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ee Déclaration 2000

Positionnement des associations françaises de solidarité internationale, de défense des droits humains et de protection de l'environnement

La nouvelle proposition des institutions de Bretton Woods : Les Cadres Stratégiques de Lutte contre la Pauvreté (Ou Poverty Reduction Strategy Papers)

Paris, le 8 mars 2000

L'initiative du G7 de Cologne avait confié la mise en oeuvre des allégements de dette des pays pauvres aux institutions de Bretton Woods, leur demandant de faire en sorte que les allégements contribuent à réduire la pauvreté. Les assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international de septembre 1999 ont ainsi donné naissance aux CSLP (Cadres stratégiques de lutte contre la pauvreté) ou PRSP (Poverty reduction strategy papers), qui deviennent ainsi le cadre de référence des allégements de dette. Les CSLP accompagneront désormais les FCRP (Facilités de croissance et de réduction de la pauvreté), nouvel acronyme qui remplace les FASR (Facilités d'ajustement structurel renforcé).

Officiellement, les CSLP visent à :

* mettre la lutte contre la pauvreté au centre des politiques des IFI (Institutions Financières Internationales) ;
* faire que les stratégies de lutte contre la pauvreté soient discutées et élaborées dans les pays mêmes, à la fois par les autorités et par les différents acteurs de la société civile.

Les IFI entendent ainsi répondre aux traditionnelles critiques qui leur sont adressées par la société civile. Mais qu'en est-il réellement ?

Les associations françaises de solidarité internationale, de défense des droits humains et de protection de l'environnement prennent acte avec satisfaction de l'évolution du discours des institutions financières internationales. Ces dernières reconnaissent désormais :

* l'urgente nécessité de lutter contre la pauvreté et l'impuissance des programmes d'ajustement structurel à résoudre ce problème croissant ;
* le caractère multiforme de la pauvreté et la nécessité d'élaborer des stratégies nationales de lutte contre la pauvreté ;
* le rôle central des Etats et la nécessité de mettre en oeuvre des processus de consultation et de participation pour lutter contre la pauvreté ;
* la nécessité d'envisager le développement sur le long terme.

Les associations accueillent cependant avec scepticisme ces nouvelles propositions :

* les IFI continuent d'envisager la lutte contre la pauvreté en dehors du cadre des politiques macro-économiques. Or, les mesures de libéralisation et de privatisations par exemple ont un impact direct sur la pauvreté. Le débat dans les pays ne peut donc pas se limiter à la pauvreté mais doit porter sur la stratégie de développement dans son ensemble ;
* ces nouvelles propositions font fi des lourdes contraintes extérieures qui pèsent sur les pays concernés comme la dette extérieure, les cours des matières premières, la pression sur les ressources naturelles, la difficulté d'accès aux capitaux internationaux, la faible quantité d'IDE (investissements directs étrangers) dans les pays les plus pauvres ou le protectionnisme des pays riches par exemple. Ces éléments doivent être intégrés à la réflexion sous peine de saper tous les efforts de lutte contre la pauvreté.
* les traditionnelles mesures des plans d'ajustement structurel restent en vigueur, même si les IFI entendent les assortir de moyens accrus pour compenser leurs effets négatifs sur les pauvres. Or, ces plans fabriquent de la pauvreté et détruisent l'environnement depuis vingt ans ; ils ont des conséquences inacceptables sur le plan des droits fondamentaux et des objectifs de développement durable définis lors du Sommet de Copenhague.

Les associations françaises de solidarité internationale, de défense des droits humains et de protection de l'environnement estiment que pour lutter contre la pauvreté, il faut avant tout cesser d'en produire. Elles réaffirment le droit imprescriptible des peuples à choisir leur propre politique de développement et entendent ainsi :

1- Appuyer leurs partenaires du Sud impliqués dans ces processus de consultation :

* afin que les acteurs de la société civile - syndicats, monde académique, associations, églises, administrations locales - obtiennent, de la part de leur gouvernement, une plus grande transparence et un meilleur contrôle démocratique permettant la participation de tous à la définition des stratégies de développement ;
* afin de disposer de l'information indispensable pour être en mesure d'analyser le processus et de le dénoncer si des manquements graves étaient révélés.

2- Faire pression sur les institutions financières internationales et leurs principaux actionnaires :

* pour qu'ils annulent immédiatement la dette des pays pauvres très endettés et envisagent les mécanismes d'allégements nécessaires pour les autres pays pauvres ;
* pour que les plans de réduction de la pauvreté émanant d'un véritable processus de participation mais qui sortiraient du strict cadre de l'ajustement structurel ne soient pas rejetés par les institutions financières internationales ;
* pour que les CSLP ne se limitent pas à des stratégies de réduction de la pauvreté mais deviennent de véritables programmes de développement humain durable : des CSDD (cadres stratégiques de développement durable).

3- Faire pression sur l'Union européenne :

* pour qu'elle ouvre un véritable débat, en Europe et avec les pays du Sud (particulièrement ACP) sur une conception européenne du développement qui puisse servir de référence à sa propre politique de développement et guider ses prises de positions au sein des IFI.

4- Poursuivre leur travail de réflexion, de proposition et de mobilisation autonomes :

* pour définir des politiques d'ajustement structurel qui respecteraient les droits humains fondamentaux et les principaux traités et conventions internationaux ;
* pour obtenir une réforme des IFI dans la perspective des objectifs de développement humain durable et inscrire cette réforme dans le cadre de la réforme du système économique international (OMC, marchés financiers, etc.).

Associations signataires au 8 mars 2000 :

Act Up, Agir Ensemble pour les Droits de l'Homme, Agir ici, AITEC (Association internationale de techniciens, experts et chercheurs), Amis de la Terre, ATTAC, CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement), CEDETIM (Centre d'études et d'initiatives de solidarité internationale), Cimade, CRID (Centre de recherche et d'information pour le développement), DEFAP-Service protestant de mission, Emmaüs-France, Enfants Réfugiés du Monde, ESSOR, Etudiants et Développement, Fédération des AIDE, Fédération Artisans du Monde, Fédération des Cigale, Femmes et Changements, France-Libertés, Groupe Développement, Handicap International, Ligue de l'Enseignement, Max Havelaar France, Peuples Solidaires, Réseau Foi et Justice, Ritimo (Réseau d'information tiers monde), Terre des Hommes France, Secours Catholique/Caritas-France, Solagral, Survie.




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