CHAPITRE III: RESULTATS ET CONCLUSION
3.1. Les résultats
De sa création en 1992 à maintenant, Faso Kanu a:
- crée 34 emplois permanents (dont 11 pour les membres du GIE):
- 10 charrettiers
- 1 gardien
- 5 superviseurs
- 5 balayeuses (marché)
- 2 collecteurs (marché) ordures avec pousse-pousse
- 2 recouvreurs de taxe de ramassage
- 2 pousseurs
- 4 manoeuvres (périmètre maraîcher) activité suspendue
- 3 agents à la permanence
Les 34 employés par le GIE tous de Djicoroni Para reçoivent régulièrement un salaire mensuel payé grâce aux ressources générées par le ramassage des ordures et les activités de maraîchage, des emplois temporaires (crieur public et journaliers à létat major);
En plus des emplois créés d'autres résultats ont été obtenus
l'amélioration de l'état de propreté du quartier par la suppression de beaucoup de dépôts anarchiques;
l'implication de la population à travers les comités de sage a permis à celle-ci de critiquer les activités du GIE de faire des propositions et de considérer l'assainissement comme un problème de la communauté;
L'implication des autorités de la communauté dès le début de l'opération a été un facteur positif. Elles ont facilité le travail du GIE et amené beaucoup de gens à comprendre que l'assainissement du quartier concerne la communauté toute entière.
"Le projet Kana" est le projet de la communauté, et non celui du GIE Faso Kanu a dit un notable lors d'un meeting.
Les comités de sage se considèrent comme propriétaire de l'opération de ramassage. En 1995, les jeunes du quartier voulaient que le GIE déguerpisse le dépôt de transit, car celui-ci était situé sur leur terrain de football. La coordination des comités de sages est intervenue pour ramener les jeunes à l'ordre car ce sont les vieux qui avaient désigné cet endroit.
la rigueur dans le balayage des devantures des maisons
les femmes ne font plus la corvée de transport des ordures au dépôt de transit
la rémunération des crieurs publics, des balayeuses.
la prise en charge d'une partie du travail de la D.S.U.V.A qui est devenue conseillère en assainissement.
3.2. Les problèmes liés à la gestion des déchets
Malgré l'amélioration de la proprété du quartier, le GIE rencontre des problèmes:
Le non lotissement du reste du quartier. Cela occasionne des dépôts sauvages car les concessions de ces zones ne veulent pas s'abonner. Elles ont de l'espace où jeter les ordures
La difficulté de recouvrement de la taxe de ramassage surtout dans les concessions où il ya des locataires et ceux qui sont de mauvaise foi, le non aménagement du dépôt officiel.
La non évacuation à temps des ordures des dépôts de transit vers la décharge finale; le nombre élevé de dépôts anarchiques.
Le prix de ramassage des ordures. Le District n'a pas laissé aux GIE la responsabilité de fixer le prix de ramassage en fonction de ses contraintes économiques internes. Il a imposé un prix qui ne tient pas compte des charges du GIE (impôts, salaire).
Certains vendeurs du marché pensent que c'est l'état qui doit payer les frais de balayage du marché car la taxe journalière prélévée au marché revient à la municipalité.
La mairie veut que les GIE prennent en charge l'évacuation des des déchets vers la décharge finale.
Les dimensions retenues pour les dépôts de transit ne tiennent pas compte des volumes d'ordures transportées par le GIE.
L'absence des femmes dans les comités de sage des secteurs
Le départ de certains manoeuvres en hivernage augmente le volume de travail, prolonge le temps de collecte et souvent paralyse l'activité.
Les morts d'âne fréquentes en hivernage.
L'insuffisance de formation des membres du GE ( en gestion, en communication).
L'absence de formation des membres des comités de sage chargés de la sensibilisation
L'absence de cadre de concertation autre que le GIE et les autres associations et ONG du quartier.
Le manque de moyens financiers et techniques de la mairie pour aider le GIE financièrement et techniquement. La taxe récupérée au niveau du quartier par la mairie est versée au trésor public.
3.3. Les solutions envisagées
Les acteurs associés ont proposé des solutions aux problèmes que connait la gestion des ordures:
une intensification des actions d'information et de sensibilisation afin que les hommes et les femmes comprennent qu'ils doivent prendre en main l'assainissement de leur quartier.
une institutionnalisation des journées et concours de salubrité.
une formation des femmes leaders à la communication participative afin q'uelles participent aux activités des comités de sages et sensibilisent les femmes au marché et dans les concessions.
une collaboration plus étroite avec la municipalité pour l'évacuation régulière des dépôts de transit.
une responsabilisation des femmes et des hommes pour le paiement régulier de la taxe de collecte.
Enfin le GIE souhaite vivement le lotissement de tout le quartier afin que les habitants des zones non loties (quelque soit leur revenu) puissent participer aux activités du GIE.
3.4 Synthèse
Le quartier de Djicoroni Para est situé à l'Ouest du District de Bamako en Commune IV. Il compte 36.229 habitants.
Il se compose de 7 secteurs dont trois (3) lotis. De part sa situation géographique, il constitue une zone de concentration d'hommes et de femmes vivant de l'agriculture, du maraîchage, de petit commerce etc.. et aussi de migrants venus de la Guinée et d'autres régions du Mali.
Ce quartier spontané, à 6 km du centre ville est caractérisé par l'absence d ouvrage de traitement collectif des eaux usées, de caniveaux pour l'évacuation des eaux pluviales et l'existence de dépôts d'ordures. C'est pour faire face à cette situation d'insalubrité que 21 jeunes diplômés du quartier ont crée un GIE dénommé Faso Kanu ( qui veut dire amour pour la communauté).
3.4.1. Présentation du GIE
Le GIE Faso Kanu est un groupement d'intérêt économique crée le 12 octobre 1992 par 21 jeunes diplômés des Ecoles Supérieures et Secondaires du Mali sous le N°3421 du registre de commerce. La fourchette des dipômés varie de la maîtrise au CAP ( certificat daptitude professionnelle) en passant par le BT (brevet de technicien), le BTS ( brevet de technicien supérieur). Quand à lâge, il est compris entre 25 ans et 35 ans, donc une moyenne dâge de 29 ans.
Pour son démarrage, il a bénéficié de l'apport personnel de ses membres fondateurs, de l'ONG Alphalog. Depuis sa création il fait la collecte de porte en porte des ordures ménagères du quartier de Djicoroni Para ainsi que l'information, la sensibilisation et l'éducation en matière de salubrité et d'hygiène du milieu.
Mais au regard des différents besoins du milieu en assainissement il s'est proposé de mener des actions de reboisement, de faire la promotion des poubelles et l'organisation des journées de salubrité. Toutes ses actions sont soutenues par une participation massive de la population.
Il s'est fixé trois objectifs à savoir:
assainir le cadre de vie de la population;
créer des emplois pour ses membres et d'autres jeunes du quartier
mener des activités de production maraîchère.
Les organes du GIE sont: l'AG, et le conseil d'administration, le comité de gestion. En plus de ces organes statutaires, des organes de consultation à la base ont été créés au sein de la communauté: les comités de sage des secteurs et la coordination des comités de sage.
Comme matériel de travail pour la collecte des ordures et de bureau le GIE dispose:
un bureau équipé au marché de Djicoroni Para, d'un parc amenagé avec huit (8) charettes et douze (12) ânes.
des équipements pousse-pousse, des pelles, des bottes, des gants, des masques à gaz etc...
les multiples séances d'information et de sensibilisation ont permi au GIE d'avoir 1.000 concessions sur 3.225 soit 30,32% du quartier. Il assure aussi le nettoyage de 7.000 places assises que comptent le marché. De commun accord avec la population à travers les comités de sage les frais d'adhésion sont fixés à 250 FCFA et la taxe de ramassage à 750F/mois (fixée par le gouvernorat du district)
Depuis 1992, le GIE a crée plus d'une cinquantaine d'emplois temporaires. Actuellement, il emploie 34 personnes de façon permanente dont 11 membres fondateurs (31 dans le domaine du ramassage d'ordures et 4 (quatre) pour le maraîchage.
3.4.2. Description de l'action
Grâce à une intense information et sensibilisation de la population, le GIE a pu inscrire dans son registre 1000 concessions abonnées sur les 3225 que comptent le quartier.
La taxe de ramassage fixée par le gouvernorat du District à 750 F ($ 1.5) a été acceptée par les clients.
Le projet Kana (c'est à dire protection) a démarré le 2 avril 1993 avec la collecte journalière des ordures.
Les charrettiers en raison de 2 ou 3 par zones (4 zones) passent de porte en porte pour vider les poubelles remplies d'ordures dans les charrettes basculantes. Ils les acheminent vers les dépôts de transit désignés par la municipalité et la population.
Le ramassage des ordures est contrôlé par un superviseur de zone qui recouvre en même temps les frais dabonnement.
Les 7000 places assises que compte le marché de Djicoroni Para sont balayées chaque soir de 18 H à 20 H par cinq balayeuses contre une rémunération mensuelle.
Le compostage commencé en 1994 est demeuré à la phase test à cause du non écoulement du compost et de l'arrêt du maraîchage.
Le projet Kana a pu méner ses activités grâce à une implication de la population dans l'assainissement du quartier.
Les membres des comités de sages désignés par la population (des notables et des conseillers respectés et écoutés) ont fait du projet Kana leur affaire.
Ils participent aux causeries débats, aux journées et concours de salubrité et de reboisement; au cours de ces rassemblements, les membres des comités de sages sensibilisent la population pour l'assainissement de leur environnement et le paiement de la taxe. Les messages sont véhiculés par les crieurs publics (un griot).
A la mosquée, après la prière, les nouvelles sur le ramassage des déchets sont diffusés.
Chaque mois les comités de sages et les responsables du projet "Kana" organisent des meetings de sensibilisation où ils exhortent la population à assainir d'avantage leur environnement.
Les femmes participent massivement aux journées et concours de salubrité avec enthousiasmes. Certaines ( les ménages où il ny a pas de chefs de ménage homme) paient la taxe de collecte. Dans les concessions où il ny a que les locataires, les femmes côtisent pour payer les 750 FCFA.
Les causeries débats organisés les samedi et dimanche dans les concessions sont bien suivies par les femmes présentes. Certaines femmes chef de ménage viennent payer leur taxe au bureau du GIE.
Des cadeaux (poubelles, savon, foyers améliorés) sont donnés aux concessions propres. Les comités de sages gèrent les conflits GIE/population et GIE/ autorités municipales.
Le GIE Faso Kanu a crée 34 emplois permanents (11 de ses membres fondateurs sont des employés du GIE)
Les charrettes ont permis l'enlèvement des ordures à faible coût.
Le GIE a éliminé beaucoup de dépôts anarchiques.
3.5. Conclusion
La gestion des déchets dans le District de Bamako, en général, et dans le quartier de Djikoroni Para, en particulier, est une préoccupation des autorités municipales et administratives ainsi que des populations, à cause de l'insalubrité et de tous les dangers y afférant.
La règlementation et ou les orientations en la matière sont allés progressivement de la gestion centralisée par la voirie municipale vers une gestion décentralisée impliquant d'autres organisations (les ONG, les associations, les coopératives, les OCB, les GIE etc..). Cette dernière forme d'intervention a favorisé une stratégie de participation communautaire fort intéressante qui est à un stade encore immature.
Les quartiers dans lesquels ces initiatives ont émergé sont peuplés pour la plupart par des ménages dont le revenu est très bas (ruraux, saisonniers, petits fonctionnaires etc) mais aussi des jeunes diplômés sans emplois et d'autres catégories socio-professionnelles. Ce contexte socio-économique dans lequel vit ces communautés a été très favorable à la mise en oeuvre de cette stratégie. La stratégie ne pouvait être que salutaire dans la mésure où elle résoud en partie le problème de l'emploi et celui de l'insalubrité.
S'il est établi que l'action de salubrité engage en premier lieu les communautés concernées, il va de soit que leur implication est déterminante pour la réussite et la pérennité de toute action d'assainissement, même si les structures prestataires sont à rémunérer.
Dans la gestion des déchets la participation communautaire est un acquis mais des efforts doivent être encore fournis. La voirie municipale est devenue opérationnelle dans les quartiers grâce à l'intervention des GIE et coopératives de ramassage d'ordures.
Dans la participation communautaire le clivage des acteurs hommes et femmes n'est pas perceptible. Les hommes sont fortement impliqués dans les comités de gestion des activités du GIE plus que les femmes. Les femmes préoccupées par la recherche du pain quotidien n'ont pas le temps matériel de s'investir au même titre que les hommes dans les activités des comités de sage.
Malgré cette situation, la contribution des femmes aux différentes activités de salubrité, de reboisement et meeting d'information a été jugée plus efficace.
BIBLIOGRAPHIE
Document de présentation de Ladamu.
Etude de faisabilité du projet "SUTRA" GIE Faso Kanu.
Projet de demande de prêt pour financement des activités de maraîchage du GIE Faso Kanu.
Rapport trimestriel du projet " Assainissement de Djikoroni-Para Août 1993 ".
Règlement interieur du projet " Kana ".
Règles de gestion du projet " Kana ".
Manuel d'Urbanisme pour les pays developpement-Les infrastructures -Volume 5. Ministère des Relations Exterieures- Coopération et Developpement 1983.
Arrêté N° 22 du Conseil du District de Bamako du 26 Mai 1982.
Lettre N° 0010/DB-GD relative à la Règlementation des interventions des organisations de ramassage d'ordures ménagères dans le District de Bamako du 09 Mars 1993.
Projet d'appui à la sensibilisation des femmes dans le cadre du ramassage d'ordures à Djikoroni-Para-1996.
ANNEXES
Récapitulatif des données démographiques du recensement administratif de la commune IV
Par quartier et par sexe à la date du 30 - 05 - 1996
|
QUARTIER |
S E X E |
TOTAL |
OBSERVA-TIONS |
|
|
M |
F |
|||
|
Hamdallaye
Lafiabougou Bougoudani
Djicoroni Para
Sébénikoro
Talico
Lassa
Sibiribougou
Kalabambougou |
14.126
22.676
20.051
12.381
2.486
900
163
943 |
14.305
22.916
19.488
12.231
2.476
891
118
879 |
288.431
45.592
39.539
24.612
4.962
1.791
281
1.822 |
GIE
JIGI BESEYA OPAL LADAMU
GIE FASO KANU COFESFA COOP CFAAS
COOP. COFEPE
---
---
-- |
|
TOTAL GENERAL |
73.726 |
73.304 |
147.030 |