet atelier, à savoir : " Le recyclage artisanal : potentiels socio-économique et environnemental " est en adéquation avec les logiques d’intervention des associations de développement et d’environnement. Ces logiques d’intervention privilégient, dans toute action visant la préservation et l’amélioration de l’environnement, la prise en compte de la dimension sociale, qui inclut l’intégration par l’économique des citadins les plus défavorisés, et au delà bien sûr de la préoccupation de lutte contre la pauvreté.

Comme le refléteront les interventions du Professeur Mohamed NACIRI et du Professeur Gérard BERTOLINI en cette fin de matinée, la croissance rapide de la plupart des villes nord-africaines et du Moyen-Orient a eu pour conséquence de concentrer à leurs périphéries des zones moins nanties, avec leur lot de jeunes, de femmes et d’hommes en quête d’insertion dans ce tissu urbain - qui les exclut-, et de survie au quotidien.

Par ailleurs, les logiques de libre circulation des biens et échanges marchandises introduisent de nouveaux modes de consommation qui s’imposent jour après jour aux consommateurs, notamment en milieu urbain.

Ces modes de consommation sont notamment générateurs d’une masse de déchets non biodégradables, qui sont surtout le fait des emballages et autres contenants en plastique ou aluminium. Or, le développement durable, qui constitue la préoccupation aussi bien des décideurs que des différents acteurs de la société civile, ne pourra être atteint, dans ses dimensions économiques, écologiques, institutionnelles et sociales en l’absence d’une rationalité et d’une durabilité de ces modèles de consommation.

 

Les Municipalités et les Communes doivent de plus en plus faire face à un volume croissant de déchets à gérer, avec souvent des difficultés d’accès pour les moyens classiques de collecte dans les quartiers les plus défavorisés, et de faibles moyens financiers disponibles pour une résolution appropriée du problème des déchets domestiques.

De plus en plus, des initiatives populaires émergent dans ces différents quartiers qui, d’une part démontrent une volonté d’auto-organisation et de participation des communautés au service commun, et d’autre part sont révélatrices d’une créativité et d’un savoir-faire souvent méconnus.

Ces initiatives populaires ont un réel potentiel dans l’accompagnement, - aussi modeste soit-il !-, de l’effort des autorités locales pour la gestion du tonnage croissant des déchets. Elles contribuent d’une part à une approche plus environnementale de cette dernière, en évitant par exemple l’enfouissement systématique de matières non biodégradables, et d’autre part, permettent d’éviter les conséquences sur la santé publique, lorsque des procédés par ailleurs coûteux, tels que l’incinération, sont employés.

Nous espérons que les différents débats qui auront lieu durant ces trois jours, et les expositions que nous inaugurerons à la fin de cette séance, contribueront à donner une autre image des activités liées à la gestion des déchets, à celles du recyclage des matières non organiques ; ces activités de recyclage des chutes de tissus de l’industrie textile, de l’aluminium, du verre ou du papier donnent lieu à toute une gamme de produits d’artisanat qui n’a rien à envier à l’art classique, comme vous pourrez en juger par vous-mêmes.

Nous souhaitons par ailleurs qu’à travers les débats et travaux de cet atelier, un véritable dialogue s’établisse entre les différents acteurs institutionnels, associatifs, du secteur privé et des représentants du secteur populaire du recyclage, afin qu’une synergie et un partenariat soient plus effectifs pour une meilleure résolution de la problématique de la gestion des déchets et pour la promotion des initiatives visant leur valorisation et leur recyclage.

Nos sociétés du Sud de la Méditerranée ont dans le passé, bien avant les sociétés du Nord, intégré le concept " Réduire, Réutiliser, Recycler ". Comment redonner un sens dans la pratique à ces termes simples qui peuvent avoir un impact positif sur les plans environnemental, social et économique ; tel sera en grande partie l’objectif de cet atelier.

Avant de terminer, je voudrais saluer tous nos amis étrangers qui sont avec nous, et qui, j’en suis certain contribueront à cette dynamique d’échanges à la fois à l’échelle Méditerranéenne et avec l’Afrique Sub-Saharienne.

Nos remerciements sincères vont bien sûr à nos partenaires de l’Association CHOUALLA avec qui ENDA Maghreb co-organise cet atelier, ainsi qu’à tous les exposants qui ont contribué à l’exposition avec leurs produits d’artisanat, du Maroc, d’Egypte ou du Sénégal.

Je voudrais enfin, tout en faisant une mention particulière à la contribution de l’Union Européenne, dont le soutien au programme PRECEUP a permis la tenue de cet atelier, remercier nos partenaires financiers qui ont, ces trois dernières années, accompagné les différentes initiatives en faveur de l’économie urbaine et populaire; que soient particulièrement remerciés les coopérations française, canadienne et néerlandaise, ainsi que le PNUD et l’UNICEF, et les contributions volontaires de groupes tels que l’Association des Femmes Américaines.

Je vous souhaite à toutes et à tous des travaux fructueux, et vous remercie de votre aimable attention.

 

NOTE INTRODUCTIVE : Croissance urbaine et impacts de l’évolution des modes de consommation dans les villes méditerranéennes, dans un contexte de globalisation économique

Pr. Mohamed NACIRI

Pr. Gérard BERTOLINI

Président de séance : Dr Magdi IBRAHIM

Modérateur : M. Nourredine ELMDARI

Rapporteur : M. Samuel WATCHUENG

Les travaux de l’atelier ont été introduits par les interventions de deux chercheurs de renom. Le Professeur Mohamed NACIRI, Géographe et vice-président d’ENDA Tiers-Monde a abordé les aspects généraux liés à la question de la croissance urbaine et de l’évolution des modes de consommation dans le contexte de la mondialisation. Le Professeur Gérard BERTOLINI, chercheur au CNRS, quant à lui, a mis l’accent sur les conséquences de cette croissance urbaine sur la gestion des déchets au MAROC.

L’analyse du Pr. Mohamed NACIRI s’est dans un premier temps articulée autour des 3 phases importantes de la croissance urbaine depuis le début de ce siècle :

La première phase, qui va pratiquement jusqu’à la fin des années 1940 sera celle du premier contact des pays du Sud de la Méditerranée avec la modernisation. Elle sera marquée par l’amorce d’une industrialisation, avec comme conséquence l’émergence des bidonvilles (dont l’appellation est née à Casablanca), et la bipolarisation spatio-économique de la ville (rupture entre la société coloniale et la société marocaine). Cette période sera caractérisée par le souhait fortement exprimé par les néo-citadins de rompre avec le monde rural et d’être intégrés au tissu urbain. Cette volonté sera notamment à l’origine du nouveau mode de construction de l’habitat et de la disparition des matériaux traditionnels, réalité contradictoire quant on sait le confort climatique procuré par ceux-ci.

La seconde phase, entre 1950 et 1970, sera marquée par une croissance urbaine doublée d’une croissance économique. Elle sera caractérisée par une très forte tendance au gaspillage, l’apparition du phénomène du logement clandestin et l’amorçage du bricolage. En effet, les modes de consommation en matière de logement évolueront avec l’emploi combiné de matière classique et de récupération, avec un coût économique étalé dans le temps. Ce nouveau processus d’urbanisation contribuera à la résolution d’une demande croissante et immédiate en matière logements, en contradiction avec les logiques des élites administratives "modernistes ", réfractaires aux démarches douces et progressives car enfermées dans un carcan planificateur.

La troisième et dernière phase, débutant en 1972, sera marquée par une montée en puissance des nuisances, avec un décalage par rapport à la prise de conscience de la double limite de la croissance urbaine : la question de l’eau et la gestion des déchets.

Par rapport à la seconde phase, le problème des déchets ne sera plus uniquement celui des pauvres :

Dans un second temps, évoquant la mondialisation et ses effets à la fois d’intégration et de désintégration des sociétés, M. NACIRI a décrit les 3 composantes physiques qui feront la ville mondialisée :

Pour le Pr. NACIRI, cette problématique de coexistence spatiale d’un triptyque urbain est d’autant plus complexe qu’il faudra faire face à un questionnement éminemment politique, quant aux rôles des acteurs principaux :

M. NACIRI a conclu son intervention par l’évocation de deux logiques symboliques et philosophiques qui semblent guider le comportement de l’individu en milieu urbain : une logique de la pénurie qui conduit à l’optimisation et à la gestion rationnelle des ressources, par opposition à une logique d’abondance qui aurait pour conséquence un comportement de gaspillage.

Le Pr. Gérard BERTOLINI a quant à lui entamé son exposé en évoquant une série de constats généraux :

M. BERTOLINI posera également la problématique des quartiers non réglementaires, non desservis pour éviter une reconnaissance tacite par les autorités locales. S’aventurant vers l’idée d’une volonté des bidonvillois de vivre à l’intérieur d’un bunker constitué par une barrière de déchets, il évoquera la question de l’appropriation de l’espace, comme préalable à la propreté. Il fera référence à la question de l’apprentissage des codes urbains et la nécessité de combiner les moyens de collecte sophistiqués aux procédés traditionnels.

M. BERTOLINI a insisté également sur les liens forts existant entre les déchets et les espaces déchets (certains espaces sont implicitement dédiés aux déchets, le déchet attire le déchet, etc.) et celui existant entre les concepts de propreté et de propriété.

Concernant ce dernier, M. BERTOLINI a évoqué la difficulté qu’il y a à intégrer la notion d’espace public, compte tenu d’un contexte culturel - reflété par l’habitat - particulièrement introverti. Le problème de la propreté est aussi un problème de voisinage.

L’espace public serait-il un espace de rejet, le domaine réservé du Makhzen ? s’interrogera-t-il.

La gestion des déchets apparaît alors comme une forme de rapport de force entre la communauté (muette) et les pouvoirs locaux (sourds), responsables de l’espace public. Elle est ainsi révélatrice des rapports sociaux, entre les habitants et entre les habitants, et les autorités.

Après un détour philosophique vers la conception mentale de la notion des déchets, une évocation des influences culturelles et religieuses sur la différenciation des déchets, M. BERTOLINI est revenu au concret en mentionnant les éléments suivants :

M. BERTOLINI suggérera des initiatives visant à motiver le ramassage des plastiques, notamment par les enfants, le besoin d’introduire la notion d’écotaxe pour le secteur industriel ;

M. BERTOLINI a conclu sur cette note, en signalant qu’il y avait là des opportunités à identifier.

 

Table-ronde 1 : Les métiers du recyclage et leurs potentiels d’insertion socio-économique