COMPTE RENDU DE L’ATELIER DE REFLEXION SUR LA RESTRUCTURATION DE L’HABITAT A KARYAN EL OUED, SALE, MAROC

 

Salé, les 18 et 19 février 1999

Enda Maghreb

 

Avec l’appui de la Commission Européenne

(Programme d’Economie Environnementale, Urbaine et Populaire, PRECEUP)

 

SOMMAIRE

 

Ouverture de l’atelier

Messages d’ouverture *

Synthèse des différentes allocutions d’ouverture *

Message du Dr Magdi IBRAHIM : l’aboutissement d’un long processus d’intermédiation et d’action sociale, et le prélude d’une étape nouvelle… *

Interventions dans le bidonville depuis 1993

Les actions socio-économiques et environnementales réalisées dans le quartier *

Contexte général *

Objectifs du projet PRECEUP dans le quartier *

Récapitulatif des actions socio-économiques et environnementales *

Vers une restructuration du bidonville *

Contexte politique national en matière de lutte contre l'habitat insalubre

Politiques et expériences de l’Agence Nationale de lutte contre l’Habitat Insalubre (ANHI) *

Période de 1984 à 1985 : réduire l’implication directe de l’Etat par la création de l’Agence *

Période de 1986 à1991 : orientation de l’ANHI vers une politique de ville, et actions sur les quartiers dits clandestins *

Période de1992 à1998 : lancement d’opérations en maîtrise d’ouvrage directe, grâce aux ressources générées par la péréquation *

De nouvelles orientations pour l’avenir… *

Analyse et évaluation de la politique de relogement des bidonvillois au Maroc *

Des politiques vacillantes en matière de relogement au Maroc *

Une précision sur la terminologie s’impose… *

Les objectifs de l’étude et la méthodologie adoptée *

Résultats obtenus à partir des enquêtes *

Recommandations à l’issue de l’étude *

Débat : restructuration, quelles perspectives au Maroc ? *

L’absence d’une évaluation des opérations de restructuration au Maroc *

Il faudra certainement éviter les modèles… *

Questions posées par les participants : *

Apports et tentatives de réponses des intervenants : *

Problématique de la restructiration de Karyan El Oued: le point de vue des acteurs de l'Habitat de la ville de Salé

Ce que prévoit le Plan d’Aménagement à Karyan El Oued *

Le Plan d’Aménagement, résultat d’une démarche à plusieurs étapes *

Eléments fondamentaux du Plan de restructuration de Oued Eddahab *

Recommandations pour une intervention dans le bidonville de Karyan *

Le projet Sala El Jadida *

Salé El Jadida, une solution globale face à la demande sociale de Rabat-Salé *

Il n’y aurait plus eu de bidonvilles à l’horizon 2000-2001… *

Des avantages significatifs pour les bidonvillois *

Lancement de l’opération en pleine période électorale… *

Quelles solutions actuellement pour Oued Eddahhab ? *

Plan d’aménagement, contraintes techniques et perspectives en matière d’habitat à Karyan El Oued *

Débat : restructuration, quelles perspectives à Karyan El Oued ? *

Introduction au débat : l’expérience du bidonville Akrech *

Intervention des participants *

Mise en place d'une Commission de suivi et séance de clôture de l'atelier

Mise en place de la Commission mixte de suivi *

Séance de Clôture de l’Atelier *

M. WATCHUENG, Chargé de programmes à ENDA Maghreb : il faudra déplacer une partie de la population et de nombreuses questions restent en suspens… *

M. MAZOUZ, Président de la Commune : nous souhaitons que la Commission voit le jour… *

M. Mohamed NACIRI, Vice-président d’ENDA Tiers Monde : paix sociale et perceptions du facteur temps… *

M. EL MAADI, Gouverneur de Salé El Jadida : soutien de la Préfecture au projet de restructuration de Karyan El Oued *

Annexes

Annexes *

 

 

Présentation du contexte

Matinée : le contexte du bidonville Karyan El Oued

Messages d’ouverture

L’atelier a démarré par un ensemble d’allocutions des représentants des principales institutions impliquées dans cette réflexion. Dr Magdi IBRAHIM, Coordinateur des programmes à ENDA Maghreb, avant d’intervenir lui-même, a successivement passé la parole à Monsieur EL MAADI, Gouverneur de la Préfecture de Salé El Jadida, Monsieur SENTISSI, Président de la Communauté Urbaine de Salé, Monsieur MAZOUZ, Président de la Commune Urbaine de Laayayda, Monsieur ZNIBER, Secrétaire Général de l’Association Bou-Regreg et Directeur de l’Agence commerciale de Salé El Jadida, Monsieur DE LA CABALLERIA, Représentant de la Délégation de la Commission Européenne, Monsieur ALAOUI, Représentant de l’Ambassade du Japon, Monsieur LYAMOURI, Représentant de la Banque Mondiale et Madame FELLAH, Déléguée de l’Habitat à Salé.

Synthèse des différentes allocutions d’ouverture

M. EL MAADI, Gouverneur de la Préfecture de Sala Jadida, a appelé de ses vœux la recherche d’une solution définitive pour le quartier de Karyan El Oued, qui pourrait servir d’exemple à la résolution des problèmes vécus par d’autres quartiers du même type au Maroc.

M. SENTISSI, Président de la Communauté Urbaine, de Salé a commencé son discours par saluer les initiatives d’ENDA au niveau de Salé, et a rappelé le rôle que peut avoir l’institution qu’il préside en matière de résorption des bidonvilles, en tant qu’acteur pouvant intervenir dans un champ dépassant celui de la commune (au niveau géographique). Il a conclut par des propositions concrètes qui peuvent aider la communauté et les communes à agir dans ce domaine.

M. MAZOUZ, Président de la Commune Laayayda, après avoir rappelé les actions qui ont été menées dans le quartier, a confirmé l’ouverture de sa commune à toutes initiatives pouvant contribuer au développement de celle-ci. Et en ce qui concerne Karyan El Oued, il a précisé que les habitants ont longtemps attendu, et que le temps est venu pour améliorer leurs conditions d’habitat. Il s’engage pour cela à participer à toutes les étapes du processus pour un éventuel projet de restructuration de ce bidonville.

M. ZNIBER, Secrétaire Général de l’Association Bou Regreg, a insisté sur le rôle fondamental que doit jouer un tissu associatif dynamique et responsable dans l’accompagnement de toutes les phases du projet de restructuration à venir. Il a également fait ressortir la nécessaire synergie entre tous les acteurs concernés par ce projet, et l’importance de la mobilisation institutionnelle qui doit accompagner l’action associative.

M. DE LA CABALLERIA, Représentant de la Délégation de la Commission Européenne, a fait remarquer qu’avec des fonds relativement modestes, dans le cadre du programme PRECEUP, il a été possible de réaliser des actions exemplaires qu’il faudrait envisager de répliquer.

M. ALAOUI, Représentant de l’Ambassade du Japon, a affirmé que son institution est prête à examiner les projets qui émergeront de cet atelier et de ce processus de réflexion. Il a évoqué les atouts que peut constituer la mise en place de mécanismes de cofinancement associant les bailleurs de fonds, les institutions nationales et les Communes.

M. LYAMOURI, Représentant de la Banque Mondiale, a exprimé son intérêt pour cette initiative, car elle fait preuve d’un grand dynamisme et met en œuvre des concepts nouveaux et porteurs, tels que l’approche participative, la concertation et la synergie entre les acteurs. Les actions antérieures de la Banque Mondiale dans le domaine de l’habitat au Maroc, menées an partenariat avec les institutions nationales, ont été rapidement évoquées.

Mme FELLAH, Déléguée de l’Habitat à Salé, a rappelé que chaque cas est particulier, et a formulé le souhait de voir cette réflexion déboucher sur des recommandations concrètes.

Message du Dr Magdi IBRAHIM : l’aboutissement d’un long processus d’intermédiation et d’action sociale, et le prélude d’une étape nouvellée

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais tout d’abord, au nom des collègues de l’Association Bouregreg, notre partenaire, et de ceux d’ENDA Maghreb, vous remercier d’avoir répondu à notre invitation à participer et contribuer aux travaux de l’atelier de réflexion autour des perspectives de restructuration du quartier bidonvillois de Karyan El Oued, situé au sein de la Commune de Laayayda.

Cet atelier constitue à la fois l’aboutissement d’une dynamique lancée depuis près de cinq années et le prélude à une étape nouvelle dont l’objectif est de rendre effective l’intégration d’une communauté au sein du tissu urbain. Les objectifs de cet atelier de deux jours consistent principalement :

Je disais donc, qu’il s’agissait d’un aboutissement, dans ce sens où les différentes études réalisées avec l’appui de l’ABR et ENDA Maghreb depuis 1993, précédées ou suivies par des recherches monographiques menées par des partenaires tels que l’ANHI, l’INAU et le PACT-ARIM, sans compter les travaux de recherches de nombreux stagiaires en fin de cycle académique, s’étaient à l’époque trouvées confrontées à plusieurs contraintes ; celles liées d’une part au statut foncier d’un quartier non pris en compte par le Plan d’Aménagement, et d’autre part celles dues à l’inaccessibilité des moyens financiers à même de permettre d’initier des actions, autour de la résolution de la problématique de l’assainissement des abords du quartier.

Ces contraintes nous amèneront à revoir les priorités d’action, et les moyens de renégocier avec la collectivité et les autorités locales les possibilités de résolution de certaines contraintes environnementales portant préjudice à une image positive que l’observateur externe peut porter sur le quartier.

Ces actions passeront par la valorisation de certains savoir-faire des habitants du quartier.

Je me dois ici de rendre un hommage au groupe de femmes de l’Atelier Nakasha (une dizaine au départ, actuellement près de soixante), qui ont permis à travers leurs productions d’artisanat de recyclage d’ouvrir sur le quartier une fenêtre d’espoir.

De même, la mobilisation des habitants autour d’un projet de vie en communauté a été révélatrice d’une volonté de ne pas quitter un espace urbain autour duquel ces habitants ont trouvé leurs repères d’insertion en termes d’emploi et d’accès aux biens et services, …

Il me revient également de saluer ici les partenaires institutionnels locaux, qui ont fait preuve de compréhension et de capacité d’être à l’écoute des préoccupations d’une communauté en quête de reconnaissance sociale.

Cette ouverture aura permis dès fin 1996 d’envisager la résolution du problème des nuisances, lié à un égout à ciel ouvert à la périphérie du quartier - en termes d’impact sur la santé des habitants, et plus simplement d’image négative, reflétée par ce qu’on avait coutume de dénommer " Oued El Khaneze "- et d’évoluer vers une solution pour la gestion des déchets domestiques à l’échelle de la communauté.

Outre ces actions, qui ont pu se concrétiser avec la contribution de la Commission Européenne à travers le Programme d’Economie Environnementale, Urbaine et Populaire (PRECEUP), d’autres initiatives visant l’amélioration des conditions socio-économiques des familles les moins nanties du quartier seront menées avec l’appui de divers partenaires, et je voudrais citer le Service Culturel, Scientifique et de Coopération de l’Ambassade de France, l’UNICEF, le FCIL, le CFSI, l’AWA et OXFAM Québec. Ces initiatives n’auraient par ailleurs abouti à certains résultats sans l’apport de nombreux volontaires bénévoles, qui ont généreusement contribué aux efforts menés pour l’alphabétisation et la formation des jeunes, l’animation et la sensibilisation des femmes autour de thématiques diverses …

A cette phase du processus, une étape nouvelle s’annonce. Elle consiste à aborder dans sa globalité la question de l’accès à un habitat et à un cadre de vie décent pour une communauté de plus de 8000 habitants. L’alternative du relogement de certains ménages et familles dans le cadre de la ville de Salé El Jadida a été proposée et reste d’actualité pour ceux qui le souhaitent ; de même, la possibilité du maintien sur site et d’intégration définitive au sein de la Commune de Laayayda des habitants, qui le désirent, constitue une autre possibilité à envisager. Les aménagements par rapport à ce dernier scénario existent, et les partenaires de la collectivité locale, qui ont donné leur accord sur le principe, espèrent, tout comme ENDA Maghreb, que les décisions appropriées de la part des autorités compétentes en matière d’urbanisme et d’aménagement du territoire ainsi que celles de la Préfecture de Salé El Jadida viendront consolider la perspective d’intégration des habitants de Karyan El Oued, en quête d’une stabilité quant à leur statut en tant que citoyen vivant dans la Préfecture de Salé El Jadida.

Nous avons besoin dans l’étape à venir de mobiliser les moyens humains et financiers à même de permettre de procéder au montage du dossier technique nécessaire à une opération de restructuration du quartier ; cette dernière devrait elle-même ne pas être encore retardée par de longs délais dans la mobilisation des fonds appropriés.

Nous pouvons évoluer à l’échelle de la Commune de Laayayda vers un travail plus en profondeur permettant l’émergence de Plans d’Action concertés, tels que ceci est actuellement le cas sur la commune de Bab Lamrissa avec le soutien de l’Union Européenne. Sur cette dernière commune des initiatives de type participatif permettent à la fois une meilleure responsabilisation des citoyens et l’évolution vers des solutions alternatives et appropriées aux questions de gestion de l’environnement urbain ; l’Unité de Tri et Compostage des déchets, inaugurée récemment à l’occasion de la Marche Verte, est un des exemples les plus illustratifs des actions qui peuvent contribuer à intégrer les dimensions sociales, environnementales et économiques dans la gestion du développement urbain.

J’espère que les travaux du présent atelier pourront aboutir à la constitution d’un mécanisme de concertation et de suivi, sous forme par exemple d’une commission mixte qui regrouperait les intervenants techniques, décisionnels, académiques et bailleurs de fonds. Nous pourrions ainsi au-delà des débats de ces deux journées poursuivre le travail de fond qu’il y a lieu de mener pour la résolution définitive de la problématique de l’habitat de la communauté de Karyan El Oued.

Je voudrais enfin dire que l’engagement d’ENDA Maghreb sur la ville de SALE est à l’image du potentiel et du patrimoine qu’elle recèle ; nos actions ont jusque là été menées en concertation et partenariat avec nos amis de l’ABR, et je formule ici le souhait que ces actions aillent en se renforçant autour de synergies à établir avec les différents acteurs institutionnels locaux au service d’une logique de développement urbain, qui soit équitable pour ses citoyens, et respectueuse de l’environnement.

Cette séance introductive a été suivie par un rappel des objectifs de cet atelier :

 

Les actions socio-économiques et environnementales réalisées dans le quartier

 

Contexte général

Le quartier de Karyan El Oued est un bidonville qui fait partie de la Municipalité de Laayayda, elle-même appartenant à la communauté Urbaine de Salé. Il est situé à la limite externe du périmètre urbain de l’agglomération de Salé. Ce quartier regroupe environ 8000 habitants, vivant dans des conditions socio-économiques difficiles (pauvreté, instabilité foncière), et connaît également de graves problèmes d’assainissement liquide et solide. La situation au départ, justifiant l’intervention de l’Organisation internationale Non Gouvernementale ENDA Maghreb, était caractérisée par une instabilité foncière sur fond de menaces de déguerpissement, l’absence d’un réseau d’assainissement liquide, l’existence d’un égout à ciel ouvert servant de décharge sauvage des ordures ménagères. Le besoin d’action répondait alors à des demandes insistantes de la part de la population du bidonville.

L’Association Bou Regreg de Salé (ABR) et ENDA Maghreb, partenaires initiaux du projet, avaient déjà réalisé plusieurs actions et études dans le bidonville, l’architecte communal étant également membre de l’ABR et collaborateur bénévole d’ENDA Maghreb.

Objectifs du projet PRECEUP dans le quartier

Le projet PRECEUP (Programme d’Economie Environnementale, Urbaine et Populaire financé par la Commission Européenne) qui a démarré en janvier 1997 avait pour objectif global l’amélioration des conditions de vie dans le bidonville de Karyan El Oued.

Les objectifs spécifiques de ce programme, définis suite aux études et enquêtes réalisées depuis 1993, ont été établis comme suit :

Récapitulatif des actions socio-économiques et environnementales

Grâce à la contribution de la Commune, des habitants (femmes et jeunes filles) et des financements complémentaires, notamment de l’UNICEF, de l’Ambassade de France, du CFSI et de l’American Women Association de Rabat (AWA), et de la Commission Européenne (PRECEUP), et sous la coordination d’ENDA Maghreb, des actions inscrites dans le processus de mobilisation communautaire dans le quartier ont été entreprises :

Vers une restructuration du bidonville

L’action de mobilisation communautaire accompagnant les activités menées dans le quartier a permis d’établir un partenariat entre la population, les autorités locales et la Commune de Salé Laayayda. Ce partenariat est également le résultat d’un processus d’intermédiation à la fois long et nécessitant une approche de proximité. Actuellement, les discours des responsables laissent peu d’interrogations par rapport au recasement du bidonville sur place, même si le quartier n’a pas été programmé dans le cadre du plan de recensement, contrairement à la plupart des bidonvilles de Salé.

L’environnement local a été nettement amélioré (mise sous tuyau de l’oued, construction des bacs d’apport volontaire, campagnes de nettoyage) et les conditions de vie se voient améliorées (micro crédit, alphabétisation, activités génératrices de revenu…). Toutefois, la restructuration " aiguise " l’appétit de la population qui espère également améliorer ses conditions d’habitat.

Compte tenu de cette nouvelle donne et vues les difficultés d’animation et de négociation en perspective, il s’est avéré nécessaire d’organiser cet atelier d’information et de réflexion autour de la restructuration, afin de clarifier les positions des différents partenaires intéressés par la question de l’habitat insalubre. Il permettra également de lancer la mise en place d’une stratégie pour la formulation d’un projet visant l’amélioration des conditions d’habitat dans le quartier, à l’instar d’autres expériences réalisées au Maroc en matière de résorption de l’habitat insalubre.

 

Après midi : contexte politique national en matière de lutte contre l’habitat insalubre