contexte politique national en matière de lutte contre l’habitat insalubre

 

Politiques et expériences de l’Agence Nationale de lutte contre l’Habitat Insalubre (ANHI)

Par M. Najib BENYAHIA

ANHI, Rabat

L’ANHI est un opérateur qui met en œuvre une stratégie et une politique définie en amont par le Ministère de tutelle. Créée le 14 janvier 1984, l’ANHI a connu une évolution en trois phases.

Période de 1984 ˆ 1985 : réduire l’implication directe de l’Etat par la création de l’Agence

Dans cette phase, l’Etat était le seul opérateur et a habitué les habitants à des apports importants par rapport au budget. Plusieurs opérations ont ainsi été réalisées à fonds perdus. Suite à la crise de la fin des années 70 (crise du phosphate…), des réflexions ont été lancées pour tenter de réduire l’implication directe de l’Etat dans ce type d’opération. Ainsi, le Plan Quinquennal de 1981 prévoyait, pour parvenir à l’équilibre financier de ces opérations, la création d’une structure capable d’assurer sa propre pérennité. C’est ainsi que l’ANHI fut créée en 1984.

Elle a bénéficié au départ d’un fonds de l’Etat lui permettant d’achever les opérations en cours, de les réorienter ou d’en concevoir de nouvelles. Plusieurs sites étaient concernés à cette époque : Taza, conformément à la vocation de l’ANHI de travailler d’abord sur les villes moyennes (l’éradication totale des bidonvilles a permis à l’ANHI d’être gratifiée du Prix d’honneur de l’Habitat par les Nations Unies en 1995) ; Khouribga, dont la croissance a été maîtrisée grâce aux interventions volontaristes ; Fès, où il s’est agi de réorienter des actions initiées précédemment par l’Etat et Ben Slimane, où les opérations ont consisté en la viabilisation et la régularisation foncière d’un lotissement de recasement ; Bouznika (idem)…

Les opérations entreprises à Khouribga sur le grand bidonville " Mekhzen ", de par l’étroite collaboration avec la municipalité, ont permis d’expérimenter le système de la péréquation (un tiers des unités avaient été destiné à des populations intermédiaires afin de dégager des moyens financiers pour les recasements). Ce système de péréquation a permis par la suite de réaliser des opérations d’envergure, intégrées, dans de nombreuses villes. Il a aujourd’hui atteint ses limites.

Période de 1986 ˆ1991 : orientation de l’ANHI vers une politique de ville, et actions sur les quartiers dits clandestins

Après confirmation sur le terrain, un programme d’action à l’échelle nationale a été mis en place, avec une priorité pour les villes moyennes (armature structurante du réseau urbain marocain), selon une stratégie de ville et non plus de projet.

De nombreux plans furent établis pour limiter l’évolution des bidonvilles : à Larache, Tanger, Agadir, Oued Zem…

Cette période a également été marquée par le transfert des attributions d’urbanisme du Ministère de l’Habitat au Ministère de l’intérieur (ce qui pris une année).

C’était aussi l’époque des grandes interventions urbaines. Initiées par des urbanistes étrangers, elles privilégiaient l’aménagement foncier et l’auto-construction (relogement ou recasement en hauteur).

L’ANHI a été contrainte de suivre cette politique de construction, qu’elle n’a expérimentée que sur un seul site : à Agadir (190 ménages), sur un terrain très difficile (organisation tribale de la population issue de Laayoune). Après réalisation, les habitants ont refusé de s’y installer, ont vendu leurs maisons à d’autres ménages, et ont finalement accepté de participer à la construction d’embryons de 50 m_.

Cette deuxième phase a permis de développer par ailleurs une seconde mission de l’ANHI, la restructuration de l’habitat clandestin (dont la croissance a été forte en 1986 et concerne aujourd’hui 40% du logement au Maroc). Ce programme prioritaire a bénéficié d’une subvention de 200 millions de dirhams, et est réalisé à hauteur de 80% aujourd’hui. Il a concerné les villes de Tétouan (assistance technique à la Commune) ; Safi (valorisation de la ville) ; Azrou, et Tanger.

Période de1992 ˆ1998 : lancement d’opérations en maîtrise d’ouvrage directe, grâce aux ressources générées par la péréquation

La mise en place de la péréquation a permis de générer des ressources et de mettre en œuvre des opérations en maîtrise d’ouvrage directe.

De plus, en 1992, l’ANHI était le premier opérateur a bénéficier d’un financement extérieur de long terme de la part de l’USAID. Les sites concernés sont Meknès, Marrakech (élargissement de l’action de l’ANHI aux grandes villes), Berkane, Kénitra.

M. BENYAHIA considère Casablanca et Rabat comme des cas à part, parce que ces agglomérations concentrent toutes les complexités urbaines.

De nouvelles orientations pour l’avenir

Les orientations actuelles de l’ANHI sont les suivantes :

 

Analyse et évaluation de la politique de relogement des bidonvillois au Maroc

Par M. Hassan BAHI

Economiste, Ecole Nationale d’Administration (ENA), RABAT

Des politiques vacillantes en matière de relogement au Maroc

Lors de son intervention, M. BAHI a présenté les résultats d’une étude commanditée par le Ministère de l’Habitat et financée par la Banque Mondiale.

Il a commencé par évoquer la problématique qui pour lui est centrale dans le cadre des opérations de relogement au Maroc : faut-il lotir ou construire ? Faut-il attribuer des lots ou des logements préconstruits ? L’absence de réponse claire à ces questions est, pour lui, à l’origine des hésitations et des ballottements des politiques de relogement au Maroc.

Une précision sur la terminologie s’impose

M. BAHI a ensuite précisé le contenu de quelques notions de base : pour lui, on parle de relogement quand on attribue des lots viabilisés constructibles à des bidonvillois, et on parle de restructuration quand on réalise des aménagements sur site dans des quartiers clandestins. Les études montrent que les opérations de relogement sont adaptées aux besoins des ménages bidonvillois. En effet, ceux ci, essentiellement d’origine rurale et attachés à leur mode de vie antérieur (persistance de l’élevage…), s’adaptent difficilement à la vie en appartement, à travers laquelle apparaissent des problèmes de gestion des espaces collectifs. Cependant, la politique de relogement pose un certain nombre de difficultés par rapport aux capacités de financement de la plupart des ménages bidonvillois (faiblesse des revenus et non accès au crédit bancaire).

Les objectifs de l’étude et la mythodologie adoptée

L’étude proprement dite avait un triple objectif :

Deux questions fondamentales ont guidé la réflexion :

La méthodologie de l’enquête a été la suivante :

L’équipe d’enquête, pluridisciplinaire, a élaboré des indicateurs sociologiques, démographiques, économiques et environnementaux afin de mener une évaluation rigoureuse et une analyse comparative.

Résultats obtenus à partir des enquêtes

Les résultats de l’étude sont les suivants :

Résultats chiffrés :

Les points négatifs des opérations de relogement sont les suivants :

Recommandations à l’issue de l’étude

A l’issue de cette étude, les recommandations suivantes peuvent être faites :

En ce qui concerne les effets de glissement :

En ce qui concerne la taille des lots, le chiffre de 80 m_ semble approprié.

Il convient enfin de mieux connaître les caractéristiques socio-économiques, le point de vue et les attitudes des populations concernées par les opérations de relogement.

Pour finir, il faut dire que les communes sont appelées à jouer un rôle central pour répondre à ce genre de problèmes. Mais, en absence de moyens et surtout face à l’incapacité de gestion les solutions deviennent plus difficiles à concrétiser. En effet les acteurs locaux, notamment municipaux, manque de formation en matière de gestion et de planification. Et on parlant de moyens, il y a des communes qui disposent de budgets annuels ne dépassant pas les 300 000 DH.

Ainsi, il va falloir penser au problème de la gestion communale en terme de capacité de ceux qui ont la responsabilité et des moyens disponibles.

 

Débat : restructuration, quelles perspectives au Maroc ? 

Animé par Mme Françoise NAVEZ BOUCHANINE

Institut d’Aménagement et d’Urbanisme (INAU), RABAT

L’absence d’une évaluation des opérations de restructuration au Maroc

La première question qu’a soulevée Mme BOUCHANINE est celle de l’incapacité à produire une synthèse sur le thème de la restructuration au Maroc, alors même que plusieurs opérations de ce type ont été réalisées :

Cette absence de corpus évaluatif sérieux sur la question laisse croire que ces opérations ont été " forcées ". De fait, on dispose de trop peu de matière pour avoir un jugement argumenté sur la question.

Pour ouvrir le débat, il faut distinguer " le produit urbain " du contexte socio-urbain dans lequel on vit, avec ses contraintes. Il paraît tout d’abord essentiel de sortir du rêve de ville idéale, présent chez les décideurs et chez de nombreux architectes-urbanistes, et qui est en décalage avec la réalité économique et sociale. En ce qui concerne les bidonvilles, il est important de regarder ce qu’ils sont aujourd’hui et de comprendre comment on en est arrivé là. Beaucoup de bidonvilles actuels sont issus d’opérations de recasement (successives pour certains).

De plus, il faut cesser de considérer les bidonvillois comme des fautifs. Il faut bien se rendre compte de la dimension structurelle de l’urbanisation, de la transformation irréversible de la structure économique du pays. Il faut également garder à l’esprit que l’urbanisation et la croissance démographique vont augmenter, et que la population pauvre augmentera au moins au même rythme que la population urbaine globale. Il faut donc s’inscrire dans une certaine progressivité, pour répondre à la demande réelle.

Il faudra certainement éviter les modèles

La seconde interrogation concerne la méthode d’intervention que nous recherchons. Sommes-nous à la recherche d’une nouvelle méthode applicable à tous les sites ? Certes non ! La restructuration n’est pas une sorte de cahier de charges à appliquer uniformément au niveau national.

On se dirige vers une méthodologie du " cas par cas ", qui doit s’appuyer sur une définition politique d’après des lignes programmatiques précises.

Concernant les opérations de restructuration qui existent déjà, il serait intéressant de voir les conditions d’acceptation des différents acteurs (institutionnels, experts, population…) :

Enfin, on peut considérer les avantages réels de la restructuration :

Mais il faut aussi comprendre les problèmes qui se posent à la restructuration d’un quartier :

Questions posées par les participants :

Apports et tentatives de réponses des intervenants :

M. BENYAHYA :

M. BAHI :

 

Mme NAVEZ BOUCHANINE :

Un représentant de l’Association de Développement du Quartier Karyan El Oued (ADQ) a mis l’accent sur les problèmes qui peuvent se poser lors d’un éventuel déménagement.

Le problème du chômage reste la principale préoccupation : la plupart des habitants travaillent au marché (soit qu’ils y vendent des légumes, soit qu’ils possèdent une échoppe, une charrette, certains sont mécaniciens,…) ; ils sont très attachés à ce lieu et s’ils en sont éloignés, se sentiront abandonnés ; ils n’auront par ailleurs pas les moyens de se déplacer de leur domicile à leur lieu de travail. Il sollicite, au nom des habitants, les responsables à revoir le dossier du recasement de Karyan.

Il ajoute que les habitants sont confrontés à de nombreux problèmes : on leur interdit de profiter de la vie comme tous ceux qui ont des droits (il parle de droit au logement). Ceux qui vivent dans ce bidonville depuis leur enfance n’ont pas eu le choix, personne parmi nous ne choisit son père, sa mère, et surtout sa situation socio-économique. Eu regard à la civilisation et à la religion, il n’est pas normal qu’un jeune homme de 23 ans comme lui couche dans la même chambre que ses parents et sa sœur. Quand ils voient les autres, ils se rendent compte que nous sommes privés de nos droits, notamment le droit à un habitat viable.

Pour cela, ils espèrent qu’à l’issu de cet atelier, une solution verra le jour et le problème du logement sera résolu.

 

M. BENYAHYA, a demandé la parole pour remercier ENDA Maghreb d’avoir aidé à la constitution de l’association des habitants. Il a ajouté que la création d’une telle association dans un tel contexte est une expérience novatrice au Maroc, et qu’il faut en être très fier.

Si cette association s’organise, c’est elle qui apportera la solution. En effet, notre Agence nationale de protection du logement est intervenue avec la Délégation du logement et le Ministère du logement pour trouver une solution entre 1988 et 1989, et nous avons mené des études dans le but d’améliorer les conditions d’habitat dans ce quartier. Plusieurs scénarios ont été proposés, mais l’absence d’une position claire et unique des différents acteurs a rendu l’intervention difficile. Pour cela il faut lier le problème de Karyan à celui des quartiers clandestins avoisinants, notamment en matière d’infrastructures. Et 1995, cette étude est tombée dans l’oubli, mais il ne faut pas croire que vous êtes les seuls a souffrir de ces conditions insalubres. Des milliers de familles marocaines vivent dans des conditions similaires. Et toutes les données sont actuellement favorables pour pouvoir résoudre ce problème, donc préparer vous à agir.

Problématique de la restructuration de Karyan El Oued