Par FLORENCE MARCHAL, architecte
"J'ai longtemps hésité à écrire sur la femme.
Le sujet est irritant, surtout pour les femmes."
Simone de Beauvoir.
AVERTISSEMENT
Du plus loin que je me souvienne, je me suis toujours sentie interpellée par l'identité et le rôle des femmes. Tout le long de mon enfance, puis de mon adolescence, mon intérêt s'est sans doute exprimé de diverses façons, mais il est toujours resté constant
Je jouais aux "jeux de garçon", rivalisais avec eux et niais toutes différences. Ce qui, enfant, n'était pas très difficile, puisqu'il y avait un décalage dans la transformation de nos corps. De plus, l'autorité paternelle étant peu significative chez moi, c'est l'exemple maternel qui prenait toute son ampleur: les femmes étaient capables de tout! A l'adolescence, où les garçons découvrent la virilité et croient en leur supériorité pré-établie, j'ai concentré mon énergie "révolutionnaire" dans la lutte des sexes. Résultat, je me suis promenée à travers les couloirs du collège, lors de mes études secondaires, puis de l'institut St Luc avec une étiquette (consciente!) sur le front. Un exposé sur "le deuxième sexe" de Simone de Beauvoir, en guise de testament "réthorique", n'avait d'ailleurs pas arrangé les choses que je ne voulais sans doute pas voir évoluer
Telles les féministes de la fin des années '60, je revendiquais l'égalité des chances et des compétences entre les garçons et les filles, m'insurgeais contre le dictionnaire qui avait omis (?) le contraire du mot "misogyne" et espérais l'inclusion des femmes. Je me marginalisais dans mes convictions, alors que ceux de mon âge étaient à mille lieux de mes intérêts. Les années '80 oubliaient la femme, elle-même s'oubliait un peu. Les enfants de ceux qui avaient vécu mai '68 croyaient que tout était résolu: "Maman s'est battue pour, non?" Et bien non, pas tout à fait. Les femmes, il est vrai, avaient frappé un grand coup, comme pour toutes révolutions. Mais ce n'était que l'explosion des prémices, il fallait ancrer ce qu'elles avaient acquis. Il fallait aussi qu'elles redeviennent Femme; femme-épanouie, femme-entière, femme- libre, femme-égale de l'homme, femme...féminine. Et cela aurait dû concerner toute la société
Cependant, malgré les luttes, les gestes symboliques ou l'année de la femme (!), les changements étaient lents et, les femmes s'essouflant, on oublia un peu. Comme la mode, le sujet fut vite dépassé. (Bien que la mode des sixties et des seventies amorce son grand retour, le "fait-féminin- féministe" se trouve toujours dans la malle du grenier.) Benoîte Groult écrivait, en 1977, que la misogynie du monde était devenue "si normale" qu'elle n'était plus perçue. Et pourtant, en 1994, certains directeurs affirment encore: "Le jour où j'engagerai une femme incompétente alors, seulement, l'égalité des sexes sera établie." Mais avant? C'est pourquoi, encore aujourd'hui, les courants féministes gardent toute leur importance; ils permettent de prévenir contre la stagnation de la perception sociale. Mais, arrêtez de voir les féministes, les cheveux courts, le poing levé et le soutien-gorge dans la poche! Les femmes commencent à s'accepter et à reconnaître leur identité. Elles sont "elles" et elle est "elle". La définition même s'est enrichie et complexifiée. Les femmes prônent l'égalité, la reconnaissance et non la supériorité ou le renversement des rôles. Elles veulent être femme, comme les hommes sont homme. Elles veulent être humains, comme les hommes le sont
"Si être féministe, c'est s'interresser aux femmes, à la condition des femmes, à leurs rapports avec les hommes, détecter l'injustice de leur histoire, je le suis."
Elisabeth Badinter
Alors oui, moi aussi, je le suis
Vous pourriez me dire qu'au délà des différences sexuelles, il existe principalement des différences entre les races, les cultures ou entre les classes sociales. Vous pourriez également ajouter que les êtres sont d'abord influencés par leur environnement, leur éducation et, pourquoi pas, leurs gènes
Et je pourrais aussi vous répondre: "Oui, c'est vrai." Mais écoutez- vous lorsque, en général, vous jurez sur un automobiliste maladroit, remarquez à qui vous demandez "Qu'est-ce qu'on mange?" ou "Tu vérifieras le niveau d'huile de la voiture?", et la liste des exemples, certains sûrement plus "intellectuels" que d'autres, n'est pas limitative! Sans doute, avant de formuler "espèce d'aborigène!", vous pensez: "Ca, c'est bien d'une femme!",ou pour d'autres: "Ah les hommes, tous les mêmes!"
Plus littérairement, je vous répondrais peut-être aussi que les progrès technologiques des moyens de communications et de ce fait, l'universalité des théories et idéologies politiques ou philosophiques tendent à effacer tout doucement les différences culturelles et sociales. Même si vous restez blanc ou noir de peau, même si vous votez ou acclamez sur le stade les rouges ou...les mauves(?), Eltsine invite Clinton, "Macdonald" s'installe sur la Place Rouge
Alors pour notre richesse, notre mystère et notre bonheur, préservons, s'il-vous-plaît, ces différences que la science ne peut gommer. Quoique..
Laissons ces valeurs "universelles" nous différencier équitablement, avec nos faiblesses et nos forces, nos qualités et nos défauts, nos avantages et nos inconvénients. Un monde unisexué serait sans avenir, il en résulterait des spécimens ternes et des architectures fades et monotones. Apprenons à les accepter et évitons de les compenser par des artifices qui limitent l'humanitude de chaque sexe. Et, de nouveau, regardons-nous, car rien n'est jamais établi
Suite à une redéfinition des femmes, les hommes ont été bousculé dans leurs convictions profondes, leurs certitudes et leurs évidences ancestrales. Cette remise en question est peut-être la source du déconstructivisme architectural? Mais cette incertitude, née d'une société plus juste, car plus équitable, fera peut-être le sujet d'un autre ou d'un second mémoire..
Ce mémoire a une histoire. Il a séjourné, parfois un court instant, dans l'esprit de certains et... dans les caisses de quelques déménagements
Depuis deux ans, je le "trimbale" à travers mes sautes d'humeur et mes sauts voyageurs. Dans mon élan, je l'ai imposé à quelques personnes qui ne le désiraient peut-être pas et dans ce même élan, j'ai parfois négligé d'autres choses
Pour cela, mais aussi pour tout le reste, je tiens à en remercier quelques uns en particulier: Madame Anne Rondia, pour m'avoir guidée subtilement tout le long de cette étude
Brigitte, pour avoir rassemblé dans sa "boite grise" toutes les données
Mes parents, pour avoir corrigé les fautes d'orthographe et pour avoir émis le jugement... dernier
Laurent, pour m'avoir supportée, surtout les trois derniers mois, et pour... avoir accompli, seul, le nettoyage et le repassage ! D'autres m'ont permis également d'avancer, mais dans la peur de l'oubli ou de l'omission, je n'en citerai aucun, donc je les citerai tous..
Merci
PREFACE
A l'heure où l'avènement de la femme dans le domaine de l'architecture devient de plus en plus une réalité sociale, il est d'actualité d'étudier les retentissements possibles et peut-être obligatoires de sa présence en architecture
La nature féminine a ses caractéristiques propres et un mode de pensée spécifique. Les recherches scientifiques mettent en évidence des différences physiologiques entre l'homme et la femme qui influencent le comportement personnel de chacun des deux sexes
Une des différences fondamentales qui influence probablement le mode de pensée, et donc le comportement, se marque chez la femme par l'utilisation simultanée des deux hémisphères du cerveau, généralement de façon égale et régulière, tandis que l'homme utilise un seul hémisphère à la fois
Une autre différence fondamentale se situe sans conteste dans le domaine de la perpétuation de l'espèce. La femme intériorise, "nidifie", EST en gésine, alors que l'homme est tourné vers l'extérieur: il FAIT
On pourrait dire que si, pour l'homme, il est important de "faire", la femme quant à elle est plus centrée sur l'être
Cependant, il faut peut-être nuancer les effets de ces caractéristiques tendant à dresser des portraits-robots figés de la femme et de l'homme
Plus précisément, il faudrait s'interroger sur l'incidence de la femme-architecte sur la conception et la composition architecturales et définir la création de la femme par rapport à la création de l'homme dans le vaste domaine qu'est l'architecture; domaine où règnent art et technique, instinct et culture, révolution et observation
Irait-on jusqu'à penser que la conception par la femme-architecte diffère de la conception par l'homme-architecte, comme celle de l'homme du Nord se différencie de celle de l'homme du Sud? Si tel était le cas, on se trouverait face à une variété architecturale pleine de richesses et de différences formelles
Mais pour aboutir à quelques conclusions, il faudra assembler et coordonner, dans cette approche de la femme-architecte, le développement des points suivants: - le point de vue psycho-physiologique (neuro-sciences), - le point de vue historique (premières femmes-architectes), - le point de vue social, - le point de vue professionnel
Nous découvrirons peut-être qu'il y a en architecture des tendances féminines et masculines
Nous découvrirons peut-être une architecture de la femme et de l'homme en fonction des caractéristiques spécifiques de chacun
Nous découvrirons peut-être qu'il n'y a de différences qu'en fonction des sensibilités de l'architecte
INTRODUCTION
Aux fondements de toutes civilisations se trouvent deux êtres. Leur fusion est la condition obligatoire pour que survive une société et c'est dans cette symbiose que l'intérêt de leurs différences sexuelles prend toute sa signification
Si les hommes ont pris la peine de créer deux mots et deux définitions pour désigner des êtres humains, c'est que ceux-ci étaient différents au-delà de leur participation dans la procréation. N'aurait-on pas pu, alors, parler de l'homme qui conçoit et de l'homme qui engendre ? Seulement, les choses ne furent pas si simples. Avec la conviction que l'un était différent de l'autre, sont apparues la distance et la confrontation ! Chacun se sentit "menacé" par l'autre dans son identité propre
La femme, car c'est ainsi qu'elle fut appelée, dut se mesurer à la force physique de l'homme et connut une longue période de domination. La dichotomie sexuelle gagna et caractérisa les diverses sociétés de ce monde
Mais, aujourd'hui, à l'heure où la machine remplace la main de l'homme, comment la femme et l'homme vivent-ils leur féminité et leur masculinité ? Comment considèrent-ils leurs différences que les structures sociales ont maintenu en place et envisagent-ils leurs ressemblances et leur équivalence ? Répondre à ces questions serait incomplet, si on ne tenait pas compte du potentiel de la multiplicité des êtres et de la différence des sexes: il serait temps de prendre conscience que la société peut s'épanouir en exploitant les spécificités féminines et masculines eu lieu de les effacer
C'est pourquoi le but de ce mémoire est de tenter une approche de la question. Ouvrir l'architecture aux hommes ET aux femmes. Imaginer une architecture conçue par et pour les hommes et les femmes. Avoir un regard neuf
Nous allons, tout au long des trois étapes qui vont être développées, repenser l'individu, découvrir les femmes et envisager le couple
A travers cela, la notion d'investigation dans le temps va prendre une certaine importance: la société d'aujourd'hui et de demain emporte avec elle l'histoire d'où elle est issue. Les différences et les ressemblances sexuelles ne seraient peut-être pas perçues de la même façon si les hommes avaient entretenu entre eux d'autres relations
"L'homme du futur est incompréhensible, si l'on n'a pas compris l'homme du passé"
A. Leroi-Gourhan
La première partie va mettre en évidence la division binaire de l'être et montrer que, ne pas accepter l'autre, c'est aussi refuser une partie de soi. Cette dialectique va également se révéler dans la dualité architecturale, l'architecture étant une conception humaine. Nous allons ainsi proposer une approche, une critique différente d'oeuvres construites
La deuxième partie va essayer de dresser un portrait de la Femme. Nous allons établir les caractéristiques innées et acquises propres à la femme et développer l'intérêt d'une nouvelle voix/voie féminine
Il est possible que ce chapitre crée un climat conflictuel en nous et expose des idées contradictoires. Mais toute la richesse intellectuelle ne se trouve-t-elle pas dans l'ébranlement de la "superstructure" sociale ? La troisième et dernière partie va rassembler l'homme et la femme dans un même but: celui de bâtir pour les Hommes. Nous proposons un modèle conscient d'architectes et imaginons une architecture diversifiée dans l'unité
Suite à cette lecture, nous n'espérons pas un bouleversement de mentalité, ni même convaincre tout à fait des différences ou des équivalences entre les hommes et les femmes. Nous espérons simplement que germera dans l'esprit de certains l'idée que le monde, que la société est un tout et que les architectes construisent pour ce tout. Si nous réussissons, "nous accroîtrons ainsi notre confiance en une humanité plus achevée, enracinée dans une ascendance biologique qu'il nous est interdit de mépriser, mais capables aussi de s'élever à des hauteurs dont chaque génération ne peut entrevoir que la prochaine étape" (Margaret Mead)
CHAPITRE I: LA MEDIATION SEXUELLE
"JE SUIS UN QUI DEVIENT DEUX"
A l'origine, selon la genèse, Dieu créa l'être humain hermaphrodite: mâle et femelle; ni mâle, ni femelle. La Culture humaine lui donna en priorité un sexe et un nom, Adam, d'où découla un deuxième: Eve
Pourtant, la naissance de l'androgyne symbolisa l'unification et la complémentarité de la bipolarité sexuelle, humaine et divine
L'être appelé humain se développe selon deux dimensions, deux éléments distincts. Il conjugue, au-dedans de lui-même, le principe féminin et le principe masculin, généralement, en accentuant l'un plutôt que l'autre. Mais jamais, il n'est totalement, parfaitement masculin ou féminin
Des croyances, puis des études, tendent à affirmer que l'enfant ne naît jamais polarisé dans son sexe. Ce fait entraîne le besoin essentiel de différencier les sexes dans la plupart des civilisations; comme par exemple, grâce aux rites d'excision et de circoncision qui consistent à faire passer clairement l'enfant dans son sexe apparent
De plus, suite à ses travaux sur l'inconscient collectif, Jung déclara que l'Homme, au cours du processus d'individuation, d'intégration de la personnalité, concilie ces deux principes, concilie l'inconscient (femelle) avec l'esprit (mâle)
Ainsi, l'Homme unifie ses contraires, synthétise ses opposés. Il s'harmonise
"La totalité s'unifie dans sa personne, sa personne s'épanouit dans sa totalité "
Non seulement, l'homme et la femme indiquent la dualité de l'être, mais l'être lui-même ressent des tensions internes. Il va chercher son équilibre dans la dynamique des contraires
Le Yin et le Yang concrétisent et représentent ces deux principes dans la philosophie chinoise. L'ordre universel est réalisé grâce à l'équilibre de ces deux principes. Le Yin et le Yang ne s'opposent pas, ils évoluent respectivement, car "entre eux, il y a toujours une période de mutation qui permet une continuité; tout, hommes, temps, espace est tantôt Yin, tantôt Yang; simultanément, tout tient des deux par son devenir même et son dynamisme, avec sa double possibilité d'évolution et d'involution3". Yin et Yang sont inséparables, ils n'existent que l'un par rapport à l'autre. Le sigle chinois est le signe même de l'interdépendance des deux pôles
YIN, PRINCIPE FEMININ, YANG, PRINCIPE MASCULIN
"Beaucoup, sinon la totalité des traits de la personnalité que nous avons appelés féminins ou masculins ne sont plus solidement liés au sexe que les vêtements, les manières et la forme des coiffures assignés à l'un ou l'autre par la société à une époque donnée." Magaret Mead
Les types féminin et masculin sont des images phénotypiques de notre société. Des circonstances sociologiques et pédagogiques ont fait que nous avons développé des stéréotypes conventionnels et ... populaires
S'il est vrai que l'homme et la femme se développent de manière spécifique (influence du génotype ?), notre société tend à confondre l'essentiel de l'identité sexuelle avec le caractéristique et le typique
Par nos croyances, notre histoire, notre vécu quotidien, nous avons établi des critères féminins et masculins. Ils ne sont sans doute pas justifiés scientifiquement, mais peut-être, déterminés empiriquement. Cependant, ils sont utiles car ils permettent de comprendre et d'associer différents comportements, dynamiques ou gestes. Ce sont généralement des critères descriptifs et même qualitatifs
Tel objet, par sa forme et sa symbolique, va susciter en nous une image que nous allons référer à ce que nous croyons connaître le mieux: l'être humain; homme ou femme. Cette perception peut demeurer subliminale. Par exemple, des tests psychologiques effectués par des enfants montrent que ceux-ci font correspondre des symboles sexuels aux formes abstraites proposées sans se rendre compte consciemment de leur signification
De nombreux tableaux, de nombreuses scènes ont suscité des analyses de ce type. "Les images du masculin traduisent le pouvoir, la possession, la domination; celles du féminin, la soumission, la passivité, la disponibilité "
L'étude des oeuvres architecturales révèle également l'emploi, probablement inconscient, d'une multitude d'interprétations féminines et masculines. Elles parlent d'une tendance historique, politico-sociologique ou de la personnalité propre à l'existence tout entière de l'architecte, de l'Homme
Afin d'introduire le concept masculin et féminin dans l'architecture, partons d'une déscription de l'oeuvre de Mackintosh par son contemporain, Muthesius, dans "Das Englische Haus "
"Nous avons ainsi subitement, dans le monde des formes de Glasgow, presque un excédent de caractère, une architecture d'un effet presque accablant. La ligne droite, et surtout la perpendiculaire, se prolonge tellement en hauteur qu'elle en devient presque surnaturelle. Quand une courbe apparaît, c'est avec une telle timidité qu'elle ose à peine se faire voir. Tout semblant de mollesse est expurgé par l'inquiétante multiplication des verticales. Raides et presque fantomatiques, les membres s'allongent en angulosités frustes. Une extrême pondération architecturale est obtenue par la répétition, presque exagérée, de membres semblables. Voici le squelette de cet art, son côté masculin
Mais il a aussi son côté féminin, aussi fémininement doux que l'autre est masculinement dur. On le rencontre dans les discrets remplissages qui consistent, le plus souvent, en compositions de lignes conventionnelles, lesquelles, réparties de très loin en très loin dans le cadre architectonique roide, produisent dans leurs mille ondulations un contraste impressionnant. Dans ces quelques motifs prévaut le tournoiement qui l'emporte tellement sur tout autre point de vue représentatif qu'il devient sa propre fin, et ne tient même plus compte du sujet. La figure humaine n'y est plus qu'un prétexte perdu, souvent indéchiffrable: en l'y intercalant on ne tend qu'à un doux bercement de lignes. Elle est, suivant les besoins, tirée en longueur, échevelée de réseaux, transformée en tous sens, totalement décorative. Elle est stylisée de la même manière que l'art anglais a stylisé la plante dans son art de revêtement; elle est agrandie ou diminuée, contrainte ou déformée, en disposition d'ornement, pour se rendre afférente à telle ou telle ligne directrice. Nous avons ici les dernières conséquences de la ligne imaginative dont il faut chercher les origines en Angleterre. Comme dans le mysticisme du poète William Blake, il semble qu'on assiste dans le réel à une scène de rêve"
L'identification masculine
Si nous reprenons les principaux caractères repris dans ce texte, nous pouvons en expliquer quelques-uns, et citer d'autres exemples architecturaux s'y référant
Hermann Muthesius parle de la rigidité des longs membres, de leur "angulosité frustre", ainsi que de "pondération architecturale" obtenue par "la répétition, presque exagérée, de membres semblables". Ces termes relatent la dynamique, la caractéristique et le mouvement masculins
L'homme, dans toute sa virilité, se déplace activement et s'oriente vers un point défini antérieurement. Ses mouvements sont abrupts, décomposés en parties discontinues et martelées. Ses pas accentuent le départ et l'arrêt. Ces arrêts successifs marquent le temps, l'espace, ils sont signifiants de "l'angularité " masculine. De même, morphologiquement, les contours de l'homme sont plus tendus, plus carrés; ils révèlent une dynamique spécifique, dans l'image statique des objets, des bâtiments
De plus, Muthesius insiste sur "la ligne droite", la "perpendicularité" et sur la verticalité de ces lignes. Concrétisée par le Menhir, cette pierre dressée vers le ciel, la verticalité symbolise le phallus. Elle appartient donc au principe masculin, ainsi qu'au principe humain, car la verticalité exprime aussi la station debout. Et comme l'Homme s'est prioritairement défini comme masculin..
Alors, que penser de la "tour sans fin" de Jean Nouvel ? Le côté masculin de l'oeuvre de Mackintosh s'affirme par le rejet ou du moins l'étouffement de toute courbe. C'est aussi cette image rigide et anguleuse, ces formes massives dirigées vers le haut que l'on a le plus véhiculé, que les générations d'aujourd'hui perçoivent davantage
Cependant, les principes masculins ne se résument pas seulement à la verticalité, la rigidité et l'"angularité" ou "angulosité"
C'est aussi, dans notre monde occidental, la symbolique solaire, divine: toutes les architectures sacrées - qui tendent d'ailleurs vers le ciel - ; les architectures de pouvoir par lesquelles certains hommes ont pu s'exprimer (Versailles, sacre du roi soleil...). C'est aussi une architecture tournée vers l'avenir, une architecture fonctionnelle, une projection rationnelle. C'est une architecture cartésienne
Le principe masculin figure aussi dans la représentation extravertie, dans la magnificence de l'objet, de la façade architecturale. Là où intervient notre phénotype, à cheval sur la réalité et la symbolique, c'est dans la demande constante de la société patriarcale, voire dans le domaine de l'élévation sociale de homme dès l'enfance
L'Arche de la Défense, oeuvre de l'architecte danois John Otto von Spreckelsen, est le type même d'une sculpture dressée, objet architectural qui semble être construit "pour un monde sans êtres humains", pour paraphraser Wolfgang Amsonett . La carapace, dans toute sa grandeur, se ferme hermétiquement à nos regards, malgré la répétition des nombreuses baies
Ainsi, l'architecture, dite masculine, est centrifuge, elle s'éloigne du coeur même des hommes... A l'opposé, celle, dite féminine, intériorise les sentiments, elle est le réceptacle de la vie. Par sa force vitale interne, elle est centripète
L'identification féminine
Lorsque Muthesius développe le côté féminin de l'architecture de Charles Rennie Mackintosh, il cite la douceur féminine opposée à la dureté masculine, le contraste et les "lignes conventionnelles", ainsi que les "ondulations", et le "doux bercement des lignes". Le mouvement féminin est suscité par la nature intérieure; c'est un mouvement pendulaire, détours, nonchalance, instincts, ondulations. Les arrêts, les accélérations de la phase terminale, de la démarche ne sont pas accentués. L'action est égale et constante. Le mouvement se poursuit sans fin, tel un cercle
Par ailleurs, la lune, élément féminin par excellence, symbolise la froidure, la périodicité, le renouvellement et la soumission. C'est aussi une forme courbe
Le rond reste un élément constant dans tous les aspects féminins: il représente l'harmonie corporelle, le mouvement sans fin, la matrice, la nature..
Dès l'origine de notre civilisation, donc très tôt, les hommes choississent la cavité des rochers pour se protéger des agressions de tous ordres. Les grottes, les cavernes apparaissent comme des lieux d'identification, d'intériorisation: l'homme retourne à ses origines
Par la suite d'autres hommes, d'autres civilisations ont construit leur refuge. Les peuples nomades édifient leurs tentes, leurs huttes selon des plans circulaires. Une raison technique semble présider à ce choix, mais également le besoin d'une forme enveloppante, tel un circuit fermé, la recherche d'une protection
D'autres formes matricielles existent: la nature nous en fournit de multiples exemples; les hommes en ont construit d'autres: les cirques, les agoras,... Le dôme semble plus ambigu. Bien que dans de nombreux pays orientaux, il représente la forme d'une déesse au corps courbé, son orientation céleste relève de l'orgueil humain et du symbole masculin, de l'ascendance, du ciel..
Pour cela, mais aussi pour l'instinct, la passivité, l'absence d'emprise sur les hommes et la nature, l'architecture "féminine" se rapproche de l'architecture organique
Au delà de l'architecture "biodesign", cette architecture naît spontanément du terrain. Elle se construit instinctivement, selon les besoins, les demandes humaines, en liaison étroite avec la nature. Peut-être ce mouvement, né principalement au XXe siècle, est-il lié à la (re)découverte du féminin, à la nouvelle place des femmes dans la société ? Jung décompose l'entité spirituelle de l'être humain en deux parties: l'esprit et l'âme, l'animus et l'anima. Sous l'anima, il rassemble toutes les tendances psychologiques féminines de la psyché de l'être; soit les intuitions, les sentiments, la sensibilité à l'irrationnel, la perception de la nature, l'irréalisme. Muthesius parle aussi de "ligne imaginative", de "scène de rêve" intégrée à la réalité, dans sa description de l'architecture "féminine" de Mackintosh
Ceci nous renvoie à l'architecture "douce" . Elle définit des "relations nouvelles entre l'homme et la nature par le respect des écosystèmes10", se veut créatrice dans l'expression spontanée. De plus, l'architecture "douce" se "veut anti-monumentale, non rhétorique et poétique10". Sur ces points, elle se démarque de l'architecture "masculine"
Gaudi, Niki de Saint-Phalle sont des constructeurs d'irréel, des "bâtisseurs de rêve ". Si l'architecture de l'une est plus parlante, plus figurative, l'oeuvre du second s'inscrit dans la tendance Art Nouveau. Antonio Gaudi joue des ondulations, des courbes sinueuses et des formes biomorphiques
Par ailleurs, l'équilibre de l'architecture de Mackintosh réside dans "le jeu rigoureux des horizontales et des verticales" et l'esthétique de "ses courbes toutes en tension et à des tonalités douces et féminines ". (le blanc et le rose, le blanc et le lilas, le noir et les tons argent ou nacré)
Une autre façon de percevoir l'architecture "féminine" se situe dans son expression passive. Bien que la spontanéité de ses gestes, l'asymétrie et la définition de ses formes citées ci-dessus, lui confèrent une dynamique spécifique; l'élaboration formelle relève de la soumission
La prolifération et le raffinement des détails étouffent toute image forte, active. Les gestes sont esquissés et aboutissent rarement à une définition précise et claire. Ce n'est pas une architecture didactique, mais plutôt une architecture insaisissable, à la structure presque absente. Les courants, comme le Rococo, l'Art Nouveau - principalement dans sa phase populaire et de décadence - ne nous proposent pas clairement une volonté d'action, un nouveau pouvoir ou un nouveau message social. Ils sont souvent le reflet d'une société établie et sont régulièrement de courte durée. Ces connotations n'enlèvent rien à leur qualité esthétique mais hypothèquent sans doute leur utilité sociale
ALTERNANCE ET MUTATION
Il est difficile de qualifier un style architectural de type spécifiquement féminin ou de type spécifiquement masculin. Faite par et pour les hommes, faite à leur image, l'architecture représente un domaine trop vaste et trop complexe pour se définir par le seul critère sexuel, pour s'inscrire dans un seul courant idéologique, social ou formel
Tout au long de l'histoire de l'architecture, nous pouvons suivre l'alternance de nombreux courants. Chacun s'étend sur une période plus ou moins longue, chacun symbolise une situation politique, culturelle et sociale
Telle l'alternance des mouvements yin et yang dans la vie d'un être humain, on voit apparaître des lignes droites, verticales et anguleuses, suivies d'une abondance de détails et d'éléments décoratifs. Bien que cette remarque soit une caricature de la réalité, elle reste cependant perceptible. Si on débute une brève analyse à l'aube de la Renaissance, où l'homme, enfin, revendique sa place par rapport au(x) dieu(x), nous allons remarquer une succession de courants architecturaux, tantôt principalement féminin, tantôt fortement masculin
Le style Renaissance s'inspire du passé, de l'antiquité. L'homme (re)prend conscience de son identité, il se rattache aux premiers philosophes, il s'individualise. Les éléments architecturaux gagnent en importance et en grandeur; ils sont mis en évidence, ils sont magnifiés
La période Baroque, et principalement l'âge classique du Baroque, va hériter de la Renaissance. Le pouvoir cherche une image, un langage. Les formes vont être plus dynamiques, plus monumentales. L'homme - qui dirige - marque sa puissance et sa "liberté" par des élans verticaux, des lignes brisées et des décors structurés
En opposition au Baroque, dernier grand style européen, divers courants se développent pendant le premier quart du XVIIIe siècle: l'Académisme en Italie, le Rococo en France et le Palladien en Angleterre
Apparu dans une période relativement passive, le Rococo se lance dans la courbe, la ligne chantournée, les ornements floraux et végétaux, le naturalisme librement interprété, l'asymétrie. L'homme, définit comme individu, appartient à l'aristocratie, à la bourgeoisie. L'heure est à la frivolité, les besoins du peuple ne sont pas encore pris en considération
A chaque mutation stylistique, le mouvement s'inspire - plus ou moins - du mouvement antérieur, d'un point de vue technique ou artistique. Ainsi le néoclassicisme va garder la grâce, la simplicité et la légèreté du Rococo. Mais il va s'en détacher par la ligne droite, l'ornement classique, la symétrie, la rigueur et l'aspect plus froid. Deux grands architectes français vont marquer ce renouveau classique: L. E Boullée (1728-1799) et C.-N. Ledoux (1736-1806). Ils vont principalement utiliser des formes géométriques nettes et rigoureuses, ainsi que des surfaces lisses sans ornementation. Leur architecture, basée sur la simplicité, se veut parlante et significative. Boullée va surtout jongler avec le cube et la pyramide et tendre vers une certaine mégalomanie. Beaucoup le considèrent comme le maître du Classicisme Romantique. Alors que Ledoux, plus symbolique et formaliste, privilégie les masses sphériques et cylindriques. Son architecture est fondamentalement cartésienne
Le Classicisme Romantique fut presque universel. Il atteignit sa pleine maturité à la naissance du XIXe siècle et se termina avec la Restauration. Cette période, politiquement plus calme, adoucit les angles..
Suivront les styles historiques; l'éclectisme, l'encombrement, le besoin de se rassurer, de se protéger sous une multitude d'objets et de tissus. Toutes ces notions caractériseront ce courant
Mais si le XIXe siècle marque une certaine régression après le Siècle des Lumières, il symbolise toutefois l'avènement de l'industrie. C'est ainsi que des bâtiments publics vont devenir des géants de métal. Les ingénieurs expérimentent une technologie de défi. La structure angulaire des bâtiments prend toute son ampleur. L'architecture (ou l'ingénierie) se tourne vers l'avenir. A Chicago, les maisons deviennent immeubles. La décoration se fait de plus en plus rare sur les façades, leur conférant ainsi une apparence sobre, stricte et fonctionnelle
La ville et la vie des gens changent. L'habitat protège, il essaie de maintenir l'équilibre familial et...humain. La fin du XIXe siècle est mouvante. Dès lors, une rupture, un besoin vital de nouveauté se font sentir. Un nouvel art apparaît, un Art Nouveau se définit
Ces temps complexes ne permettent plus une seule tendance pour un style architectural. L'homme voit apparaître un autre être: la "femme". Elle s'affiche, se concrétise, existe. Celle-ci, en tant qu'être humain, prend, tout doucement, sa place dans la civilisation, dans la société. Les hommes veulent acquérir de plus en plus de droits. Le socialisme menace politiquement la bourgeoisie qui cherche refuge dans la décoration. On assiste à un mouvement de fuite postromantique contre tous les "maux" du XXe siècle: industrialisation, socialisme...
De plus, la polarité sexuelle humaine entraîne deux tendances dans un même mouvement. L'Art Nouveau se différencie selon les régions. Face aux lignes ondoyantes et au décor chargé, on trouve une géométrisation rigoureuse, un dépouillement décoratif; des lignes courbes et des formes "féminines", des formes contrastées et des lignes anguleuses
Chez Victor Horta, la façade se fond dans le cadre urbain, elle ne tente pas de s'imposer, tandis que l'espace intérieur joue des volutes, des déliés galbés et des ondulations puissantes. Gaudi adoucit les différents espaces: on passera souplement d'un espace à l'autre, sans transition stricte et rigoureuse. Il creuse la terre (-Mère), sculpte des cavernes, utilise des formes paraboliques, des voûtes ondulées
Parallèlement, en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas, on trouve des architectes qui travaillent la ligne droite, les volumes parallélipipédiques et une certaine monumentalité
De même, comme nous l'avons remarqué précédemment, l'Art Nouveau présente également deux visages au sein d'une même personne: Mackintosh
C'est sans doute les théories d'Henri van de Velde qui vont introduire de nouveaux concepts. Il intellectualise le traitement de la nature; plus rigoureux, il rejette totalement la décoration. Il va fonder une école qui s'appellera plus tard le Bauhaus..
Telle la querelle, au XIXe siècle, des Anciens et des Modernes, des Romantiques et des Classiques ou telle la dichotomie diurne-nocturne, mâle-femelle, l'"Art Déco" va se cliver en deux: le courant traditionaliste et le courant moderniste. Si le premier s'oriente vers la production artisanale et les matériaux de luxe, alors que le deuxième allie les technologies nouvelles, la production industrielle et la fonctionnalité des espaces polyvalents, tous deux utilisent, d'un certain point de vue, le même langage: celui qui traduit la naissance de l'homme moderne
Ce nouveau mouvement va prendre la relève de l'Art Nouveau, du Jugendstil. Ses mots d'ordre sont, principalement, la monumentalité, la standardisation, le cubisme et le fonctionnalisme. Que ce soit en Allemagne avec Peter Berhens ou Walter Gropius, en Autriche avec Adolf Loos et Otto Wagner, ou en France avec F. A. Perret, pour n'en citer que quelques-uns, l'architecture est empreinte de rigueur, de sobriété et de logique constructive. La puissance éclate dans les lignes fortes, les volumes anguleux. Les constructions sont stéréométriques et axialement symétriques.L'architecture devient formelle et rationnelle
Les années suivantes vont définitivement prouver que l'on ne peut plus résumer un siècle, ou plutôt une décennie, selon un seul style, et même selon un seul type masculin ou féminin. La dichotomie sexuelle va se retrouver dans un même mouvement architectural. La société s'en va sur les chemins de l'androgynie
Deux mouvements vont ainsi apparaître parallèlement. Ils ne sont plus issus de la même idéologie et chacun connaît ce que nous appellerons "une division binaire sexuelle"
Le premier est peut-être moins connu car il ne prolonge pas le formalisme de la période moderne précédente, tout en s'opposant à l'architecture académique. Le mouvement prône le retour de l'art, l'emploi des formes issues de la nature, l'émotion. Beaucoup de ces architectes expressionnistes vont être fascinés par les cavernes, les antres et les labyrinthes, par les formes matricielles
Erich Mendelsohn va arrondir les angles et modeler la surface de sa tour Einstein; Frederick Kiesler va créer une "maison sans fin". Cette maison sphéroïdale symbolise le mouvement féminin, constant et infini. Kiesler affirmait aussi que "La maison n'est pas une machine, ni la machine une oeuvre d'art. La maison est un organisme vivant et non pas seulement un agencement de matériaux morts: elle vit dans son ensemble et dans ses détails. La maison est un épiderme du corps humain ". Ainsi la maison est et ne fait pas. Elle se tourne sur elle-même, se vit de l'intérieur
Si l'oeuvre des deux architectes cités précédemment tend vers la féminité par sa forme et son concept idéologique, celle de Fritz Höger peut difficilement être rattachée à la même tendance. La maison du Chili à Hambourg (1922-1924) se dresse verticalement telle une sculpture monumentale et massive. La pointe du bâtiment est formellement accentuée. Le résultat tend vers un expressionnisme dramatique et agressif, symbole d'affirmation et de virilité
L'école d'Amsterdam va également développer des projets expressionnistes, où la façade, le monumentalisme et la plasticité sont mis en évidence
Le deuxième mouvement a marqué, sans doute à plus long terme, l'architecture moderne. Il fut représenté dans plusieurs pays et par la plupart des grands architectes admirés et copiés aujourd'hui: le Bauhaus, fondé selon la plupart des théories de Van de Velde, et qui connut comme chef de file W. Gropius, H. Meyer et L. Mies Van der Rohe; le mouvement "De Stijl" basé sur les tableaux de Mondrian et concrétisé notamment par Rietveld; le Constructivisme Russe et le Cubisme principalement maîtrisés par le suisse Le Corbusier et d'une moindre façon, par le français Mallet-Stevens. Conçus principalement sur base de formes cubiques, les bâtiments reflètent le rationalisme, la rigueur, la sobriété et le purisme, qu'accentuera fortement Mies Van der Rohe
L'angle droit, les surfaces lisses et rythmées sont à l'honneur. Bien que la lecture architecturale soit claire dans son ensemble, on ne peut définir exactement l'appartenance sexuelle de ces projets. Dans le courant des années '20, Le Corbusier croit en l'autorité et au pouvoir mais son architecture, pourtant cartésienne et ordonnée, formellement anguleuse, ne présente pas les caractéristiques de la puissance "virile". Il hésite entre l'aspect vertical de ses maisons sur pilotis et l'aspect horizontal accentué par les fenêtres-bandeaux. De même, l'esprit du "Stijl" éclate les lignes des contours des corps volumétriques, équilibre les directions verticales et horizontales et choisit l'interpénétration des espaces extérieurs et intérieurs
Le constructivisme russe semble plus cohérent ou moins neutre. Il affirme clairement sa tendance cubiste et monumentale. Cette "franchise" semble dictée par une volonté révolutionnaire à laquelle participera un peu plus tard l'architecture. "Les principaux éléments de notre poésie seront la bravoure, l'audace et la révolte "
Les années '30 vont amener le "Style international". S'il est le prolongement direct du courant précité, il s'en différencie par ses méthodes de construction fondamentalement industrielles, les nouvelles préoccupations urbanistiques et l'organisation plus libre des plans, ainsi que la diversité des formes aux arêtes aiguisées. Le cube ne constitue plus le point de départ de la conception. L'enveloppe extérieure devient une protection matérielle contre les intempéries et le climat
Les architectes continuent d'éviter l'ornement, la douceur, mais introduisent la légèreté grâce aux structures métalliques et aux murs-rideaux. Certaines constructions, telles la maison Schminke de Hans Scharoun, démontrent que, malgré les contextes fonctionnels, l'emploi de formes claires et les méthodes de construction industrielles, on pouvait atteindre un résultat plus organique et plus souple
L'architecture moderne scandinave va se montrer plus rassurante. Les architectes vont intégrer leurs projets directement dans l'environnement naturel et conserver des matériaux connus tels que la brique, la pierre et le bois. Cette architecture, sans aucune mégalomanie et proche de l'artisanat, correspond aux besoins sociaux. Le souci du confort, les préoccupations concernant l'habitat vont s'insérer dans la politique des gouvernements socialistes scandinaves
La Finlande, principalement, va se sentir concernée par cette architecture, source de progrès social, et va connaître son architecte "national": Alvar Aalto. En effet, Aalto élabore ses projets en fonction du site dans lequel ils s'insèrent. L'eau et la topographie du lieu sont l'inspiration de son architecture empreinte de courbes, d'ondulations et de spirales. Des hommes tels qu'Aalto vont développer non seulement une architecture dite organique, mais aussi une architecture vernaculaire. Aux U.S.A., suite au crash boursier de 1929, Roosevelt rétablit l'économie grâce à son plan "New Deal". Cette nouvelle "euphorie" va se répercuter sur les objets quotidiens et l'architecture. Les premiers deviennent "sensuels-insinueux et lisses-hygiéniques " et les constructions prennent l'allure aérodynamique. Les coins s'arrondissent, les surfaces sont lisses, les formes se fluidifient. Les bâtiments n'ont plus d'ambition politique ou idéologique, ils se veulent simplement gais, empreints de décoration et de modernité
Cet élan va être impensable en Europe: le débat se situe toujours entre l'architecture moderniste et l'architecture traditionaliste
Le courant académique qui paraissait vaincu entre 1925 et 1932 va reprendre vigueur avec les bouleversements socio-politiques. A l'approche des dictatures qui vont entraîner la deuxième guerre mondiale, les capitales vont reprendre le visage du début du siècle. Les colonnes, les frontons, les pilastres réapparaissent. Le style "Classique" est donc bien le symbole de l'impérialisme
Après la deuxième guerre mondiale, la plupart des villes vont rechercher leur identité. Elles vont se tourner vers le passé et restaurer leurs anciens édifices. Mais c'est aussi un nouveau départ pour une multitude de styles qui vont soit se croiser, soit s'alterner et même se superposer
Une réminiscence du style international va évoluer. Les matériaux industriels vont de nouveau être utilisés et mis en évidence dans le cadre d'habitations sociales. L'empreinte de Mies van der Rohe se fait ressentir: Les architectes mettent l'accent sur les relations extérieures-intérieures, les ossatures métalliques et les formes géométriques. Ce style va gagner en rigueur et employer la symétrie et les volumes simples. Pour lui, l'architecture doit se libérer des notions d'art et d'individualisme. De nouveau, les temps sont à l'hermaphrodisme. Les traits sont élégants, pleins de finesse mais classiques et rigoureux; l'architecture se veut transparente: à l'intérieur, on est à l'extérieur
Un autre courant, représenté par F.L. Wright, A. Aalto ou Bruce Goff, va (re)développer l'architecture organique
Les maisons usoniennes de Wright reprennent certains principes de ses "maisons de la prairie" construites au début du siècle. Les volumes géométriques et clairement définis s'inscrivent "sensuellement" dans le site. Les première maisons sont conçues sur des modules carrés, hexagonaux ou triangulaires. A partir de 1948, Wright va découvrir les plans courbes et hélicoïdaux qui vont accentuer l'impression de refuge
Les travaux d'Alvar Aalto, cités antérieurement, sont comparables à ceux de Wright. Ainsi, Aalto estime que l'architecture est "le jeu de formes libres et de surface en mouvement" combiné aux besoins humains et au respect de la nature. Les structures géomorphes sont présentes dans tous les projets d'Aalto
Bruce Goff semble plus proche du "bio-design" que de l'architecture organique proprement dite. Il n'hésite pas à recourir au "kitsch" et mélange une panoplie de matériaux différents et contrastés. La poche matricielle formée par l'intérieur de ses habitations n'est pas divisée en différentes pièces fonctionnelles. L'espace est unique et fluide
La fin des années '50 va connaître une courte période Néo-baroque inspirée des berlines aux ailerons de requins. La morphologie des femmes de l'époque semble se retrouver dans les appareils ménagers, les engins de vitesse. C'est aussi l'entrée dans une décennie dorée. Mais les années '50 marquent également une nouvelle expression technologique et, de nouveau, aérodynamique. Les toitures prennent d'une part l'aspect monumental et imposant et, d'autre part, un caractère biomorphe. Face à ces tendances jouant d'une puissance "féminine", Le Corbusier construit entre 1946 et 1952 l'unité d'habitation de Marseille. Cet ensemble semble massif et égocentriquement monumental. Henry-Russel Hitchcock porte le jugement suivant: "Tout est audacieux et masculin, même grossier, indiquant un revirement complet de Le Corbusier dans sa compréhension de la "nature" fondamentale du béton - un concept, en somme assez Wrightien". Le Corbusier s'éloigne ici de son esthétique puriste des années '20. C'est un dernier exemple universellement connu qui se définit clairement dans un principe sexuel
Jusque dans les années '60, "on pourrait (...) dire en termes très simples que deux aspects, l'un exagérément masculin, l'autre presque délicatement féminin, dominèrent ce que l'on a reconnu comme l'architecture la plus nouvelle. Les deux aspects ont même été illustrés dans un curieux mouvement rythmique alterné par les travaux successifs de certains architectes; tous deux contrastèrent avec la sévérité neutre de l'architecture de la période immédiatement précédente. Mais tous deux possédaient de toute évidence leurs précédents à demi avoués dans les travaux variés et même contradictoires de Frank Lloyd Wright vus sur une période de plusieurs décennies et dans ceux des expressionnistes d'il y a un demi-siècle ." En effet, l'oeuvre de Wright nous fournit un vaste ensemble de tendances. Après ses débuts dans le bureau de Sullivan, puis comme indépendant, il démarre le XXe siècle avec une nouvelle conception de l'habitat: les "maisons de la prairie". Leur aspect extérieur garde un certain goût pour la monumentalité sobre et subtile. Les toitures débordent des murs de la façade et confèrent à l'ensemble un caractère dynamique et horizontal. L'entrée des habitations est cachée, étroite et biscornue. L'intérieur se définit ainsi comme un abri. Cet exemple est très explicite du symbole de la maison. L'espace intérieur, symbole féminin, signifie le refuge, la mère, la protection. Alors que l'enveloppe extérieure représente le masque, l'apparence de l'homme. N'oublions pas la connotation de la façade, image représentative de la réalité sociale ou plutôt de la perception sociale, image de la symbolique masculine: orgueil, puissance, volonté
Wright, en réaction contre les "boîtes sur échasses", va à peine effleurer le cubisme européen
Après la première guerre mondiale, Wright va connaître une période "maniériste". La principale construction "baroque" sera l'Hôtel Impérial au Japon. Il utilise les ornements abstraits et joue sur les proportions massives des murs en maçonnerie. Wright est en rupture totale avec le caractère léger et flottant des "Prairie Houses"
En 1934, il commence une deuxième carrière avec les maisons usoniennes déjà citées
Les années '30 vont surtout être marquées par deux de ses réalisations: la maison sur la cascade et le Johnson Building. Si la première garde une composition plastique anguleuse et une perméabilité des espaces intérieur et extérieur, la seconde se referme sur un monde intérieur aux parois arrondies et aux éléments de plans courbes et diagonaux. La symbiose entre la nature et le bâti fait place à l'élégance de la machine
A la fin de sa vie, F. L. Wright va se tourner de plus en plus vers les espaces courbes et hélicoïdaux. On peut remarquer le même phénomène chez Le Corbusier qui condense, dans la construction de Notre-Dame de Ronchamp, un intense contenu émotionnel et personnel. Le Corbusier s'oppose à sa tendance anguleuse des années '20, et introduit la poésie des éléments courbes dans son architecture
Il semble étonnant de retrouver ce désir, cette volonté chez deux architectes qui connurent une longue carrière. Sont-ils, comme le héros de 2001 dans le film de Stanley Kubrick, retournés à l'état embryonnaire, après avoir vu s'accélérer les étapes de leur vie ? On a pu voir à travers l'oeuvre de Wright, l'exemple même du génie aux renouvellements perpétuels. Dans ses projets, on peut retrouver "l'origine d'une tendance à une architecture poétique et sculpturale, voire naturaliste et symbolique " Wright se tourna autant vers le passé que vers le futur, son architecture fut tantôt intime, tantôt monumentale
Hitchcock précise que si les deux tendances représentent "la totalité de l'histoire" les critiques ont généralement dénigré l'aspect plus féminin au profit de l'aspect masculin jugé comme "moralement supérieur et même comme plus avancé"
Les années '70 ont redéveloppé une architecture quelque peu oubliée: l'architecture textile. En 1975, le groupe Aerolande redéfinit le tissu comme "empreinte féminine" et l'associe au "plaisir visuel des drapés souples, doux, flottants et mobiles". Le groupe ajoute que "toutes ces images et ces effets de sensualité féminine que peut offrir le tissu en opposition avec la stabilité et la rigidité de l'architecture en dur appartiennent aux domaines de la décoration quotidienne ou de la fête, mais le tissu a pris et peut prendre d'autres formes lorsqu'il est réponse poétique à des programmes nomades, forains ou temporaires". Cette conception spécifique se différencie de l'architecture traditionnelle et demande une autre manière d'habiter. De tout temps, elle a toujours attiré les femmes. Celles-ci furent les conceptrices et souvent les constructrices des tentes dans les tribus indiennes, par exemple. Seulement, l'architecture textile actuelle tient de la virtuosité technique et, par cela, d'un certain esprit cartésien résolument futuriste par le biais des nouvelles structures employées
Les styles qui vont suivre vont accentuer leur ambiguïté. La dualité des oeuvres architecturales va se définir tantôt dans la façade monumentale et le cocon intérieur, tantôt dans les masses monolithiques et les "cavernes magiques ". Le détail, élément souvent jugé comme décoratif, va venir sur l'avant-scène
Chacun respectera la nature à sa manière, selon ses sensibilités: en s'imposant sur le site, en s'en dégageant telles les formes stéréométriques de Botta ou en épousant les courbes du terrain
Le Chaos va également symboliser la fin du siècle. Frank O. Géhry "déconstruit" les bâtiments. On ne peut plus être Yin et on ne peut plus être Yang. Le monde, perturbé ou unifié, ne montre plus un seul visage, il ne montre plus un visage dominant
Ainsi, la fin d'une longue période de conflits sexuel, racial (?) et autres pousse la société a essayer de se comprendre dans sa diversité et sa pluralité. Les hommes et les femmes tendent à se (re)découvrir et surtout à (re)communiquer entre eux
C'est ainsi que beaucoup de femmes, après avoir subi - volontairement ou non - des siècles de patriarcat, ont décidé de rétablir les inégalités et les déséquilibres socio-sexuels. Cette volonté va influencer le rouage alternatif des courants architecturaux
Jusqu'au XIXe siècle, où la politique semble assez claire et le pouvoir détenu principalement par un individu (masculin) ou un groupe social (masculin), un seul courant architectural définit une période; qu'il soit brutal et monumental pour affirmer une position ou doux et ondoyant pour confirmer une situation
On a pu en effet remarquer, explicitement ou non, que l'architecture revendicatrice comprend généralement des caractéristiques que nous avons définies comme masculines, représentatives d'un pouvoir
Par la suite, parallèlement à la naissance des mouvements féministes, les faits vont se complexifier et engendrer simultanément divers mouvements. L'éclectisme et l'abondance visuelle vont rassurer les peuples et combler les vides provoqués par les crises sociales, politiques et économiques. Alors que ces vides, cette "obsession blanche " semblent le moteur de démarches créatives vécues par les sculpteurs, les peintres, les architectes et les écrivains
Aujourd'hui, nous ne pouvons sans doute plus parler d'éclectisme, mais plutôt de tendances différentes. En effet, un nouveau facteur se développe. Les femmes s'investissent de plus en plus dans les professions créatives et à "responsabilités", elles envahissent les domaines masculins ainsi que la scène publique et politique
Vont-elles développer une nouvelle architecture spécifiquement féminine ou/et une architecture de femme? Le chaos, symbolisé par beaucoup d'artistes, va-t-il continuer à se manifester à l'aube du XXIe siècle, ou bien allons-nous tendre vers un équilibre, esthétiquement individualiste, mais socialement partagé ?
CHAPITRE II: DIFFERENCES ET EQUIVALENCE
L'UN ET L'AUTRE SEXE
"La différence des sexes est présente dans chaque fibre de l'être, elle est partout, sans limite, sans commencement ni fin. Je pense, je suis en tant qu'homme ou femme" Feuerbach
Après avoir vécu une période androgyne, la société, dès la fin des années '60, entre résolument dans la révolution sociale. Le programme féministe s'engage dans la bataille de l'égalité des sexes et soulève également le problème du sexisme dans le "star system" de l'architecture
L'autre sexe, qui depuis plus d'un siècle tentait d'obtenir une reconnaissance sociale et politique, amorce un tournant décisif. Les femmes revendiquent leur identité propre et leurs différences spécifiques. Certaines affirmeront qu'elles sont différentes (des hommes!) par essence, par nature: les essentialistes; d'autres estimeront que si elles ne sont pas en tous points identiques aux hommes, elles "partagent la même raison indûment annexée jusqu'ici par les hommes ". Ces dernières représenteront le courant humaniste, appelé également rationaliste
Face à cette revendication féminine et féministe, la virilité va perdre de son aura et l'identité masculine, "établie" depuis ... tellement longtemps, sera perturbée dans sa définition et parfois remise en question. Rappelons-nous la dualité des images architecturales post-soixante-huit relevée dans le chapitre précédent. Le "Qui suis-je" égocentrique et principalement occidental des humains va devoir trouver ses réponses dans une meilleure, et même nouvelle, connaissance des êtres sexués
Afin de mieux s'accepter et de mieux se comprendre; afin de définir l'éventuelle architecture sexuée, propre aux femmes et propre aux hommes, essayons d'établir les points de convergence et de divergence entre l'un et l'autre sexe
Quelques précautions sont toutefois à prendre: Bien que nous ne pouvons pas simplement ramener les femmes à la généralité d'un sexe; bien que nous ne pouvons pas les présenter comme différentes de l'homme "universalis", implicitement posé comme référence absolue, car l'homme est différent de la femme et la femme différente de l'homme; s'il est vrai que deux êtres sont dissemblables par leur race, leur éthique, leur âge, leur classe sociale ou autres, les femmes ont souvent subi à travers l'histoire la même domination, ont vécu la même soumission et le même rejet. De plus, les dernières recherches scientifiques abondent sur le sujet et tendent vers la découverte d'une réelle distinction sexuelle innée
On essayera donc de savoir si leurs différences sont issues d'une composition morphologique, biologique, rationnelle différente de celle de l'homme ou si elles sont le résultat de l'affirmation de leur identité si longtemps contestée. Connaître l'origine de leurs différences n'est peut-être pas vital, ni fondamental. Les scientifiques (les psychologues, les sociologues, ...) se posent encore la question de la part de l'inné et de l'acquis dans le domaine des comportements. L'important est de savoir ce qu'il en est exactement, l'important est de tenir compte de ces plus, l'important est d'agir en conséquence
Les caractéristiques sexuelles innées: les théories scientifiques
"On ne naît pas femme, on le devient"
Simone de Beauvoir - 1949
"On ne naît pas homme, on le devient"
Elisabeth Badinter - 1992
Depuis la préhistoire, personne ne remettait en question la suprématie du sexe "dit fort". La force physique était avec la naissance ou la fortune, cette dernière influencée par la loi salique, un des seuls critères de sélection. Les femmes ne pouvaient pas concurrencer les hommes ! La promulgation des droits de l'homme (1789) mit un siècle et demi avant d'y inclure vraiment les femmes et de les impliquer au même titre que les hommes. Ce fut un très lent changement de mentalité. Autres facteurs d'évolution, l'industrialisation et les progrès technologiques permirent aux femmes d'exécuter des tâches jusque là réservées aux hommes
Dès le début du siècle, une vague féministe encouragea les chercheurs et scientifiques de tous ordres à évaluer et analyser les compétences spécifiques des deux sexes
Le débat reste ouvert car, jusqu'à présent, aucune conclusion n'est ni définitive, ni vraiment satisfaisante quant à la fiabilité absolue des résultats scientifiques
Du point de vue de la génétique
Lorsque Simone de Beauvoir affirme en 1949 qu'"on ne naît pas femme, on le devient", elle s'inscrit dans la philosophie des "féministes dures", obligées de maintenir leur place dans la société active et que les hommes essayent de reconquérir après leur absence durant les années de guerre
Simone de Beauvoir en écrivant le "Deuxième sexe" ignorait les découvertes qu'allaient faire les biologistes à cet égard. En effet, il semblerait, selon les scientifiques, que le premier sexe soit féminin. La légende d'Adam et Eve serait à revoir, puisque, contrairement à la tradition, Adam serait né "d'une côte d'Eve" ! Naître fille ou garçon
La détermination des deux sexes de l'espèce humaine est le résultat de la différenciation de la 23e paire de leurs chromosomes, XX chez la femme, XY chez l'homme
Le développement de l'embryon XY est plus complexe, donc plus aléatoire que celui de XX. Le mâle XY possède tous les gènes présents chez la femme XX et en plus, il hérite des gènes du chromosome Y
Dans l'embryon, ce n'est qu'à partir de la sixième ou septième semaine qu'apparaît la différenciation sexuelle: sous l'action de l'un des gènes de la masculinité SRY, récemment découvert, l'embryon exprime alors le chromosome Y qui le fera mâle. En l'absence d'Y, l'embryon reste femelle (XX). "On ne naît pas homme, on le devient"
Cette différenciation des chromosomes permet alors la "construction" des caractères sexuels primaires: les ovaires chez les filles, les testicules chez les garçons
A ce stade, le cerveau peut s'organiser selon les hormones sexuelles spécifiques qui lui sont communiquées et son fonctionnement en est influencé
Chez le mâle, la testostérone est sécrétée par les testicules, alors que chez les femmes, les ovaires produisent de l'oestradiol. La testostérone pénètre dans le cerveau mâle et est transformée en son équivalent, l'oestradiol. Et cette hormone femelle "masculinise" le cerveau
Chez la future petite fille, une protéine sanguine empêche l'hormone d'atteindre les neurones. Selon Alain Enjalbert, neuroendocrinologue, "le développement du foetus mâle et celui du foetus femelle ne sont pas symétriques". "En l'absence d'un signal émis par les gonades, le cerveau se développe selon le modèle féminin. C'est le signal de testicule qui aiguille le développement sur la voie masculine. Tout se passe comme si le schéma de base était féminin, et cela s'applique à tous les mammifères, pas seulement à l'homme"
L'influence des hormones sur le cerveau se traduit de plusieurs façons. Elle est surtout présente dans l'hypothalamus qui chez la femme orchestre la fonction de reproduction selon un rythme cyclique qui n'existe pas chez l'homme
Cependant, ce n'est qu'un aspect du fonctionnement du cerveau. Qu'en est-il de l'action de nos "petites cellules grises" chères à Hercule Poirot ? Le cerveau masculin et féminin
Si les circonvolutions de la matière grise ne permettent pas de déterminer s'il s'agit d'un cerveau masculin ou féminin, la discussion sur le sexe du cerveau - et ses compétences propres - fut entamée au siècle dernier et se poursuit, sans avoir encore trouvé de conclusion
Vers 1860, Paul Broca établissait qu'en moyenne, le cerveau mâle pèse 1325 grammes, contre seulement 1144 grammes pour le cerveau féminin. Il fournissait ainsi la preuve irréfutable que, sur le plan intellectuel, la femme devait s'incliner devant l'homme. Il mourût en 1880, son cerveau pesait 1484 grammes, alors que celui de Tourgueniev atteignait le poids honorable de 2012 grammes
Cependant, en 1924, à la disparition d'Anatole France, on put constater que son cerveau ne faisait que 1017 grammes, soit moins que la moyenne féminine
Broca et ses disciples avaient oublié de tenir compte du rapport taille et poids global des hommes et des femmes. Les calculs remaniés donnaient dès lors un léger avantage aux femmes ! Aujourd'hui, si plus personne n'associe l'intelligence au poids du cerveau, les biologistes et les neuropsychologues s'accordent à dire que le cerveau masculin et féminin ne fonctionne pas exactement de la même façon
Dans les années '70, en plein âge d'or du féminisme, la discussion sur le sexe du cerveau a rebondi. Il ne s'agissait plus cette fois d'argumenter sur le poids, mais bien sur la latéralisation du cerveau. On sait, en effet, que les deux hémisphères cérébraux ne jouent pas des rôles identiques. L'hémisphère gauche est celui du langage, du raisonnement, de la logique, du calcul. Le droit serait associé à la perception de l'espace et au traitement analogique, global, de l'information. Pour simplifier, on parle avec son hémisphère gauche, on conduit sa voiture avec le droit. Ce qui est un peu simpliste: l'automobiliste droitier se sert aussi de son hémisphère gauche, c'est lui qui commande sa main droite
En fait, les deux hémisphères sont reliés par un faisceau de millions de fibres nerveuses, le septum, et échangent en permanence des tas d'informations. Cependant, on constate que, dès la naissance, les bébés de l'un et l'autre sexe se comportent différemment
En règle générale, les petits garçons se montrent plus attirés par les objets, les petites filles par les personnes. Le cerveau de la femme serait moins latéralisé que celui de l'homme pour le langage et le repérage dans l'espace. Cela expliquerait la précocité des filles à être propres, à parler, à apprendre à lire et écrire, etc... Les garçons, quant à eux, en utilisant de façon plus pointue l'un ou l'autre hémisphère cérébral auraient des facilités à résoudre des problèmes de logique, d'orientation spatio-temporelle ou des tests de géométrie
Ainsi les filles s'y prennent différemment pour résoudre certains problèmes
Fonctionnement et psychologie
En fonction de cette orientation cérébrale, un chercheur, Madame Escoffier-Lambiotte déclare: "C'est à cause de leur représentation cérébrale, que les femmes seraient si peu représentées dans les métiers qui impliquent des aptitudes spatiales et une stratégie cognitive préférentielle, telle ceux d'ingénieur, d'architecte, d'horloger, de mécanicien de précision, d'artiste , de physicien, requérant une manière de penser, de percevoir l'espace spécifiquement traitée chez l'homme par l'hémisphère droit"
Et les gauchers ?
Ce que Madame Escoffier-Lambiotte dit des femmes est encore plus vrai des gauchers. Mais contre ces derniers, peut-être parce que les hommes aussi peuvent être gauchers, il n'y a pas trop de discrimination ou de pression sociale. La capacité de réussite dans des professions citées plus haut par des hommes gauchers et où les femmes sont sous-représentées n'est généralement pas mise en question
Si le cerveau des hommes gauchers fonctionne comme celui des femmes, pourquoi, selon certains auteurs, le fonctionnement du cerveau féminin aurait-il des répercussions sur les capacités professionnelles des femmes ?
En aucun cas, on ne peut affirmer aujourd'hui, que l'infériorité "attribuée" aux femmes découle des différences entre les cerveaux des hommes et celui des femmes
Ne s'agirait-il pas d'une question psychologique et d'éducation: - on offre plus volontiers aux petits garçons des jouets à orientation spatiale (voitures, vélo, légos...) - on offre plus volontiers aux petites filles des jouets à caractère social (poupées, déguisements, jeux ménagers)
Tout le comportement éducationnel des parents conditionnerait le devenir de l'enfant. Ainsi, on constate qu'un homme ou une femme adulte ne réagit pas de la même façon face à un bébé garçon ou un bébé fille. De là viendraient les orientations futures prises par l'un et l'autre sexe. A moins que la difficulté que rencontrent les femmes à exercer certains métiers ne viennent d'un rejet ou d'un réflexe d'autodéfense des hommes. Il s'agirait alors d'un facteur à caractère sociologique: - peur de la concurrence - éducation différente - influence du milieu - stimulation - accès à la culture
On peut toujours douter de la véracité des rapports scientifiques, mais plus de 2000 ans d'histoire marquent indéniablement les vies, les corps et les esprits. Notre éducation et notre culture nous individualisent et nous personnalisent. Et les femmes n'ont-elles pas en commun une relation spécifique avec les hommes ? L'évolution des rapports entre les hommes et les femmes va aussi nous permettre de découvrir ou de comprendre d'autres différences acquises avec le temps
Les caractéristiques sexuelles acquises: l'évolution des rapports entre les hommes et les femmes
"La guerre des sexes est-elle finie ?
Françoise Giroud :- Bien sûr que non
Bernard-Henry Lévy:- Elle n'a jamais cessé, depuis une certaine côte d'Adam..
Françoise Giroud:- Et un certain serpent." Même si chaque être humain semble réagir différemment aux évènements quotidiens, les hommes se sont souvent rassemblés et ressemblés dans une action commune. Dès le début des temps, les hommes et les femmes se seraient déjà attribués une place, un rôle spécifique. Nous n'avons que peu de traces des hommes préhistoriques et peu d'indices sur la relation entre les hommes et les femmes. Celle-ci a d'ailleurs probablement varié sur une longue période où plusieurs générations ont agi
La répartition des rôles sexuels est plus claire quand on entre dans l'Histoire. Grâce aux repères plus définis et aux nouvelles technologies, nous sommes renseignés sur les révolutions économiques et sociales, sur l'évolution des rapports entre les deux sexes
Principalement, les représentations religieuses et artistiques nous informent sur la place de l'homme et de la femme. Ainsi les objets de culte mettent l'accent sur le sexe au pouvoir du moment. Ces représentations marquent une réévaluation du pouvoir de l'un ou de l'autre. Ce rapport fluctue en fonction des bouleversements économiques, techniques et idéologiques.
La préhistoire
A cette époque lointaine, un certain équilibre s'établit entre la répartition des tâches: l'homme et la femme, ensembles, sont les maîtres de la vie; séparés, ils sont inutiles et en danger de survie
Bien qu'anatomiquement leur complémentarité est évidente, elle l'est beaucoup moins quant à la distribution des tâches reservées, dans toutes sociétés, à un sexe et interdites à l'autre
Le paléolithique supérieur (vers 35 000 ACN)
L'homo-sapiens se répend à travers le monde et de grandes civilisations (périgordiens, aurignacien.) se mettent en place; l'émergence de la spiritualité à travers le culte des morts va favoriser un développement important de la création artistique. De plus, les changements climatiques vont influencer les conditions de vie et donc probablement les relations homme-femme
Pendant cette période du Paléolithique supérieur, les deux sexes vivent probablement séparés , distinguant leur style de vie, mais tout en se tolérant entre eux
Une division naturelle s'effectue par les activités propres aux deux sexes: - l'homme chasse, il voyage selon la fluctuation des ressources animales
- la femme cueille ou chasse des petits animaux, elle se sédentarise ou voyage sur des trajectoires indépendantes
Ces deux champs d'activités et, peut-être, ces deux intelligences différentes contribuent à les séparer, créant, déjà, comme le souligne A. Leroi-Gourhan, des espaces féminins et des espaces masculins au sein des habitations. Chaque repas est pris séparément
Cependant, pour un bon équilibre alimentaire, homme et femme se réunissent pour échanger leurs ressources propres. Cette dépendance vis à vis de l'autre est signe d'égalité et de survie. Les deux sexes vivaient donc en équilibre
La qualité des activités et de l'intelligence de chacun fut souvent sujet à discussion entre primatologues et anthropologues. Au début, l'intelligence masculine de l'homme-chasseur fut considérée comme plus développée: la chasse nécessitant la communication entre les hommes, la ruse, l'attention
Les femmes protégent quant à elles les enfants et s'en occupent tout en récoltant les végétaux trouvés sur place
Cependant, si les femmes ont la charge des enfants, les hommes ont l'éducation des adolescents mâles. Ceci impliqua, sans doute, un pouvoir mâle (différent du pouvoir paternel), mais ce pouvoir pu fort bien être partagé avec les femmes, pour d'autres pouvoirs inconnus de nous aujourd'hui
"Les primates mâles n'ont cessé, de générations en générations, ou dans le cas humain de culture en culture, de dominer la femelle et de transformer leur supériorité au combat en prépondérance politique sur le sexe apparemment plus faible et moins compétitif "
Durant cette période, il n'existe ni un matriarcat, ni un patriarcat primitif. La filiation mère-enfant est indiscutable, tandis que la paternité est mise en doute: c'est une croyance, un mythe
Face à cette réalité biologique la thèse du pouvoir matriarcal fut émise, mais l'absence de nombreuses preuves empêche le fondement d'une telle hypothèse. Ce mythe fut, pourtant, souvent établi comme historiquement exact
Suite aux découvertes archéologiques, notamment celle de Lucy en 1974, on peut estimer que la dominance mâle date de plus de trois millions d'années. Mais ce pouvoir politique mâle n'exclut pas des pouvoirs propres aux femmes. Ainsi chacun des sexes détient des fonctions propres et la femme possède une aura particulière
Par sa fonction de chasseur et sa supériorité masculine, l'homme acquiert un pouvoir métaphysique: il meurt pour se défendre. De même, parallèlement et symétriquement à ce pouvoir masculin, la femme possède le pouvoir procréateur: elle donne la vie. "En effet, si à l'aube de l'humanité, la femme l'emporte sur le sexe masculin, c'est grâce à sa "disposition naturelle pour le divin, le surnaturel, le merveilleux, l'irrationnel" "
Ainsi, si les hommes gardent le pouvoir politique et social, le pouvoir des femmes est d'ordre cosmique
En prenant l'hypothèse de la séparation des pouvoirs, on établit un équilibre entre les sexes: "l'un vaut l'autre "
Les femmes vivent donc des rapports plus ou moins autonomes avec les hommes et non, de simples rapports de soumissions
Entre le VIIIe et le VIe millénaires, au Moyen-Orient (en avance d'environ 2000 ans sur l'Occident)
Il y a une transformation radicale du genre de vie des populations. L'homme abandonne l'économie de la chasse et de la cueillette pour la domestication de la plante et de l'animal: l'homme se sédentarise
C'est pourtant la femme qui invente l'agriculture
Alors que l'homme s'en va chasser, la femme, sur place, cueille, observe la nature et le renouvellement de celle-ci. Les femmes prennent les premières mesures de domestications (reproduction artificielle). Elles contribuent à un équilibre alimentaire et apportent une nourriture continue, grâce à l'emmagasinement des denrées séchées
De leur côté, les hommes commencent l'élevage des animaux pour sauvegarder la perpétuité de l'espèce
La complémentarité des tâches est conservée, mais les hommes ne risquant plus leur vie dans l'élevage, perdent de leur prestige face aux femmes qui fructifient le sol. Les valeurs de la vie l'emportent sur la fascination de la mort. La mère devient un personnage central du Néolithique
Au Ve millénaire
La déesse-mère est représentée à travers les végétaux et les animaux: la femme engendre toutes les espèces, son empire est étendu sur tous les êtres. La femme est associée à la terre, la fécondité et la maternité. A travers cette déesse-mère, il y a une volonté de montrer sa bisexualité: elle est le Tout et aucun apport extérieur ne montre sa fonction procréatrice. On assiste à un véritable envoûtement, comme pour le dieu-père qui lui succédera dans les religions monothéistes mâles
Cependant, la femme protège de la mort, puis protège les morts. Elle est futilité végétale et fécondité humaine. Les hommes, en enterrant leurs morts, solidarisent la fécondité et l'agriculture, ils renforcent donc le pouvoir de la déesse-mère et donc du prestige des femmes
L'homme, de son côté, s'occupe de l'élevage, de l'artisanat et de l'agriculture. "Le père ne croit toujours pas (ou peu) en sa participation biologique dans la naissance des enfants." Cette méconnaissance biologique peu s'expliquer par l'indifférence des hommes (dénégation ?) face à ce sujet. Les valeurs viriles ne sont pas vénérées pendant cette période, il n'existe d'ailleurs aucun cas connu de dieux masculins convaincants. Cependant, pendant cette période néolithique, les hommes gardent le pouvoir politique sans exercer une puissance contraignante sur les femmes. L'activité économique étant étroitement liée au culte de la déesse-mère, les femmes ne gouvernent pas, elles règnent
Du IVe millénaire à la fin du IIe millénaire
Le rapport entre l'homme et la femme reste équilibré. Nous sommes en face d'une communauté des sexes empreintes d'estime mutuelle. L'homme se rapproche de la femme et désire partager les différentes tâches qui étaient propres aux femmes. Cette nouvelle collaboration entraîne une dépossession progressive du travail et des pouvoirs féminins. Et lorsque l'homme connaît sa paternité biologique, au culte de la déesse-mère, il ne substitue cependant pas un dieu-père
Un nouvel objet d'adoration apparaît, il va marquer cette transition: le couple formé par un dieu et une déesse. L'homme et la femme se partagent la terre et le ciel. Ce n'est plus une séparation des pouvoirs, mais une complémentarité obligée pour accomplir une même tâche
La femme garde son prestige qui, cependant, diminue avec l'évolution technique. L'apparition de la charrue, qui devient un symbole sexuel masculin, suivie de l'association de l'animal dépossèdent la femme du champ agricole. Il devient propriété masculine et l'homme fertilisateur de la terre
Au néolithique moyen, l'amélioration des conditions de vie et de nutrition entraîne des poussées démographiques. Des villages se forment et augmentent leurs productions grâce aux stockages de la nourriture. Ces nouvelles conditions de vie font apparaître de nouvelles notions: telles que la surpopulation et la convoitise des terres. S'ensuivent alors pillages et conquêtes. Au Néolithique final et à l'âge des métaux, la guerre, tâche masculine, est représentée dans l'art. L'agriculteur mâle redevient alors chasseur-guerrier et retrouve son prestige. Cependant, la préhistoire connait des femmes guerrières. Beaucoup de mythes racontent leurs exploits dont les Amazoniennes sont sans doute les plus connues. Toutefois, si les femmes pouvent appartenir à l'armée et porter l'uniforme, elles ne peuvent être en première ligne
Aujourd'hui encore ce "privilège" reste-t-il masculin ? En général, la guerre devient l'activité masculine par excellence. Cette activité complète symétriquement la maternité, donnant à l'homme sa spécificité
L'antiquité
L' Egypte
A la fin du IIIe millénaire avec l'apparition du couple divin Osiris et Isis, les premiers détournements des pouvoirs féminins apparaissent, l'homme et non plus la femme apprend aux hommes à cultiver la terre et à la fertiliser
Le couple divin représente le procréateur et le producteur, l'homme et la femme sont symétriques et complémentaires
Cet équilibre est éphémère: "Car on s'empressera d'oublier que le féminin aussi peut incarner le Divin, et que la transcendance ne se décline pas qu'au masculin "
La figuration sur les rapports du couple divin en dit long sur les rapports entre hommes et femmes. La femme n'est plus représentée seule, mais en couple
Cependant, nous sommes toujours dans une période d'équilibre
La Grèce archaïque
A cette époque, apparaît alors un patriarcat modéré. Plusieurs sociétés font preuve d'un respect mutuel entre les deux sexes. De même, il existe certaines peuplades comme les Aryens (2000-400 ACN) qui ne font aucune ségrégation sociale ou familiale entre les filles et les garçons; les filles reçoivent une même éducation et s'illustrent au combat. Aussi, ce modèle de sociétés patriarcales équilibre les rôles masculins et les rôles féminins
La période qui va suivre dure environ 3 ou 4 millénaires et s'ouvre sur un patriarcat absolu
Elle débute en Orient, "berceau de notre civilisation", et se termine, dans l'ensemble, en Occident
Le patriarcat absolu est un système politico-juridique où les lois gouvernent, où règne la supériorité masculine sur la famille et la société. Les hommes instaurent des principes idéologiques et religieux pour justifier ce déséquilibre, l'excès de pouvoir devient donc innocent. et l'homme, le meilleur représentant de la création et du créateur. Face au bien, la femme symbolise le mal, un danger pour l'homme
Les hommes ont peur des révolutions féminines qui briserent le pouvoir en place, cependant, celles-ci sont rares et peu conséquentes
Pendant 2.500 ans, les femmes vont "accepter" le système idéologique qu'impose le patriarcat absolu. Elles se "complaisent" dans la passivité, l'irresponsabilité et la sécurité (même au prix de larmes, ruses et haines). "Elles ont profité de l'évolution de leur système de valeurs à eux pour le tourner à leur profit à elles "
Schématiquement, le début du patriarcat absolu en Occident débute avec la démocratie athénienne au Ve ACN pour s'éteindre - lentement - à la révolution française avec une démocratie appliquée à tous
Bizarrement, si les dictatures rencontrées à travers le temps et les sociétés sont condamnées violemment, on peut s'étonner de la passivité humaine face à une quelconque dictature masculine
Le patriarcat absolu transforme la femme en un bien, une propriété et il va contrôler la sexualité féminine. L'homme va être hanté par l'adultère de la femme qui met en doute sa descendance et la transmission de son nom et de ses biens
Le Patriarcat réellement absolu apparaît avec le dieu-père tout puissant qui remplace les déesses de jadis
En moins d'un millénaire, Brahmâ, Yahvé, Zeus, Jupiter s'imposent comme pères de l'humanité, les mères ne jouant plus qu'un rôle mineur
On pourrait se demander si l'ancien et le nouveau testaments, base pédagogique de plusieurs civilisations, n'ont pas accentué cet état de choses en racontant le Père-Créateur, dans la Genèse
"Comme si les hommes avaient inventé Dieu pour mieux asseoir le pouvoir paternel ... "
Les hommes remplacent les déesses par des dieux, en les ridiculisant ou en attribuant à d'autres dieux leurs privilèges. Jusqu'au christianisme où la mère redeviend à nouveau objet de culte (aux libertés cependant très limitées), la filiation paternelle et le culte du père l'emportent
Le Moyen-Age
L'Eglise officielle contribue à véhiculer une image négative de la femme. Saint Augustin renforce cette connotation. En effet, il hésite sur l'origine de l'âme de la femme. L'âme féminine doit-elle son existence à un intermédiaire ou a-t-elle été créée ex-nihilo ? "En vérité, le message du Christ à l'égard des femmes fut dévoyé par ses apôtres et les germes de la révolution étouffée ". Mais, le patriarcat est encore trop imposant pour permettre une révolution. L'homme devient le père de l'humanité et le père des hommes, sa paternité est sociale et biologique. Il crée l'enfant et la femme. Il devient le premier procréateur
C'est d'une côte d'Adam que Dieu crée Eve. Ainsi, dans le civilisation Judéo-chrétienne, la femme devient doublement l'enfant du mâle. La parthénogenèse masculine justifie cette différence de statut: l'homme est le fils de Dieu, la femme est la fille de l'homme. L'homme a vraiment tout fait pour justifier la prétendue infériorité et négativité de la femme. La femme devient l'inverse de l'homme
Sur le plan métaphysique: le mâle transmet la forme (l'âme), il est le principe générateur et moteur, la femelle transmet la matière (elle est dénuée de forme et de raison), elle est passive et attend d'être engendrée. Avec les modes de contraceptions, les femmes deviennent actives face à ce détrônement masculin, l'église n'a peut-être pu accepter et a rejeté "cette prise de pouvoir". Ceci pourrait justifier l'acharnement "conservateur" de Jean-Paul II
Le patriarcat absolu voit, dans le mariage, un moyen de pression sur la femme. Elle est objet d'échange entre les hommes. Son rôle est passivement économique et pacifique (alliance). Il est juridiquement limité; ainsi, au VIe siècle, Clovis promulgue la loi salique: les femmes ne peuvent porter la couronne de France. (La loi salique vient d'être abolie en Belgique en 1991.) Les femmes perdent donc le droit de régner
Ainsi le problème de succession ne se posera plus jusqu'à la fin de l'Ancien Régime
Du Moyen-Age au XVIIIe siècle, le père peut marier à sa guise ses enfants ou empêcher toute union. Pour l'époux, la femme représente un instrument de promotion sociale, éventuellement, un objet de distraction et le moyen de continuer sa descendance
Lors des trois derniers millénaires, la logique des contraires, dans les sociétés patriarcales, est souvent poussée à l'extrême et entraîne l'exclusion de la femme. Dans ces systèmes sociétaires, l'homme et la femme restent des ennemis irréductibles qui entrainent la guerre des sexes. Plusieurs textes conseilleront aux hommes de s'éloigner des femmes, tels que le Mahabharata (thèse androcentriste Manou de la civilisation indienne) ou la Genèse
Dans ces écrits, la femme est considérée comme coupable, coupable d'avoir fait manger à Adam la pomme du serpent ! De même, la relation homme-femme est représentée comme une hérésie
Les hommes et les prêtres du Moyen-Age considèrent la femme comme un péché de luxure et comme un être insatiable. Et, comme l'inscrit la Bible, les femmes sont exclues de la prêtrise, car elles n'ont aucun contact avec le divin
Les sociétés patriarcales ont toutes les mêmes points communs: elles prônent la séparation des sexes par une hiérarchisation radicale, par une opposition farouche des hommes par rapport aux femmes, et par une interdiction de se conduire comme l'autre sexe. Seule la procréation les réunit... physiquement ! C'est la liaison entre deux mondes hétérogènes. De plus ces sociétés patriarcales subissent - forcément - la guerre des sexes: pour l'homme, la femme a une intelligence et une hostilité dévastatrices; elle représente aussi un danger pour l'époux. Les hommes redoutent une revanche féminine par l'adultère et l'assassinat (surtout au XIe siècle)
La Rennaissance
Des femmes telles que Christine de Pisan vont amorcer le mouvement vers le féminisme moderne. En effet, Christine de Pisan fut la première femme à vivre de sa plume. Elle écrit, vers 1405, le "Trésor des dames" et la "Cité des dames" qui vont inspirer de nombreux essais masculins aux XVIe et XVIIe siècles. Elle parle de "raison, droiture et justice", de politique, de philosophie ainsi que d'histoire et art militaire Elle choisit de "fermer ses sens", de se faire homme (comme le fera - inconsciemment ou non - Georges Sand au XIXe siècle); "condition nécessaire pour devenir l'égale des lettrés et entrer à la cour des princes "
Seulement, l'opinion publique, les hommes ne sont pas prêts à accepter. La littérature transmet la pensée du moment: au XVe siècle, Jean de Meung écrit, dans le "Roman de la rose", une satire mettant en scène des odieux personnages féminins. L'image courtoise de la femme change au profit d'une image dite "réaliste" pour mieux la déconsidérer. La Comédie mettra également en scène des thèmes sur la "malice" (diabolique) des femmes
Progressivement les apologies du sexe féminin se multiplient. En Italie et en Espagne, ces écrits deviennent une mode, un genre littéraire. De nombreux écrivains se lancent dans cet exercice de style. Leurs convictions intellectuelles n'entrent pas en compte. C'est dans cet ordre d'idées que Guillaume Dufour accepte, à la demande de Anne de Bretagne, d'écrire "L'histoire des femmes célèbres depuis la Création"
On voit également apparaître des ouvrages écrits par Guillaume Postel, Cornélius Agrippa, Pierre de l'Escale, Brantome qui parlent de supériorité féminine, de désir de rédemption par la femme; qui veulent combattre les injustices politiques des femmes
Montaigne écrira: "Je dis que mâles et femelles sont jetés dans le même moule. Sauf l'institution et l'usage, la différence n'y est pas grande." La question "les femmes ont-elles une âme?" connaît également beaucoup de succès dès cette époque. Ainsi la "querelle des femmes" repris de plus belle avec l'adhésion du Néo-Platoniscisme
Comme nous l'explique Benoîte Groult, dans son livre "Le féminisme au masculin", "on peut dire qu'à la fin du XVIe siècle, sous l'influence de Marguerite de Navare, puis de Catherine de Médicis, violement opposée à la loi salique au nom de l'égalité d'intelligence entre les sexes, bons nombres d'écrivains sont gagnés à la cause des femmes." Le XVIIe et XVIIIe siècles
En s'emparant de tous les pouvoirs féminins, les hommes ont perdu leur sérénité et leur amitié. Cette situation, poussée à l'extrême principalement au Moyen-Age et dans la société islamique, s'améliore avec l'idéal bourgeois du bonheur au XVIIIe siècle. Cette amélioration marque l'agonie du patriarcat
On peut remarquer que dans une société, plus l'homme a peur des femmes, plus le système patriarcal est dur. Evidemment, plus l'homme exerce un pouvoir absolu, plus grande est sa peur d'une revanche féminine ! Ce cercle vicieux ne se termine qu'avec la disparition du patriarcat
Enfin, l'homme associe la naissance et la mort à la femme. Elle représente alors une menace supplémentaire lui rappelant que l'homme est démuni et dépendant face à cela
Les multiples justifications idéologiques de la violence faites aux femmes n'apaisent pas les craintes masculines. L'homme, dans sa peur, associe la femme à la sorcière
Déja, les pouvoirs surnaturels attribués à Jeanne d'Arc ne sont-ils pas un moyen simple et une justification masculine d'anéantir une femme qui exerçe sur leur propre terrain? On peut logiquement se demander pourquoi, face à cette domination masculine, les femmes se sont laissées déposséder des pouvoirs et privilèges antérieurement acquis ? Certains y ont répondu en niant toute dominance féminine à un moment ou un autre; malgré toutes les pistes qui tendent à relater l'influence idéologique et économique des femmes pendant une longue période
D'après E. Badinter, cette dépossession des femmes fut apparement sans turbulences excessives, plus lente et progressive qu'on ne le croit
Pour elle, la base de ce changement est le phénomène de la bisexualité humaine qui rassemble aussi en un même homme ou en une même femme, les caractéristiques de l'autre sexe: activité et passivité, agressivité et soumission, virilité et féminité. Les femmes se seraient déchargées de leurs responsabilités et auraient "gagné" les plaisirs de la passivité et les désirs secrets masochistes, alors que les hommes ont libéré leur agressivité, domination et caractère actif jusqu'à créer une querelle avec les femmes. E. Badinter affirme donc, que les femmes, lassées de cet état des choses, ont voulu rappeler aux hommes "leur commune appartenance à l'Humanité". (Les femmes ont senti le besoin d'exalter leur moi profond refoulé - de gré ou de force - depuis longtemps). Cette prise de conscience entraine une remise en question du patriarcat
Cependant, certains partis sont dirigés par des femmes: Léonora Galigai, la duchesse de Chevreuse, Mademoiselle de Montpensier, pour n'en citer que quelques unes. D'autres sont à la tête de troupes chevaleresques: Madame de Longueville, la princesse de Condé,..
Evidemment, le fait qu'elles soient "bien nées" empêche les ripostes pour leurs rôles diplomatique, littéraire ou militaire
Seulement, ces femmes illustres ne représentent qu'un épisode de l'Histoire
Un changement social suffit pour remettre de rigueur les lois civiles et religieuses. Ce changement est caractérisé par le règne de Louis XIV et le Pouvoir Absolu de Droit Divin. "C'est l'âge d'or de la misogynie", selon B. Groult
A l'origine, les premières contestations contre le patriarcat sont menées principalement et de façon active par des hommes
En abolisant le pouvoir politique absolu du Souverain, ainsi que les fondements religieux, l'homme attaque également le pouvoir familial du père
Cette évolution est connue dans toutes les sociétés occidentales à travers les révolutions et les réformes, et ce jusqu'au XXe siècle
Cependant cette quète de démocratie, de liberté et d'égalité pour une société nouvelle n'est réservée qu'aux hommes, ceux-ci ayant pris soin d'exclure la femme de toute obtention de droits et de pouvoirs. L'église et les conservateurs réagirent en mettant en garde les révolutionnaires: la lutte contre le pouvoir royal va mettre en péril le pouvoir familial et paternel
Le long combat des démocraties - environ deux siècles - entraîne la chute du patriarcat. Les femmes en profitent pour convaincre les hommes de leur appartenance à l'Humanité et donc de leurs droits et devoirs communs
Cette égalité entre l'homme et la femme met fin à un rapport de force d'un sexe sur l'autre et demande une nouvelle définition de la spécificité de chacun. Mais ce n'est pas encore pour tout de suite..
Pour l'instant, le désir et le droit de "liberté, d'égalité et de fraternité" diminuent l'exclusion et la hiérarchie. Il remplace le triptyque "soumission, hiérarchie et paternité"
A la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, les théoriciens de la monarchie justifient l'autorité du roi en la liant à celle de Dieu et du Père. Ils associent le souverain au père de famille, faisant de la monarchie un pouvoir naturel et rendant indiscutable l'autorité politique par le droit divin. Pour reprendre l'expression d'E. Badinter: "Le simple père de famille devient le succédané de l'image divine et royale auprès de ses enfants." Albert Camus écrira d'ailleurs dans "L'homme révolté" à propos de l'exécution de Louis XVI: "Dieu chancelle et la justice, pour s'affirmer dans l'égalité, doit lui porter le dernier coup en s'attaquant directement à son représentant sur la terre." Les hommes, pour célébrer la "communion des égaux" vont devoir tuer Dieu. La libération de l'humanité est au prix de l'exécution du Symbole paternel. Petit à petit, l'homme remplace dieu, et la société - sous l'influence d'un pouvoir religieux depuis plus de dix siècles - tend vers un mouvement le laïcisation
Entre 1789 et 1799, la révolution française provoque la neutralité religieuse de l'état, puis plus tard la session définitive avec l'Eglise. Les états modernes seront donc des modèles de laïcité au XXe siècle
Suite à ce bouleversement idéologique, les hommes rédigent la déclaration des droits ... des hommes et non de l'Homme. Seuls les êtres masculins sont égaux - en théorie - indépendamment de leurs spécificités sociales, religieuses, raciales ou économique. Les femmes sont toujours exclues de l'humanité
Petit à petit et discrètement, la condition des femmes va intéresser plus d'un philosophe à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle
Mais cette remontée va être contrecarrée par l'anti-femme, l'anti-féministe par excellence du XVIIIe siècle: Jean-Jacques Rousseau
Dans son livre "Emile", il justifie la non-instruction indispensable de Sophie (future compagne d'Emile): la femme n'ayant besoin d'aucun esprit, qu'elle n'a d'ailleurs sans doute pas
Par la suite, les Jacobins, suivis de Napoléon, reprendront l'idéal de Rousseau. Napoléon sortira le code civil, tranquillisant ainsi la population masculine pour cent ans
Mais dès 1789, des remontrances et des pétitions marquent l'autre révolution, celle des femmes. Des femmes telles que Mme d'Epinay, Sophie de Condorcet, Olympe de Gouges sont sur le devant de la scène, des hommes s'illustrent aussi dans ce combat. Mme d'Epinay , suivie par Condorcet , estime que la ressemblance des sexes est plus importante que la différence. Pour elle, les hommes et les femmes sont de même nature et de même constitution. Seules l'éducation et la société engendrent ces différences. Ainsi, deux siècles avant Simone de Beauvoir, elle pense que l'on ne naît pas femme mais qu'on le devient
Si Mme d'Epinay prône l'égalité des sexes, Diderot plaide l'égalité dans la différence. Il distingue les femmes par l'ardeur de leurs sentiments ("beaux sexes"). Pour lui, la raison de ces transports est d'ordre anatomo-physiologique
Ces différences des sexes entraînent Diderot à défendre la cause féminine contre les lois civiles établies ainsi que celles de la nature. Il demande une bonne instruction et la reconnaissance de leur génie
En 1790, Condorcet avait déjà écrit "L'Essai sur l'admission des femmes au droit de cité (ou citer)"
Condorcet, peut-être influencé par sa femme, Sophie Condorcet, veut, de la même manière que Mme d'Epinay, réparer "une inavouable injustice". Il veut que les femmes soient éligibles et électrices et puissent accéder à n'importe quelles places. Il juge les femmes aptes à diriger une armée ou présider un tribunal (La grossesse d'une femme ne devait pas être un plus grand obstacle qu'un rhume de cerveau chez un homme), et croit à la capacité créatrice des femmes
Mais, un an plus tôt, Talleyrand propose une différence sexuelle de l'éducation et refuse les emplois publics féminins afin de garder une harmonie dans le couple. Ainsi, ceux qui suivent Talleyrand jugent les femmes non intégrables dans l'humanité par leur spécificité féminine. Par contre, les idées de Poulain de la Barre, de Mme d'Epinay, de Condorcet et de quelques autres influencent les républicains de 1880. Mais jusque là, la ségrégation sexuelle résiste sur le plan pédagogique
"Alors que l'idéal révolutionnaire plaçait l'égalité formelle au dessus des différences naturelles, le sexe resta l'ultime critère de distinction "
En effet, des évenement sociaux marquent le début d'une égalité raciale: les juifs sont émancipés le 27 septembre 1791 et l'esclavage des Noirs est aboli le 4 février 1794
Cependant, les droits de l'homme ne sont toujours pas destinés aux femmes
Par exemple, au moment de la révolution française, dans le premier discours du 1 novembre 1793, Amar interdit aux femmes tout droit de réunion à plus de cinq dans leur domicile et toute citoyenneté active. C'est ainsi que les femmes sont interdites de passage à l'assemblée générale: leur instruction n'étant pas adaptée aux discours politiques..
"Les femmes doivent rester des femmes - diront les hommes politiques de la révolution -. Si elles montent à la tribune, si elles deviennent comme nous, alors nous, les hommes, nous ne sommes plus bons qu'à faire des confitures et élever la marmaille ! Autrement dit, nous ne serons plus des hommes digne de ce nom "
Certains essayent d'y remédier, comme en 1791, Olympe de Gouges qui édite "la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" ou comme le projet de Cambaceres aboli par la Convention en 1793. Cambaceres attribuait à la femme mariée des droits identiques à ceux de son conjoint (communauté universelle)
D'autres hommes tiendront, plus tard, également un discours pro-féministe: Victor Hugo , Léon Richer, Victor Scholcher, Jules Clautie,..
Le Code Civil de Napoléon accentue davantage la différence des sexes et la différence des droits: les femmes ont des devoirs, mais non pas - comme les hommes - des droits civiques et juridiques. A croire que quand il y a pouvoir unitaire, proche du Dieu ou du père, les femmes sont exclues de l'Humanité
Le XIXe siècle
A l'aube de ce siècle, apparaissent beaucoup d'ouvrages masculins qui parlent de féminité. Mais, ceux que B. Groult surnomment les "féminolâtres" dissimulent mal - sous leurs écrits galants - "le mépris foncier ou l'affectueuse pitié qu'ils ressentaient pour elles." B. Groult souligne ensuite qu' "avec une conviction parfois touchante, tous les hommes ont plaidé pour sauver la femme: du travail à l'usine, des misères de la politique, des menaces du monde extérieur, de la sexualité, de la liberté. D'elle-même en somme." Ainsi, le XIXe siècle est un véritable bond en arrière
Sylvain Maréchal, révolutionnaire d'extrème gauche, propose, au début du siècle, le "projet d'une loi portant défense d'apprendre à lire aux femmes". Il démontre, dans son projet, les raisons amenant la femme à ne faire que des travaux domestiques: "L'invention de la bonne et sage nature a été que les femmes, exclusivement occupées des soins domestiques, s'honoreraient de tenir dans leurs mains, non pas un livre ou une plume, mais bien une quenouille ou un fuseau." (considérant 5) A la même époque, apparaît l'ouvrage de Cesare Combroso, grand criminologue italien, et d'Enrico Ferri: "La femme criminelle et la prostitution", "La femme sent moins, de même qu'elle pense moins.",etc
Ces deux ouvrages, suivis de discours dépréciatifs sur les femmes, annoncent bien un XIXe siècle misogyne. Tous les milieux sociaux et professionnels s'y mettent. Les prolétaires héritent du monde rural le "droit" de battre leur femme et leurs enfants: les juris ayant beaucoup d'indulgence pour les "crimes passionnels" dont les femmes sont victimes. Le dandy choisit "l'art comme valeur suprême et règle d'existence: l'art, ce monde divin inaccessible aux femmes ". Balzac, Byron et Michelet iront jusqu'à leur imposer un régime alimentaire exempt de viande rouge et abondant en sucreries ! Mais, parmi les plus grands conservateurs de l'esclavagisme féminin, on trouve un penseur, moderne en bien des cas, Proudhon qui renvoie la femme au monde animal: "Bien loin d'applaudir à ce qu'on appele aujourd'hui émancipation de la femme, inclinerais-je bien plutôt, s'il fallait en venir à cette extrémité, à mettre la femme en réclusion." ou encore: "L'infériorité de la femme est triple: physique, morale et intellectuelle, et définitive, puisqu'elle tient à sa non-masculinité." John Ruskin propose à son tour un programme dans son livre "L'éducation des femmes". Sur base de la philosophie rousseauiste, il veut réduire l'instruction des femmes au minimum, afin qu'elles en sachent assez pour "prendre part à la joie de la découverte qu'éprouvent son mari et les meilleurs amis de celui-ci." De même, à travers les oeuvres artistiques, nous pouvons remarquer à quel point la femme est peu considérée. Celles-ci sont très importantes car elles font passer un message "naturel", une logique, un fait. Elles sont le reflet du pouvoir en place et de la situation actuelle. Le corps de la femme va être l'objet principal des thèmes picturaux, principalement érotiques
L'artiste, ayant droit de "posséder" le corps de son modèle, crèe des tableaux fantasmatiques où se révèlent ses pulsions érotiques
Si certaines peintures racontent l'histoire, les évènements mondiaux, derrière ces nobles gestes, les thèmes énoncent que la femme est un objet d'échange entre les hommes. Le créateur va rendre son pouvoir légitime et serviable pour la cause suprême de la beauté même. "Le mélange de convictions sur le pouvoir masculin, les modèles nus et la création artistique trouvent sa rationalisation la plus aboutie dans la représentation, extrèmement populaire au XIXe siècle, du mythe Pygmalion: la beauté de pierre qui se fait chair et s'anime sous l'éclat incandescent du désir masculin "
Face à l'image sexuelle de la femme possédée, existent aussi des représentations de femmes en révolte (cherchant l'auto-affirmation) qui sont rendues de manière grotesque. Leurs traits sont terrifiants, proche de l'image de la sorcière ou de démons ravageurs
"Au XVIe comme au XIXe siècle, le signifiant le plus éloquent de la folie et du chaos, c'était la femme livrée à elle-même, indépendante, indubitablement dominatrice: seule figure à même, parce que suffisamment riche de connotations négatives, de saper assez profondément les relations normales de pouvoir pour signaler la destruction des valeurs mêmes "
Face à cette marée misogyne, les femmes du XIXe siècle veulent sortir de leurs rôles traditionnels, accéder aux savoirs et aux pouvoirs des hommes
Cette volonté d'instruction, d'égalité (et de légalité), de liberté va inquièter les conservateurs: les femmes n'hésitent pas à descendre dans la rue pour manifester leur mécontentement et participer à la révolution. "La prise de conscience de la puissance des moeurs (souvent plus fortes que la loi), du rôle du privé, du quotidien, de l'éducation des jeunes enfants, tout cela a revalorisé le rôle des femmes. Elles sont devenues à la fois plus nécessaires et plus redoutables ". Pour réfréner l'influence montante de la femme, les hommes décident de la célébrer par la religion. La Vierge Marie est exaltée dans tous les domaines artistiques. "La femme est une esclave qu'il faut savoir mettre sur un trône." suggère Balzac. Les représentations picturales vont contribuer à guider le comportement de la femme. Les tableaux du XIXe siècle deviennent le porte-parole des "vraies valeurs" que la femme - "digne de ce nom" - va devoir appliquer
Par exemple, dans l'Angleterre victorienne où des rebellions éclatent dans les colonnies, la femme est représentée passive face aux attaques. La sérénité et la Bible siéent mieux à l'héroïsme de ces dames que l'auto-défense résolue. La femme ne peut déroger à son sexe en utilisant la force physique comme défense ! La représentation de la femme paysanne servit aussi à véhiculer l'image "saine et naturelle" de la femme-mère nourricière et de la foi religieuse à travers la femme-pieuse. En effet, c'est par la mère nourricière que se perpétue de génération en génération les traditions religieuses
Parallèlement, ou doit-on dire perpendiculairement à ce bloc politique, philosophique et artistique, combattant contre les intrusions féminines, des femmes et des hommes vont réagir et tenter d'agir
Notamment, en Angleterre, au début du XIXe siècle, des hommes tels que William Thompson vont essayer de rétablir l'injustice subie par les femmes
Mais c'est surtout, suite à l'évolution économique "imposant" aux femmes de travailler à l'extérieur, que celles-ci réclament d'être reconnues légalement et juridiquement
C'est alors que, vers 1865, Stuart Mill, un des plus grands défenseurs du féminisme, réclame dans sa candidature au parlement l'inclusion d'un programme sur le droit de vote des femmes. Il prône aussi l'égalité dans le mariage; il est, d'ailleurs, un des premiers à s'appliquer lui-même cette exigence lors de son mariage, en 1851, avec Harriett Taylor
Par sa personnalité et son oeuvre , l'idéologie de Stuart Mill va rendre possible les actions féministes. Son action permettra d'ouvrir les portes de l'espérance féminine
Comme l'a bien compris Stuart Mill, l'émancipation des femmes est d'abord ralentie et compromise par les hommes qui dès leur plus jeune âge sont persuadés - de par l'instruction - d'être supérieurs à la femme. Le conditionnement dans lequel vivent hommes et femmes est tel que le processus d'esclavagisme des exclus (tous ceux qui n'appartiennent pas à la race des hommes blancs) dura (et dure encore) des siècles. A la fin du XIXe siècle, de plus en plus de mouvements féministes se créent et réagissent , ouvrant l'accès à la libre instruction - universelle - aux femmes. Celles-ci ont réussi à sortir d'une torpeur passive et d'une soumission longue de plusieurs siècles. Elles ont pris conscience de ce qu'elles sont vraiment
"Nous n'étions rien. *aujourd'hui* Nous sommes 52%..." B. Groult
En apprenant à se connaître, elles peuvent agir car elles savaient ce qu'elles veulent, et surtout, ce qu'il leurs faut. Seulement, le mouvement féministe concerne le tout universel. La moitié de la population terrestre étant féminine, chaque être humain, chaque domaine est concerné. Le rétablissement social, économique, culturel et politique qu'entraîne l'égalité des sexes, va se heurter à des traditions, des "habitudes" profondément ancrées dans l'histoire, dans les mémoires. Shulamith Firestone ("La dialectique du sexe") constate: "L'inégalité entre les deux sexes est si profonde qu'elle est devenue invisible." Des partis politiques accompagnent ou lancent ces mouvements. A l'origine, les partis socialiste et communiste prennent en considération la condition des femmes au sein de la société. On peut y trouver trois systèmes prônant pour une émancipation - souvent contrôlée - des femmes: le St-Simonisme, le Fouriérisme et le communisme Icarien. Mais ces mouvements sont condamnés, faute d'avoir voulu changer la condition de la moitié de la société
Le St-Simonisme est fondé réellement par Barthélémy Prosper Enfantin, grâce à l'influence posthume de Henry de St-Simon, petit neveu de Louis XIV
Cette philosophie se base sur les revendications prolétaires et surtout l'émancipation féminine. Pour ce siècle bourgeois et misogyne qu'est le XIXe siècle, cette théorie est une innovation courageuse
Henry de St-Simon, aristocrate "repenti", fut toute sa vie investi d'une mission: sauver les hommes de leurs carcans et de leur "assurer (...) le libre développement de leurs facultés ". A la veille de sa mort, il prononça ces mots à un de ses rares disciples: "L'homme et la femme, voilà l'individu social." Beaucoup suivirent le mouvement de Enfantin et de Bazard, notamment de nombreuses femmes illustres ou inconnues: Suzanne Voilquin, Claire Demar, Cécil Fournier (ainsi que son mari), Pauline Roland (première prêtresse St-Simonienne),..
Le mouvement St-Simonien est le premier à rassembler des femmes dans une cause commune. Mais petit à petit, le mouvement devint secte, et leurs idées dites utopistes sont considérées comme immorales. La secte est dissoute, cependant la théorie continua à influencer certains et devint l'exemple d'un nouveau départ fait de pensées et d'actions féminines. Dorénavant, la société doit compter avec les femmes
Charles Marie François Fourier, avangardiste polyvalent, fut longtemps oublié et son oeuvre injustement atrophiée
Cet "utopiste" propose un nouvel ordre social et économique, ainsi qu'une nouvelle liberté féminine. Il désirait l'épanouissement des hommes, des femmes et rétablir un équilibre institutionnel dans l'éducation des enfants. B. Groult ajoute: "Ce n'est pas seulement de l'injustice des lois que Fourier entendait délivrer les femmes, mais de l'oppression économique, domestique et sentimentale qu'elles subissaient." Contrairement au St Simonisme, Fourier ne mystifie pas la femme. La femme est un être humain qu'il faut considérer comme tel au même titre que l'homme
Parmi l'ensemble de sa théorie, il prône la diversité dans le travail pour les hommes et les femmes. De même qu'il propose à l'un ou l'autre sexe de choisir parmi les activités proches de chaque intérêt personnel, et une même préparation institutionnelle pour exercer les métiers de leur choix
Le projet d'égalité sexuelle de Fourier esit complèté par un programme sur la non-violence, le droit au travail et l'émancipation des peuples de couleurs
Quelques temps plus tard, Le Corbusier va - pour ses cités radieuses - s'inspirer des théories sociales, pensées du point de vue architectural, de Fourier
Le Fouriérisme eut des adhérants, mais le côté fantasmatique de Fourier eut raison d'un élan général social
Ainsi, Stuart Mill, comme Fourier, est un des grands prometteurs du féminisme du XIXe siècle. Ces hommes, surnommés les "utopistes", sont pourtant à l'origine de nos revendications sociales d'aujourd'hui
Les surréalistes vont, plus tard, adopter la pensée fouriériste. André Breton qualifiera Fourier de grand visionnaire dans son livre "Ode à Charles Fourier"
Du point de vue idéologique, le XXe siècle n'a pas beaucoup innové
En Allemagne, Auguste Bebel se distingue également grâce à son discours féministe. Dans ses théories socialistes, il place l'émancipation et l'égalité féminines au premier rang de ses obligations
Freud, fondateur de la psychanalyse, est chargé de traduire l'essai de Stuart Mill: "L'asservissement des femmes". Suite à cela, il écrit une lettre à sa fiancée Martha dans laquelle il s'assure la "calme activité" de sa future épouse, où dans un couple "nulle concurrence ne joue" avec l'homme: la liberté, l'institution (au même titre que l'homme), l'indépendance risquent de "supprimer tous les tendres attributs de la femme". Il souligne que "la plus délicieuse chose que le monde ait à nous offrir" (c.à.d., nous, les femmes!) est "notre idéal de la féminité" (à eux, les hommes !)
B. Groult remarquera qu' "on ne se lasse pas d'admirer avec quel candide égoïsme les hommes demandent aux femmes non pas d'être elles-mêmes, mais de ressembler à l'idéal masculin de la féminité" ! Les préoccupations premières, dès la moitié du XIXe sicèle, vont être la lutte pour le droit de vote et la continuation du combat pour une instruction égale
La cause principale est l'éducation. Aux U.S.A., les Américaines apprenent, dès 1840, à savoir "conduire leurs pensées et leurs paroles". Les Américains pensent que l'indépendance intellectuelle de tout être humain est nécessaire au sein d'une démocratie
Dès 1826, on trouve aux Etats-Unis, des écoles primaires et élémentaires pour les filles, analogues à celles des garçons. Ainsi grâce à l'action des femmes, celles-ci peuvent accéder aux professions et aux études supérieures dans les universités créées par des institutions privées
En Europe, les universités ouvrent lentement leurs portes aux femmes et l'ère des "premières" est amorcée. La Suisse accepte, la première, des femmes dans sa section philosophie (1846) et la Nouvelle-Angleterre crèe, en 1848, la première faculté de médecine pour les femmes. Après 1865, naissent de plus en plus de grands collèges universitaires féminins
Alors que la plupart des universités américaines et européennes acceptent les filles, certains pays comme l'Egypte permettent seulement aux étudiantes d'accéder, en 1924, aux cours d'institutrices
En France, Camille See instaure une loi sur l'enseignement en 1880. Elle fonde des enseignements secondaires et des enseignements primaires obligatoires pour les filles selon une loi de gratuité. Camille See et Jules Ferry vont se battre pour soustraire les femmes à l'influence "cléricale anti-républicaine". Cependant, la fréquentation scolaire, en 1880, reste faible
Plus rapides que les Occidentales, les Américaines , à l'aube de l'indépendance, réclament le droit de vote. Après l'échec de leur tentative, elles s'allient au mouvement contre l'esclavage en 1840 et organisent la "Women's Right Convention". Puis en 1850, la "National Women Suffrage Convention". Des résultats seront visibles seulement après la guerre de Sécession (1862-1865). A la fin du XIXe siècle, trente-six états possèdent des associations suffragistes
Le XXe siècle
En 1904, naît l'Alliance Internationnale pour le suffrage des femmes (AISF): le droit de vote devient une des premières revendications féministes dans de nombreux pays européens. Ghandi approuvera et adoptera la méthode non-violente des suffragettes anglaises. Il affirme que pour leurs qualités les femmes feraient de très bonnes "soldates". Le féminisme, dans les années '10, est présent dans la majorité des mouvements politiques. Hommes et Femmes prennent conscience de l'"injuste" ségrégation raciale et sexuelle. En 1914, les Américaines ont partout le droit de vote, sauf au Nouveau-Mexique; les femmes en Norvège votent dès 1908, en Angleterre dès 1918 pour les femmes agées de plus de trente ans et dès 1928 pour les femmes de tout âge, et en Allemagne dès 1919. Le droit de vote en France et en Belgique viendra plus tard, respectivement en 1944 (sous Charles de Gaulle) et en 1948. Les U.S.A., l'Allemagne, l'Angleterre, les pays nordiques connaissent de plus grandes manifestations politiques que la France et la Belgique. Néanmoins, en 1905, la Belge Marie Popelin fonde le Conseil National des femmes
Au XXe siècle, vu les réalités de la crise économique, de plus en plus de femmes cherchent à travailler. Mais beaucoup de métiers leur sont encore - pratiquement - interdits. Elles entrent alors en masse dans les bureaux (banques, ministères,...) pour avoir une certaine stabilité professionnelle; ceci concerne celles qui sont instruites, de même que pour celles qui sont acceptées dans l'enseignement. Beaucoup d'écoles Normales s'ouvrent. C'est notamment, grâce à la présence des femmes dans l'enseignement que les mentalités vont changer: elles sont à la base de l'éducation des jeunes enfants et vont permettre aux filles instruites de réclamer leurs droits
Ainsi petit à petit, les femmes vont s'introduire dans des domaines exclusivement masculins. Seulement, dès l'aube du XXe siècle, les hommes vont réclamer la présence des femmes au foyer. Celles-ci, embauchées pour faire le même travail que les hommes, ont un salaire inférieur: elles deviennent donc une concurrence "meilleur marché" pour les hommes. Face à cette inégalité salariale, les femmes vont créer leurs propres syndicats pour être reconnues et entendues
Pour établir complètement l'égalité sexuelle, les femmes doivent encore acquérir le droit à la libre maternité, le droit de disposer librement de leur corps
Dés la fin du XIXe siècle, des mouvements féministes luttèrent pour ce droit de régulation des maternités et pour la libération sexuelle. Les arguments fusent: les multiples maternités handicapent leur vie et ruinent leur santé. La non-gestion de leur progéniture ne leur permet pas d'assurer le "bien-être" à tous les enfants
C'est pourquoi, certaines femmes du début du XXe siècle vont préférer partager leur vie avec une autre femme, plutôt qu'avec un homme. Le Saphisme leur garantit la liberté par rapport à l'homme et par rapport à la maternité, souvent sujet à tout ralentissement carrièriste. Les femmes se crèent une nouvelle identité féminine
Vers 1920, plusieurs projets se concrétisent. En 1917, Margaret Sanger, infirmière, ouvre, aux U.S.A., le premier dispensaire américain de contrôle des naissances; en 1921,elle sera suivie par Marie Stopes en Angleterre, puis en 1924, à Francfort sur le Main
La France est toujours en lutte contre l'ordre moral et les natalistes. Le Dr Dolores déclare, en 1918, que toutes les femmes ne voulant pas d'enfants "ne mérite plus ses droits, elle n'est plus rien (...) Volontairement stérile, elle retombe au rang de prostituée..."
En 1920 et 1923, des lois françaises s'appliquent contre les contraceptifs et toutes les interruptions de grossesse. Les Néo-Malthusiens sont pourchassés. Dans les années trente, le Birth Control est admis et encouragé dans les pays scandinaves, aux U.S.A. et en Angleterre. La Belgique attendra les années 1960 pour admettre cette liberté sexuelle
L'agonie du patriarcat, qui débute au XVIIIe siècle, va mettre environ deux siècles dans les pays à vocation démocratique. Le patriarcat va pourtant connaître, pendant cette période, des rémissions, comme par exemple, avec les dictateurs européens d'entre les deux guerres (Hitler, Mussolini, l'Espagne Franquiste). Dans les pays de l'Est, le patriarcat revient entre les années '30 et '40
Ainsi les lois libératrices de Lenine sont anéanties par une contre-révolution sexuelle sous Staline. Ces lois consistaient en une libération du mariage et du divorce, de la contraception et de l'avortement
En 1917 et 1918, Lenine promulgue des décrets reconnaissant aux femmes le droit à l'autodétermination économique, sociale et institutionnelle. Mais, il estime qu'aussi longtemps que la femme sera responsable des enfants et des tâches ménagères, les droits d'égalité ne seront que théoriques
Surtout, dans une Russie non préparée et fragile sur les plans économique et politique. Les idées marxistes ne seront pas aussi larges que celles de Lenine (sauf sur le plan économique). Dès le début de la révolution soviétique, on va rétablir les lois à l'encontre de toute émancipation féminine. Le règne de Staline contribue à renforcer cette pression sociale et juridique autour des femmes. Auguste Bebel déclare: "Les hommes se complaisent dans cette situation parce qu'ils en retirent tous les avantages. Il plaît à leur orgueil, à leur égoïsme, à leur intérêt de jouer le rôle du plus fort et du maître, et comme tous les despotes, ils refusent de se laisser influencer par des raisonnements." A la fin de la première guerre mondiale, alors que les chiffres de la population active féminine ne cessent d'augmenter depuis le début du siècle, le retour des hommes congédie les travailleuses. Et, entre les deux-guerres, le travail des femmes est accusé d'augmenter le chômage, de diminuer le taux de natalité. Les hommes veulent, de nouveau, un retour à la vie domestique (et familliale !?) pour les femmes. Licencier les femmes devient donc une logique économique. Des procédures légales sont mises en place pour renvoyer les femmes - surtout les femmes mariées - dans leur foyer
Ainsi, dans cette Europ