Problématique de la restructuration de Karyan El Oued

Matinée : le point de vue des acteurs de l’habitat de la ville de Salé

Ce que prévoit le Plan d’Aménagement à Karyan El Oued

Par M. EL KASMI

Agence Urbaine, RABAT

Cette intervention a consisté en une présentation du Plan d’Aménagement de Salé et ses orientations pour le quartier Oued Eddahhab. M. EL KASMI a également effectué quelques propositions pour la restructuration de Karyan El Oued.

Il a commencé par souligner l’aspect épineux du problème de l’habitat clandestin, au niveau du Royaume et de la Préfecture de Salé en particulier. L’Agence Urbaine s’est d’ailleurs fixée comme objectif principal, depuis sa création en 1994, la résolution de ce problème.

Le Plan d’Aménagement, résultat d’une du marché à plusieurs étapes

Il a souhaité dans un premier temps faire un tour d’horizon sur les différentes étapes par lesquelles est passé le Plan d’Aménagement de Laayayda. La caractéristique principale de ce Plan est qu’il comprend un plan de restructuration, qui concerne de nombreuses zones urbanisées, et notamment le quartier de Oued Eddahhab (dans le périmètre duquel se situe le bidonville de Karyan El Oued, et sur lequel portera l’exposé) Ce plan de restructuration a été réalisé en étroite collaboration avec la Commune et la Préfecture, et intégré au Plan d’Aménagement (opposable au tiers et aujourd’hui homologué).

Dans ses recherches, l’Agence Urbaine s’est basée sur les statistiques du Ministère de l’Habitat (1992) et d’après lesquelles le douar regroupe approximativement 826 ménages, c’est à dire approximativement  4900 habitants. Le terrain occupe une superficie approximative de 3,8 ha, sa nature juridique est principalement domaniale et terrains collectifs.

Les différentes étapes préliminaires pour la constitution du Plan de Restructuration ont été :

Eléments fondamentaux du Plan de restructuration de Oued Eddahab

Les principales propositions du Plan de restructuration du quartier Oued Eddahhab, issues de ce travail, ont été :

Le bidonville Karyan El Oued est régi par les dispositions de ce plan de restructuration. Plusieurs possibilités ont été envisagées par l’Agence Urbaine en ce qui concerne sa restructuration.

Le recasement sur place avec attribution de lots individuels paraît la solution la plus satisfaisante, compte tenu de la mentalité des habitants ; mais le terrain ne le permet pas à cause du coefficient d’occupation des sols réglementaire (minimum parcellaire de 50m2).

Aussi, d’autres scénarios ont-il été élaborés, comme le recasement dans le cadre de logements collectifs (autorisé par le zonage) : un calcul rapide, réalisé sur la base de la réduction de 1/3 du terrain de 3,8 ha pour les besoins du réseau viaire, permet d’envisager un logement collectif de 3 ménages/lot, aboutissant à 422 lots de 60m2 de surface (ce qui permettrait de subvenir aux besoins de 1266 ménages).

D’autres solutions peuvent être envisagées dans le cas où une opportunité foncière pourrait se présenter, ce qui permettrait de recaser une partie des bidonvillois sur place et l’autre sur l’autre terrain (au niveau de Laayayda ou d’une autre commune de Salé).

Ceci dit, l’Agence Urbaine a constaté que, malgré l’élaboration d’un plan de restructuration dans un cadre ouvert, en collaboration avec tous les partenaires qui connaissent le terrain (Commune, Inspection de l’Urbanisme, acteurs locaux tels les présidents d’amicales et de confédérations), ses propositions s’avèrent irréalisables, pour différentes raisons : l’accroissement rapide de la population au niveau du quartier et les lacunes du contrôle sur les servitudes publiques principalement.

Recommandations pour une intervention dans le bidonville de Karyan

Toute action sur le bidonville de Karyan El Oued doit donc passer par :

L’Agence urbaine reste ouverte à toute proposition et est prête a apporter toute son aide pour la restructuration du bidonville Karyan El Oued, que ce soit sur place ou sur un nouveau terrain.

 

 

 

 

Le projet Sala El Jadida

Par M. F. ZNIBER

Secrétaire de l’Association Bou Regreg

et Responsable de l’Agence de Commercialisation de Sala Al Jadida

Salé El Jadida, une solution globale face à la demande sociale de Rabat-Salé

Avant de parler de Salé El Jadida et de la situation des bidonvilles sur l’ensemble de Salé (et non pas seulement sur Oued Eddahhab, qui n’en représente qu’une partie), l’intervenant s’est proposé de revenir sur la genèse du projet de Salé El Jadida, dont il rappelle qu’il n’a pas été créé par un coup de baguette magique : la ville nouvelle est le fruit d’une recherche de solution face à la demande sociale sur l’ensemble de l’agglomération de Rabat - Salé.

Historiquement, ni Oued Eddahhab ni Tabriquet Nord n’avaient fait l’objet d’un intérêt d’étude et de restructuration avant 1986 (avant le Schéma Directeur et la création de l’Agence Urbaine). En 1986, un travail, réalisé par l’INAU et l’Institut d’Architecture et d’Urbanisme de Venise (IAUV), révélait la dynamique de développement de toute la région de Tabriquet Nord : d’une part, le développement extrêmement rapide des lotissements clandestins et d’autre part, la création du bidonville de ? (inaudible).

En 1987, l’Association Bou Regreg organisait une journée sur " Bientôt l’an 2000, quel développement pour Salé ? " ; ce débat public a attiré l’attention des pouvoirs publics sur le développement du clandestin à Salé, à Sidi Moussa, à Kariet Oulad Moussa et à Hay Inbiaat.

En 1991, il y a eu la Convention de développement urbain de Salé, à l’intérieur de laquelle ont été programmés de grands projets, notamment l’aménagement du boulevard Ibn Hitam, qui constitue la colonne vertébrale de toute la restructuration de la ville. Plusieurs dizaine de millions de Dirhams ont été investis, pour l’aménagement du collecteur d’égoût, de l’éclairage public, de la voirie. C’est la réalisation de ce réseau primaire qui permet aujourd’hui la réalisation secondaire et tertiaire.

En 1992 – 1993, la convention ABR/ENDA Maghreb a été signée. Le premier travail, réalisé sur Karyan El Oued, était, déjà, une analyse du bidonville, et comportait des propositions pour la restructuration.

En 1994, l’ANHI a réalisé une étude de faisabilité sur la restructuration de Oued Eddahhab, avec la collaboration de la Délégation de l’Habitat.

Les problèmes de Karyan El Oued sont donc connus, la population est connue, et tout ce qui peut être fait aujourd’hui nécessite simplement des décisions qui sont d’ordre politique, et budgétaire.

Il y a un capital de réflexion énorme sur le quartier, qui peut servir de point de départ à la restructuration (il passe en revue tous les documents existant sur le quartier, depuis l’ouvrage sur Tabriquet Nord jusqu’aux dernières études de l’INAU).

Concernant l’étude sur la demande sociale dans l’agglomération de Rabat-Salé (sous jacente à la création de Sala El Jadida), confiée au Cabinet Pinseau, il est apparu rapidement qu’elle ne correspondait pas à cette demande sociale, ni en terme de produit, ni en terme de quantité, ni en terme de plan détaillé,…

En février et juillet 1995, un nouveau travail a été lancé pour aborder les problèmes particuliers : les bidonvilles de Salé, les populations résidant dans les foundouks de la médina (qui vivent dans des conditions encore plus difficiles que les bidonvillois), les populations résidant dans les maisons menaçant ruine à l’intérieur de la médina, puis les petits fonctionnaires, les gens de l’armée, les personnels communaux,…

La situation était la suivante : une population bidonvilloise de 8900 ménages environ (recensement de 1992) et beaucoup de grands projets publics en cours (en juillet 1995) :

Il n’y aurait plus eu de bidonvilles à l’horizon 2000-2001

Tout le monde savait qu’à terme, il resterait 3000 familles bidonvilloises, sur quelques noyaux, qui n’étaient pas prévus par les projets publics (6300 ménages prévus). Salé El Jadida allait donc accueillir les 3000 familles en reste, dont Oued Eddahhab, 1126 ménages (à l’époque du recensement de 1992),.et paradoxalement 1031 ménages en septembre 1994 (ce qui pose la question du nombre exact actuel).

En principe il n’y aurait donc plus de bidonvilles à l’horizon 2000-2001. L’intérêt de cette démarche d’intervention sur Salé était d’adopter une vision globale du problème, à l’échelle de l’agglomération (car quand on traite ponctuellement les choses, les problèmes se déplacent et se recréent ailleurs). Le problème doit être résolu dans son ensemble et pas sur Oued Eddahhab à part, ou tel ou tel autre bidonville à part. En 1995-1996, il y a donc eu un travail de coordination entre les Communes, les Préfectures, la Délégation de l’Habitat, de façon à avoir cette vision globale et également de planifier, en terme de calendrier, car tout décalage des opérations entraîne des problèmes au niveau du bidonville et il faut intervenir immédiatement pour éviter les déplacements de population.

Un autre élément important est que tout ce qui concerne les bidonvilles et la restructuration est extrêmement lié à l’environnement socio-politique local.

Salé El Jadida a démarré pratiquement au début de la période électorale, après le nouveau découpage communal ; donc, il y a de la surenchère politique, qui a des effets terribles : les promesses qui sont faites aux habitants ne sont pas souvent tenues, on leur fait miroiter la lune alors que … les fonds perdus c’est terminé, le lotissement des grands terrains c’est terminé. Autant le Maroc est en train de se structurer au niveau politique et des institutions, autant donc, il faut que les habitants fassent preuve de maturité et prennent les bonnes décisions au bon moment, en se méfiant des fausses promesses qui n’ont rien à voir avec la réalité d’aujourd’hui.

Des avantages significatifs pour les bidonvillois

En ce qui concerne les bidonvillois et Salé El Jadida, à partir de juillet 1996, des bureaux ont été ouverts, à Oued Eddahhab, à Akrech, à Tabriquet … 85 personnes de Oued Eddahhab se sont présentées, sur lesquelles 25 sont aujourd’hui clientes de Salé El Jadida (et seront livrées bientôt, " inchallah "). Le bureau recevait toutes les demandes et acceptait en priorité les ménages recensés en avril 1992 et septembre 1994.

En ce qui concerne les modalités de paiement, Salé El Jadida n’étant pas un projet subventionné par l’Etat, c’est un projet qui fonctionne sur la base des avances des clients et des crédits en cours (extrêmement coûteux). Pendant la première année, Salé El Jadida a demandé un apport initial de 30% pour l’ensemble de la clientèle, sauf les bidonvillois et les habitants des foundouks, et à partir duquel des crédits subventionnés étaient proposés avec le soutien de l’Etat.

Pour les bidonvillois ne pouvant pas être relogés ailleurs, le montant de l’apport initial a été fractionné, avec des montants inférieurs ou égaux à 2000 DH pour atteindre progressivement 2700 DH. Cela revenait à faire supporter les frais d’acquisition à un fonds de trésorerie.

Lancement de l’opération en pleine période électorale

Pour que cela se passe bien, il aurait fallu que cela se passe en même temps que les projets publics et qu’il y ait eu une véritable volonté politique. Le fait que le projet ait démarré pendant la période électorale n’a de toute évidence pas aidé à sa réussite.

Aujourd’hui, seule une centaine de ménages bidonvillois sont à Salé El Jadida (sur les 3000 prévus). Le Conseil d’Administration a décidé en juillet 1997 de libérer ce stock, vu la faible demande des ménages bidonvillois, et remis à disposition des autres ménages dont les revenus sont inférieurs à 3600 DH.

Quelles solutions actuellement pour Oued Eddahhab ?

Pour revenir sur Oued Eddahhab, il convient de dire que le quartier a une chance incroyable : le support foncier est facilement maîtrisable, le nombre de ménages aussi (même si les chiffres ne sont pas arrêtés précisément).

Par contre, il présente un inconvénient majeur : que 52 % des parcelles sont inférieures à 30 m2 (selon l’étude de l’ANHI), ce qui veut dire qu’une opération de restructuration ne pourra pas reloger l’ensemble des habitants sur place, à moins de proposer des lots de 20-30m2, ce qui n’est pas recevable (par les habitants eux-mêmes). Il faut rechercher une solution à long terme, penser à l’avenir, aux enfants des habitants actuels…

45% des habitants doivent trouver une solution ailleurs, pour garantir les bonnes conditions de vie de ceux qui resteront sur place et les leur.

Suivant l’étude de l’ANHI, il faut des remembrements ; il faut trouver un deuxième terrain de 3-4-5 ha pour accueillir une partie des habitants. Il va donc également falloir des arbitrages, en partenariat avec les associations et la commune (qui va rester ? qui va partir ?). Il faut que la population soit unie et certaine de faire le bon choix sur l’ensemble de l’opération.

L’ANHI proposait 2 scénarios :

Les solutions existent. La tentative de relogement sur Salé El Jadida n’a pas intéressé les bidonvillois, mais il faut essayer de résoudre les problèmes de terrain, ce n’est pas très compliqué, et cela vaut sûrement la peine de rechercher un financement extérieur (de l’Union Européenne) en complément de fonds de la Communauté Urbaine, de la Commune et de la participation des habitants.

Avant de marquer une pause, la parole a été donnée au Président de la Commune, M. MAZOUZ, qui a affirmé que les conditions actuelles étaient plus favorables qu’auparavant, car : 90 % de l’assainissement de la commune est réalisé ; d’autre part, d’après les calculs de la Commune, il y a de nombreux terrains disponibles, et enfin des équipements sont en train d’être réalisés (éclairage).

Pour lui, il ne reste plus qu’à passer immédiatement à l’action. Il lance pour cela un appel aux différents acteurs (l’Habitat, la Banque Mondiale et les autres).

 

Plan d’aménagement, contraintes techniques et perspectives en matière d’habitat à Karyan El Oued

Par M. BOUAZZAOUI

Architecte à la Commune de Laayayda

L’architecte municipal est intervenu pour parler du Plan d’Aménagement, des contraintes techniques et des perspectives en matière d’habitat à Karyan El Oued, selon le point de vue de la Commune. Après avoir passé en revue les différentes études réalisées dans le quartier, il a fait un exposé sur la situation foncière du quartier à travers la fiche technique ci-dessous :

¨ Situation

Route de la base aérienne,

¨ Nature du terrain et références foncières

P1 : propriété dite " bled joua " , titre foncier n  22543/ R

P2 : propriété dite " bled joua " , titre foncier n° 23024/ R .

P3 : titre foncier n° 22997 /R

P1 et P2 sont des terrains collectifs, et P3 est un terrain domanial.

¨ Superficie du terrain

P1 : 4HA51A90CA ; P2 :4HA32A50CA et P3 : 6HA66A

¨ Superficie occupée par le bidonville

Le bidonville occupe 59000 m_ dont environ 42000 m sur les parcelles P1 et P2 17000m_ sur la parcelle P3.

¨ Nombre de ménages

selon le dernier recensement de 1992, le bidonville comptait 1026 ménages.

Actuellement le nombre de ménages est 1260.

¨ Superficie requise pour la restructuration et le recasement sur place de bidonville

Pour un lot attribué de 60 m_ par ménage, il faudra compter environ 75600m_ de terrain auxquels il faudra ajouter environ 22680 (30%) pour la voirie. Au total, 98200m_ sont requis pour le recasements et la restructuration sur place de bidonville.

Seuls 490 ménages pourront être recasés sur place dans la zone occupée actuellement par le bidonville (42000m_ environ ) sur les parcelles P1 et P2.

Pour un lot attribué de 50m_ par ménage, il faudra compter environ 63000m_ de terrain auxquels il faudra ajouter environ (30 %) pour la voirie et les équipements : soit une superficie totale requise de 54000m_.

Seuls 588 ménages pourront être recasés sur place dans la zone occupée actuellement par le bidonville (42000m_ environ ) sur les parcelles P1et P2 pour le reste de ménages il faudra envisager leur recasement ailleurs.

la scénario 2 est le plus approprié à cette situation du fait qu’il nous permet de recaser environ la moitié des ménages.

Pour un lot attribué de 70m_ par ménage, il faudra compter environ 88200m_ de terrain auxquels il faudra ajouter environ (30 %) pour la voirie et les équipements : soit une superficie totale requise de 114660m_.

Tous les ménages pourront être recasés sur les parcelles P1 et P2 et P3 abstraction faite des prévisions du plan d’aménagement.

¨ Prévisions du Plan d’aménagement :

Selon le Plan d’aménagement, la partie sud du terrain qu’occupe actuellement le bidonville a une superficie moyenne de 42000m_ et fait partie d’une zone à urbaniser en S14E. Autrement dit, les dispositions réglementaires applicables au secteur S14E sont celles applicables dans une zone de restructuration et sont identiques à celles du secteur E2 de la zone E.

Sur les parties des parcelles P1 et P2 inoccupées par le bidonville, le Plan d’aménagement a prévu des équipements (S4, P5, E6, E7, E8, PS1, PS3, PS4) et des voies (LA10, LA11, et LA12) qui mobiliseront une superficie d’environ 42707m_ en plus du collège E20 existant, construit sur une surface de 13482m_.

Sur la parcelle P3, occupée partiellement par le bidonville (17000m_) d’une part et par le dépôts de matériaux de constructions (37328m_) d’autre part, le Plan d’aménagement a prévu des équipements (PS2, PS7, P4, E3, E4, E5, E13, E14, V1 et S3) et des voies (LA9, LA28 et LA30) qui mobiliseront la totalité de la parcelle P3.

Dans ce cas, le recasement du bidonville ne pourra être envisagé que sur les parties libres des parcelles P1 et P2 compte tenu des prévisions du Plan d’aménagement.

S3 et S4 : Centre de santé.

E3, E4, E5, E6, E7, E8, E13, E14 et E20 :Etablissements scolaires.

PS1 , PS2, PS3, PS4 et PS7 : Parc de stationnement.

P4 ET P5 : Equipement public d’intérêt général.

V1 : Espace vert.

 

Débat : restructuration, quelles perspectives à Karyan El Oued ?

Animé par Pr. ADIDI

INAU, RABAT

Introduction au débat : l’expérience du bidonville Akrech

Avant d’ouvrir le débat sur les perspectives de restructurations à Karyan El Oued, Pr. ADIDI a exposé une expérience sur laquelle il a lui-même travaillé : le bidonville d’Akrech, site extrêmement sensible, terrain impropre à l’urbanisation (à proximité d’une décharge) et accidenté, et où les conditions minimales d’hygiène et de sécurité font défaut. Pour avoir une approche comparative, il nous livre les conclusions du sondage d’opinion socio-démographique réalisé sur le site par l’ANHI, et dont l’objectif était d’évaluer les besoins et attentes des habitants. Ces conclusions sont les suivantes :

Trois propositions leur ont été soumises :

La majorité écrasante a opté pour la formule du lot individuel.

Pr. ADIDI a ouvert le débat en réaffirmant que, par rapport à Akrech, Karyan El Oued ne présente que des atouts pour la restructuration : le facteur foncier et le facteur financier (le chiffrage, de 3 milliards de centimes, avance un coût avantageux par rapport à la taille du bidonville).

Intervention des participants

M. MAZOUZ interroge : y a t-il des propositions ? Comment va t-on engager l’opération ? Faut-il composer une cellule réunissant l’ANHI, l’Agence Urbaine, la Commune ? J’aimerai bien qu’on passe à l’action. Quelles solutions est-ce-qu’on nous apporte ?

M. BAOUAN demande si le Plan d’Aménagement est approuvé et définitif ou non. Egalement si les équipements prévus par l’Agence Urbaine (sur l’emplacement du bidonville ou pas ?) seront réalisés.

En réponse à M. BAOUAN, M. EL KASMI précise que le Plan d’Aménagement est homologué, opposable à l’Administration et au Tiers.

La surface occupée par le bidonville n’est pas concernée par les équipements programmés ; cette surface est préservée. Les équipements programmés peuvent paraître nombreux sur le Plan, mais compte tenu de la population existante et prévisionnelle, il faut se dire qu’ils sont insuffisants.

Le premier scénario proposé par l’architecte municipal (le relogement de toute la population sur place) est pratiquement impossible dans le cadre du Plan d’Aménagement car il faudrait empiéter sur l’ensemble des équipements (dont la nécessité d’implantation est acquise). Le deuxième scénario, recasement sur place et recherche d’une opportunité foncière publique, est plus réaliste, le Président de la commune ayant affirmé qu’il avait une réserve de terrains non privés dans la commune.

M. MAZOUZ affirme que la SNEC s’est désistée concernant 400-450 ha de terrains qu’elle devait aménager. On peut donc envisager la possibilité de déplacer les équipements qui ne trouveraient pas de place sur Oued Eddahhab. Par ailleurs, la SNEC possède 70 ha, pour lesquels elle cherche un acquéreur. On peut donc trouver un acquéreur. La distance entre le quartier et le terrain de la SNEC n’étant que de 7 à 9 km, il ne voit pas d’obstacles.

M. EL KASMI revient sur ce qui a été dit par le Président pour rappeler que la programmation des équipements sur le quartier n’a pas été faite de manière aléatoire, mais en fonction de la densité de population prévue. L’Agence Urbaine est consciente du fait que les terrains de la SNEC pourraient accueillir une partie des bidonvillois, du fait qu’ils se trouvent dans la même commune et que seuls 2 ou 3 km les séparent.

Mais il ne faut pas léser certains habitants par rapport aux autres (comme le disait M. ZNIBER dans son intervention), et déplacer les équipements prévus à Oued Eddahhab sur le terrain de la SNEC qui en comprend déjà un grand nombre est irréaliste.

La bonne solution c’est de recaser une partie des habitants sur place et une autre sur le terrain de la SNEC.

M. BAOUAN, à l’instar de ce qui a été dit concernant le niveau réglementaire, demande si le Plan d’Aménagement a été approuvé par la commune et la population.

Par ailleurs, et au-delà des conditions favorables au projet (conditions financières), il demande au Président quelle place la commune accorde sur le plan opérationnel et prévisionnel au fléau que représente la programmation d’opérations sur les terrains du bidonville. Comment la commune voit-elle réellement le problème ?

M. MAZOUZ affirme que les habitants acceptent de se déplacer à condition qu’on leur propose une parcelle. La copropriété ne marchera pas.

En dehors de cela, il n’y a aucun problème ; le projet est sur le bon chemin, il pense qu’il est faisable.

Mme FELLAH réagit en s’appuyant sur d’autres expériences.

Elle rappelle que, comme l’a dit M. ZNIBER, l’Etat est passé des opérations de lotissement (rendue difficiles aujourd’hui de part la rareté des terrains) à la construction (qui se heurte à l’insolvabilité de la population). Les obstacles à la résorption des bidonvilles sont complexes (refus de la copropriété,...)

Personnellement, pour la qualité de la vie et la qualité de l’architecture, elle est pour la construction (il ne faut pas négliger la capacité de construction des habitants).

Mais il ne faut pas négliger les contraintes, surtout au niveau financier. Le plus gros problème c’est l’insolvabilité des habitants.

Après 1992, le Ministère de l’Habitat a réalisé une étude, sur les possibilités en matière de restructuration in situ, et à l’époque, personne ne s’est montré intéressé.

Concernant le bidonville Karyan El Oued, outre le problème de la superficie des parcelles, celui de l’étroitesse des ruelles se pose, sur le long terme (problème de l’ensoleillement).

La dédensification est nécessaire. Il faut repérer les réserves disponibles sur la commune, en collaboration avec l’Agence Urbaine.

Et, par ailleurs, la constitution d’une cellule de réflexion et de suivi regroupant les principaux acteurs (l’ADQ, l’ANHI, l’Agence Urbaine, la Commune, ENDA Maghreb et l’ABR), semble nécessaire pour que ce dossier avance au-delà de cet atelier.

CHAGLALI Med, élu du quartier, s’est demandé pourquoi le plan d’aménagement n’a rien prévu pour ces bidonvillois, pourtant ils étaient là quand celui-ci a été réalisé. Il s’est interrogé sur les possibilités de révision du Plan d’Aménagement, et de déplacement des équipements envisagés sur un autre site de la commune.

Pour M. MAATI, 2éme élu du quartier, qu’est ce qu’il y a à améliorer pour une population vivant dans une baraque de moins de 20 m2 (27 % des bidonvillois) ?

A propos de Sala Al Jadida, les habitants auraient bien souhaité avoir les " clés des appartements ", mais malheureusement, les prix restent hors portée de cette frange de la population. Les gens ont vécu plus de 20 ans dans ce quartier, et ils s’y attachent. Nous souffrons de la chaleur en été et de la pluie en hiver. C’est pour ça que nous demandons vivement aux autorités et aux institutions compétentes d’accélérer le processus d’amélioration des conditions d’habitat. Et les habitants sont prêts selon leurs moyens à participer financièrement a cette opération.

M. LAKHDAR, Président de l’A.D.Q., a tenu au nom des habitants, à remercier les organisateurs de cet atelier et les intervenants, et a confirmé la disponibilité de l’association a jouer un rôle d’intermédiation entre les habitants et les différents acteurs pour la mobilisation communautaire, notamment pour la participation financière dans toutes actions visant l’amélioration des conditions d’habitat dans le bidonville de Karyan El Oued.

M. MAZOUZ réaffirme qu’il n’y a aucune contrainte réglementaire, et que le seul problème est le montage financier, et la mobilisation des fonds complémentaires pour mener telle ou telle opération.

Mme FELLAH, rappelle que la structure existante dans le quartier aura un rôle indispensable dans le choix des scénarios, la concertation avec les habitants et la diffusion des informations concernant le dossier restructuration.

M. EL KASMI est conscient des problèmes de la SNEC, et les difficultés ont été prises en compte par le Plan d’Aménagement. Il propose le rachat du terrain par la commune, et de n’ignorer aucune solution pouvant contribuer à résoudre ce problème.

M. ZNIBER dit qu’il n’est pas question d’apporter des solutions maintenant, mais c’est un engagement des partenariats qui est recherché : le relais institutionnel est nécessaire pour les études et le montage du projet ; une décision politique, au niveau de la Préfecture, de la Communauté Urbaine et de la Commune est indispensable pour résoudre ce problème. Les habitants doivent être associés à toutes les hypothèses, et le tissu associatif créé doit être à la hauteur de la responsabilité, notamment en matière de mobilisation pour la participation financière des habitants. Il ne faut plus s’attendre à des cadeaux de la part de l’Etat.

M. S. WATCHUENG ne situe pas le débat au niveau financier, mais au niveau politique. Il trouve que la position de l’Agence Urbaine reste peu claire vis à vis des équipements programmés par le Plan d’Aménagement et, également, vis à vis du maintien sur place des habitants.

M. H. CHOUAOUTA, a rappelé que les objectifs de cet atelier ne sont pas les scénarios techniques qui doivent être arrêtés définitivement. Il s’agit en priorité de mettre en place le cadre de travail pour mener ce processus de négociation et de mobilisation, notamment en ce qui concerne les critères qu’il faudra définir pour reloger une partie et recaser l’autre sur un autre site. En effet, les discussions s’orientent vers la dédensification.

M. MAZOUZ demande de ne pas polémiquer sur cette question, les terrains sont disponibles et les solutions techniques peuvent être envisageables. Ce qui prime, c’est le montage financier, et surtout s’il y a possibilité d’apports financiers complémentaires pour la réalisation du projet. Les situations de ce type se compliquent quand les choses commencent à traîner, ce qu’il faudra éviter dans notre cas.

En guise de clôture de cette matinée, M. S. WATCHUENG a réaffirmé que l’objectif de l’atelier était de mettre en place un cadre de réflexion, l’action relevant d’une décision politique. Il a invité les participants à se retrouver l’après-midi pour la mise en place de la commission de suivi, et probablement la définition d’un calendrier de travail.

 

Après-midi : vers la restructuration de Karyan El Oued : constitution d’une commission mixte de suivi de l’opération

Mise en place de la Commission mixte de suivi

Animé par M. Mohammed BOUHSINA,Association Mouvement TWIZA, KHEMISSET

M. Mohammed BOUHSINA, a retenu a priori 4 grandes fonctions pour la Commission mixte : foncière, sociale et technique, financière et une fonction de coordination/montage de projet.

M. S. WATCHUENG a rappelé pour les retardataires que la dédensification est actuellement un fait, mais que rien de clair n’est sorti des débats sur les modalités de cette dédensification.

M. BAOUAN a insisté sur l’activité de recherche d’un terrain de recasement (fonction foncière).

Pr. ADIDI a affirmé qu’il fallait avant tout réaliser, en amont, une étude socio-économique pour évaluer les besoins et les attentes des habitants. La fonction première de la Commission est cette identification des souhaits. Ensuite seulement viennent les préoccupations foncières.

Mme FELLAH a estimé qu’il était impossible de définir maintenant les acteurs qui porteront le projet (la plupart de ceux qui seront engagés dans les travaux ne sont par exemple pas là - le Département des Domaines, etc.).

M. S. WATCHUENG a demandé à décliner en thématique ce qu’il restait à faire.

Mme El MOKKI a recommandé de ne pas revenir sur les dispositions du Plan d’Aménagement, qui est déjà homologué.

Après la pause, il s’est agi de définir les acteurs potentiels de la Commission mixte. Nous rendons compte des travaux de définition des objectifs de la Commission mixte dans le tableau ci dessous.

 

 

Objectifs de la Commission de suivi et de coordination du montage d’un projet de restructuration du bidonville de Karyan El Oued dans sa globalité

Fonctions remplies par la commission

Contenu de ces fonctions

Acteurs potentiels

 

Foncière

Recherche de terrain pour les ménages qui ne pourront pas être recasés sur place /

Recherche des opportunités foncières

Agence Urbaine

Commune

Préfecture

Domaine

Conservation foncière

SNEC

 

 

 

Sociale

Études socio-économique et démographique : dynamiques locales, attitude de la population vis à vis de l'habitat

Identification des besoins avec la population

Mise à jour des données disponibles

 

 

Préfecture

INAU

ADQ

ENDA Maghreb

ABR

Commune

 

 

 

Technique

Validation concertée avec la population des différents scénarios

Concertation architecturale et urbanistique du projet (étude VRD)

Etude des contraintes du milieu

Proposition de critères pour le choix des populations à déplacer (scénarios II et III évoqués par l’architecte communal)

 

 

Ecole Nationale d’Architecture

Délégation Provinciale de l’Habitat

Commune

Agence Urbaine

ANHI / ERAC

REDAL

ABR

DASA

 

 

 

Financière

 

Recherche des fonds pour le montage

Evaluation du coût de l’opération

Mobilisation des ressources locales externes

Population

Bailleurs de fonds

(Banque Mondiale / UE)

Institutions financières publiques

Commune

Communauté Urbaine

Préfecture

Ministère de l’Habitat

 

 

 

Coordination / Suivi

Etablissement d’une convention entre les acteurs

Convocation des acteurs et restitution des réunions

Recherche de complémentarité entre les intervenants en fonction des compétences

 

 

ENDA Maghreb

Préfecture

Commune

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Séance de Cl™ture de l’Atelier

M. WATCHUENG, Chargé de programmes à ENDA Maghreb : il faudra déplacer une partie de la population et de nombreuses questions restent en suspens

Après avoir salué la présence de M. le Gouverneur et de M. Mohamed NACIRI, Vice-président du Conseil d’Administration de ENDA Tiers Monde pour cette cérémonie de clôture, M. S. WATCHUENG a rappelé les objectifs de cet atelier, et a conclu par une petite synthèse des travaux :

La dédensification est inévitable à Karyan El Oued, et il ressort à présent un ensemble de tâches qui restent en suspens. L’objectif de cet atelier n’était d’ailleurs pas de trouver des solutions immédiatement, mais de mettre en place le cadre de réflexion qui (nous) amènera vers ces solutions. Il y a particulièrement un ensemble de problèmes à régler sur les plans foncier (recherche de terrains), social (participation de la population), technique (études de faisabilité) et financier (montage local et extérieur). Un suivi du présent atelier est donc nécessaire. C’est le but de la Commission.

M. MAZOUZ, Président de la Commune : nous souhaitons que la Commission voit le jour

Nous remercions tous ceux qui de près ou de loin ont participé à la tenue de cet atelier. Et nous espérons que cette commission verra le jour, et nous restons à votre disposition pour le montage technique et social du projet.

M. Mohamed NACIRI, Vice-président d’ENDA Tiers Monde : paix sociale et perceptions du facteur temps

Après une présentation de ENDA Tiers Monde, M. NACIRI a philosophé sur la notion de "temps" (temps politique / temps social...).

En ce qui concerne l’aménagement, il a souligné les choix souvent difficiles imposés par les documents d’urbanisme, comme c’est le cas pour le Plan d’Aménagement, et insisté sur la nécessité de trouver des solutions négociées. L’objectif est la paix sociale (réf. au "nettoyage" d’Alger par les autorités avant 1970).

La crise de l’urbain à laquelle nous devons faire face demande du temps, de la patience et de la persévérance.

Il a abordé également le problème de la coopération : pour réaliser la synergie et l’interaction nécessaires à l’action, il faut de la patience. Reste le problème de la globalité, de la vue d’ensemble des problèmes. Dans la synergie, il faut distinguer les facteurs dynamisants et ceux qui risquent de bloquer l’action. La coordination est très importante pour agir.

Enfin, il est revenu sur son premier contact avec la commune de Laayayda, en 1994, lors d’un cours post-grade organisé avec des Suisses et qui avait abouti à une étude et un exposé. A l’époque, ils recherchaient des solutions évolutives, extrêmement modestes. Anecdote : discutant avec un administrateur autour de questions d’assainissement, ce dernier limita l’importance des solutions alternatives proposées. Pour lui, un plan existait et devait, 16 années plus tard, régler tous les problèmes d’assainissement. M. NACIRI lui répondit qu’ils n’étaient pas là pour faire le travail de l’Administration (la planification, l’aménagement des ressources,...) mais pour apporter de toutes petites choses utiles et durables (la logique de l’action d’ENDA Maghreb doit être bien comprise).

Pour conclure, M. NACIRI a déclaré qu’aux vues de tous les acteurs potentiels déterminés au terme de cet atelier, il a l’espoir qu’une coordination sera réalisée et une action sera entreprise dans le quartier.

M. EL MAADI, Gouverneur de Salé El Jadida : soutien de la Préfecture au projet de restructuration de Karyan El Oued

M. le Gouverneur a affirmé retenir le message de sagesse de M. NACIRI et être orienté vers la même recherche de paix sociale. Il estime également qu’entre le temps politique et le temps technique, il y a des choses à faire, tant que le dossier est bien monté.

Au nom de la nouvelle Préfecture qu’il représente, il s’engage à collaborer au projet de restructuration de Karyan El Oued, pour qu’il soit exécuté dans les plus brefs délais.

 

Annexes