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| ee | Edito Banque mondiale : thèse, antithèse... Dans son Rapport sur le développement dans le monde 2004, publié en 2003, la Banque mondiale s'interrogeait sur les moyens de "mettre les services de base à la portée des pauvres". Certains arguments présentés tempéraient la rhétorique habituelle de la Banque. La croissance économique était présentée comme nécessaire mais non suffisante pour permettre le développement et le rôle de l'Etat était redécouvert. Un pas en avant deux pas en arrière. L'édition 2005 intitulé "Un meilleur climat de l'investissement pour tous" précise ce rôle : "la réduction des risques, des coûts et des obstacles à la concurrence liée à l'action gouvernementale est d'une importance cruciale pour stimuler la croissance et faire reculer la pauvreté". Ainsi, l'Ouganda, sortant d'un conflit civil à la fin des années 1980, a réussi, selon le Rapport, à faire passer la part de la population vivant sous le seuil de pauvreté de 56% en 1992 à 35% en 2000, et ce grâce au démantèlement des monopoles dans les filières du coton ou du café, aux privatisations des entreprises publiques, ou encore à la réduction des barrières commerciales. Pourtant, la lutte contre la pauvreté en Ouganda doit sûrement plus à la mise en place d'un Fond d'action contre la pauvreté, financé par des allégements de dette, qu'aux investissements étrangers. Exit donc, cette année, la notion de "croissance nécessaire mais non suffisante" : le lien entre croissance économique et baisse de la pauvreté est systématiquement mis en avant. Le rôle de l'Etat est strictement cadré : c'est un promoteur de l'économie de marché. Un bon "climat d'investissement" n'est pourtant pas la panacée. En 2003, le Nigeria, le Soudan et l'Angola ont enregistré, d'après la CNUCED, des "résultats exceptionnellement bons" en matière d'investisse-ment. Au point qu'ils sont parmi les cinq premières destinations des investissements directs à l'étranger (IDE) en Afrique (1). Dans ces trois pays le lien entre, investissements, bonne gouvernance, et lutte contre la pauvreté n'est pas évident… A trop focaliser sur la quantité d'investissements et non sur leur qualité, ce Rapport donne une vision incomplète de leur rôle dans le développement. Plus largement, les controverses sur les effets de la libéralisation dans les pays du Sud sont passées sous silence. L'âpre résistance des pays en développent face à la pression des pays riches, notamment l'Union européenne, pour inclure, depuis huit ans, l'investissement dans le champ des négociations de l'OMC auraient dû inspirer aux auteurs du rapport un peu moins de partialité. Deux pas en arrière, trois pas en avant. L'année prochaine c'est au tour de la tendance "sociale" de la Banque mondiale de prendre la direction de la rédaction du Rapport sur le développement dans le monde. La Banque mondiale en a déjà dévoilé les grandes lignes. Il examinera les liens qui existent entre équité sociale et stratégie de développement. On y apprendra que "la justice sociale peut être un facteur qui influe beaucoup sur les rouages du climat de l'investissement et sur l'insertion des pauvres" (2). Au prix d'une incohérence évidente et dommageable, la Banque mondiale s'applique, d'une année sur l'autre, à satisfaire toutes les sensibilités des lecteurs de son Rapport. L'équipe de rédaction 1 - "Rapport sur l'investissement dans le monde 2004", Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) À lire aussi ce mois-ci : >La SFI : en force >Perpectives >Un œil sur les IFI >Zéro inflation ? |
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