Le 17 mai, Paul Wolfowitz démissionnait de la présidence de la Banque mondiale. Son successeur saura-t-il relever les défis de l'institution ?
Un peu plus d'un mois après que le Financial Times eut révélé une affaire de népotisme au sein de la Banque mondiale, la situation devenait intenable. Acculé par les investigations des journaux, défié par les ONG sur son bilan, isolé par les salariés et le conseil d'administration et finalement lâché par la Maison-Blanche, Paul Wolfowitz a dû se résoudre à partir. Cette démission, une première dans l'histoire de l'institution, met fin à une crise au sein de la direction, mais en dévoile une autre, bien plus profonde. C'est le fonctionnement global de la Banque mondiale qu'il faut changer.
Un président contesté
En propulsant Paul Wolfowitz, le Numéro 2 du Pentagone et artisan de la guerre en Irak, à la tête de la « banque du développement », le gouvernement des Etats-Unis avait soulevé une vague de protestations parmi les ONG et au sein même de la Banque mondiale. Les craintes que les actions de ce personnage controversé n'éloignent un peu plus l'institution de sa mission de lutte contre la pauvreté se sont rapidement confirmées. Peu après son entrée en fonction, Paul Wolfowitz s'est entouré d'anciens collaborateurs, une garde rapprochée qui a rapidement occupé des postes clés au sein de la direction, provoquant au passage une série de démissions parmi les hauts fonctionnaires de la Banque. Un exemple parmi d'autres des méthodes de la nouvelle administration : le directeur généralnommé par Wolfowitz, Juan José Daboub, a littéralement pris les ciseaux pour enlever d'un programme pour Madagascar toute référence au contrôle des naissances. L'affaire a été divulguée par des salariés scandalisés de la Banque.
Dire que la présidence de Wolfowitz a été peu appréciée est un euphémisme. Comme l'a exposé un cadre de la Banque mondiale dans les colonnes du Monde (14.04.07) : Wolfowitz « ferme les yeux en Indonésie ou en Irak, mais coupe les crédits au Bangladesh ou menace de le faire au Burundi, parce que les privatisations ne sont pas assez rapides à son goût. Et il est obligé de mettre un bémol au Tchad parce que le département d'Etat américain lui demande de ne pas bloquer les pétrodollars du président Déby qui a besoin d'armes pour contenir les attaques venues du Soudan. »
L'annonce de sa démission était attendue par tous. Elle permet de débloquer une institution paralysée. Les choses vont-elles pour autant changer après cette démission ? Peu de chance.
Plus ça change…
Deux semaines après la démission de Wolfowitz, l'administration américaine proposait Robert Zoellick pour le remplacer. Malgré les appels des ONG, dont Oxfam France - Agir ici, et de pays importants tels que l'Australie, l'Afrique du Sud ou le Brésil, en faveur d'une élection ouverte et transparente, la nomination de Zoellick n'a pas subi de résistance. Pas plus qualifié dans le domaine du développement que son prédécesseur, il est néanmoins présenté comme moins controversé, plus apte au dialogue et au consensus. Il était négociateur pour les Etats-Unis à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et partisan des accords de libre-échange bilatéraux. A y regardé de plus près, sur son bilan, il semble aussi peu attaché au multilatéralisme qu'il a été prompt à défendre les seuls intérêts de son pays à l'OMC. Il va donc falloir faire avec.
Une Banque mondiale affaiblie
Au moment même où Wolfowitz s'empêtrait dans le scandale des promotions faramineuses accordées à ses proches, la Chine accueillait une réunion de la Banque africaine de développement. Dans le même temps les ministres de l'économie Argentin, Bolivien, , Brésilien, Equatorien, Paraguayen et Vénézuélien annonçaient la création d'une Banque du Sud, concurrente direct des institutions de Bretton Woods.Tout un symbole. La Banque mondiale est menacée d'une réduction drastique de ses activités. La concurrence se fait en effet de plus en plus rude en matière de financement du développement. La Chine finance ainsi à tout va en Afrique et en Asie, l'Inde et le Brésil vont suivre. Les fondations privées, telles celles de Bill Gates, jouent un rôle de plus en plus important ; L'Union européenne développe quant à elle ses propres politiques de coopération, au point de contester de plus en plus les approches préconisées par la Banque mondiale… En un mot comme en cent, la Banque pourrait se voir condamnée à jouer les seconds rôles. La marginalisation d'une institution multilatérale serait un échec. Pour éviter cela, la Banque mondiale doit être réformée radicalement. Et vite.